Kiev avant la Révolution

Deux faits me frappent tout d'abord: la liberté extraordinairement

grande accordée aux prisonniers de guerre et le respect presque exagéré

que témoignent les soldats russes à leurs officiers.

Les prisonniers de guerre, presque tous allemands ou autrichiens,

vont et viennent dans les rues de la ville sans aucune surveillance,

du moins apparente. Très travailleurs et exerçant presque tous des

professions, ils ont monté de petits commerces et de petits ateliers

qui leur font réaliser de jolis bénéfices. «Cela est préférable à la

guerre», me dit un moine-soldat qui veut bien me ressemeler une paire

de souliers à un prix étonnant par sa modicité.

Les soldats russes, très nombreux à Kiev, puisque c'est de là que

partent toutes les unités à destination du front roumano-gallicien,

se montrent très profondément, trop profondément, à mon avis,

respectueux pour leurs officiers. Dès que ceux-ci paraissent, les

soldats s'arrêtent, se tournent face à l'endroit où l'officier va

passer, frappent fortement le sol de leurs deux talons, portent une

main largement tendue à leur shapka et dans un état de fixité et

d'immobilité absolues, attendent que l'officier ait disparu dans le

lointain.

Inutile de dire que la plupart du temps l'officier ne paraît pas

s'apercevoir de ces marques de respect.

Dans les restaurants, les cafés ou les brasseries, un cadet,

c'est-à-dire un élève officier, doit aller, la main dans le rang et en

claquant les talons, demander à chaque officier présent, la permission

de s'asseoir. Si un officier entre dans ces mêmes lieux, chaque

officier se lève aussitôt et la salle résonne du timbre clair des

éperons entrechoqués.

J'aurais été bien plus frappé si quelqu'un m'eût alors dit que deux

mois plus tard ces mêmes soldats, non seulement ne salueraient

plus leurs officiers, mais porteraient la main sur eux et que ces

officiers, si fiers et si hautains, obéiraient à leurs soldats et les

craindraient.

Et cependant il en devait être ainsi.

Deux années en Ukraine (1917-1919) avec une carte de l'Ukraine. · 第 8 / 69 题