Le soir d'après, nous arrivons à Ismidt (Nicomédie) à la nuit tombante.
Nous étions sans passeport et on nous arrête. Certain pacha est assez
complaisant pour nous en fabriquer deux de fantaisie, et, après de longs
pourparlers, nous réussissons à ne pas coucher au poste. Nos chevaux
cependant sont saisis et dorment en fourrière.
Ismidt est une grande ville turque, assez civilisée, située au bord d'un
golfe admirable; les bazars y sont animés et pittoresques. Il est
interdit aux habitants de se promener après huit heures du soir, même en
compagnie d'une lanterne.
J'ai bon souvenir de la matinée que nous passâmes dans ce pays, une
première matinée de printemps, avec un soleil déjà chaud, dans un beau
ciel bleu. Bien rassasiés tous deux d'un bon déjeuner de paysans, bien
frais et dispos, et nos papiers en règle, nous commençons l'ascension
d'Orkhan-djiami. Nous grimpons par de petites rues pleines d'herbes
folles, aussi raides que des sentiers de chèvre. Les papillons se
promènent et les insectes bourdonnent; les oiseaux chantent le
printemps, et la brise est tiède. Les vieilles cases de bois, caduques
et biscornues, sont peintes de fleurs et d'arabesques; les cigognes
nichent partout sur les toits, avec tant de sans-gêne que leurs
constructions empêchent plusieurs particuliers d'ouvrir leurs fenêtres.
Du haut de la djiami d'Orkhan, la vue plane sur le golfe d'Ismidt aux
eaux bleues, sur les fertiles plaines d'Asie, et sur l'Olympe de Brousse
qui dresse là-haut tout au loin sa grande cime neigeuse.