D'Ismidt à Taouchandjil, de Taouchandjil à Kara-Moussar, deuxième étape
où la pluie nous prend.
De Kara-Moussar à Nicée (Isnik), course à cheval dans des montagnes
sombres, par temps de neige; l'hiver est revenu. Course semée de
péripéties, un certain Ismaël, accompagné de trois zéibeks armés
jusqu'aux dents, ayant eu l'intention de nous dévaliser. L'affaire
s'arrange pour le mieux, grâce à une rencontre inattendue de
bachibozouks, et nous arrivons à Nicée, crottés seulement. Je présente
avec assurance mon passeport de sujet ottoman, fabrique du pacha
d'Ismidt; l'autorité, malgré mon langage encore hésitant, se laisse
prendre à mon chapelet et à mon costume; me voilà pour tout de bon un
indiscutable effendi.
À Nicée, de vieux sanctuaires chrétiens des premiers siècles, une
Aya-Sophia (Sainte-Sophie), soeur aînée de nos plus anciennes églises
d'Occident. Encore des montreurs d'ours pour compagnons de chambrée.
Nous voulions rentrer par Brousse et Moudania; l'argent étant venu à
manquer, nous retournons à Kara-Moussar, où nos dernières piastres
passent à déjeuner. Nous tenons conseil, duquel conseil il résulte que
je donne ma chemise à Achmet, qui va la vendre. Cet argent suffit à
payer notre retour et nous nous embarquons le coeur léger, et la bourse
aussi.
Nous voyons reparaître Stamboul avec joie. Ces quelques journées y ont
changé l'aspect de la nature; de nouvelles plantes ont poussé sur le
toit de ma case; toute une nichée de petits chiens, dernièrement nés sur
le seuil de ma porte, commencent à japer et à remuer la queue; leur
maman nous fait grand accueil.