VII

Qui me rendra ma vie d'Orient, ma vie libre et en plein air, mes longues

promenades sans but, et le tapage de Stamboul?

Partir le matin de l'Atmeïdan, pour aboutir la nuit à Eyoub; faire, un

chapelet à la main, la tournée des mosquées; s'arrêter à tous les

cafedjis, aux turbés, aux mausolées, aux bains et sur les places; boire

le café de Turquie dans les microscopiques tasses bleues à pied de

cuivre; s'asseoir au soleil, et s'étourdir doucement à la fumée d'un

narguilhé; causer avec les derviches ou les passants; être soi-même une

partie de ce tableau plein de mouvement et de lumière; être libre,

insouciant et inconnu; et penser qu'au logis la bien-aimée vous attendra

le soir.

Quel charmant petit compagnon de route que mon ami Achmet, gai ou

rêveur, homme du peuple et poétique à l'excès, riant à tout bout de

champ et dévoué jusqu'à la mort!

Le tableau s'assombrit à mesure qu'on s'enfonce dans le vieux Stamboul,

qu'on s'approche du saint quartier d'Eyoub et des grands cimetières.

Encore des échappées sur la nappe bleue de Marmara, les îles ou les

montagnes d'Asie, mais les passants rares et les cases tristes;--un

sceau de vétusté et de mystère,--et les objets extérieurs racontant

les histoires farouches de la vieille Turquie.

Il est nuit close, le plus souvent, quand nous arrivons à Eyoub, après

avoir dîné n'importe où, dans quelqu'une de ces petites échoppes turques

où Achmet vérifie lui-même la propreté des ingrédients et en surveille

la préparation.

Nous allumons nos lanternes pour rejoindre le logis,--ce petit logis

si perdu et si paisible, dont l'éloignement même est un des charmes.

Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877. · 第 77 / 190 题