4º. Ainsi, dès que l'évacuation de l'Égypte aura été arrêtée, ces îles

et les places qu'elles renferment ou qui en dépendent, seront

abandonnées par les troupes de la Porte, et par celles de ses alliés.

Le générai en chef Kléber sera le maître d'y envoyer de suite, et

directement de l'Égypte, telles garnisons, munitions de guerre et de

bouche qu'il jugera convenables. Il est entendu, du reste, que les

ports et places de ces îles seront restitués dans le même état où ils

se trouvaient lorsque les troupes ottomanes s'en sont emparées.

5º. Le gouvernement anglais tirant le plus grand avantage de

l'évacuation de l'Égypte, il lui sera demandé formellement, ainsi qu'à

la Porte, une garantie sur la possession, durant la guerre, des îles

de Malte et de Goze, de leurs forteresses et dépendances. Le général

en chef aura pareillement la faculté de ravitailler la forteresse de

Malte et ses dépendances, tant en troupes qu'en munitions de guerre et

de bouche, qui seront envoyées directement de l'Égypte avec les

passe-ports et sauf-conduit nécessaires. Le général en chef pense que

cet article devra souffrir d'autant moins de difficultés que, si la

Sublime Porte et le gouvernement anglais avaient à opter sur

l'occupation de ces îles par les Français ou par les Russes, ils

devraient, en bonne politique, solliciter les premiers pour y rester

et s'y maintenir plutôt que de les voir possédées par les derniers.

6º. Dans le cas où, par l'acceptation des articles ci-dessus,

l'évacuation de l'Égypte serait consentie par les plénipotentiaires

français, ils traiteront des détails sur la manière dont cette

évacuation aura son exécution, et stipuleront, nominativement les

places et forts qui seront successivement remis aux commissaires de la

Porte.

7º. Aussitôt que le général en chef sera instruit de l'acceptation des

articles ci-dessus, il enverra au lieu où se tiendront les conférences

l'ordonnateur de la marine, pour régler et déterminer le nombre de

bâtimens qui devra être fourni par la Porte à l'armée française, pour

elle, ses bagages, munitions de guerre et de bouche.

8º. La forme des sauf-conduit pour le passage de l'armée sera stipulée

particulièrement: ils devront être conçus de la manière la plus

honorable, et tels qu'il ne puisse être apporté aucune entrave à ce

qui aura été convenu de part et d'autre.

9º. Les délégués français exigeront la garantie de la vie et des biens

de ceux des habitans de l'Égypte qui ont servi les Français avec la

soumission que l'on doit à tout gouvernement établi.

10º. Toutes choses devant être rétablies entre la France et la Sublime

Porte comme par le passé, les négocians français résidans en Égypte,

ou ceux qui voudraient s'y fixer par la suite, jouiront de la même

liberté, des mêmes priviléges et franchises qu'avant l'occupation de

ce pays par l'armée française.

11º. Tous les prisonniers faits de part et d'autre, à Corfou, Zante,

Céphalonie, en Syrie, ou en Barbarie, ou sur quelque autre point de

l'empire ottoman, soit par les Français, la Porte, les Anglais ou les

Russes, seront mis en liberté sans rançon, et renvoyés dans leur

patrie respective, avec les secours et passe-ports nécessaires.

12º. Toute hostilité entre la France et la Sublime Porte, ainsi

qu'entre les puissances barbaresques, cessera aussitôt après

l'évacuation de l'Égypte, en attendant la conclusion définitive de la

paix entre lesdites puissances.

13º. Les plénipotentiaires français sont autorisés à stipuler et

consentir toutes les autres conditions qu'ils jugeront convenables ou

conformes aux intérêts de la nation, mais en tant seulement qu'elles

ne seront pas diamétralement contraires, ni atténuantes de celles

portées dans les présentes instructions.

14º. Si cependant notre situation en Europe était telle que nos

frontières fussent déjà envahies, nos places principales prises ou

attaquées, ce que les plénipotentiaires connaîtront facilement par les

papiers publics qu'on ne manquera pas de leur communiquer; comme alors

probablement les plénipotentiaires adverses n'acquiesceront pas aux

conditions ci-dessus, et qu'ils insisteront au contraire sur

l'évacuation pure et simple de l'Égypte, les plénipotentiaires

français déclareront, dans ce cas, que jamais général français ne

consentira à une semblable évacuation que sur les ordres par écrit de

son gouvernement: ils demanderont un sauf-conduit pour expédier un

courrier extraordinaire au Directoire exécutif, et une suspension

d'hostilités, jusqu'à son retour, qui sera fixé à quatre mois.

15º. Le même arrangement pourra avoir lieu dans le cas où les

plénipotentiaires ennemis auraient à consulter leurs cours sur les

différentes conditions proposées, aux fins d'avoir leur consentement.

16º. Les plénipotentiaires ne correspondront officiellement que par

écrit.

Fait au quartier-général du Caire, le 16 frimaire an VIII de la

République française,

_Signé_ KLÉBER.

Pour copie conforme,

_Signé_ KLÉBER.

PIÈCES JUSTIFICATIVES.

RÉPONSE DU GRAND-VISIR, _à la Lettre qui lui a été écrite par le

général en chef_ KLÉBER, _le 5e complémentaire an_ VIII,

Apportée le 1er brumaire an VIII par le trésorier de Moustapha-Pacha,

prisonnier au Caire.

(Nº 1.) Au quartier-général de Damas (sans date).

_Au Modèle des Princes de la nation du Messie, au Soutien des

Grands de la secte de Jésus, à l'honoré et estimé_ KLÉBER, _dont

la fin puisse être heureuse, un des Généraux de France,_ SALUT ET

AMITIÉ.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez envoyée par le trésorier de

Moustapha-Pacha, et j'en ai compris le contenu, qui me fait voir que

vous êtes disposé à rétablir la paix entre la Sublime Porte et la

République française, et que vous cherchez à excuser ce qui s'est

passé. Vous m'avez annoncé en même temps que Bonaparte était parti du

Caire, et que vous l'aviez remplacé. J'ai reçu, jointe à cette lettre,

la double copie de celle que m'avait écrite Bonaparte, qui me fut

remise par Mahmed-Kouschdy effendi, et que vous me dites m'avoir

envoyée dans la crainte que la première n'ait été prise par quelqu'un

des bâtimens qui croisent dans la Méditerranée. Je pense que vous avez

reçu ma réponse à la lettre de Bonaparte, que j'ai envoyée par le

même, effendi qui était porteur de la sienne, et que vous avez

parfaitement compris le sens de ce que je lui écrivais.

Il me semble par votre lettre, ainsi que je vous l'ai déjà dit, que

vous désirez la paix, que les hommes sensés ont toujours préférée à la

guerre. Quel est celui qui n'aime pas mieux la tranquillité publique

que l'effusion du sang humain!

Je dois vous observer, d'après le désir que vous montrez de rétablir

la paix entre la Sublime Porte et la République française, qu'il faut

commencer par faire connaître les pouvoirs donnés par les cinq

Directeurs de France, désigner ensuite les plénipotentiaires et le

lieu des conférences, où l'on pourra discuter tout ce qui peut renouer

cette paix entre les deux puissances, et que nécessairement ces

préliminaires prendront beaucoup de temps.

Si, en me proposant la paix, vous n'avez d'autre intention que de

retourner en sûreté d'où vous êtes venu, et entamer des négociations

pour cet objet; quoique je sois en route pour marcher au Caire, suivi

d'une armée innombrable et pleine de confiance dans la puissance du

Très-Haut, la loi de Mahomet prescrivant formellement à tous les

musulmans de favoriser tous ceux qui demandent protection et salut,

ainsi que je l'ai dit dans ma réponse à Bonaparte, je vous ferai avoir

toute sûreté de la part de la Sublime Porte, pour qu'il n'arrive le

moindre dommage, de la part des Anglais ou de tout autre, à vous, ni à

aucun des Français qui sont en Égypte, et qui pourront en partir avec

leurs armes. Je garantirai votre retour en France sur les bâtimens

français qui sont en Égypte, et s'ils ne suffisent pas, sur ceux de la

Sublime Porte.

_Lorsque vous serez arrivés dans votre pays, si votre république

témoigne le désir de rétablir la paix avec la Sublime Porte_, vous

savez qu'il doit être ouvert à cet effet des négociations entre des

envoyés de part et d'autre, conformément aux anciens usages établis.

Si vous désirez donc assurer votre retour dans votre pays, cet

arrangement pourra avoir lieu conformément à ce que je viens de vous

dire; et si vous avez quelque autre moyen qui vous paraisse plus

convenable pour votre sûreté, ne tardez pas à m'en instruire. C'est

pour cet objet que je vous ai écrit la présente; quand vous l'aurez

reçue, et que vous en aurez compris le contenu, réfléchissez beaucoup

à sa fin, en saisissant bien ce que je vous propose.

Signé en chiffre JOUSSEF, ainsi que dans le sceau apposé à la lettre.

Traduit par le citoyen Brascevich, interprète du général en chef.

_Signé_ DAMIEN BRASCEVICH.

Pour copie conforme,

_Signé_ KLÉBER.

(Nº 2.) Au quartier-général du Caire, 27 octobre 1799.

KLÉBER, GÉNÉRAL EN CHEF, AU GRAND-VISIR.

J'ai reçu une lettre que Votre Excellence m'a fait passer par le

trésorier du très considéré Moustapha-Pacha, et après en avoir compris

le contenu, j'en ai conféré avec ce dernier, en le chargeant de vous

faire connaître mes intentions ultérieures. Il ne me reste donc ici

qu'à prier Votre Excellence d'apporter à ce que ce pacha, notre

prisonnier et pourtant notre très honoré ami, pourra vous écrire. Il

s'agit moins, ce me semble, en ce moment, de diriger nos regards sur

le passé que sur l'avenir, et j'ose inviter Votre Excellence de

considérer surtout que de quelque côté que puisse se ranger la

victoire dans le combat que nous sommes prêts à nous livrer, elle ne

saurait être qu'infiniment préjudiciable aux grands intérêts des deux

puissances pour lesquelles nous agissons.

Je prie Votre Excellence de croire à la très haute considération que

j'ai pour elle.

KLÉBER.

(Nº 3.) Au quartier-général du Caire, 11 octobre 1799.

KLÉBER, GÉNÉRAL EN CHEF, AU GÉNÉRAL DE DIVISION MENOU.

Le grand-visir a renvoyé l'effendi qui était porteur de la lettre de

Bonaparte, avec une réponse écrite dans le délire de l'orgueil, et

marquée au coin de la plus haute insolence. _Il faut, d'après cela,

renoncer entièrement à traiter avec les ministres de la Sublime Porte,

ou se couvrir et s'envelopper d'infamie; ce à quoi aucun individu de

l'armée ne consentirait sûrement pas._

Cette circonstance ne doit pourtant pas vous empêcher d'entrer en

pourparlers avec les bâtimens européens qui pourraient se présenter

devant vous. Je serais fort aise d'avoir ici un parlementaire russe ou

anglais. J'inspirerais par là aux Turcs une jalousie, ou plutôt une

défiance qui pourrait les rendre plus traitables, et mon objet

principal, celui de gagner du temps, se trouverait toujours rempli.

KLÉBER.

(Nº 4.) Belbéis 2 octobre.

LE GÉNÉRAL REYNIER AU GÉNÉRAL EN CHEF KLÉBER.

Je vous envoie, citoyen Général, une lettre de l'adjudant-général

Martinet, qui m'écrit les renseignemens qu'il a reçus d'un volontaire

de la 25e demi-brigade, pris le 18 fructidor, conduit à Damas, et

renvoyé par le visir. L'idée de faire un prisonnier et de nous le

renvoyer afin d'effrayer sur les préparatifs ne peut avoir été

suggérée que par des Européens, et annonce en même temps peu de

confiance dans ses forces, ou le désir de négocier. L'adjudant-général

Martinet doit vous écrire les mêmes renseignemens qu'il me donne.

Je n'ai appris ici aucune nouvelle de Syrie. _L'esprit des habitans

est toujours fort bon; ils font peu d'opinion des préparatifs des

pachas._

(Nº 5.) Tigre, le 16 octobre 1799.

AU GÉNÉRAL MARMONT.

Votre départ subit de nos parages, il y a deux mois, me priva du

plaisir de vous revoir, comme je l'avais espéré, et de prendre votre

réponse à la dernière lettre du commodore, qui l'attend encore.

Votre ex-général en chef trouvera bien du changement en France, s'il y

arrive. Tout le Directoire, à l'exception de Barras, est en état

d'accusation. On leur impute formellement, entre autre choses, d'avoir

_exilé et relégué la plus belle armée de la République dans les

déserts de l'Arabie_; et Rewbell en appelle au général Bonaparte, pour

justifier son projet, comme vous verrez par les feuilles ci-incluses.

J'espère que nous serons bientôt devant Alexandrie, et que j'aurai

l'honneur de vous y voir dans le courant du mois. Je vous ferai part

alors de tout ce verbiage de l'Europe. Il n'y en eut jamais autant que

dans ce moment-ci.

Vous avez sûrement appris la capture de l'escadre de l'amiral Perée,

de trois frégates et deux bricks, par nos vaisseaux _le Centaure_ et

_la Bellone_; le dernier commandé par le chevalier Thompson, ci-devant

capitaine du _Leander_, et qui fut si maltraité par le commandant du

_Généreux_. Nos officiers et matelots qui sont revenus se louent

beaucoup de M. Trullet, peu de M. Barré, mais se plaignent de la

dureté et de la grossièreté de l'amiral Perée à leur égard.

Je prends la liberté de vous prier de vouloir bien acheminer la lettre

ci-incluse à son adresse. Elle est de notre _consulesse_ à Acre, a

rapport, à ce que l'écrivain m'a dit, à des affaires de famille, etc.,

etc. Je suis honteux d'user si librement de votre complaisance; si

jamais il était en mon pouvoir de vous être utile à vous ou à vos

amis, j'en serais bien charmé, et vous prie de disposer de mes

services sans réserve.

JOHN KEIT.

(Nº 6.) Damiette, le 18 brumaire an VIII (9 nov. 1799).

LE GÉNÉRAL DESAIX AU GÉNÉRAL EN CHEF.

Je crois, mon Général, que ma présence est ici très peu nécessaire. Le

général Verdier est jeune, actif, intelligent. Le succès qu'il vient

d'avoir, et qui lui fait vraiment bien de l'honneur, lui a électrisé

la tête. Les troupes sont enchantées d'avoir si promptement et si

rapidement détruit les Turcs; elles sont sûres de vaincre, ont fait

bien du butin, et ne demandent que tous les jours nouvelle fête

pareille. Il y a ici assez de moyens pour vaincre tout ce qui se

présenterait; il y a trop de cavalerie, à ce que trouve le général

Verdier; mais sur les plages entre le lac Burlos et ici, elle peut

être utile: si vous pouviez retirer tous ces détachemens épars et les

faire remplacer par un régiment entier, cette partie-ci serait à

l'abri de tout événement. Il y a plus qu'il ne faut de moyens,

puisqu'il y a six pièces mobiles, plus de quatre cents chevaux. J'ai

vu Lesbëh; il a un grand défaut, un immense développement. Avec quatre

à cinq cents prisonniers turcs très poussés, on pourra faire bien de

l'ouvrage. Je pense qu'en creusant tout autour un fossé, quand il

n'aurait que trois pieds d'eau (c'est déjà un très grand obstacle),

l'ennemi ne pourrait plus escalader les remparts, ne pouvant s'avancer

qu'avec infiniment de peine dans ces boues jusqu'aux jarrets. Vous

seriez bien à l'abri de tout événement avec une bonne place ainsi

construite à l'embouchure du Nil. Sous très peu de jours, la place

sera entièrement fermée sur tous les points. Le général Verdier fait

faire des redoutes fermées en avant de son camp, pour battre la mer et

éloigner les bâtimens ennemis. Les redoutes fermées sont très

dangereuses; elles ne sont jamais assez fortes pour n'être pas prises

de vive force. Les Turcs les défendent si bien qu'entre leurs mains

elles sont excessivement dangereuses. J'engage le général Verdier à

les laisser comme vous les avez faites, c'est-à-dire ouvertes à la

gorge. Il paraît bien clair que l'expédition de Damiette avait été

cherchée par Smith lui-même à Constantinople; qu'elle était

indépendante de celle du visir; il paraît aussi que nous avons des

agens qui négocient à Constantinople. Vous me disiez de voir, si je

pouvais, cet officier anglais. Vous savez qu'il est parti, et que

Morand a couru après lui à Jaffa. Je crois qu'il va presser le visir à

agir, et se disculper du malheur qu'il a éprouvé. Je présume que je

n'ai pas besoin de porter Smith à la paix, comme vous le désiriez: il

n'a qu'un but, qu'un désir, qu'une volonté, c'est de négocier avec

nous, pour nous prouver qu'il faut que nous nous en allions bien vite.

La gloire qui lui en reviendrait dans son pays, chez les Russes et

chez les Turcs, lui fait tourner la tête. Il paraît qu'il a peur de la

voir échapper, car il a l'air inquiet. Les revers que ses soldats

éprouvent, c'est-à-dire les Osmanlis, paraissent le faire peu aimer

d'eux. Je crois qu'encore quelques revers, les bonnes gens

s'accommoderont. Battez le grand-visir, et ils feront alors tout ce

que vous voudrez. La bonne politique ne leur entrera dans la tête que

par bien des corrections; encore une bonne, et tout ira, je le

présume. Smith tremblait de n'avoir pas de vos nouvelles; il frappait

du pied, il s'écriait: Le général Kléber devrait me répondre; ce que

je lui ai dit est honnête; je le croyais plus raisonnable que le

général Bonaparte. Ainsi, d'après tout cela, vous voyez, mon Général,

qu'il veut bien négocier; mais tout ce qu'il veut, c'est de vous faire

partir d'ici le plus tôt possible; quand un ennemi demande instamment

quelque chose, c'est que cela lui fait bien du mal, et il ne faut pas,

je pense, le lui accorder légèrement. J'espère qu'avant qu'il soit

deux mois nous aurons des nouvelles bien intéressantes. Je voudrais

savoir ce que vous voulez que je fasse; je suis inutile ici. J'irai

visiter le lac Menzalëh, les côtes vers le lac Burlos, si vous ne me

faites pas passer d'autres ordres; j'irai ensuite au Caire pour me

rendre de là au point où vous me destinerez. Avant que de faire ces

voyages, j'aurais été bien aise d'aller chercher des effets qui me

manquent. J'attends de vos nouvelles.

DESAIX.

(Nº 7.) Quartier-général du Caire, 18 brumaire an VIII

(9 novembre).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

Le grand-visir est enfin arrivé à Jaffa, d'où il m'a expédié un

courrier à dromadaire avec une lettre fort polie par laquelle il

déclare, comme toujours, que tant que nous serons en Égypte, il n'y

aura pas moyen de conclure ni paix ni trêve, et si je ne me résous pas

à accepter les offres qu'il me fait, le sort des armes en décidera.

_Depuis, il aura appris l'affaire à Damiette_, et je pense que cela le

rendra un peu plus traitable, ce qu'il faudra voir et attendre, ainsi

que la réponse de M. Sidney Smith. Je suis fâché du contre-temps du

départ de ce dernier, et du voyage que sera obligé de faire Morand;

mais ce malheur sera peut-être bon à quelque chose.

Il me tarde de recevoir de vos nouvelles. Le général Verdier s'attend

à une autre descente, et je partage bien son opinion; c'est pourquoi

je vous prie de ne pas vous presser de revenir ici, et de prendre le

commandement des troupes à Lesbëh. Mourâd-Bey a définitivement passé

en Syrie avec une cinquantaine de mameloucks, évitant fort adroitement

la rencontre de nos troupes.

J'attends le 20e de dragons; dès qu'il sera arrivé je vous l'enverrai,

et alors il faudra de suite renvoyer au Caire le 3e régiment de cette

arme, et les chasseurs du 22e à Rosette.

_Je ne désespère pas de renouer les conférences_, et vous serez

toujours un des conférendaires.

KLÉBER.

(Nº 8.) 10 novembre.

KLÉBER, AU GÉNÉRAL DE DIVISION MENOU.

J'envoie le général Lanusse à Alexandrie pour prendre le commandement

provisoire du cinquième arrondissement. Donnez-lui, mon cher Général,

les instructions et les renseignemens nécessaires, et vous rendez,

dans le plus court délai possible, au Caire. Si vous y arrivez à

temps, c'est-à-dire d'ici à huit jours, je vous emploierai comme un de

mes chargés de pouvoirs dans une négociation où il s'agit de dessiller

les yeux au pauvre grand-visir et lui faire entendre raison.

Je vous salue,

KLÉBER.

(Nº 9.) Quartier-général du Caire, 8 novembre 1799.

KLÉBER, GÉNÉRAL EN CHEF, À S. EX. LE GRAND-VISIR, GÉNÉRALISSIME DES

ARMÉES DE LA SUBLIME PORTE.

_Illustre parmi les Grands éclairés et sages, que Dieu lui donne

une longue vie, pleine de gloire et de bonheur;_ SALUT ET AMITIÉ.

J'envoie à Votre Excellence copie d'une lettre que j'ai reçue de M. le

commodore Sidney Smith, et de la réponse que je lui ai faite. Par les

articles du traité du 5 janvier dernier, relatés dans la lettre de ce

ministre plénipotentiaire, il est clair que la Sublime Porte n'a

contracté les alliances avec la Russie et l'Angleterre que pour

garantir l'intégrité de son empire, et surtout pour obtenir la

restitution de l'Égypte.

Il est, d'après cela, et d'après tout ce que j'ai eu l'honneur

d'écrire à Votre Excellence, difficile de comprendre comment nos

malheureux débats ne sont pas encore terminés. C'est pour arriver plus

tôt à leur fin que je vous ai fait proposer dernièrement par

Moustapha-Pacha, notre très honoré ami, d'envoyer dans un lieu que

vous indiquerez, deux personnes de marque, revêtues de vos pouvoirs,

et que je vous ai demandé en même temps de m'envoyer trois

sauf-conduit pour le général de division Desaix, l'administrateur

général des finances Poussielgue, et le citoyen Brascevich, secrétaire

interprète. Je suis à attendre la réponse de Votre Excellence.

Si cette conférence pouvait avoir lieu, tout s'expliquerait et

s'arrangerait facilement. Je me flatte même d'avance d'avoir une

réponse victorieuse à opposer à toutes les objections que feraient

ceux qui, ne désirant pas sincèrement la fin de cette querelle, ne

manqueraient pas d'employer tous les moyens de la faire prolonger.

_Signé_ KLÉBER.

(Nº 10.) Au camp de S. A. le suprême Grand-Visir, à Jaffa,

le 8 nov. 1799.

LE COMMODORE SIDNEY SMITH, AU GÉNÉRAL EN CHEF KLÉBER.

MONSIEUR LE GÉNÉRAL,

La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 8 brumaire,

m'a été remise hier à mon bord, en rade de Jaffa, par M.

l'adjudant-général Morand.

Le trésorier de son excellence Moustapha-Pacha, m'a accompagné au camp

de son altesse le Suprême Visir, et il a eu occasion de présenter,

pendant ma première audience, les lettres dont il était porteur.

Le tout fut lu et discuté de suite, l'agent de Russie y ayant assisté;

et comme vous proposez d'envoyer deux personnes de marque pour tenir

des conférences, il a été décidé que je dois accepter votre offre à

cet égard, et écouter les propositions qu'elles pourront faire en

votre nom et celui de l'armée française, pourvu toutefois que ces

ouvertures n'aient rien de contraire à la dignité, la loyauté et la

bonne foi des cours alliées. Et puisque vous voulez bien consentir que

ces conférences aient lieu à mon bord, je me rendrai à cet effet

devant Alexandrie. De mon côté, monsieur le Général, je ne saurais

jamais faire une proposition déshonorante pour l'armée française,

dont la bravoure m'est si bien connue, considérant que celui qui n'est

pas délicat sur ce point se déshonore lui-même. L'estime que vous

voulez bien me témoigner m'est d'autant plus agréable que je

n'ambitionne que celle des hommes estimables.

«La réputation du général Desaix m'est un garant que nos conférences

seront basées sur les qualités qui le distinguent. Le choix que vous

faites de l'administrateur Poussielgue pour l'accompagner, ne peut que

m'être agréable; et je regarde comme un compliment très flatteur pour

moi, que vous ayez cru que le caractère de l'adjudant-général Morand

le rendait propre à commencer le degré de rapprochement qui existe si

heureusement entre nous.»

J'ai l'honneur d'être, monsieur le Général, avec la plus parfaite

estime et la plus haute considération,

SIDNEY SMITH.

LE GRAND-VISIR AU GÉNÉRAL EN CHEF KLÉBER.

Apporté par un Arabe arrivé le 7 frimaire an VIII (28 novembre).

Je désire autant que vous que l'évacuation de l'Égypte se fasse sans

effusion de sang, et la Sublime Porte incline également à adopter un

pareil accommodement, pourvu que les conditions proposées par les

Français soient également conformes à sa dignité, aux traités faits

entre elle et ses alliés, et à ses justes prétentions sur l'Égypte.

Telle est la réponse à la lettre que vous m'avez envoyée par le

trésorier du très honoré Moustapha-Pacha.

L'honoré et estimé commandant plénipotentiaire anglais Smith était

venu à mon quartier-général; tout a été discuté avec lui et en

présence du conseiller interprète russe, l'honoré Frankini. On a cru

ensuite convenable de charger le commandant Smith de négocier

l'affaire relative à l'évacuation de l'Égypte de la manière la plus

avantageuse et la plus honorable, et de désigner le lieu où les

délégués français devront se rendre.

Si Mustapha-Pacha s'est immiscé sans ordre et de son propre mouvement

dans cette affaire, ce ne doit être d'aucune conséquence, car la

Sublime Porte, vu sa situation, ne lui avait délégué ni ouvertement ni

secrètement aucun pouvoir pour traiter des affaires.

Mémoires du maréchal Berthier ... Campagne d'Égypte, première partie · 第 17 / 26 段