Il semble que la révolution de France ait redoublé leurs fureurs contre

les Français. Il est certain qu’elles ont, depuis cette époque, surpassé

toutes les idées qu’on en avait. Toute la correspondance d’Égypte,

pendant ces dernières années, prouve en effet que les agents

d’Angleterre, d’empire de Venise, etc., provoquaient contre nos

compatriotes la tyrannie des beys.

Ce n’est qu’à cette cause qu’on peut attribuer les imprécations vomies,

en mille occasions, par les beys contre nous et notre gouvernement. Ils

s’attachaient à humilier, en toute occasion, nos nationaux. Ils ont eu

en 1793, époque remarquable, l’insolence d’en faire arrêter trois, parmi

lesquels ils avaient compris Réal, frère du patriote Réal que les beys

croyaient membre de l’_infâme Convention nationale_. C’est ainsi qu’ils

désignaient cette assemblée.

Ces vils tyrans n’ont que de l’arrogance. Elle s’est considérablement

accrue par les arrangements auxquels les circonstances nous ont forcés.

Mais l’heure de leur châtiment approche ; le Directoire exécutif ne peut

plus le différer. La dignité nationale, audacieusement outragée,

réclamerait la vengeance la plus éclatante, quand même il ne serait pas

question d’arracher aux beys la restitution des sommes considérables

qu’ils ont volées à nos négociants.

En vengeant les injures faites à la République, le Directoire exécutif

délivrera les habitants de l’Égypte du joug odieux sous lequel ils

gémissent. Il est impossible de se faire une idée exacte de l’affreuse

tyrannie qui pèse sur eux.

Le sort du cultivateur est le plus misérable qu’il y ait sur la terre.

Pour tout fruit de ses travaux d’une année, il n’a que du pain de maïs,

une chemise bleue et une cabane d’argile sans aucun meuble. La moindre

faute est punie par la bastonnade. Ce peuple abhorre ses tyrans, mais il

n’a pas assez d’énergie pour en secouer le joug. Il bénira les Français

qui l’en délivreront.

Les voies de négociation, les moyens palliatifs ne peuvent absolument

convenir. Nos envoyés à Constantinople ont vainement sollicité de la

Porte des ordres, ils ont été ou refusés ou impuissants. En l’an III, le

comte Verninac envoya un agent au Caire, il entra en négociation avec

les beys et fit avec eux un arrangement pour le remboursement d’une

partie des sommes qu’ils devaient. Cet arrangement n’a eu aucun effet,

et, quelques mois après, les beys commirent envers les Français de

nouvelles avanies.

Ainsi le Directoire exécutif doit recourir à la force des armes. Il n’y

a que ce moyen d’amener les beys au respect dû à la République

française.

Avant d’examiner ceux d’exécution, je dois exposer succinctement au

Directoire exécutif quelles sont les productions de l’Égypte et quel est

son commerce.

Située entre les 30 et 20 degrés de latitude nord, l’Égypte réunit les

avantages des climats les plus fortunés du globe. Elle fournit à la fois

et les productions les plus précieuses de l’Afrique et celles de

l’Europe et de l’Amérique. Les grains et les légumes y sont de la plus

grande abondance. Il y croît le plus beau riz du monde. Le lin et le

coton y sont abondants. Le saffranon, qui sert aux teintures, ne se

trouve que dans cette contrée. Le sucre y est très-beau, le café s’y

naturaliserait très-bien. On y recueillerait des soies superbes, si on y

favorisait les plantations de mûriers.

L’Égypte semble être, par sa position géographique, le centre naturel du

commerce de trois des quatre parties du monde. Comme partie de

l’Afrique, elle reçoit des caravanes de nègres qui lui apportent la

gomme arabique, les dents d’éléphant, les plumes d’autruche, la poudre

d’or.

Elle commerce avec tous les peuples septentrionaux de l’Afrique, depuis

Maroc jusqu’à Derne : avec l’Europe n’étant qu’à 600 lieues des ports de

France, d’Espagne et d’Italie : avec la Turquie et l’Archipel grec, avec

la Syrie à laquelle elle touche. La mer Rouge lui ouvre une

communication facile avec Djedda, l’Hiemen et l’Inde.

Il est douloureux de penser que tant de moyens de richesses et de

propriétés soient inutiles et que les habitants du pays qui les

possèdent soient les plus misérables de la terre.

Mais s’il passait dans les mains d’un gouvernement sage et éclairé, le

plus heureux changement s’y opérerait bientôt.

On ne peut en effet calculer les avantages immenses que la _grande

nation_ retirerait de cette contrée ; en assurant la propriété du

cultivateur, la population deviendrait plus nombreuse, et les

productions du sol et de l’industrie bien plus abondantes. Tous les

négociants, certains de n’être pas troublés dans le développement de

leur industrie et de jouir en paix et avec sécurité des fruits de leurs

spéculations ou de leurs travaux, s’empresseraient de s’établir sur

cette terre que la nature a tant favorisée. Le commerce de l’Inde

quitterait insensiblement la route longue et dispendieuse du cap de

Bonne-Espérance pour suivre celle de Suez. Les douanes, qui seraient

établies aux entrées de l’Égypte, et les impositions territoriales

rendraient à la République des sommes considérables.

Le résultat de cette révolution serait tout en faveur de la République,

parce qu’elle est, par sa position géographique, sa population, le génie

et l’activité de la nation, celle de toutes les puissances qui peut en

recueillir le plus de fruit.

Beaucoup d’objections pourront être faites contre le projet d’invasion,

on fera valoir notre _injustice_ envers la Porte en attaquant ses

propriétés, la perte de notre commerce du Levant, la guerre que le Grand

Seigneur peut nous déclarer ou celle qu’il peut nous susciter de la part

de diverses puissances de l’Europe.

Je vais répondre à ces objections et rassurer le Directoire exécutif, si

elles avaient fait impression sur son esprit.

S’il pouvait y avoir de l’_injustice_ dans notre invasion en Égypte, il

faudrait en attribuer la cause à la conduite de la Porte, qui depuis

cinq ans nous laisse opprimer, vexer, piller, humilier dans tous les

pays de sa dépendance, sans nous procurer les réparations que le droit

des gens et nos capitulations exigent.

Croirait-elle que le Directoire exécutif n’est pas instruit qu’elle a

souffert que les Anglais nous aient déprédé impunément une frégate dans

le port de Miconi ? qu’il ignore comment le _pacha Dgezzar_ a traité et

rançonné nos compatriotes en Syrie ? qu’il ne sait pas la conduite

insolente des beys d’Égypte à notre égard ?

Mais quand la Porte croirait que le Directoire n’est pas instruit de ces

faits, et qu’il ignore la violation ouverte de nos capitulations dans

tous les lieux de l’Empire Ottoman, peut-elle supposer qu’il ne se

rappelle plus de l’événement déplorable et désastreux arrivé à Smyrne le

25 ventôse de l’an V, dans lequel toutes les propriétés de nos

compatriotes ont été incendiées ou pillées ? Ces infortunés sont, depuis

cette époque, réduits à l’état le plus misérable ; non-seulement la

Porte a refusé les justes indemnités sollicitées par notre ambassadeur,

mais même les auteurs de ces forfaits inouïs n’ont pas été punis.

Enfin, pour combler la mesure de nos griefs légitimes contre la Porte,

un officier marinier de la frégate _la Brune_, en station à Smyrne, y a

été tué, le 12 frimaire dernier, par un Turc, en plein jour et dans la

rue, sans que ni le _cadi_ ni le _mollah_ aient voulu seulement faire

arrêter l’assassin.

Après de tels procédés, pourrait-on reprocher de l’_injustice_ au

gouvernement français ? Sa patience ne doit-elle pas être épuisée ? Plus

de délais dans sa juste vengeance le feraient taxer de faiblesse. Il

faut donc bien qu’il se procure une justice qui lui a été constamment

refusée.

La perte de notre commerce du Levant ne peut être une considération

assez puissante pour le Directoire. D’ailleurs ce commerce est presque

perdu pour nous, même après la paix. Les nations étrangères s’en sont

emparées. Elles ont profité de l’interruption que nous avons été forcés

d’y mettre pour établir des manufactures de draps, et autres objets qui

portent le plus grand coup aux nôtres. Si nous enrichissons le peuple

d’Égypte, ses consommations augmenteront considérablement, et nous

réparerons dans cette possession ce que nous pourrons perdre en Turquie.

Quant à la guerre que la Porte peut nous faire, je ne crains pas

d’assurer que ce serait ce qui pourrait lui arriver de plus funeste, et

qu’elle ne s’y déterminera jamais. Notre voisinage de la Morée, de la

Macédoine et de l’Albanie, où son autorité est si chancelante et où les

esprits sont en fermentation, l’empêchera d’adopter une pareille

résolution. Elle sentira que, dès le premier jour de la déclaration de

guerre, ces trois provinces sont perdues pour elle, par la liberté et

les armes qui seraient rendus aux Grecs.

Cependant, je ne dis pas qu’il faille rompre avec la Porte. Je pense, au

contraire, que l’invasion en Égypte doit être accompagnée de l’envoi, à

Constantinople, d’un négociateur qui ait toute la dextérité et toute la

fermeté convenables dans une telle circonstance, et qui soit porteur

d’instructions rédigées avec maturité. Je ne regarde pas cette

négociation comme devant être infructueuse. J’ai en vue des moyens de

succès qui seront présentés, dans le temps opportun, au Directoire

exécutif.

* * * * *

No 2.

(Livre I. — Chapitre I.)

ORGANISATION ADMINISTRATIVE ET JUDICIAIRE.

* * * * *

=Correspondance du journal l’Isthme de Suez.=

Alexandrie, 21 octobre 1856.

Son Altesse vient de prendre une grande mesure de gouvernement, dont

j’aurai à vous entretenir plus tard : c’est l’institution d’un conseil

d’État, composé de vingt-quatre personnes choisies parmi tout ce que

l’Égypte compte de plus intelligent et de plus expérimenté. Ce serait un

secours puissant pour l’administration, et le vice-roi trouverait sans

doute de nouveaux moyens de faire plus complétement encore tout le bien

qu’il désire.

Alexandrie, 20 janvier 1857.

Un ordre du vice-roi est arrivé au grand Conseil du Caire. Son Altesse

nomme douze cheiks-el-beled (chefs de village), pour faire dorénavant

partie dudit Conseil, et il leur donne le grade de beys (colonels). Il

fait entrer en même temps dans le Conseil quatre ulémas (chefs de

religion). Ce sont là de supérieurs et hauts fonctionnaires qui avaient

accompagné le vice-roi et qui ont reçu l’ordre de rentrer au Caire. Nous

espérons que S. A. le vice-roi ainsi que M. de Lesseps, après un très-

court séjour à Kartoum, suivront de près les personnages en question.

* * * * *

Voici le texte de la circulaire par laquelle S. A. le vice-roi a fait

connaître aux consuls généraux des diverses nations l’organisation

nouvelle du ministère égyptien :

_Ministère des affaires étrangères._ — No 44.

Caire, 26 février 1857.

Monsieur le consul général,

Le vice-roi, ayant à cœur de pourvoir à la prompte et régulière

expédition des affaires, et désirant introduire à cet effet dans les

diverses branches du service public les améliorations dont l’expérience

a pu lui faire reconnaître l’opportunité, a jugé à propos d’arrêter les

bases d’une nouvelle organisation administrative.

Par décret de ce jour, Son Altesse a institué trois départements

ministériels qui, chacun dans le cercle de ses attributions, auront sous

la haute direction du vice-roi l’examen et la direction des affaires qui

se rattachent à l’administration de l’Égypte. Ces départements sont : le

ministère de l’intérieur, celui des finances et celui de la guerre.

Le ministre des affaires étrangères continuera à servir d’intermédiaire

pour les communications officielles qui ont lieu entre messieurs les

consuls généraux et le gouvernement de Son Altesse.

Le prince Achmet-Pacha est nommé ministre de l’intérieur ;

Le prince Moustapha-Bey, ministre des finances ;

Le prince Halim-Pacha, ministre de la guerre.

Le conseil civil reste chargé, sous la présidence du prince Ismaïl-

Pacha, de la solution des affaires judiciaires et contentieuses, ainsi

que de l’élaboration des règlements généraux d’administration. Les

ministres et le président du conseil civil se réuniront en conseil une

fois par semaine, et plus, s’il est nécessaire, sous la présidence du

prince Achmet-Pacha.

Telles sont, monsieur le consul général, dans leurs principaux détails

les modifications que Son Altesse a cru devoir apporter au régime

administratif actuel. Le vice-roi se plaît à penser qu’elles auront pour

effet d’assurer la bonne gestion des affaires du pays, objet constant de

ses efforts, et que vous y verrez par conséquent un nouveau témoignage

de sa sollicitude pour les grands intérêts qui relèvent du pouvoir

local.

Veuillez, etc.

Signé : Le ministre des affaires étrangères,

STEPHAN-BEY.

* * * * *

Alexandrie, 30 mai 1857.

Parmi les actes nombreux de générosité qui sont familiers au vice-roi,

je veux vous en citer deux qui témoignent de son esprit libéral et

exempt de préjugés.

Les religieuses du Bon Pasteur, qui se vouent, au Caire, à l’éducation

des jeunes filles, élèvent et entretiennent chaque année gratuitement

dans leur maison, soixante jeunes orphelines, toutes indigènes, de

toutes religions : musulmanes, israélites, protestantes, grecques,

catholiques, etc., etc. C’est une charge bien lourde pour ces bonnes

sœurs, qui, afin de pouvoir continuer leur œuvre, ont adressé une

pétition à Son Altesse, pour demander un ardeb de blé par an par chacune

des soixante orphelines en question. D’autres respectables sœurs de

charité, à Alexandrie, ont ouvert une pharmacie où elles distribuent

gratuitement à toute personne indigente malade, sans se préoccuper de sa

religion, les médicaments nécessaires à sa guérison. On calcule que cent

cinquante à deux cents malades, la plupart indigènes, sont ainsi

secourus chaque jour. C’est une somme de 5,000 fr. environ par an que

les sœurs de charité dépensent en achats de médicaments ; elles avaient

également adressé à Son Altesse une pétition pour solliciter cette

subvention.

Le vice-roi a accordé ces deux faveurs avec le plus gracieux

empressement, et ces nouveaux traits font honneur à ses sentiments

d’humanité et de tolérance religieuse.

* * * * *

No 3.

(Livre I. — Chapitre II.)

SERVICE MILITAIRE.

* * * * *

=Correspondance du journal l’Isthme de Suez.=

Alexandrie, 4-5 janvier 1857.

Depuis quelque temps, le vice-roi avait adopté pour son armée le costume

local, à pantalons larges, comme semblant plus convenable à ce climat,

et en outre comme étant celui auquel les Arabes sont accoutumés. Mais

cette mesure paraissant avoir été mal vue et mal interprétée à

Constantinople, Son Altesse s’est empressée, sur le rapport qui lui a

été fait, d’ordonner qu’à l’avenir le costume constantinopolitain serait

celui de l’armée égyptienne.

12,000 hommes de l’armée égyptienne, restée jusqu’à présent sur le pied

de guerre, viennent d’être licenciés et renvoyés dans leurs foyers.

C’est une grande et bonne mesure d’économie pour le trésor, et un

renfort de bras robustes donné à l’agriculture.

Alexandrie, 4 avril 1857.

Les travaux du camp fortifié près du barrage du Nil (Qualâat-Saïdiéh)

sont à peu près terminés, ou du moins les travaux d’art sont achevés. Il

ne reste plus que les terrassements, qu’on pourra pousser plus ou moins

activement, selon qu’on le voudra. Avec la multitude de bras dont on

dispose dans ce pays, il suffira de le vouloir pour que ces

terrassements soient faits en un clin d’œil. Les fellahs, comme vous

savez, sont fort habiles en ce genre.

Les populations se porteraient d’autant plus volontiers à ces travaux

qu’elles sont fort heureuses des sages mesures que S. A. le vice-roi

vient de prendre en ce qui concerne le service militaire. Il vient de

renvoyer presque tous les soldats dans leurs villages : c’est à la fois

une économie notable et bien entendue ; et de plus c’est la suite du

système par lequel le vice-roi essaye de lutter contre la répugnance que

les fellahs ont montrée jusqu’à présent contre le service militaire. Le

vice-roi a sur ce sujet des desseins fort arrêtés, et il ne les perd

jamais de vue. L’armée, du reste, n’est point désorganisée, comme on

s’est plu à le dire ; si les soldats manquent sous le drapeau, les

cadres n’en subsistent pas moins ; et avec la remarquable aptitude que

montre toute cette population pour les exercices du régiment, on aurait

bien vite refait les troupes et les forces nécessaires.

Voici quelques traits du système de Mohammed-Saïd. Il prend les hommes

très-jeunes, afin de les mieux former et de faire moins de vide dans les

familles. Il veut que tout le monde, sans exception, passe sous le

drapeau ; et il force les fils des cheiks à servir absolument comme les

autres ; le niveau est équitable et le même pour tous. C’est une égalité

fort louable, bien que les anciens privilégiés aient assez de peine à

s’y soumettre. Une fois au service, les soldats sont si bien traités

qu’il est impossible qu’ils ne s’y trouvent pas mieux que chez eux.

Enfin, pour dernier adoucissement, le temps du service est très-court,

tandis que jusqu’ici les malheureux qui ne pouvaient se soustraire au

service y étaient en quelque sorte condamnés à perpétuité. Désormais,

c’est une simple conscription dans le genre de la vôtre, et même plus

douce encore.

No 4.

(Livre I. — Chapitre VI.)

INSTRUCTION PUBLIQUE.

* * * * *

=Extrait du journal l’Isthme de Suez.=

Nous avons annoncé, dans un de nos derniers numéros, que S. A. le vice-

roi d’Égypte avait décidé, par un décret spécial, la réorganisation de

l’école de médecine. Dans la matinée du 10 septembre, c’est-à-dire moins

de trois mois après ce décret, la réouverture de l’école a eu lieu avec

une grande solennité. On s’était réuni à l’ancien hôpital de Caserlein,

qui est placé dans une situation magnifique sur les bords du Nil, et qui

servira provisoirement à l’école de médecine en attendant que le

Mabiadéh soit complétement disposé.

L’assemblée était présidée par S. E. Ethem-Pacha, qui a déjà si bien

mérité de l’instruction publique en Égypte. Les scheiks-ul-islam et les

ulémas en très-grand nombre étaient présents, pour démentir cette

prévention, si souvent exprimée contre eux, de vouloir empêcher au nom

de l’islamisme les progrès de la civilisation. Le corps consulaire était

au grand complet, et une foule de fonctionnaires se pressaient dans

l’enceinte. Dans toute cette assistance, on distinguait particulièrement

le docteur Clot-Bey, organisateur de la première école, il y a trente

ans, et le restaurateur de la seconde. Quand tout le monde fut réuni, S.

E. Ethem-Pacha invita toutes les personnes présentes à passer dans

l’amphithéâtre de l’école, où se trouvaient déjà rassemblés tous les

jeunes gens qui se destinent à être élèves, leurs futurs professeurs en

tête. Un des professeurs lut d’abord à ces jeunes gens la traduction

arabe du discours du docteur Clot-Bey, qui lui-même le lut ensuite en

français. Ce discours, remarquable à plus d’un titre, a été couvert

d’applaudissements. Profitant d’un moment de silence, le docteur Clot-

Bey, élevant la main, prononça ces mots à haute voix : « Messieurs, au

nom de S. A. le vice-roi, je proclame la réouverture de l’école de

médecine. » A ce moment, éclatèrent de la manière la plus vive la joie

et l’enthousiasme de tous les jeunes gens et de toutes les personnes

présentes, qui se félicitaient hautement d’un si heureux événement.

Nous avons déjà fait connaître que le docteur Clot-Bey a été chargé par

le vice-roi de la réorganisation du service médical civil et militaire,

et de la reconstitution de l’école de médecine. Nous donnons plus loin

un aperçu des règlements et du programme d’études de cette école.

Aujourd’hui, l’enseignement et le service fonctionnent avec toute la

régularité désirable, et le docteur Clot-Bey est arrivé au terme de ses

travaux.

Avant son départ pour le Soudan, S. A. le vice-roi, en considération des

services passés et de ceux qui ont été rendus dernièrement à l’Égypte

par le docteur Clot-Bey, a voulu lui témoigner sa satisfaction, et il

l’a fait d’une manière toute royale en lui délivrant le firman dont nous

donnons ci-après la traduction, et en accordant, comme nous l’apprend

notre correspondant, 100,000 francs de dot à chacun de ses enfants. Il a

mis le comble à sa munificence en attachant au titre honorifique

d’inspecteur général de son service médical le traitement d’activité.

Nous ajouterons que, malgré le désir manifesté par Clot-Bey de

l’accompagner dans l’expédition du Soudan, Son Altesse, touchée de cet

acte de dévouement, n’a pas voulu en profiter. Elle a dispensé M. Clot-

Bey de ce voyage avec autant de délicatesse que de bienveillance, en lui

confiant la santé de son fils et celle de sa famille.

S. H. le Sultan, sur la demande de S. A. le vice-roi, a voulu donner de

son côté au docteur Clot-Bey un témoignage de haute considération, et

lui a conféré ces temps derniers le grade de commandeur de son ordre le

Métidjé.

=FIRMAN.=

A Clot-Bey, la gloire des hauts dignitaires, le possesseur du rang et de

la considération, auquel vient d’être conféré le titre honorifique

d’inspecteur général du service médical civil et militaire.

Considérant (ainsi qu’il est à la connaissance de tout le monde) que

durant trente années vous avez exercé la médecine avec un zèle, une

habileté et une loyauté qui ne laissaient rien à désirer, et que,

surtout depuis la fondation de l’école de médecine, vous avez consacré

tous vos efforts et voué toute votre sollicitude à former un grand

nombre d’élèves.

Eu égard aux soins éclairés, assidus et dévoués que vous avez donnés à

feu mon père ; eu égard aux nombreux et importants services que vous

avez rendus à l’Égypte, services qui méritent d’être reconnus et

appréciés, et dont il est juste de consacrer et de perpétuer le

souvenir, j’ai voulu vous donner un témoignage public de ma haute

satisfaction en même temps qu’une preuve de ma gratitude particulière

pour vos services précités, en ajoutant encore au rang et la

considération dont vous jouissez.

A cet effet, je remets entre vos mains le présent firman, qui vous

confère le titre d’inspecteur général honoraire du service médical civil

et militaire.

Le 9 rabbi-evvel 1273.

MOHAMMED-SAÏD-PACHA.

* * * * *

=Règlement pour l’organisation de l’Ecole de médecine du Caire.=

Ce règlement a été préparé par le docteur Clot-Bey. Il a été soumis au

conseil supérieur de santé, qui, après l’avoir examiné et discuté, l’a

adopté dans toutes ses parties.

Les trois objets principaux dont il s’occupe sont :

Le mode de direction, d’administration et d’enseignement de l’école ;

La composition et la distribution de l’enseignement ;

Le mode d’admission, le traitement et la discipline intérieure des

élèves.

Sous la surveillance et le contrôle du conseil supérieur de santé, le

gouvernement de l’école est divisé en deux directions, la direction

médicale et la direction pharmaceutique.

Le médecin en chef et le pharmacien en chef ont la direction supérieure

de l’enseignement, la charge de veiller à l’exécution des règlements,

etc., chacun en ce qui concerne sa spécialité.

Ils ont sous leurs ordres un sous-directeur égyptien chargé des détails

du service journalier.

Un conseil d’instruction, composé de tous les professeurs titulaires

nationaux ou étrangers, s’assemble une fois par mois au moins et

plusieurs fois s’il y a lieu. Il a pour mission le maintien de l’ordre,

de la discipline et de la régularité des cours, l’exécution du

programme, la pratique des exercices et du travail.

Il a également pour objet de réunir les professeurs en délibération

commune et régulière, sur les améliorations à introduire dans les cours,

dans le service, sur l’observation et la nature des maladies régnantes,

sur le traitement des malades.

Toutes ses délibérations seront inscrites sur un registre toujours

ouvert à l’autorité administrative et au conseil supérieur de santé.

Les directeurs, sous-directeurs, professeurs et autres fonctionnaires,

seront nommés par le vice-roi, sur la proposition du conseil de santé.

On aperçoit là, dès à présent, les germes d’institutions bien neuves en

Orient. La direction effective mêlée à la délibération commune et

indépendante, le principe électif exercé par les plus capables de

discerner et de choisir.

L’enseignement est partagé en deux branches :

L’enseignement médical, l’enseignement pharmaceutique.

A ces deux enseignements se joindra en outre un enseignement accessoire.

L'Égypte contemporaine de Méhémet-Ali à Saïd Pacha · 第 13 / 23 段