A Kiev et dans toute l'Ukraine, un mouvement nationaliste s'éveille. Un
peu factice et hésitant, à l'originel il acquiert bientôt une puissance
irrésistible que ses adversaires les plus acharnés ne sauraient ni
arrêter ni empêcher d'aboutir.
Des organisations sociales se mettent en devoir de formuler
leurs programmes et leurs désirs politiques qu'elles adressent
au Gouvernement provisoire. Des délégués des organisations déjà
existantes, dans le but de coordonner leur travail en faveur des
intérêts nationaux, forment dans les villes des conseils nationaux
ukrainiens. Un Conseil suprême, constitué d'après l'ancien _Concilium
generale_ du temps de l'hetmanat, est organisé à Kiev, sous le nom de
Rada centrale. Ce Parlement comprenait 800 membres, représentants de
tous les partis politiques du pays sans distinction de nationalités:
Social-démocrates, socialistes révolutionnaires, socialistes
fédéralistes, indépendantistes, Bund juif, socialistes russes et
polonais. Son programme est la défense des conquêtes de la Révolution
(libertés nationales, terre aux paysans) contre les ennemis du dedans
(bolcheviks et tsaristes) et du dehors (Allemands). Elle a contre elle
tous les partis bourgeois et aristocrates (propriétaires fonciers,
fabricants de sucre, fonctionnaires, Grands-Russes, Polonais et Juifs).
Enfin, un grand Congrès national s'assemble à Kiev et, dans ses
résolutions, donne la formule fondamentale des principes politiques des
Ukrainiens.
Ces principes, admis par la plupart des partis politiques, peuvent se
résumer ainsi:
Garantie des droits nationaux des minorités habitant l'Ukraine.
Droit pour l'Assemblée Constituante russe de sanctionner la
Constitution autonome de l'Ukraine.
Droit pour les organes du gouvernement autonome de résoudre les
problèmes économiques, sociaux et surtout agraires du peuple ukrainien.
En attendant la réalisation de leur autonomie, les Ukrainiens
exigeaient:
La reconnaissance des droits de la langue ukrainienne à un usage libre
dans les institutions sociales et administratives du pays;
La nomination aux emplois administratifs de personnes connaissant les
mœurs et les coutumes du pays et familières avec la langue du peuple
ukrainien;
L'introduction de la langue ukrainienne dans l'enseignement primaire
et une ukrainisation progressive des écoles secondaires et supérieures
dans les gouvernements ukrainiens.