être nationaux ou étrangers. Ils seront assistés de professeurs
adjoints.
Le cours complet de l’un et l’autre enseignement sera de sept années.
Les sciences enseignées seront :
La physique, la chimie, la botanique, la minéralogie, plus spécialement
dans leurs rapports avec l’art médical, l’anatomie descriptive, la
physiologie, l’hygiène, la pathologie, la clinique médicale et
chirurgicale, l’anatomie pathologique.
Les cinq années d’études se partageront comme suit :
SECTION DE MÉDECINE.
1re _Année_. — Introduction à l’étude des sciences naturelles. —
Physique. — Chimie inorganique. — Géologie. — Minéralogie.
2e _Année_. — Physique. — Chimie inorganique et organique. — Botanique.
— Zoologie. — Anatomie.
3e _Année_. — Anatomie. — Physiologie. — Chirurgie ministrante. —
Pathologie interne. — Pathologie externe. — Matière médicale et
thérapeutique.
4e _Année_. — Pathologie interne, — externe. — Clinique intérieure, —
extérieure. — Anatomie pathologique.
5e _Année_. — Clinique intérieure, — extérieure. — Anatomie chirurgicale
et médecine observatoire. — Ophthalmologie. — Hygiène. — Médecine.
SECTION DE PHARMACIE.
1re _Année_. — Introduction à l’étude des sciences naturelles. —
Physique. — Histoire naturelle (géologie, minéralogie).
2e _Année_. — Histoire naturelle (botanique). — Physique. — Chimie
élémentaire.
3e _Année_. — Chimie générale. — Chimie pharmaceutique. — Exercice
pharmaceutique à la pharmacie de l’hôpital.
4e _Année_. — Chimie analytique. — Matière médicale. — Exercice
pharmaceutique à la pharmacie de l’hôpital.
5e _Année_. — Chimie analytique. — Matière médicale. — Comptabilité
pharmaceutique.
Les élèves des deux sections seront également astreints à suivre les
cours de pharmacologie.
Le but du règlement est de former des hommes pratiques, et pratiques
surtout dans les maladies ordinaires à l’Égypte. Le règlement recommande
donc aux professeurs de se concerter et de s’entendre pour donner à leur
enseignement toute l’unité possible, d’exposer leurs leçons en notions
claires, précises, substantielles, accessibles à de jeunes
intelligences, d’exercer sous leurs yeux les élèves à la dissection ;
chaque élève devra faire à l’hôpital de l’établissement le même service
et recevoir les mêmes leçons que les élèves internes et externes de nos
hôpitaux de Paris ; le règlement contient les prescriptions les plus
explicites et les plus impératives à cet égard. Enfin, l’instruction
pratique devra être spécialement dirigée vers les affections les plus
répandues dans les classes inférieures, par exemple les ophthalmies, ce
fléau permanent des populations égyptiennes.
L’école de médecine du Caire sera donc éminemment une institution
populaire, ayant pour objet et pour fin le bien-être et l’amélioration
du peuple.
Toutes les leçons devront être écrites par les professeurs, traduites en
arabe, si l’original est en langue étrangère, et transcrites par les
élèves.
L’enseignement accessoire comprend : l’enseignement de la langue
française pour toute la durée des études, l’enseignement de
l’arithmétique et la géométrie élémentaire pendant les deux premières
années.
Sous le rapport du matériel nécessaire à l’enseignement, l’école est
magnifiquement dotée. Le règlement lui attribue :
Une bibliothèque. — Des cabinets distincts de physique, — de chimie, —
d’anatomie. — Des collections distinctes d’histoire naturelle, — de
matières médicales, — d’instruments de chirurgie. — Un herbier. — Un
jardin botanique.
Toutes ces collections seront confiées à la conservation de chacun des
professeurs adjoints affectés à chaque spécialité. Un artiste sera
chargé de l’entretien des instruments de chimie et de physique ; un
coutelier sera attaché à la réparation des instruments de chirurgie ; un
jardinier en chef et deux aides auront la charge du jardin botanique.
Les élèves se recruteront dans les écoles préparatoires. Toutefois cette
condition n’est pas indispensable, pourvu qu’ils satisfassent aux autres
obligations du programme. Nul ne sera admis sans avoir subi un examen
préalable, ni avant l’âge de quinze, ni après celui de vingt ans.
Comme notre école polytechnique, l’école est placée sous le régime
militaire.
Les peines disciplinaires sont à peu près les mêmes.
Les peines corporelles sont absolument exclues.
La plus forte peine est l’exclusion de l’école. Elle ne peut être
prononcée que par le conseil d’instruction.
Tout acte d’insubordination ou d’immoralité sera jugé par ce même
conseil.
Le conseil seul pourra prononcer toute peine excédant trois jours
d’arrêts.
Le gouvernement fournit à ses frais la solde, la nourriture,
l’habillement.
La nourriture doit être saine et abondante ; le vêtement se compose de
linge, de chaussure, de coiffure, et de trois vêtements par an, deux
d’été, un d’hiver.
A la fin de chaque année scolaire, chaque élève, pour passer à la
division supérieure, doit subir un examen.
Cet examen est passé devant un jury composé de tous les professeurs et
des directeurs de l’école, et présidé par un membre du conseil supérieur
de santé. L’élève jugé insuffisant restera une seconde année dans sa
division. S’il échoue l’année suivante à son second examen, il quittera
l’école et il fera partie du corps des infirmiers.
Le jury dressera des listes où, d’après les résultats des examens, les
élèves seront classés par ordre de mérite.
Des prix et des récompenses seront décernés aux plus distingués d’entre
eux.
Après leur examen définitif, ils seront placés, selon les besoins du
gouvernement, dans le service civil ou militaire.
* * * * *
Alexandrie, 5 août 1856.
S. A. le vice-roi vient d’instituer d’une manière définitive l’école
préparatoire de la citadelle, dont le général Soliman-Pacha avait
l’année dernière commencé l’installation, sous le nom d’école d’état-
major.
Cette institution a été particulièrement l’objet des soins du vice-roi.
Il a placé à sa tête le savant scheik Rifaah-Bey, dont vous avez
reproduit une poésie dans le premier numéro de votre journal, et dont
vous avez eu raison de parler avec éloges.
Nous savons que Mohammed-Saïd a dicté lui-même l’ordre qui approuve le
règlement de la nouvelle école, et que plusieurs articles du règlement
ont été rédigés d’après ses propres indications. Voici la traduction de
l’ordre :
« L’enseignement des sciences et des arts étant la base de la
civilisation et du progrès, pour y parvenir, j’ai ordonné cette
organisation, relative à ce qui doit être fait et exécuté à l’école
établie par mes ordres à la citadelle du Caire. J’ai vu et examiné les
dix-sept articles qui m’ont été présentés, comprenant le nombre des
élèves, leur traitement, leur entretien, leurs différents cours
d’instruction, le nombre des années qu’ils doivent passer à l’école,
leurs professeurs, leurs officiers, ceux qui ont été choisis pour le
bureau de la traduction, ainsi que les autres employés subalternes. J’ai
nommé Rifaah-Bey directeur de cette école.
« Un traitement minime ayant été accordé à des professeurs, je me
réserve de l’augmenter plus tard et en temps convenable. »
Voici l’analyse des dix-sept articles du règlement :
1er. — Le nombre des élèves est fixé à 200.
2. — Ils seront admis de 12 à 18 ans, et ils devront savoir lire et
écrire, afin de pouvoir dès la première année suivre les divers cours
professés à l’école, ces élèves étant principalement destinés à la
carrière militaire ; toutefois, ils auront la faculté, après leur
instruction préparatoire, de choisir la carrière qu’ils voudront
embrasser ; ainsi, ils auront la liberté, d’après leur vocation, d’opter
entre les carrières d’ingénieur, de médecin, de militaire, etc.
3. — Les cours professés seront :
L’arabe, avec tous les principes d’analyse et de composition, pour les
élèves sans exception ;
Le turc et le persan, pour tous les élèves qui voudront les apprendre ;
Une des langues étrangères : anglaise, allemande ou française, au choix
des élèves ;
La calligraphie, l’arithmétique, la géométrie, l’algèbre jusqu’à
l’équation du second degré, la trigonométrie rectiligne, le dessin
linéaire, les plans militaires, la géographie générale, divers traités
d’histoire ;
Théories, exercices journaliers sur le terrain pour ceux des élèves de
la première classe qui auront opté pour la carrière militaire ;
La fortification passagère.
4. — Les cours qui viennent d’être énumérés doivent être répartis en
quatre années à moins que les professeurs ne jugent qu’ils doivent
occuper cinq années.
Suivent les articles sur les examens à passer d’une classe à une autre,
et les distributions de prix aux élèves qui se distingueront ; sur les
traitements des professeurs, sur la solde des élèves, qui sera de 100
piastres (25 fr.) par mois ; sur les habillements, la fourniture des
livres, instruments, papier et ustensiles, le tout à la charge du
gouvernement.
L’article 14 établit des punitions graduelles suivant les fautes
commises ; mais il n’admet point les corrections corporelles.
15. — Un registre de conduite sera tenu où seront portées toutes les
punitions que les élèves pourront subir, afin d’être consulté en cas de
besoin.
L’article 16 institue un conseil d’études composé du directeur, du sous-
directeur, d’un professeur d’arabe, d’un professeur de turc, d’un
professeur de mathématiques, d’un officier chargé de l’enseignement
militaire, et d’un des professeurs de langue étrangère. Chacun des
professeurs sera nommé membre du conseil pendant trois mois, à tour de
rôle, afin qu’ils puissent tous participer à ce service honorable. Les
attributions de ce conseil seront principalement de délibérer sur tout
ce qui sera nécessaire à l’amélioration de l’école et à son progrès.
D’après l’article 17, il doit être rendu compte à S. A. le vice-roi de
toutes les délibérations qui auront pour but de proposer une
amélioration.
* * * * *
No 5.
(Livre II. — Chapitre I.)
CHEMIN DE FER.
* * * * *
=Correspondance du journal l’Isthme de Suez.=
S. A. le vice-roi a décidé, en mai 1855, que le chemin de fer existant
d’Alexandrie au Caire serait prolongé jusqu’à Suez, afin de compléter
ainsi une communication rapide entre la Méditerranée et la mer Rouge,
pour les voyageurs, les malles de l’Inde et les marchandises légères.
Les instructions du vice-roi, données à un de ses ingénieurs, M.
Mouchelet, chargé de ce travail, étaient celles-ci :
« Établir, dans le plus bref délai et avec le moins de dépense possible,
un chemin de fer direct entre le Caire et Suez par le désert ; épargner
autant que possible les propriétés particulières, et n’entamer sous
aucun prétexte ni maison ni propriété close. »
Le terrain entre le Caire et Suez, en suivant la ligne droite, offre les
particularités suivantes. Bien que le point de départ au Caire ne soit
que de 18 mètres plus élevé que le point d’arrivée à Suez, le désert
présente une vaste croupe de montagnes faisant suite au Mokattam, et
dont la base va mourir en s’arrondissant jusqu’aux terres cultivées de
l’Ouadée Toumilat, et à l’isthme, décrivant ainsi un grand arc du Caire
à Suez.
Le point culminant de cette croupe, que l’on franchit par son diamètre,
représenté par la route de poste actuelle, est situé aux deux tiers de
la distance vers Suez, par 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, et
devient ainsi un obstacle assez sérieux à l’exécution du chemin projeté.
Pour se conformer à ses instructions, l’ingénieur a dû recourir aux
dispositions suivantes :
1o Pour épargner les propriétés particulières, qui ont tant de valeur
dans les environs du Caire, que les prétentions des propriétaires
s’élèvent jusqu’à 60 bourses (7,500 fr.) par feddan (0h, 42c), sacrifier
la ligne droite et la diviser en quatre alignements reliés par des
courbes dont le rayon minimum est descendu jusqu’à 800 mètres pour celle
qui touche à la gare du Caire.
2o Pour économiser des terrassements considérables, sans s’éloigner trop
de la ligne droite, renoncer complétement aux lignes exclusivement de
niveau auxquelles les belles plaines de la basse Égypte s’étaient
prêtées admirablement pour l’établissement du chemin de fer d’Alexandrie
au Caire, et admettre des rampes et des pentes ordinairement de 0m,40 p.
100, mais qui atteignent un maximum de 0m,75 p. 100 pour franchir le
point culminant près de Gebel Awebet, sur une longueur d’environ deux
milles seulement.
La ligne du nouveau chemin de fer prend donc son origine à la gare du
Caire du chemin d’Alexandrie, se dégage des terres cultivées par le plus
court chemin possible (5 kilom.) de la gare au désert, où elle débouche
entre Assouah et Koubbé, à 1 kilomètre au nord de la route de poste,
sans avoir entamé ni une maison, ni un jardin, ni une sakié.
A partir de ce point, la ligne longe au nord-ouest les terres cultivées
des villages de Koubbé, Matarieh, Kafre Gamous, Birket el Haggi ; tourne
vers l’est, pour laisser au nord les dunes de Khanka, qu’elle suit
parallèlement à un kilomètre de distance. Elle côtoie ensuite au nord
les hauteurs de Bar el Beda, traverse l’Ouadée Jafra, à 10 kilomètres au
nord de la station no 8 de la route de poste, et atteint enfin le point
culminant d’Awebet par des rampes assez douces et séparées par des
lignes de niveau depuis le point de départ.
La ligne franchit ce sommet par un pli de terrain formant tête de deux
vallées dont la hauteur n’est que de 240 mètres au-dessus du niveau de
la mer, au lieu des 300 mètres que l’on trouvait par la route de poste,
d’où ce point est éloigné d’environ 15 kilomètres au nord.
La ligne descend alors vers Suez par une pente continue, en contournant
du nord à l’est les contre-forts d’Awebet, pour venir couper la route de
poste au fort d’Ageroude, poste no 14, et arriver à Suez, en se
développant dans cette large vallée par deux grandes courbes pour en
adoucir les pentes trop rapides vers Suez.
La longueur totale du chemin de fer de Suez est de 136 kilomètres (85
milles anglais).
Le chemin de fer n’a qu’une voie. La largeur de la chaussée est fixée à
4m,50 ; la hauteur maxima des remblais ne dépassera pas 8 mètres, et la
profondeur des tranchées 10 mètres.
Les rails employés sont à doubles champignons et pèsent 32 kilogr. 83,
le mètre courant, portant sur des coussinets-cloches en fonte, du poids
de 36 kilogr. ; la distance entre les supports est de 0m,90. Les
coussinets-cloches sont retenus, chaque deux distances, par une tringle
en fer plat qui les traverse et assure ainsi le parallélisme des rails.
Les rails sont joints à leur extrémité par des éclisses en fer, qui
préviennent le soulèvement inégal des bouts des rails et font un seul
rail de toute la ligne. Il est bien entendu que les trous des boulons
qui joignent les éclisses avec les rails ont assez de jeu pour faire la
part de la dilatation du rail par la chaleur ; il n’entre dans ce
système ni bois, ni pierre de taille, tout est fer et fonte.
Les ouvrages d’art consisteront en ponts tournants et fixes pour les
canaux du Caire ; un viaduc-citerne à l’Ouadée Jafra ; quelques buscs ou
aqueducs pour l’écoulement des eaux ; quatre stations dans le désert, et
une gare d’arrivée à Suez.
Tous ces travaux seront ajournés et remplacés provisoirement par des
ponts en charpente pour le passage des canaux établis sous des chemins
provisoires, suffisamment déviés de la ligne pour laisser libre
l’emplacement des fouilles des ouvrages à construire ; par des buscs en
bois pour l’écoulement des eaux, et enfin par des tentes pour les
stations.
Les ouvrages d’art ne seront exécutés qu’après la pose des rails jusqu’à
Suez, afin d’utiliser la voie achevée au transport à pied d’œuvre des
matériaux nécessaires à ces diverses constructions.
Ce système, consistant à négliger toutes les constructions pour ne les
élever d’une manière incontestablement plus économique qu’après
l’achèvement de la voie, a encore l’immense avantage de pouvoir utiliser
le chemin de fer au moins un an plus tôt pour le transport de la malle
de l’Inde du Caire à Suez, et de supprimer en même temps les frais
énormes de la route de poste actuelle.
Les travaux de terrassement du chemin de fer de Suez, commencés en
septembre 1855 avec quelques centaines d’hommes dont le nombre n’a
jamais dépassé 1,000 ou 1,200, n’avaient pas été poussés jusqu’à présent
avec une grande activité.
Les propriétés à ménager, qu’on n’attaquait qu’après l’enlèvement des
récoltes, les travaux d’agriculture et le curage habituel des canaux, le
curage à fond du canal Mahmoudieh qui à lui seul a occupé 115,000
hommes, et l’interruption des travaux pendant tout le mois de ramadan,
sont les causes qui ont empêché d’imprimer à ce travail toute la
promptitude d’exécution dont il était susceptible.
Cependant le premier rail fut posé le 1er janvier 1856.
Aujourd’hui les terrassements sont terminés sur 8 milles de longueur (13
kilomètres), et les rails posés sur 6 milles (9 kilom. 1/2) ; une
locomotive fonctionne déjà sur le chemin pour le transport du matériel
et l’alimentation d’eau et de vivres pour les ouvriers dans le désert.
Les travaux restant à faire consistent en 2,500,000 mètres cubes de
terrassements et 79 milles de longueur de rails à poser ; et d’après les
calculs de l’ingénieur, il faut, pour terminer dans un an, 4,000
ouvriers effectifs.
S. A. le vice-roi, qui a résolu de finir le chemin de fer dans un an, a
bien voulu accorder ce nombre, et vient aujourd’hui même de prendre les
mesures les plus vigoureuses pour imprimer au travail toute l’activité
désirable. Elle a assemblé les moudirs et leur a intimé l’ordre de
porter à 7,000 hommes le nombre des travailleurs demandés, de se rendre
de leur personne sur les lieux, et de stimuler de leur présence le zèle
des travailleurs.
Les 2,500,000 mètres cubes restant à faire vont être répartis entre tous
les travailleurs, à raison de 2 mètres cubes par homme. Chaque province
recevra la tâche qu’elle devra accomplir en raison de son contingent ;
il sera donc de son intérêt de fournir le plus d’hommes possible pour
être libérée plus tôt.
Les poseurs de rails, mis également à la tâche, se sont engagés à poser
plus de 2 milles de longueur par semaine.
Tous les travailleurs se trouveront réunis sur un seul point formant
trois ateliers :
1o Les terrassiers exécutant la chaussée, toujours un mille en avant des
poseurs ;
2o Les poseurs couvrant de rails la chaussée faite, au fur et à mesure
de son avancement ;
3o La locomotive remorquant un train jusqu’à la fin des rails posés,
pour alimenter les travailleurs de matériel, de vivres et d’eau.
Les hommes se réunissent ; avant huit jours ils seront au complet. Les
travaux vont être poussés avec vigueur, et tout fait espérer qu’avant un
an les voyageurs et la malle de l’Inde pourront parvenir du Caire à Suez
en trois heures par la nouvelle voie ferrée.
Le télégraphe électrique du Caire à Suez, posé le long du chemin de fer,
est achevé jusqu’à Suez et vient de fonctionner pour la première fois.
Le Caire, août 1856.
* * * * *
=Correspondance particulière de l’Isthme de Suez.=
Alexandrie, 5 août 1856.
Les travaux du chemin de fer du Caire à Suez vont être poussés avec la
plus grande activité. S. A. le vice-roi a donné personnellement les
ordres les plus précis ; les moudirs ou préfets, rassemblés près de lui,
ont reçu des instructions pour le contingent d’hommes qu’ils auront à
fournir. Le nombre des ouvriers sera quadruplé au moins, et dans un an
tout au plus les travaux seront complétement finis. Il y a beaucoup plus
de difficultés entre le Caire et Suez qu’entre le Caire et Alexandrie.
Le point culminant du chemin n’est pas à moins de 240 mètres au-dessus
du niveau de la mer. C’est une pente assez forte à racheter sur une
longueur totale de 136 kilomètres. La voie est unique, du moins pour le
premier établissement. Les remblais ont au maximum 8 mètres ; la
profondeur des tranchées ne va pas au delà de 10 ; on n’a employé ni
bois, ni pierres de taille. Il y aura quatre stations dans le désert,
sans compter la gare de Suez. Les ouvrages d’art sont peu nombreux, et
on ne les achèvera qu’après la voie elle-même.
En prenant toutes ces dispositions, l’ouverture du chemin de fer sera
certainement avancée d’un an, si on calcule d’après ce qui s’est fait
depuis le 1er janvier de cette année. Cette rapidité d’exécution sera un
grand avantage pour la malle des Indes, qui est extrêmement coûteuse et
qui n’est pas toujours très-bien servie. Le transit n’est ni très-
commode ni très-régulier, malgré les sommes qu’on y consacre.
En attendant, le télégraphe électrique entre Suez et le Caire est
terminé ; et comme il l’était déjà entre le Caire et Alexandrie, la
ligne se trouve actuellement complète. On a pu commencer à transmettre
quelques dépêches. C’est chose vraiment curieuse de voir que, grâce aux
progrès de l’industrie, le désert est aujourd’hui aussi bien doté que
les contrées les plus populeuses.
* * * * *
=Extrait du journal des Débats du 26 novembre 1857.=
Nous avons quelques mots encore à dire sur Suez ; non pour entretenir à
nouveau le public de l’importance promise au futur canal des Deux-Mers :
c’est chose si bien établie, si bien démontrée, qu’il serait surabondant
d’en reparler. Nous désirons seulement indiquer, d’après des sources
récentes et sûres, ce qu’a été en 1856 et durant la présente année le
mouvement commercial de ce port, embryon aujourd’hui, qui, pour nos
fils, sinon pour nous, sera géant demain.
Suez n’a encore ni son canal maritime ni même le parcours complet du
chemin de fer qui doit l’unir à la métropole de l’Égypte, et cependant
ce petit port, perdu pour ainsi dire dans les sables du désert, au fond
d’un golfe d’accès difficile, savez-vous ce qu’il faisait d’échanges
l’an dernier ? 65 millions 334,938 fr., dont, il est vrai, 40 millions
représentaient le transit en marchandises d’Europe en Asie, et
réciproquement. Que de cités maritimes importantes, dans nos mers
d’Occident, sont loin d’effectuer un pareil mouvement de transactions !
Mais ce qui caractérise les opérations du port de Suez, ce n’est pas
précisément l’échange des marchandises, c’est le transit immense, sans
cesse croissant, du numéraire, dont il est la route, transit où ne se
trouve pas compris, bien entendu, le chiffre donné plus haut de 65
millions. Il faut savoir qu’en espèces, ou plutôt en métaux précieux,
lingots ou monnaies, en argent surtout, il est passé par Suez, en 1856,
51,568 caisses contenant 463 millions 432,500 fr. Ce sont les pièces de
5 fr. des pays d’Europe qui, expédiées de Southampton, de Marseille,
d’Anvers, de Trieste, etc., s’en vont ainsi, à la faveur du change,
solder les soies, l’indigo, le thé, le café, les cotons, le tombac, le
henné, les tapis, le camphre, les essences, l’écaille et mille autres
produits de l’Arabie, de la Perse, de la Chine et de l’Inde, pays dont
la consommation en articles d’Europe ne s’accroît malheureusement pas,
tant s’en faut, aussi rapidement que l’ont fait depuis quelques années
les achats d’Europe en articles de l’Inde. — Suez, il y a trois ans, ne
transitait encore que 15,337 caisses d’espèces (moins que le tiers de
l’an dernier) ; ses opérations sur marchandises n’excédaient pas 36
millions de francs ; le nombre de ses passagers n’allait pas au delà de
17 ou 18,000 ; son mouvement maritime enfin ne dépassait pas un va et
vient de 400 navires et de 80,000 tonneaux. En 1856, les transports ont
compté 596 bâtiments et 118,980 tonnes, plus 22,235 passagers.
L’accroissement ne laisse pas que d’être remarquable : on va voir qu’il
a été plus sensible encore en 1857.
Durant les six premiers mois de cet exercice, le commerce de Suez a,
d’après les _Annales du Commerce extérieur_, atteint :
En marchandises 65,206,000 fr.
En espèces 255,198,000
---------------
Total 320,404,000 fr.
Ainsi, en marchandises, le mouvement des six mois égale celui de toute
l’année précédente, en espèces, il dépasse de beaucoup la moitié. Sur
les 65 millions de francs spéciaux aux échanges, 45 environ avaient pour
provenance ou destination l’Angleterre ; 15, Marseille, et 5 le commerce
propre de Suez, celui que dessert la faible et insuffisante marine des
Arabes.