Partout, la jeunesse scolaire est sujette à des accès plus ou moins
aigus d'une fièvre spéciale qu'on pourrait appeler la fièvre de
l'indépendance; l'Allemagne elle-même, ce pays de discipline, ne jouit
point à cet égard d'un privilège d'exception. C'est ainsi que,
dernièrement, une mutinerie éclatait à l'École polytechnique de
Charlottenbourg, l'importante cité industrielle qui confine à Berlin
comme un vaste faubourg. Depuis quelque temps, les rapports étaient
tendus entre la direction de l'École et le comité de l'Association des
étudiants auquel on concédait, pour ses réunions, l'usage d'une certaine
salle de l'établissement. Le retrait de cette faveur fut décidé; mais,
le comité n'ayant tenu aucun compte des avertissements du proviseur, la
salle dut être fermée par ordre supérieur: d'où grande irritation et
protestations tumultueuses des étudiants. Ceux-ci, au nombre de
plusieurs centaines, se formèrent en colonne, puis parcoururent la
ville, arborant les divers attributs de leurs études, chantant à
tue-tête et conspuant avec véhémence les autorités responsables. En
somme, une de ces manifestations bruyantes où l'indignation des
protestataires ne va pas sans une gaieté toute juvénile.
[Illustration: Cortège des élèves mutinés de l'École polytechnique de
Charlottenbourg. _Phot. Berliner Ill. Ges._]
[Illustration: INAUGURATION A ROME DU MONUMENT DE VICTOR HUGO.-_Phot. Le
Lieure_.]