Achmet aura mission de me transmettre les lettres d'Aziyadé et de lui
faire passer les miennes, voie de Kadidja, et il me faut une provision
d'enveloppes à son adresse.
Or, Achmet ne sait point écrire, ni lui ni personne de sa famille;
Aziyadé écrit trop mal pour affronter la poste, et nous voilà tous les
trois assis sous la tente de l'écrivain public, faisant vignette
d'Orient.
C'est très compliqué, l'adresse d'Achmet, et cela tient huit lignes:
"À Achmet, fils d'Ibrahim, qui demeure à Yedi-Koulé, dans une traverse
donnant sur Arabahdjilar-Malessi, près de la mosquée. C'est la troisième
maison après un tutundji, et à côté il y a une vieille Arménienne qui
vend des remèdes, et, en face, un derviche."
Aziyadé fait confectionner huit enveloppes semblables, qu'elle paye de
son argent, huit piastres blanches; après quoi, il lui faut de ma part
le serment de m'en servir.
Elle cache sous son yachmak ses yeux pleins de larmes: ce serment ne la
rassure pas. D'abord, comment admettre qu'un papier parti tout seul de
si loin puisse lui arriver jamais? Et puis elle sait bien, elle,
qu'avant longtemps, " Aziyadé sera oubliée pour toujours "!