Je dois vous prévenir que sa force est _d'environ vingt-cinq mille

hommes de toutes armes_, _dont deux mille de cavalerie_, _trois

d'artillerie_, _mille des troupes du génie_, _dix-huit mille

d'infanterie_, et le reste d'administration, et autres individus

employés à la suite de l'armée. J'ai cru devoir vous faire connaître

de suite ce traité. J'ai profité du départ du citoyen Damas,

aide-de-camp du général en chef Kléber, qui se rend à Paris, porteur

des dépêches du Général en chef au Gouvernement. Je vous envoie le

commissaire des guerres Miot, qui pourra vous donner tous les

renseignemens nécessaires sur l'administration de l'armée. Il est à

même plus que personne de le faire.

L'armée, à son arrivée, aura besoin d'un habillement complet. Celui

qu'elle a reçu cette année ne peut lui être suffisant. La différence

des uniformes, la mauvaise qualité des draps, sont des motifs pressans

de lui en donner un autre. Le général Desaix devant partir sous peu

de temps, je profiterai de cette occasion pour vous faire connaître

les besoins de l'armée en tout genre.

J'ai l'honneur d'être, etc.

_Signé_ DAURE.

(Nº 12.) Au quartier général du Caire, 30 janvier 1800.

BAUDOT, AIDE-DE-CAMP, AU GÉNÉRAL EN CHEF KLÉBER.

MON GÉNÉRAL,

Le citoyen Hamelin part à l'instant pour se rendre à votre

quartier-général, avec l'aide-de-camp du général Dugua, qui vous porte

des dépêches: c'est, sans doute, pour presser la conclusion de la

spéculation commerciale qu'il vous a proposée, ce qui m'a engagé à

vous prévenir qu'il n'y a au Caire qu'un cri général contre un pareil

marché: on vous y donne comme intéressé, et on tient là-dessus des

propos fort infâmes. Le citoyen Hamelin veut, dit-on, gagner

Poussielgue pour vous parler en faveur du marché. Il doit même lui

avoir offert une prime en cas de réussite. J'étais ce matin chez le

général Dugua, lorsque le citoyen Hamelin y est entré. Le Général lui

a donné lecture de la lettre que la commission vous écrit à ce sujet.

Vous voyez vous-même qu'elle a composé avec sa façon de penser, et

qu'elle a profité de l'absence du citoyen Leroy pour ne point donner

d'avis, et vous laisser la responsabilité. Mon intention est de dire à

ceux qui pourront m'en parler, et je ne crois pas être blâmé de vous,

que l'objet proposé, intéressant l'armée, vous aviez voulu, pour

prouver combien ses intérêts vous sont chers, et ne pouvoir être

accusé par les malveillans de la moindre négligence, soumettre même

ceci à une commission, quoique votre opinion, fortement prononcée, fût

que vous ne vouliez pas que l'esprit le plus méchant pût vouloir faire

regarder l'évacuation de l'Égypte comme une spéculation mercantile.

Que je vous verrais avec plaisir débarrassé d'une armée où il se

trouve des hommes aussi scélérats, qui, ne vous connaissant pas, ou

feignant de ne pas connaître votre coeur désintéressé, croient,

d'après leur propre coeur, que l'or est la seule idole que l'on doit

encenser! Ils n'ont jamais travaillé pour la gloire.

Je compte, mon Général, partir demain, ou après, pour vous rejoindre à

Salêhiëh. Rapp arrive à l'instant; Damas compte partir demain. Il est

inutile, je crois, en général, de vous assurer de mon respect et de

mon dévoûment.

_Signé_ A. BAUDOT.

_P. S._ Je crois devoir vous dire que tout ce qui se fait au camp et à

El-A'rych, même de plus secret, est aussitôt su au Caire.

(Nº 13.) Alexandrie, le 30 pluviôse an VIII

(19 février 1800).

LANUSSE, GÉNÉRAL DE DIVISION, AU GÉNÉRAL EN CHEF.

Par sa lettre du 21 de ce mois, le général Damas me prévient que vous

avez sursis au départ des blessés, et à celui de la Commission des

Arts jusqu'à nouvel ordre. Leur armement est prêt, ils partiront quand

vous voudrez. Cependant les Anglais pourraient encore leur occasionner

quelque retard. Trois voiles étaient avant-hier devant Alexandrie;

les citoyens Tallien, Livron et Damas, votre aide-de-camp, croyant y

reconnaître le _Thésée_, se mirent dans une chaloupe et furent à bord

de la plus près. C'était une corvette venant en droiture d'Angleterre,

sortie de Plymouth depuis six semaines. Le capitaine ne voulut point

leur donner de nouvelles; il leur dit seulement qu'il apportait des

dépêches très pressées au commodore Smith. Votre aide-de-camp le

prévint qu'il allait partir incessamment pour la France avec un

passe-port du commodore. Il lui répondit qu'il avait, pour ne laisser

sortir personne, des ordres que ceux de Sydney Smith ne pouvaient

annuler. Le commandant d'un brick, qui se trouvait là dans le même

moment, dit également à votre aide-de-camp que, malgré qu'il sût d'une

manière positive qu'il était muni d'un passe-port de Smith, il ne le

laisserait pas non plus passer, s'il pouvait faire autrement. Cela a

donné matière à beaucoup de conjectures. La plus vraisemblable,

suivant moi, est le rappel de Smith. Il est aussi possible qu'il se

passe de grands événemens en Europe. Le _Thésée_ est dans ce moment en

Chypre; il ne tardera pas à reparaître. Je m'empresserai de vous

informer de ce qu'il nous apprendra d'intéressant à son arrivée.

Les travaux de l'armement sont en activité. Nos bâtimens seront prêts

pour l'époque fixée pour l'embarquement, si l'argent ne nous manque

point.

Salut et respect,

LANUSSE.

CONVENTION

POUR L'ÉVACUATION DE L'ÉGYPTE,

PASSÉE ENTRE LES CITOYENS DESAIX, GÉNÉRAL DE DIVISION, ET POUSSIELGUE,

ADMINISTRATEUR GÉNÉRAL DES FINANCES;

ET LEURS EXCELLENCES MOUSTAPHA-RASCHID, EFFENDI TEFTERDAR,

ET MOUSTAPHA-RAZYCHEH, EFFENDI REIS EL-KETTAB, MINISTRES

PLÉNIPOTENTIAIRES DE SON ALTESSE LE SUPRÊME VISIR.

L'armée française en Égypte, voulant donner une preuve de ses désirs

d'arrêter l'effusion du sang, et de voir cesser les malheureuses

querelles survenues entre la République Française et la Sublime Porte,

consent à évacuer l'Égypte, d'après les dispositions de la présente

convention, espérant que cette concession pourra être un acheminement

à la pacification générale de l'Europe.

ART. 1er. L'armée française se retirera avec armes, bagages et effets,

sur Alexandrie, Rosette et Aboukir, pour y être embarquée et

transportée en France, tant sur ses bâtimens que sur ceux qu'il sera

nécessaire que la Sublime Porte lui fournisse; et pour que lesdits

bâtimens puissent être plus promptement préparés, il est convenu qu'un

mois après la ratification de la présente, il sera envoyé au château

d'Alexandrie un commissaire avec cinquante personnes de la part de la

Sublime Porte.

ART. 2. Il y aura un armistice de trois mois en Égypte, à compter du

jour de la signature de la présente convention; et cependant, dans le

cas où la trêve expirerait avant que lesdits bâtimens à fournir par la

Sublime Porte fussent prêts, ladite trêve sera prolongée jusqu'à ce

que l'embarquement puisse être complètement effectué; bien entendu

que de part et d'autre on emploiera tous les moyens possibles pour que

la tranquillité des armées et des habitans, dont la trêve est l'objet,

ne soit point troublée.

ART. 3. Le transport des armées françaises aura lieu, d'après le

règlement des commissaires nommés, à cet effet, par la Sublime Porte,

et par le général en chef Kléber; et si, lors de l'embarquement il

survenait quelque discussion entre lesdits commissaires, sur cet

objet, il en sera nommé un par M. le commodore Sidney Smith, qui

décidera les différends, d'après les réglemens maritimes de

l'Angleterre.

ART. 4. Les places de Cathiëh et de Salêhiëh seront évacuées par les

troupes françaises, le huitième jour, ou au plus tard, le dixième jour

après la ratification de la présente convention. La ville de Mansoura

sera évacuée le quinzième jour; Suez sera évacuée six jours avant le

Caire; les autres places, situées sur la rive orientale du Nil, seront

évacuées le dixième jour; le Delta sera évacué quinze jours après

l'évacuation du Caire. La rive occidentale du Nil, et ses dépendances,

resteront entre les mains des Français jusqu'à l'évacuation du Caire;

et cependant, comme elles doivent être occupées par l'armée française

jusqu'à ce que toutes les troupes soient évacuées de la Haute-Égypte,

ladite rive occidentale et ses dépendances pourront n'être évacuées

qu'à l'expiration de la trève, s'il est impossible de les évacuer plus

tôt. Les places évacuées par l'armée seront remises à la Sublime Porte

dans l'état où elles se trouvent actuellement.

ART. 5. La ville du Caire sera évacuée dans le délai de quarante

jours, si cela est possible, ou au plus tard dans quarante-cinq

jours, à compter du jour de la ratification de la présente.

ART. 6. Il est expressément convenu que la Sublime Porte apportera

tous ses soins pour que les troupes françaises des diverses places de

la rive occidentale du Nil, qui se replieront avec armes et bagages

vers le quartier-général, ne soient, pendant leur route, inquiétées

dans leurs personnes, biens et honneurs, soit de la part des habitans

de l'Égypte, soit par les troupes de l'armée impériale ottomane.

ART. 7. En conséquence de l'article ci-dessus, et pour prévenir toutes

discussions et hostilités, il sera pris des mesures pour que les

troupes turques soient toujours suffisamment éloignées des troupes

françaises.

ART. 8. Aussitôt après la ratification de la présente convention, tous

les Turcs et autres nations sans distinction, sujets de la Sublime

Porte, détenus ou retenus en France, seront mis en liberté, et

réciproquement tous les Français détenus ou retenus dans toutes les

villes et Échelles de l'empire ottoman, ainsi que toutes les personnes

de quelque nation qu'elles soient, attachées aux légations et

consulats français, seront également mises en liberté.

ART. 9. La restitution des biens et des propriétés des habitans et des

sujets de part et d'autre, ou le remboursement de leur valeur aux

propriétaires, commencera immédiatement après l'évacuation de

l'Égypte, et sera réglé à Constantinople par des commissaires nommés

respectivement pour cet objet.

ART. 10. Aucun habitant de l'Égypte, de quelque religion qu'il soit,

ne sera inquiété, ni dans sa personne, ni dans ses biens, pour les

liaisons qu'il pourra avoir eues avec les Français pendant leur

occupation de l'Égypte.

ART. 11. Il sera délivré à l'armée française, tant de la part de la

Sublime Porte que de la Grande-Bretagne, les passe-ports,

saufs-conduits, et convois nécessaires pour assurer son retour en

France.

ART. 12. Lorsque l'armée française d'Égypte sera embarquée, la Sublime

Porte, ainsi que ses alliés, promettent que, jusqu'à son retour sur le

continent de la France, elle ne sera nullement inquiétée; comme de son

côté, le général en chef Kléber, et l'armée française en Égypte,

promettent de ne commettre, pendant ledit temps, aucune hostilité, ni

contre les flottes, ni contre le pays de la Sublime Porte et de ses

alliés, et que les bâtimens qui transporteront ladite armée ne

s'arrêteront à aucune autre côte qu'à celle de France, à moins de

nécessité absolue.

ART. 13. En conséquence de la trêve de trois mois, stipulée ci-dessus

avec l'armée française pour l'évacuation de l'Égypte, les parties

contractantes conviennent que si, dans l'intervalle de ladite trêve,

quelques bâtimens de France, à l'insu des commandans des flottes

alliées, entraient dans le port d'Alexandrie, ils en partiraient après

avoir pris l'eau et les vivres nécessaires, et retourneraient en

France munis de passe-ports des cours alliées, et dans le cas où

quelques uns desdits bâtimens auraient besoin de réparations, ceux-là

seuls pourraient rester, jusqu'à ce que lesdites réparations fussent

achevées, et partiraient aussitôt après pour France, comme les

précédens, par le premier vent favorable.

ART. 14. Le général en chef Kléber pourra envoyer sur-le-champ en

France un aviso, auquel il sera donné les sauf-conduit nécessaires

pour que ledit aviso puisse prévenir le Gouvernement français de

l'évacuation de l'Égypte.

ART. 15. Étant reconnu que l'armée française a besoin de subsistances

journalières pendant les trois mois dans lesquels elle doit évacuer

l'Égypte, et pour trois autres mois à compter du jour où elle sera

embarquée, il est convenu qu'il lui sera fourni les quantités

nécessaires de blé, viande, riz, orge et paille, suivant l'état qui en

est présentement remis par les plénipotentiaires français, tant pour

le séjour que pour le voyage; celles desdites quantités que l'armée

aura retirées de ses magasins après la ratification de la présente,

seront déduites de celles à fournir par la Sublime Porte.

ART. 16. À compter du jour de la ratification de la présente

convention, l'armée française ne prélèvera aucune contribution

quelconque en Égypte; mais, au contraire, elle abandonnera à la

Sublime Porte les contributions ordinaires exigibles, qui lui

resteraient à lever jusqu'à son départ, ainsi que les chameaux,

dromadaires, munitions, canons, et autres objets lui appartenant,

qu'elle ne jugera pas à propos d'emporter, de même que les magasins de

grains provenant des contributions déjà levées; et enfin, les magasins

des vivres. Ces objets seront examinés et évalués par des commissaires

envoyés en Égypte, à cet effet, par la Sublime Porte, et par le

commandant des forces britanniques, conjointement avec les préposés du

général en chef Kléber, et remis par les premiers au taux de

l'évaluation ainsi faite, jusqu'à la concurrence de la somme de 3000

bourses[1] qui sera nécessaire à l'armée française pour accélérer ses

mouvemens et son embarquement; et si les objets désignés ne

produisaient pas cette somme, le déficit sera avancé par la Sublime

Porte, à titre de prêt, qui sera remboursé par le Gouvernement

français sur les billets des commissaires préposés par le général en

chef Kléber, pour recevoir ladite somme.

[Note 1: La bourse équivaut à environ 1,000 francs, monnaie de

France.]

ART. 17. L'armée française ayant des frais à faire pour évacuer

l'Égypte, elle recevra après la ratification de la présente

convention, la somme stipulée dans l'ordre suivant,

SAVOIR:

Le quinzième jour 500 bourses.

Le trentième jour 500

Le quarantième jour 300

Le cinquantième jour 300

Le soixantième jour 300

Le quatre-vingtième jour 300

Et enfin, le quatre-vingt-dixième jour 500 autres bourses.

Toutes lesdites bourses de 500 piastres turques chacune, lesquelles

seront reçues en prêt des personnes commises à cet effet par la

Sublime Porte; et pour faciliter l'exécution desdites dispositions, la

Sublime Porte enverra, immédiatement après l'échange des

ratifications, des commissaires dans la ville du Caire, et dans les

autres villes occupées par l'armée.

ART. 18. Les contributions que les Français pourraient avoir perçues

après la date de la ratification, et avant la notification de la

présente convention, dans les divers points de l'Égypte, seront

déduites sur le montant des 3000 bourses ci-dessus stipulées.

ART. 19. Pour accélérer et faciliter l'évacuation des places, la

navigation des bâtimens français de transports qui se trouveront dans

les ports français de l'Égypte, sera libre pendant les trois mois de

trêve, depuis Damiette et Rosette jusqu'à Alexandrie, et d'Alexandrie

à Rosette et Damiette.

ART. 20. La sûreté de l'Europe exigeant les plus grandes précautions

pour empêcher que la contagion de la peste n'y soit transportée,

aucune personne malade, ou soupçonnée d'être atteinte d'une maladie,

ne sera embarquée; mais les malades pour cause de peste, ou pour toute

autre maladie qui ne permettrait pas leur transport dans le délai

convenu pour l'évacuation, demeureront dans les hôpitaux où ils se

trouveront, sous la sauve-garde de son altesse le suprême Visir, et

seront soignés par des officiers de santé français, qui resteront

auprès d'eux jusqu'à ce que leur guérison leur permette de partir, ce

qui aura lieu le plus tôt possible. Les articles 11 et 12 de cette

convention leur seront appliqués comme au reste de l'armée, et le

commandant en chef de l'armée française s'engage à donner les ordres

les plus stricts aux différens officiers commandant les troupes

embarquées, de ne pas permettre que les bâtimens les débarquent dans

d'autres ports que ceux qui seront indiqués par les officiers de

santé, comme offrant les plus grandes facilités pour faire la

quarantaine utile, usitée et nécessaire.

ART. 21. Toutes les difficultés qui pourraient s'élever, et qui ne

seraient pas prévues par la présente convention, seront terminées à

l'amiable entre les commissaires délégués, à cet effet, par son

altesse le suprême Visir, et par le général en chef Kléber, de manière

à en faciliter l'exécution.

ART. 22. Le présent ne sera valable qu'après les ratifications

respectives, lesquelles devront être échangées dans le délai de huit

jours; ensuite de laquelle ratification la présente convention sera

religieusement observée de part et d'autre.

Fait et scellé de nos sceaux respectifs, au camp des conférences près

d'El-A'rych, le 4 pluviôse an VIII de la République française, 24

janvier 1800, et le 28 de la lune de chaban, l'an de l'hégire 1214.

_Signé_ le général de division DESAIX, le citoyen Étienne

POUSSIELGUE, plénipotentiaires du général Kléber;

Et leurs excellences MOUSTAPHA-RASCHID, effendi tefterdar, et

MOUSTAPHA-RASYCHEH, effendi reis el-kettad, plénipotentiaires de

son altesse le suprême Visir.

_Pour copie conforme à l'expédition française, remise aux ministres

turcs en échange de leur expédition en turc._

_Signé_ POUSSIELGUE, DESAIX.

Le général Kléber renvoya l'exemplaire turc au Grand-Visir, avec sa

ratification au bas, ainsi conçu:

«Je soussigné général en chef, commandant l'armée française en Égypte,

approuve et ratifie les conditions du traité ci-dessus, pour avoir

leur exécution en leur forme et teneur, devant croire que les

vingt-deux articles y relatés sont entièrement conformes à la

traduction française, signée par les plénipotentiaires du grand-visir,

et ratifiée par son altesse, traduction dont le sens sera exactement

suivi, chaque fois qu'à cet égard, et pour raison de quelques

variantes, il pourrait s'élever des difficultés.»

Au quartier-général de Salêhiëh, le 8 pluviôse (28 janvier 1800).

_Signé_ KLÉBER.

LES ANGLAIS REFUSENT D'EXÉCUTER LA CONVENTION D'EL-A'RYCH.

BATAILLE D'HÉLIOPOLIS.

La lettre de Sidney donna une nouvelle impulsion aux mesures de

défense que le général en chef avait arrêtées. Il pressa le retour du

matériel qui se trouvait déjà à Rosette, et fit remonter en toute hâte

des munitions qu'on avait transportées à Alexandrie. Il accéléra la

marche des corps qui stationnaient à Rahmaniëh, expédia des courriers

dromadaires à ceux qui étaient encore disséminés dans la Haute-Égypte,

et se vit bientôt entouré de l'armée entière, avec laquelle il prit

position vers la Koubbé. Il lui adressa une proclamation pour la

préparer aux suites d'une rupture; en même temps il chargea le

secrétaire de Sidney qui lui avait rendu la dépêche du commodore

d'aller sur-le-champ donner communication de cette pièce au visir. Il

appela auprès de lui Moustapha-Pacha, commissaire de la Porte, lui

déclara qu'il différait l'évacuation du Caire, et qu'il regarderait

comme un acte d'hostilité le moindre mouvement que ferait l'armée

ottomane au-delà de Belbéis. Joussef se trouvait dans cette place

lorsque la dépêche lui fut rendue. Son camp était déjà levé et

lui-même prêt à monter à cheval. Il témoigna son étonnement de

l'opposition que montraient les Anglais à l'exécution d'un traité

qu'ils avaient mis tant d'insistance à conclure, et adressa à Sidney

les représentations qui suivent:

LE GRAND-VISIR AU COMMODORE SIDNEY SMITH.

«Il est superflu de vous faire savoir qu'il a été convenu, dans les

conférences qui ont eu lieu à El-A'rych, entre mes plénipotentiaires

et ceux de l'honoré général Kléber, que les escadres de la Sublime

Porte, celles de l'Angleterre et de la Russie n'auraient pas inquiété

les bâtimens sur lesquels doivent s'embarquer les Français qui

évacueront l'Égypte. Ces conventions vous ont été connues, et elles

ont été stipulées d'après votre avis, en vertu de votre qualité de

ministre plénipotentiaire; vous étiez convenu en même temps que la

Porte aurait fourni des firmans de route, et que vous auriez donné des

passe-ports aux Français qui seraient sortis de l'Égypte en toute

sûreté avec armes et bagages, et remis lesdits passe-ports au lord

Nelson, qui se serait chargé de les faire arriver sains et saufs dans

les ports de France.

«D'après cela, il est évident qu'il est de toute nécessité que cette

convention soit complétement exécutée, sans qu'il puisse y être mis

aucune opposition. Cependant le général en chef Kléber vient de

m'envoyer copie d'une lettre que vous lui écrivez, et dont l'original

a été vu par votre secrétaire Keith, dans laquelle vous lui faites

part des ordres de lord Keith, mon honoré ami, amiral de l'escadre de

Sa Majesté britannique dans la Méditerranée, qui sont contraires à

l'exécution de la convention. Quoique vous n'ayez pas encore reçu la

lettre du lord Keith qui contient les susdits ordres, votre lettre

ayant singulièrement affecté le général Kléber, son excellence

Moustapha-Pacha a fait savoir, par des dépêches réitérées, qu'il se

refusait à évacuer le Caire. Comme vous mandez à ce général, en lui

faisant part des ordres du lord Keith, qu'il serait nécessaire

d'ouvrir de nouvelles conférences pour prendre des arrangemens en

conséquence, il a élevé des doutes sur la libre sortie des Français de

l'Égypte, et a déclaré qu'il n'évacuerait le Caire que lorsqu'il

serait pleinement rassuré. Cependant l'époque où le Caire aurait dû

être évacué, conformément à la convention, étant arrivée, et cette

infraction au traité mettant dans le cas de recommencer les

hostilités; mais étant convaincu que le général Kléber ne s'est point

conformé au traité à cet égard, que parce qu'il a eu connaissance et a

été très affecté des difficultés opposées par le lord Keith, et qu'il

désirait, avant d'en venir à cette mesure, être rassuré de ce côté, on

s'est borné à lui faire donner l'assurance que l'Angleterre ne

mettrait aucun obstacle à l'arrivée de l'armée française dans les

ports de France.

«Il est inutile de vous dire qu'il est certain que le lord Keith

n'était point instruit de l'évacuation de l'Égypte, lorsqu'il a

expédié ses dépêches, et que vous auriez dû lui en donner connaissance

avant d'écrire au général français des lettres qui devaient

nécessairement lui donner de l'inquiétude; vous devez donc montrer le

plus grand zèle pour faire exécuter complétement tous les articles de

cette convention, passée entre la Sublime Porte et les Français qui

sont en Égypte, et à laquelle vous avez participé comme

plénipotentiaire de votre cour; vous y êtes d'autant plus obligé que,

conformément à l'alliance que la Sublime Porte a contractée avec

l'Angleterre, et par laquelle cette puissance garantit l'intégrité de

l'empire ottoman, vous devez mettre tout en oeuvre afin que l'Égypte

soit remise le plus tôt possible sous sa domination.

«L'ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté britannique près la

Sublime Porte, le lord Elgin, notre ami, lui a présenté plusieurs

mémoires dans lesquels il dit que son roi n'apportera aucune

difficulté dans les conventions qu'elle voudra passer pour

l'évacuation de l'Égypte; que sa volonté, à cet égard, sera toujours

exécutée, et que Sa Majesté Britannique se conformera toujours aux

articles du traité d'alliance qui unit les deux puissances; d'après

cela, il est de votre devoir de faire cesser promptement les

difficultés que votre lettre a apportées à l'entière exécution de la

convention passée pour l'évacuation de l'Égypte.

Mémoires du maréchal Berthier ... Campagne d'Égypte, première partie · 第 23 / 26 段