Le lendemain, c'était le jour de tout arracher, de tout démolir, dans
cette chère petite case, meublée peu à peu avec amour, où chaque objet
nous rappelait un souvenir.
Deux _hamals_ que j'avais enrôlés pour cette besogne étaient là,
attendant mes ordres pour s'y mettre; j'imaginai de les envoyer dîner
pour gagner du temps et retarder cette destruction.
--Loti, dit Achmet, pourquoi ne dessines-tu pas ta chambre? Après les
années, quand la vieillesse sera venue, tu la regarderas et tu te
souviendras de nous.
Et j'employai cette dernière heure à dessiner ma chambre turque. Les
années auront du mal à effacer le charme de ces souvenirs.
Quand Aziyadé vint, elle trouva des murailles nues, et tout en désarroi;
c'était le commencement de la fin. Plus que des caisses, des paquets et
du désordre; les aspects qu'elle avait aimés étaient détruits pour
toujours. Les nattes blanches qui couvraient les planches, les tapis sur
lesquels on se promenait nu-pieds, étaient partis chez les juifs, tout
avait repris l'air triste et misérable.
Aziyadé entra presque gaie, s'étant monté la tête avec je ne sais quoi;
elle ne put cependant supporter l'aspect de cette chambre dénudée, et
fondit en larmes.