VIII

Pendant qu'en Europe notre diplomatie tournait dans le même cercle et

attendait que le temps fit naître les difficultés sur lesquelles elle

fondait l'espoir de sa revanche, lord Palmerston, imperturbablement

confiant dans la prompte soumission du pacha, pressait, en Orient,

l'exécution du traité du 15 juillet. Sous l'impulsion de lord

Ponsonby, la politique turque prenait une allure rapide et impétueuse

qui ne lui était pas habituelle. Bien que le traité ne fût toujours

pas ratifié, la Porte faisait faire à Méhémet-Ali les premières

sommations, et avant même que celles-ci fussent arrivées à leur

adresse, sir Charles Napier se présentait, le 14 août, devant

Beyrouth, avec une partie de l'escadre anglaise, enjoignait aux

Égyptiens d'évacuer cette ville, saisissait les petits navires qui se

trouvaient sous sa main et n'avait pas scrupule d'appeler ouvertement

les Syriens à la révolte, les soldats du pacha à la désertion[408].

[Note 408: Sir Charles Napier était au fond peu fier de la besogne que

lui faisaient faire, en cette circonstance, lord Palmerston et lord

Ponsonby; il dira plus tard, le 17 août 1860, à la Chambre des

communes: «J'étais honteux, pour mon pays et pour moi, du rôle que je

jouais en Syrie. Le gouvernement m'y avait envoyé pour remplir une

mission; je m'en suis acquitté, mais à contre-coeur. Si lord Ponsonby

n'avait envoyé des agents soulever les populations, il nous eût été

impossible, avec les faibles troupes dont nous disposions, de chasser

une armée de trente à quarante mille hommes.»]

La nouvelle de la démarche de sir Charles Napier arriva à Paris le 5

septembre. Connue du public le 6, elle augmenta encore la

surexcitation des esprits. Une telle précipitation dans la violence

surprenait et irritait d'autant plus qu'on nous avait tenu secrète

jusqu'alors la clause qui permettait d'exécuter le traité sans

attendre les ratifications. «Ces faits sont d'une immense gravité»,

déclarait, le 7 septembre, le _Journal des Débats_, et il demandait la

convocation des Chambres. M. Guizot fut chargé de porter au

gouvernement anglais de très-vives réclamations; lord Palmerston lui

répondit par la clause de l'exécution immédiate, sans expliquer, il

est vrai, comment on avait usé de la force contre Méhémet-Ali, avant

même qu'il eût été mis en demeure de dire s'il acceptait ou refusait

les conditions du traité.

En même temps qu'arrivaient à Alexandrie les premières sommations de

la Porte, débarquait dans cette ville un envoyé spécial de M. Thiers,

le comte Walewski; il avait mission de conseiller Méhémet-Ali, dans

cette crise redoutable pour lui comme pour nous, d'empêcher ses coups

de tête et de lui recommander un grand esprit de conciliation. Frappé

de la promptitude et de la vigueur avec lesquelles agissaient la Porte

et ses alliés, M. Walewski invita le pacha à transiger, et lui suggéra

d'offrir la restitution d'Adana, de Candie et des villes saintes, si

l'on voulait lui laisser l'Égypte héréditaire et la Syrie en viager.

C'était précisément la combinaison que M. Thiers avait refusée, ou au

moins éludée, peu avant le 15 juillet. Méhémet, qui, malgré ses

bravades, avait déjà conscience de sa faiblesse, suivit le conseil de

notre envoyé, non sans se faire habilement un mérite de sa déférence.

Dès le 25 août, il fit connaître aux consuls sur quel nouveau terrain

il était disposé à se placer. Le 30, M. Walewski s'embarquait pour

Constantinople; il s'était aperçu que les choses pressaient, et avait

pris sur lui d'aller négocier, auprès du Divan, la prompte acceptation

de la transaction proposée par le pacha.

Instruit, vers le 17 septembre, de la démarche de son envoyé, M.

Thiers, loin de la désapprouver, y entra vivement. Il informa aussitôt

ses ambassadeurs de la «grande concession» faite par le pacha, et

demanda à la Porte, ainsi qu'aux cabinets de Londres, de Vienne et de

Berlin, de donner sans retard leur assentiment à «des propositions si

conciliantes». «Dans ces circonstances, ajoutait-il, le gouvernement

du Roi, immolant à l'intérêt de la paix des susceptibilités trop bien

justifiées cependant, n'hésite pas à faire un appel à la sagesse des

cours alliées.» C'était sortir de la réserve expectante où M. Thiers

avait jusqu'ici jugé que l'intérêt et la dignité de la France

l'obligeaient à se renfermer. Commençait-il à éprouver quelque doute

sur la force et la volonté de résistance du pacha? Divers indices

tendraient à le faire croire[409].

[Note 409: C'est ce qui paraît résulter notamment des lettres écrites

à sa famille par le duc de Broglie, alors à Paris pour le procès du

prince Louis-Napoléon. (_Documents inédits._)]

Le ministre français n'hésita pas à appuyer cet appel à la «sagesse»

des puissances par des menaces plus ou moins voilées. «Repousser ces

conditions, écrivait-il à M. Guizot dans une dépêche destinée à être

montrée, ce serait évidemment réduire le pacha à la nécessité de

défendre par les armes son existence politique... Les puissances se

verraient obligées de recourir à des moyens extrêmes, et, parmi ces

moyens, il en est qui peut-être rencontreraient quelques obstacles de

notre part; il en est d'autres auxquels nous nous opposerions

très-certainement; on ne doit se faire, à cet égard, aucune

illusion[410].» C'était, sans le préciser, il est vrai, poser un

_casus belli_. M. Thiers crut pouvoir être plus menaçant encore dans

une conversation qu'il eut, à Auteuil, le 18 septembre, avec M.

Bulwer. Après lui avoir fait connaître les termes de la transaction

négociée par M. Walewski: «La France, dit-il, trouve ces conditions

raisonnables et justes. Si votre gouvernement veut agir avec nous,

pour persuader au sultan et aux autres puissances d'accepter ces

conditions, il y aura de nouveau entre nous une _entente cordiale_. Si

non, après les concessions obtenues de Méhémet-Ali par notre

influence, nous sommes tenus de le soutenir.» Puis, regardant M.

Bulwer entre les yeux: «Vous comprenez, mon cher, la gravité de ce que

je viens de dire.»--«Parfaitement», répondit le diplomate anglais en

demeurant à dessein imperturbable. Toutefois, à la fin de l'entretien,

notre ministre ajouta: «Ce que je vous ai dit, c'est M. Thiers, non le

président du conseil, qui l'a dit. Je n'ai consulté ni mes collègues

ni le Roi. Mais je désirais que vous connussiez la tendance de mes

opinions personnelles.» M. Bulwer ne voulut pas envoyer à Londres le

récit d'un entretien si grave, sans l'avoir soumis à M. Thiers; il lui

apporta donc, quelques heures après, l'ébauche de sa dépêche.

Celle-ci, non sans malice, commençait par avertir le gouvernement

anglais que la conversation dont il allait lui être rendu compte

n'exprimait que le sentiment personnel de M. Thiers; puis elle

ajoutait: «Vous ne devez pas avoir la moindre appréhension que le Roi

adhère jamais à un tel programme; et si M. Thiers offre sa démission

sur cette question, elle sera acceptée sans aucune hésitation.»

Suivait le récit de l'entretien. Le président du conseil lut la

dépêche, non probablement sans se mordre un peu les lèvres. «Mon cher

Bulwer, dit-il, comment pouvez-vous vous tromper ainsi? Vous gâtez une

belle carrière. Le Roi est bien plus belliqueux que moi. Mais ne

compromettons pas l'avenir plus qu'il n'est nécessaire; n'envoyez pas

votre dépêche; faites seulement connaître d'une façon générale à lord

Palmerston ce que vous pensez de notre conversation.» Il comprenait

sans doute qu'il s'était avancé un peu à la légère[411].

[Note 410: _Mémoires de M. Guizot._]

[Note 411: BULWER, t. II, p. 285 à 288.]

La transaction rencontra tout de suite un adversaire résolu dans lord

Palmerston. Loin d'être adouci par les dispositions conciliantes du

pacha, il y voyait un indice de faiblesse, et cette faiblesse

l'encourageait. Quant aux menaces, elles ne l'intimidaient pas. «Si

Thiers, écrivait-il à M. Bulwer, reprend jamais avec vous le ton

comminatoire, si vague qu'il soit, ripostez et allez jusqu'aux

dernières limites de ce que je vais vous dire: avertissez-le, de la

façon la plus amicale et la plus inoffensive possible, que si la

France jette le gant, nous ne refuserons pas de le ramasser; que si

elle commence la guerre, elle perdra certainement ses vaisseaux, ses

colonies, son commerce, avant d'en voir la fin; que son armée

d'Algérie cessera de lui donner du tracas, et que Méhémet-Ali sera

jeté dans le Nil. J'ai toujours fait ainsi quand Guizot ou Bourqueney

commençaient à faire les bravaches, et j'ai observé que cela agissait

chaque fois comme un sédatif.» Le ministre anglais faisait ensuite un

fastueux étalage de ses armements maritimes. Du reste, il comptait

qu'on n'en viendrait pas à ces extrémités. «Vous pensez, écrivait-il à

son chargé d'affaires, que Thiers pourrait passer le Rubicon. Je

persiste à croire qu'il ne le voudra pas ou ne le pourra pas[412].»

[Note 412: BULWER, t. II, p. 288 à 292.]

À Londres, tout le monde n'était pas aussi âprement réfractaire à la

conciliation. L'ouverture de M. Thiers eut même pour effet de ranimer,

dans le cabinet anglais, l'opposition intestine contre laquelle lord

Palmerston avait eu déjà à lutter[413]. Cette fois, ce fut lord John

Russell, l'un des membres les plus influents du ministère, qui se mit

en avant; il avait approuvé le traité du 15 juillet; mais il

s'effrayait de la façon dont on l'exécutait, et était blessé de

l'attitude prise au _Foreign-Office_ de tout décider sans consulter ni

même avertir les autres ministres. Au su des propositions nouvelles

faites par la France, il requit lord Melbourne de convoquer un conseil

de cabinet qui fut fixé au 27 septembre[414]; il ne cachait pas son

intention de critiquer à fond la politique suivie, résolu à se

démettre, si le conseil lui donnait tort, et prêt à prendre le

portefeuille des affaires étrangères si lord Palmerston se retirait.

Celui-ci n'avait pas encore eu à soutenir un aussi redoutable assaut,

et l'anxiété était grande parmi les rares personnes au courant de ce

qui se préparait. Cependant le ministre menacé ne paraissait disposé à

rien céder; dans ses conversations, il traitait la transaction offerte

de proposition «absurde» qui ne «méritait pas d'arrêter un moment

l'attention», affirmait à tout venant que Méhémet était à bout de

ressources, et persistait à garantir un succès prompt et facile. De

plus, pour effacer le bon effet de notre attitude conciliante, il

prétendait que, livré à lui-même, le pacha eût été disposé à céder

beaucoup plus et que notre intervention à Alexandrie n'avait tendu

qu'à empêcher ces concessions[415]. À la vérité, il fut bientôt

contraint, non-seulement devant nos démentis formels[416], mais devant

les rapports de ses propres agents, de reconnaître un peu piteusement

que cette imputation reposait sur de faux bruits[417]. Loin de pousser

au conflit, M. Thiers donnait en ce moment des preuves nouvelles de sa

modération: à la demande de ceux qui formaient à Londres «le parti de

la paix», il consentait à déclarer qu'au cas où la transaction

proposée serait acceptée, la France en garantirait l'exécution par le

pacha et s'associerait, s'il était besoin, aux mesures coercitives

prises par les autres puissances.

[Note 413: Lord Palmerston faisait allusion, non sans amertume, à

cette opposition, quand il écrivait, le 22 septembre, au cours de la

lettre dont nous avons cité ci-dessus des passages: «Je n'ai jamais

été, dans ma vie, plus dégoûté de quelque chose, que je ne l'ai été de

la conduite de certaines personnes,--inutile de les nommer

maintenant,--dans toute cette affaire.»]

[Note 414: La récente publication de la seconde partie du journal de

M. Charles Greville, clerc du conseil privé, a apporté, sur cette

crise intérieure du cabinet anglais, des renseignements nouveaux et

piquants. C'est ce témoignage que je suivrai principalement dans le

récit des faits qui vont suivre. (Cf. _The Greville Memoirs, second

part_, t. Ier, p. 307 à 334.)]

[Note 415: M. Guizot écrivait, le 22 septembre 1840, à M. Thiers, au

sujet de l'effet produit par cette imputation: «Deux de nos amis, des

plus chauds et des plus utiles, sont venus, ce matin, me dire les

_ravages_, je me sers à dessein de l'expression, que les adversaires

de la transaction pourraient faire, dans le cabinet et dans le public,

avec de telles allégations.» (_Mémoires de M. Guizot._)]

[Note 416: _Moniteur_ du 25 septembre 1840.]

[Note 417: M. Guizot, rendant compte à M. Thiers, le 26 septembre,

d'un entretien où lord Palmerston avait été contraint de reconnaître

la fausseté des allégations dont il s'était servi, disait qu'il

l'avait trouvé «assez embarrassé». Notre ambassadeur ajoutait: «Il n'a

point cherché de mauvaise excuse, et vous pouvez être sûr qu'à cet

égard, en ce moment, il a le sentiment d'un tort et presque envie de

le réparer. Ce qui importe encore plus, c'est qu'il a perdu par là un

grand moyen d'action sur ses collègues.» (_Mémoires de M. Guizot._)]

Enfin vint le jour indiqué pour le conseil de cabinet. Ce fut une

vraie scène de comédie. «On eût payé sa place pour y assister»,

écrivait alors M. Greville. La séance ouverte, il y eut d'abord,

pendant quelque temps, un silence de mort; chacun attendait ce que

dirait «le premier». Son avis, dans l'état de division du ministère,

devait être décisif. Mais, avec sa bravoure accoutumée, lord

Melbourne, n'avait qu'une pensée, se dérober. Voyant cependant qu'il

lui fallait dire quelque chose, il commença: «Nous avons à examiner à

quelle époque le parlement pourrait être prorogé.» Là-dessus, lord

Russell rappela brusquement qu'il y avait une autre question, qui

était de savoir si avant peu on ne serait pas en guerre; et, se

tournant vers lord Melbourne: «J'aimerais, dit-il, à connaître votre

opinion sur ce sujet.» Pas de réponse. Après une autre longue pause,

quelqu'un demanda à lord Palmerston quelles étaient ses dernières

nouvelles. Celui-ci tira de sa poche un paquet de lettres et de

rapports qu'il se mit à lire; ce qui fournit au «premier» l'occasion

de s'endormir profondément dans sen fauteuil, moyen sûr d'échapper à

la nécessité de se prononcer. La lecture finie, nouveau silence. Lord

John, voyant l'impossibilité de rien tirer de son chef, prit le parti

d'aborder lui-même la question, et la traita à fond. Lord Palmerston

répondit par une véhémente philippique contre la France, disant

qu'elle était faible et mal préparée, que toutes les puissances de

l'Europe étaient unies contre elle, que la Prusse avait deux cent

mille hommes sur le Rhin, enfin, suivant le mot de lord Holland,

«montrant toute la violence de 93». Lord Russell, mis en demeure de

préciser ses conclusions, demanda d'abord qu'on remerciât tout de

suite la France des efforts qu'elle avait faits pour amener le pacha à

des concessions; ensuite qu'on réunît les ambassadeurs des autres

puissances et qu'on leur fît connaître qu'en face de la situation

nouvelle créée par la médiation de la France, l'avis de l'Angleterre

était de rouvrir les négociations. Une discussion s'ensuivit. Holland

et Clarendon appuyèrent lord Russell; Minto et Macaulay défendirent

lord Palmerston. Lord Melbourne, cependant, se taisait toujours. Dans

l'impossibilité de s'entendre, on profita de l'absence de l'un des

ministres, lord Morpeth, pour renvoyer la suite de la délibération au

1er octobre.

Dans l'intervalle des deux conseils, le mouvement contre lord

Palmerston parut grandir encore. Cinq ou six de ses collègues

déclaraient être résolus à se démettre si sa politique triomphait.

L'opinion anglaise s'alarmait des menaces de guerre. Le _Times_ se

prononçait fortement pour l'entente avec le cabinet de Paris et pour

l'approbation des propositions du pacha. On rapportait ce propos de M.

de Neumann, le chargé d'affaires d'Autriche: «Plût à Dieu que le

sultan acceptât les dernières propositions de Méhémet-Ali, car cela

nous tirerait d'un grand embarras!» Enfin la reine elle-même,

endoctrinée par son oncle, le roi des Belges, écrivait que son désir

était de voir tenter un rapprochement avec la France. Quant à

l'infortuné lord Melbourne, il s'était enfui à la campagne pour

échapper aux deux partis: une fois de plus, il avait perdu l'appétit

et le sommeil. «Jamais, écrivait un témoin, on n'a vu une image aussi

mélancolique de l'indécision, de la faiblesse et de la pusillanimité.»

M. Guizot, qui avait fort habilement noué des relations avec les

partisans de la conciliation, était tenu au courant de leurs projets

et de leurs démarches.

Le 1er octobre, le cabinet se trouva de nouveau réuni. À l'attitude de

ses collègues et même de lord Melbourne, lord Palmerston comprit qu'en

persistant à tout repousser de front, il briserait le cabinet. Il

modifia donc sa tactique, et, sans cesser d'affirmer sa confiance dans

le succès des opérations entreprises en Orient, il s'offrit à faire

quelque communication à la France, si tel était le désir du cabinet.

Ses collègues furent surpris et charmés d'un changement de ton si

complet, et l'accord se fit tout de suite sur la proposition de lord

Palmerston. Était-ce que ce dernier fût converti à la conciliation?

Pour se convaincre du contraire, il suffisait de lire, dès le

lendemain, l'article d'une violence sans mesure contre la France que

ce ministre avait inspiré et même, disait-on, rédigé, dans le _Morning

Chronicle_. Quel était donc le secret de la concession apparente faite

par lui dans le conseil de cabinet? Tout en se disant prêt à faire une

communication à la France, il avait indiqué, comme allant de soi, que

cette démarche devrait être préalablement approuvée par les

représentants des trois puissances alliées. Or il savait pertinemment

pouvoir compter sur le refus de l'ambassadeur de Russie. En effet, à

la première ouverture qui lui fut faite, M. de Brünnow déclara n'être

pas en mesure de se prononcer avant d'avoir pris l'avis de sa cour; il

ajouta que l'Angleterre pouvait agir à son gré, mais que le czar

serait extrêmement blessé, si quelque démarche de ce genre était faite

sans qu'il l'eût connue et approuvée. Il fallait plusieurs semaines

pour avoir la réponse de Saint-Pétersbourg; la «communication» à la

France était retardée d'autant. Lord Palmerston, qui savait quelles

instructions il avait données à lord Ponsonby et aux commandants de la

flotte anglaise, pensait bien n'avoir pas besoin d'un si long délai

pour recevoir d'Orient quelque nouvelle qui plaçât le cabinet en face

d'un fait accompli. Il ne se trompait pas. Les choses allèrent même

plus vite encore qu'il ne l'espérait. Dès le 3 octobre, c'est-à-dire

le lendemain du jour où il avait fait connaître à ses collègues les

objections de M. de Brünnow, arrivait à Londres la nouvelle que

Beyrouth n'avait pu résister à la flotte anglaise et que le sultan

venait de prononcer la déchéance de Méhémet-Ali.

Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 4 / 7) · 第 45 / 70 题