XIV

Nous débarquons encore une fois là-bas, sur cette petite place d'Eyoub

que demain je ne verrai plus.

Nous avions voulu jeter ensemble un dernier coup d'oeil à notre demeure.

L'entrée en était encombrée de caisses et de paquets, et il y faisait

déjà nuit. Achmet découvrit dans un coin une vieille lanterne qu'il

promena tristement dans notre chambre vide. J'avais hâte de partir: je

pris Aziyadé par la main et l'entraînai dehors.

Le ciel était toujours étrangement noir, menaçant d'un déluge; les cases

et les pavés se détachaient en clair sur ce ciel, bien que noirs par

eux-mêmes. La rue était déserte et balayée par des rafales qui faisaient

tout trembler; deux femmes turques étaient blotties dans une porte et

nous examinaient curieusement. Je tournai la tête pour voir encore cette

demeure où je ne devais plus revenir, jeter un coup d'oeil dernier sur

ce coin de la terre où j'avais trouvé un peu de bonheur ...

Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877. · 第 161 / 190 题