C'est le 14 mars que fut nommée, dans les bureaux de la Chambre des
députés, la commission chargée d'examiner la demande de fonds secrets
sur laquelle devait être débattue la question de confiance. Sur neuf
commissaires, cinq seulement étaient ministériels. On prétendait même
qu'en additionnant les voix obtenues de part et d'autre dans chaque
bureau, les opposants se trouvaient avoir eu la majorité. Les
adversaires de M. Thiers, voyant dans ce premier résultat l'indice
d'une victoire possible, se décidèrent à livrer bataille.
Tout d'abord ils comprirent que, pour entraîner la masse des
conservateurs, il fallait leur présenter un ministère tout prêt à
succéder à celui qu'il s'agissait de jeter bas. Le grand argument des
journaux de gauche et de centre gauche n'avait-il pas été de répéter
tous les jours que si le cabinet actuel était renversé, le pays
serait précipité dans une crise sans issue? M. Thiers lui-même avait
dit, d'un ton de défi, dans son bureau: «L'on verra qui pourra
gouverner après moi!» Ce fut dans le rapprochement du «15 avril» et du
«12 mai» que les opposants cherchèrent les éléments du cabinet futur.
M. Molé entra vivement dans cette idée; impatient de se venger de M.
Thiers, qui venait de le jouer et de profiter de l'éloignement de M.
Guizot[197], il fit tout pour faciliter l'entente et se déclara prêt à
accepter la présidence du maréchal Soult. Parmi les anciens ministres
du 12 mai, M. Villemain témoigna d'une ardeur au moins égale à celle
de M. Molé; M. Duchâtel, et surtout MM. Dufaure et Passy, se
montrèrent plus hésitants, pas assez, cependant, pour que les meneurs
ne se crussent pas fondés à espérer leur adhésion finale. On se hâta
donc de faire savoir sur les bancs conservateurs, et même de publier
dans les journaux, qu'il y avait un ministère de rechange, et que, dès
lors, il n'était pas téméraire d'aller de l'avant.
[Note 197: M. Duvergier de Hauranne rapporte qu'un des amis de M. Molé
disait alors de lui: «Il prétend que si le ministère tombe
aujourd'hui, ce sera à son profit, et dans un an, au profit de M.
Guizot. C'est pour cela qu'il se presse.» (_Notes inédites._)]
La situation devenait critique pour M. Thiers. Ses journaux
trahissaient leurs alarmes par l'agitation nerveuse de leur polémique.
Du côté des conservateurs, tantôt on le prenait sur un ton railleur et
triomphant, comme si l'on tenait déjà la victoire, tantôt on laissait
voir des doutes sur la solidité des troupes qu'il fallait mener au
feu. La vérité est qu'avec ces partis disloqués et désorientés, et
aussi avec le travail souterrain des «conquêtes individuelles», que M.
Thiers poussait activement, personne ne prévoyait ce qui arriverait;
chacun attendait, anxieux, le résultat inconnu de la bataille qui
allait se livrer, et le _Journal des Débats_ était réduit à comparer
la situation parlementaire «à une nuit épaisse», où tous les partis
«erraient en chancelant[198]».
[Note 198: 20 mars 1840.]
La discussion s'ouvrit le 24 mars. M. Thiers monta le premier à la
tribune, afin de marquer lui-même le terrain du combat. L'oeuvre était
difficile, mais pas au-dessus des ressources de l'orateur. Il
commença par un récit, fait avec adresse et convenance, des incidents
de la dernière crise ministérielle. Puis, examinant l'état de la
Chambre, il y distingua trois fractions principales: celle qui avait
soutenu le ministère du 15 avril; la nuance intermédiaire, connue sous
le nom de centre gauche; enfin, l'ancienne opposition. Aucune de ces
fractions ne possédait à elle seule la majorité; il fallait donc
qu'elles transigeassent, sous peine de rendre tout gouvernement
impossible. C'était cette transaction que M. Thiers venait apporter.
Et, pour la faire accepter, il s'appliquait à rassurer les
conservateurs, tout en flattant la gauche. Dans ce double jeu était
l'habileté du discours. L'orateur commença par faire d'abord la part
des conservateurs. Le programme de la gauche contenait, depuis
plusieurs années, deux articles qui offusquaient et inquiétaient plus
que tous les autres les hommes d'ordre: c'étaient l'abrogation des
lois de septembre et la réforme électorale. M. Thiers déclara qu'il
maintiendrait les lois de septembre; tout au plus faisait-il espérer
la définition de l'attentat, concession déjà promise par le ministère
précédent. Quant à la réforme électorale, il l'ajournait. «La
difficulté sera grande dans l'avenir, dit-il, je ne le méconnais
point; elle ne l'est pas aujourd'hui. Y a-t-il, parmi les adversaires
de la réforme électorale, quelqu'un qui, devant le corps électoral,
devant la Chambre, et j'ajouterai devant la Charte, ait dit: jamais?
Personne... À côté de cela, même parmi les partisans de la réforme, y
a-t-il des orateurs qui aient dit: aujourd'hui? Aucun. Tous, j'entends
dans les nuances moyennes de la Chambre, ont reconnu que la question
appartenait à l'avenir, qu'elle n'appartenait pas au présent.» M.
Thiers se tourna ensuite vers la gauche, et débita, à son intention,
quelques phrases sur la révolution; après avoir exposé la situation du
gouvernement de 1830 en face de l'Europe: «Il y a deux manières de
sentir, ajouta-t-il; il y a deux manières de se conduire. Suivant la
manière, on peut être embarrassé, honteux peut-être, de représenter
une révolution; on peut manquer de confiance en elle, avoir de la
timidité: on pourrait alors la représenter loyalement; on ne la
représenterait pas comme elle a le droit, comme elle a besoin de
l'être. Il faut l'aimer, la respecter, croire à la légitimité de son
but, à sa noble persévérance, à sa force invincible, pour la
représenter avec dignité, avec confiance. Pour moi, messieurs, je suis
un enfant de cette révolution, je suis le plus humble des enfants de
cette révolution; je l'honore, je la respecte... je crois à sa
persévérance, à sa force; car si on a gagné des batailles d'un jour
sur elle, on ne l'a jamais vaincue.» Ce n'était pas tout: le ministre
réservait à la gauche une satisfaction encore plus désirée par elle.
Il avoua le concours qu'il en recevait, l'en remercia, et, la prenant
par la main, il l'éleva solennellement au rang des partis de
gouvernement. «J'ai les sympathies de l'ancienne opposition, dit-il;
je la remercie; si elle me les accorde, je vais vous dire à quelles
conditions.» L'orateur rappelait alors comment, en 1836, il avait
quitté le pouvoir pour ne pas céder à la volonté du Roi, et comment,
trois fois, il avait refusé d'y rentrer, parce que la couronne
n'adhérait pas à ses opinions. «Voilà, continua-t-il, la raison des
sympathies que j'avais avec l'opposition. De plus, j'ai encore un
motif de bienveillance envers elle. Voulez-vous que je vous le dise?
Je n'ai de préjugés contre aucun parti. Je vais vous avouer des choses
qui peut-être vous blesseront. Savez-vous ce que je crois? Je ne crois
pas qu'il y ait ici un parti exclusivement voué à l'ordre et un autre
parti voué au désordre. Je crois qu'il n'y a que des hommes qui
veulent l'ordre, mais qui le comprennent différemment. Je crois qu'il
n'y a rien d'absolu entre eux. Et si vous vouliez mettre quelque chose
d'absolu entre eux, savez-vous ce que vous feriez? Vous commettriez la
faute qui a perdu la Restauration... Il ne faut point d'exclusions,
messieurs. Pour moi, permettez-moi de le dire, en 1830, je me suis
jeté au milieu des amis de l'ordre, au milieu de ce qu'on appelle le
parti conservateur, parce que je croyais l'ordre menacé. Mes
convictions m'ont séparé de lui et m'ont jeté plus tard dans
l'opposition. J'ai vu, messieurs, tous les esprits tendre au même but;
j'ai vu qu'il n'y avait personne de prédestiné pour l'ordre ou pour le
désordre; qu'il n'y avait que des amis du pays; et si vous voulez
placer entre eux ce triste mot d'exclusion, il portera malheur à qui
voudra le prononcer.» La gauche applaudit avec reconnaissance; un tel
témoignage rendu du haut du pouvoir, un tel désaveu de tout ce qui
avait fait, sous Casimir Périer et sous le ministère du 11 octobre, le
fond de la politique de résistance, valait mieux pour elle que
beaucoup de réformes législatives. C'était la porte du pouvoir, porte
jusqu'alors fermée, qu'on ouvrait toute grande devant l'ancienne
opposition.
Il apparut aussitôt que les 221, ou au moins les plus ardents d'entre
eux, refusaient leur adhésion à la «transaction» proposée par le
ministre. «Quand on veut, dit M. Desmousseaux de Givré, obtenir
l'appui d'un parti, il faut lui faire des conditions acceptables; à
mon avis, celles qu'on nous fait ne le sont pas.» La même thèse fut
soutenue, avec plus d'éclat, par M. de Lamartine. On se rappelle qu'il
s'était fait déjà, lors de la coalition, le champion des 221; chose
étonnante avec une nature si mobile, un an après, on le retrouvait à
la même place et dans le même rôle. Relevant les paroles de M. Thiers,
l'orateur, qui n'avait pas encore bu à la coupe de la fausse poésie
révolutionnaire, s'écria: «J'aime et je défends l'idée libérale...;
vous, vous aimez, vous caressez, vous surexcitez le sentiment, le
souvenir, la passion révolutionnaire; vous vous en vantez; vous dites:
je suis un fils de la révolution; je suis né de ses entrailles; c'est
là qu'est ma force; je retrouve de la puissance en y touchant, comme
le géant en touchant la terre. Vous aimez à secouer devant le peuple
ces mots sonores, ces vieux drapeaux, pour l'animer et l'appeler à
vous; le mot de révolution dans votre bouche, c'est, permettez-moi de
le dire, le morceau de drap rouge qu'on secoue devant le taureau pour
l'exciter. Vous dites: ce n'est rien, ce n'est qu'un lambeau d'étoffe,
ce n'est qu'un drapeau! Nous le savons bien; mais cela irrite, mais
cela inquiète, mais cela fait peur. Cela vous convient? Eh bien! nous,
nous croyons que ce qui irrite et ce qui inquiète le pays, sur les
grands intérêts de réforme politique à jamais acquis, ne vaut rien.»
Plus loin, il reprochait à M. Thiers d'avoir, en cherchant son appui
dans la gauche, empêché l'union des centres, qui se faisait tout
naturellement; puis il ajoutait, aux applaudissements enthousiastes
des conservateurs: «Vous me demandez si j'ai confiance dans la
direction parlementaire, dans la force, dans la stabilité, dans la
puissance d'agir librement du chef d'un cabinet qui, debout sur une
minorité prête à se dérober sous lui, tend une main à la gauche, qu'il
appelle à le soutenir contre la droite, une autre main à la droite,
qu'il appelle à le défendre contre les prétentions de la gauche; du
chef d'un cabinet suspendu un moment dans un faux équilibre dont la
base est une minorité et dont le balancier est une impossible
déception; si j'ai confiance, si j'ai foi, si j'ai espérance, pour la
couronne, pour nous, pour le pays, pour l'ordre, pour la liberté, pour
quoi que ce soit de vrai, de sincère, de profitable, de patriotique;
moi le dire? Non jamais!... Je vous trouve à la tête de ceux qui ont
mis le trouble et l'inquiétude dans le parlement, soufflé l'agitation
entre le parlement et la couronne... Ces bruits accusateurs, ces
dénonciations aussi ridicules que mensongères, ces désignations
d'hommes de cour, de gouvernement personnel... je suis loin de vous
les attribuer... Mais de quels noms se sert-on pour les accréditer?
Qui les désavoue? Ces fausses monnaies de l'opinion, distribuées
chaque jour au peuple pour le séduire ou l'irriter, de qui
portent-elles l'empreinte? Et vous voudriez que je déclarasse
confiance à tout cela! Non, le pays ne nous a pas envoyés pour jeter
le mensonge dans cette urne de la vérité!»
À M. de Lamartine succéda M. Odilon Barrot: c'était la gauche qui
venait dire son avis sur la transaction repoussée au nom des
conservateurs. «Je dois, dit-il, rendre hommage à la franchise des
explications de M. le président du conseil. C'est dans la mesure des
déclarations qu'il a faites que je vois un progrès qui mérite notre
appui honorable, notre appui dont nous sommes prêts à rendre compte à
notre pays. Il est sorti de l'opposition; il n'a pas désavoué son
origine... Il s'est trouvé sympathique avec nous, dans le juste
orgueil avec lequel il a invoqué notre révolution, avec lequel il l'a
honorée.» Sur la réforme électorale, le chef de la gauche, sans rien
abandonner de sa thèse, reconnaissait que la question n'était pas
mûre et acceptait l'ajournement indiqué par le ministère. «Dans mon
parti, dit-il encore, les passions politiques me condamnent, mais j'en
appelle au bon sens de mon pays. L'appui que je prête à ce ministère,
quoiqu'il ne réalise pas toutes mes opinions, est un appui commandé
par un sentiment profond d'amour pour mon pays et par cette loi du bon
sens qui doit toujours présider aux affaires publiques.» À la fin de
ce premier jour de débat, M. Thiers apparaissait donc la main dans la
main de M. O. Barrot, et en lutte ouverte avec les conservateurs.
Ceux-ci semblaient avoir pris leur parti de la rupture et croyaient
tenir le succès.
L'hostilité des 221, manifestée par le langage de M. Desmousseaux de
Givré et de M. de Lamartine, ne pouvait mettre en péril le cabinet que
si elle était appuyée par les doctrinaires et par la fraction du
centre gauche attachée aux ministres du 12 mai. On put croire un
moment que cette dernière allait en effet se déclarer pour
l'opposition: M. Dufaure, disait-on, devait répondre à M. Barrot, et
l'on fondait beaucoup d'espérances sur cette intervention. Cette
attente fut trompée: la seconde journée s'écoula sans que M. Dufaure
se levât de son banc. L'opposition eut-elle du moins le concours des
doctrinaires? M. Duchâtel vint sans doute critiquer l'idée d'une
majorité ouverte aux amis de M. Barrot; mais un autre orateur du même
groupe, M. Piscatory, se prononça, au contraire, pour le cabinet,
donnant ainsi une nouvelle preuve de la décomposition de tous les
partis parlementaires.
En dépit du silence de M. Dufaure et des divisions des doctrinaires,
les meneurs de l'opposition conservatrice étaient encore pleins
d'entrain et de confiance. M. Thiers, qui voyait le danger, décida de
concentrer tous ses efforts, pendant la troisième et dernière séance,
à gagner, au centre et au centre droit, l'appoint sans lequel il
devait fatalement succomber. Aussi bien, pouvait-il ne plus
s'inquiéter de la gauche; elle lui était tellement acquise que les
sarcasmes dont l'accabla M. Garnier-Pagès[199] ne l'ébranlèrent pas
un moment. Pour agir sur les conservateurs, le président du conseil
employa fort habilement celui des ministres qui, par son caractère et
ses doctrines, devait leur inspirer la plus grande confiance: il
envoya à la tribune M. Jaubert. Celui-ci parla, avec un grand accent
de franchise, de son attachement à la politique conservatrice; il
raconta qu'avant d'entrer au pouvoir, il avait sondé, avec la plus
scrupuleuse sollicitude, les intentions de M. Thiers, et qu'il n'y
avait rien vu d'inquiétant; aussi n'hésitait-il pas à cautionner le
président du conseil auprès des conservateurs, comme M. Barrot l'avait
cautionné auprès de la gauche. M. Thiers compléta l'effet de ce
langage, en accentuant lui-même ses déclarations pour le maintien des
lois de septembre et en promettant non-seulement de ne pas appuyer,
mais de combattre la réforme électorale si elle était présentée. Ce
fut sur ces dernières paroles que l'on prononça la clôture.
[Note 199: «Je le dis à la gauche, s'écriait l'orateur radical, deux
choses sont essentielles aux partis: la moralité et assurément aucune
fraction de la Chambre n'a plus de moralité que celle à laquelle je
m'adresse, et l'habileté... L'habileté, il ne faut pas seulement en
avoir, il faut qu'on y croie. Au 22 février, vous avez compté sur des
progrès, et vous avez été bienveillants; ces progrès ne sont pas
venus; votre réputation d'habileté en a, ce me semble, subi quelque
atteinte. Faites en sorte que l'avenir ne soit pas encore plus grave
que le passé. Vous vous livrez sans condition; vous n'amenez pas les
choses avec vous, vous les réservez pour l'avenir. Prenez-y garde, le
pays se dira peut-être un jour: Ceux-là qui ne sont pas assez habiles
pour se conduire, ne sont pas assez habiles pour nous conduire
nous-mêmes.»]
Le vote fut un plein succès pour le ministère; 261 voix contre 158
rejetèrent l'amendement proposé par un député du centre et tendant à
une réduction de 100,000 francs. L'ensemble de la loi fut adopté par
246 voix contre 160. Personne ne s'attendait à une majorité si forte.
«Cent voix de majorité, dit le Roi à M. Thiers quand celui-ci vint lui
annoncer ce résultat, c'est inconcevable. Où donc les avez-vous
prises?--Là où l'on n'était pas encore allé les chercher», répondit le
président du conseil. Il faisait ainsi allusion à la gauche. Celle-ci,
en effet, venait de voter les fonds secrets, sans s'embarrasser de
tout ce qu'elle avait dit jusqu'alors, au nom de l'austérité
démocratique, contre le principe même de ces sortes de crédits[200].
Toutefois, si empressée qu'eût été la gauche, son vote ne suffisait
pas à expliquer une telle majorité. Le ministère avait eu aussi pour
lui une partie des conservateurs: d'abord M. Dufaure et les membres du
centre gauche qui le suivaient; ensuite une soixantaine des anciens
221, esprits prudents ou timides, répugnant à l'opposition ou
redoutant la crise dont on les avait tant menacés. L'hésitation,
trahie par le discours de M. Duchâtel et le silence de M. Dufaure,
avait éveillé des doutes sur la force et la résolution des
assaillants. Ajoutez l'effet des «conquêtes individuelles» entreprises
par M. Thiers, depuis vingt jours. Quant aux 160 voix de la minorité,
elles se composaient d'environ 140 conservateurs résolus, anciens 221
ou doctrinaires, et d'une vingtaine de légitimistes ou de radicaux. À
compter les suffrages, M. Thiers était donc bien vainqueur; il avait
donné, dans cette lutte difficile, une nouvelle preuve de son
habileté, de son éloquence et de son bonheur. Toutefois, la duchesse
de Dino exprimait le sentiment de plus d'un spectateur, quand elle
écrivait à M. de Barante, à propos de cette discussion: «Chacun des
restants ou des sortants y a laissé pied ou aile, et, malgré toute la
dépense d'esprit et de talent que chacun a faite pendant trois jours,
personne ne s'est grandi, ennobli, ni surtout dégagé de sa
personnalité[201].»
[Note 200: Aussi la _Revue des Deux Mondes_ félicitait-elle
ironiquement M. Thiers d'avoir obtenu un tel vote de la gauche. «La
gauche, disait-elle, a voté publiquement les fonds secrets, les fonds
de la police, les fonds dont on ne rend pas compte et qui sont
particulièrement destinés au maintien de l'ordre. La gauche, en les
votant, a abdiqué; elle a abdiqué ses préventions, ses préjugés, ses
utopies; on ne revient pas d'un tel vote, car on en reviendrait brisé,
déconsidéré, presque annihilé. Les fonds secrets! Mais c'est le mot
sacré de la franc-maçonnerie gouvernementale; une fois prononcé, on
est initié.»]
[Note 201: Lettre du 28 mars 1840. (_Documents inédits._)]