promptement à la Kuita, laissant plusieurs blessés et des chevaux dans
les déserts. Le général Desaix écrit au général Belliard de les y
chercher s'ils y restent, et de les suivre partout s'ils en sortent.
Il revient le même jour à Kéné. Il forme une colonne mobile composée
d'un bataillon de la 61e et du 7e de hussards, qu'il met à la
disposition du général Davoust, auquel il donne l'ordre de détruire
jusqu'au dernier des Arabes d'Yamb'o, qu'on annonçait être toujours
dans les environs d'Aboumana. En même temps le commandant de Girgé
avait ordre de se porter au rocher de la rive droite qui fait face à
cette ville pour les combattre et les arrêter dans le cas de retraite;
ils étaient forcés d'y passer.
Les Arabes d'Yamb'o sentirent que le moment était difficile; ils se
décidèrent à ne pas attendre le général Davoust, et passèrent le Nil
au-dessus de Bardis.
Le commandant de Girgé, qui en est informé, va les reconnaître,
revient à Girgé, prend deux cent cinquante hommes de sa garnison, et
va à leur rencontre.
COMBATS DE BARDIS ET DE GIRGÉ.
Le 16, après midi, le chef de brigade Morand arrive à la vue de
Bardis. Les Arabes d'Yamb'o, beaucoup de paysans, des mameloucks et
des Arabes sortent aussitôt du village en poussant de grands cris; le
citoyen Morand leur fait faire une vive décharge de mousqueterie; ils
répondent et battent un peu en retraite. Le nombre des ennemis était
considérable; la position de Morand était bonne; il avait peu de
troupes, il crut devoir y rester. Une demi-heure après, il fut
attaqué de nouveau, et reçut les ennemis comme la première fois; ils
laissèrent beaucoup de leurs morts sur la place, et s'enfuirent à la
faveur de la nuit qui arrivait; Morand en profita aussi pour revenir à
Girgé couvrir ses établissemens.
Un nouveau combat fut livré le lendemain. Les Arabes d'Yamb'o
marchèrent sur Girgé, où ils parvinrent à pénétrer. Pendant qu'ils
cherchaient à piller le bazar, Morand forme deux colonnes, et dirige
l'une dans l'intérieur de la ville, et l'autre en dehors. Cette
disposition réussit à souhait; tout ce qui était dans la ville fut
tué; le reste s'enfuit vers les déserts. Dans ces deux jours, les
Arabes d'Yamb'o ont perdu deux cents morts; le citoyen Morand a eu
quelques blessés.
Le chef de bataillon Ravier l'a très bien secondé dans cette affaire,
où il a donné des preuves de zèle et d'intelligence.
Le général Davoust, qui avait su la défaite des Arabes d'Yamb'o, passa
le Nil; mais il ne put arriver à Girgé qu'après le combat, et lorsque
la nouvelle d'une dernière défaite des Arabes d'Yamb'o y parvenait.
Voici ce qui y donna lieu.
Dès le 14 germinal, le commandant Pinon, qui était resté à Siout pour
gouverner la province, avait écrit au citoyen Lasalle de venir à
Siout, pendant qu'il irait donner la chasse à des Arabes qui
inquiétaient les environs de Mélàoui. Le citoyen Lasalle, qui était
resté à Tahta avec son régiment, s'y rendit. Pinon revint le 19, et le
même jour il eut avis que les Arabes d'Yamb'o, après avoir été battus
à Girgé, étaient venus dévaster Tahta, et que leur chef cherchait
encore à soulever le pays.
COMBAT DE GÉHÉMI.
Le 21, le citoyen Lasalle part pour les attaquer, ayant sous ses
ordres un bataillon de la 88e, le 22e de chasseurs et une pièce de
canon.
Le 23, à une heure après midi, le citoyen Lasalle arrive près de
Géhémi, village extrêmement grand, où étaient les Arabes d'Yamb'o. Il
fait de suite cerner le village par des divisions de son régiment, et
marche droit à l'ennemi avec l'infanterie. Les Arabes d'Yamb'o font
une décharge de mousqueterie, et se jettent dans un enclos à doubles
murailles qu'ils venaient de créneler. Malgré le feu du canon et la
fusillade, ils résistèrent plusieurs heures; enfin ils furent
enfoncés. Ceux qui ne furent pas tués sur-le-champ s'enfuirent; mais
une grande partie fut taillée en pièces par le 22e. Une centaine ou
deux gagnèrent cependant les déserts à la faveur des arbres et des
jardins. Les Arabes d'Yamb'o ont perdu dans cette action environ trois
cents hommes tués, parmi lesquels se trouve le chérif, successeur
d'Hassan.
Après l'affaire de Birambra, du 13 germinal, le général Desaix s'était
rendu à Kéné, pour y organiser l'expédition destinée contre Cosséir;
les marchands de ce port et de Jedda viennent le trouver, et lui
demander paix et protection. Ils sont accueillis et caressés. Il fait
la paix avec les cheiks de Cosséir, et avec un cheik du pays d'Yamb'o
qui remplissait à Cosséir les fonctions de consul pour son pays. Il
donne ordre au général Belliard de faire construire un fort à Kéné, de
hâter les préparatifs de l'expédition sur Cosséir, et le nomme
commandant de la province de Thèbes dont l'administration venait
d'être organisée. Après ces dispositions, le général Desaix se rend de
Kéné à Girgé, dont il confie le commandement au citoyen Morand; il
part ensuite pour Siout, où il arrive le 26 floréal.
Cependant le général Davoust n'avait pas cessé de suivre les Arabes
d'Yamb'o; mais après l'affaire du citoyen Lasalle, ils parurent
détruits, et ce général vint à Siout. Il y était depuis plusieurs
jours, et ne pouvait savoir ce qu'était devenu le petit nombre qui
avait échappé au 22e, lorsque tout à coup on le prévient qu'il se
forme à Bénéadi, grand et superbe village, et dont les habitans
passent pour les plus braves de l'Égypte, un rassemblement de
mameloucks, d'Arabes et de Darfouriens caravanistes, venus de
l'intérieur de l'Afrique. On ajoute que Mourâd-Bey doit venir des
oasis se mettre à la tête de cette troupe.
Le général Davoust se dispose aussitôt à marcher contre ce village; il
renforce sa colonne d'un bataillon de la 88e et du 15e de dragons; il
remplace provisoirement Pinon dans le commandement de la province de
Siout, par le chef de brigade Silly, qui l'a conservé depuis.
COMBAT DE BÉNÉADI.
Le 29, le général Davoust arrive près de Bénéadi qui est plein de
troupes; le flanc du village vers le désert était couvert par une
grande quantité de cavalerie, mameloucks, Arabes et paysans. Ce
général forme son infanterie en deux colonnes; l'une doit enlever le
village pendant que l'autre le tournera. Cette dernière était précédée
par la cavalerie, sous les ordres de Pinon, chef de brigade distingué
par ses talens; mais en passant près d'une maison, ce malheureux
officier reçoit un coup de fusil et tombe mort. Le général Davoust le
remplace par l'adjudant-général Rabasse. La cavalerie aperçoit les
mameloucks dans les déserts; une des colonnes d'infanterie s'y porte;
mais l'avant-garde de Mourâd-Bey, que l'affreuse misère faisait sortir
des oasis, lui porte promptement le conseil de retourner. Les Arabes
et les paysans à cheval avaient déjà lâché pied. L'infanterie et la
cavalerie reviennent à la charge. Le village est aussitôt investi;
l'infanterie y entre, et malgré le feu qui sort de toutes les maisons,
les Français s'en rendent entièrement maîtres. Deux mille, tant Arabes
d'Yamb'o que Maugrabins, Darfouriens, mameloucks démontés, et
habitans de Bénéadi, restent sur le champ de bataille. En un instant
ce beau village est réduit en cendres et n'offre que des ruines. On y
fait un butin immense, et on y trouve jusqu'à des caisses pleines
d'or.
Pendant que Davoust détruisait Bénéadi, les Arabes de Géama et
d'El-Bacoutchi menaçaient Miniet; un grand nombre de villages des
environs de Miniet s'insurgeaient, et les débris du rassemblement de
Bénéadi y couraient: le chef de brigade Détrée, qui avait peu de
troupes, désirait qu'un secours vint changer sa position. Le général
Davoust y marcha, mais il arriva trop tard. Détrée avait fait un
vigoureux effort, et les ennemis avaient été forcés de se retirer. On
disait que les Arabes d'Yamb'o marchaient sur Benesouef, dont les
environs se révoltaient aussi; le général Davoust y court. L'opinion
parmi les habitans de la province de Benesouef est qu'il ne descend de
troupes que lorsque les autres ont été détruites; en conséquence ils
courent aux armes, et, s'ils sont en force, ils attaquent les
prétendus fuyards; s'ils sont trop faibles, ils se mettent à la
poursuite de ces troupes pour les dévaliser; que s'ils ne peuvent les
massacrer, ni les piller, ils leur refusent les moyens de subsistance.
Le général Davoust se trouva dans le dernier de ces cas. Arrivé près
du village d'Abou-Girgé, son Cophte se porte en avant pour faire
préparer des vivres. Le cheik répond qu'il n'y a point de vivres chez
lui pour les Français, qu'ils sont tous détruits en haut, et que si
lui ne se dépêche de se retirer, il le fera bâtonner d'importance. Le
Cophte veut lui représenter ses torts; on le renverse de son cheval,
et le cheik s'en empare. Le Cophte, fort heureux de se sauver, vient
rendre compte de sa réception au général Davoust, qui, après avoir
fait sommer le village de rentrer dans l'obéissance, et avoir porté
des paroles de paix, le fait cerner, et ordonne de mettre tout à feu
et à sang: mille habitans sont morts dans cette affaire. Le général
Davoust continue sa route sur Benesouef; les ennemis, dont le nombre
ne pouvait inquiéter, avaient passé le fleuve; le général Davoust se
disposait à les y poursuivre, quand il reçut du général Dugua l'ordre
de se rendre au Caire.
Lorsque les beys Hassan Jeddâoui et Osman Hassan partirent de la Kuita
pour remonter vers Sienne, le général Belliard les suivit de très
près, et les força de se jeter au-dessus des cataractes: il laissa
ensuite à Hesney le brave chef de brigade Eppler, avec une garnison de
cinq cents hommes qui devait contenir le pays, y lever des
contributions, et surtout veiller à ce que les mameloucks ne
redescendissent pas, et il revint à Kéné s'occuper sans relâche de la
construction du fort, mais plus encore de l'expédition de Cosséir.
Vers le 20 floréal, Eppler eut avis que les mameloucks étaient revenus
à Sienne, où ils vivaient fort tranquillement, et se refaisaient de
leurs fatigues et de leurs pertes. Cet excellent officier jugea qu'il
était important de leur enlever cette dernière ressource; en
conséquence il donna ordre au capitaine Renaud, qu'il avait envoyé
quelques jours auparavant à Etfou avec deux cents hommes, de marcher
sur Sienne, et de chasser les mameloucks au-dessus des cataractes.
COMBAT DE SIENNE.
Le 27, à deux heures après midi, arrivé à une demi-lieue de Sienne, le
capitaine Renaud est prévenu qu'il va être attaqué. À peine a-t-il
fait quelques dispositions que les ennemis arrivent sur lui bride
abattue; ils sont attendus et reçus avec le plus grand sang-froid. La
charge est fournie avec la dernière impétuosité, et quinze mameloucks
tombent morts au milieu des rangs: Hassan-Bey Jeddâoui est blessé d'un
coup de baïonnette, et son cheval tué; Osman-Bey Hassan reçoit deux
coups de feu, dix mameloucks expirent à une portée de canon du champ
de bataille, vingt-cinq autres sont trouvés morts de leurs blessures à
Sienne.
Ce combat, l'exemple du désespoir d'une part, et du plus grand courage
de l'autre, a coûté cinquante morts et plus de soixante blessés aux
ennemis qui, pour la troisième fois, ont été rejetés au-dessus des
cataractes, où la misère et tous les maux vont les accabler.
Le capitaine Renaud a quatre hommes tués et quinze blessés.
Le premier soin du général Desaix, à son arrivée à Siout, fut de faire
chercher des chameaux et confectionner des outres, afin d'aller
joindre Mourâd-Bey à Elouâh; expédition qu'il désirait faire marcher
de front avec celle de Gosséir; mais l'apparition des Anglais dans ce
port le força de diriger contre Cosséir toute son attention.
Le général Belliard, qui devait la commander, se trouvant attaqué d'un
grand mal d'yeux, Desaix lui envoya le citoyen Donzelot, son
adjudant-général, pour le seconder ou le remplacer: ils partirent l'un
et l'autre de Kéné, le 7 prairial, avec cinq cents hommes de la 21e.
Le 10, le général Belliard prend possession du port de Cosséir, où se
trouve un fort qui, avec quelques réparations, peut devenir important.
BATAILLE ET SIÈGE D'ABOUKIR.
Telle était la situation de la Haute-Égypte et de l'armée du général
Desaix, quand Bonaparte arriva au Caire de son expédition de Syrie.
Son premier soin avait été d'organiser son armée et d'en remplir tous
les cadres, afin de la mettre promptement en état de marcher à de
nouveaux combats. Il n'avait détruit qu'une partie du plan général
d'attaque combiné entre la Porte et l'Angleterre; il jugea qu'il lui
faudrait bientôt écarter les autres dangers qu'il avait prévus.
En effet, il est bientôt instruit par le général Desaix que les
mameloucks de la Haute-Égypte s'étant divisés, une partie s'est portée
dans l'oasis de Sébahiar, avec dessein de se réunir à Ibrahim-Bey, qui
était revenu à Ghazah, tandis que Mourâd-Bey descendait par le Faïoum
pour gagner l'oasis du lac Natron, afin de se réunir à un
rassemblement d'Arabes qui s'y était formé, et que le général Destaing
avait reçu ordre de disperser avec la colonne mobile mise à sa
disposition. Cette marche de Mourâd-Bey, combinée avec le mouvement
des Arabes, annonçait le dessein de protéger un débarquement soit à la
tour des Arabes, soit à Aboukir.
Le 22 messidor, le général Lagrange part du Caire avec une colonne
mobile; il arrive à Sébahiar où il surprend les mameloucks dans leur
camp; ils n'ont que le temps de fuir dans le désert, en abandonnant
tous leurs bagages et sept cents chameaux. Osman-Bey, plusieurs
kiachefs et quelques mameloucks sont tués. Cinquante chevaux restent
au pouvoir des braves que le général Lagrange commande.
Le général Murat reçoit l'ordre de se rendre à la tête d'une colonne
mobile, aux lacs Natron, d'en éloigner les rassemblemens d'Arabes, de
seconder le général Destaing, et de couper le chemin à Mourâd-Bey. Ce
général arrive aux lacs Natron, prend, chemin faisant, un kiachef et
trente mameloucks qui évitaient la poursuite du général Destaing.
Mourâd-Bey est informé, près des lacs Natron, que les Français y sont;
il rétrograde aussitôt, et couche le 25 messidor près des pyramides de
Gisëh, du côté du désert.
Bonaparte, informé de ce mouvement, part du Caire le 26 messidor, avec
les guides à cheval et ceux à pied, les grenadiers des 18e et 32e, les
éclaireurs et deux pièces de canon; il va coucher aux pyramides de
Gisëh, où il ordonne au général Murat de le joindre. Arrivé aux
pyramides, son avant-garde poursuit les Arabes qui marchaient à la
suite de Mourâd-Bey, parti le matin pour remonter vers le Faïoum. On
tue quelques hommes; on prend plusieurs chameaux.
Le général Murat, qui avait rejoint Bonaparte, suit l'espace de cinq
lieues la route qu'avait tenue Mourâd-Bey.
Bonaparte, disposé à rester deux ou trois jours aux pyramides de
Gisëh, y reçoit une lettre d'Alexandrie, qui lui apprend qu'une flotte
turque, de cent voiles, avait mouillé à Aboukir le 23, et annonçait
des vues hostiles contre Alexandrie. Il part au moment même pour se
rendre à Gisëh; il y passe la nuit à faire ses dispositions; il
ordonne au général Murat de se mettre en marche pour Rahmanié, avec sa
cavalerie, les grenadiers de la 69e, ceux des 18e et 32e, les
éclaireurs, et un bataillon de la 13e qu'il avait avec lui.
Une partie de la division Lannes reçoit l'ordre de passer le Nil dans
la nuit, et de se rendre à Rahmanié.
Une partie de la division Rampon reçoit également l'ordre de passer le
Nil à la pointe du jour, pour se porter aussi sur Rahmanié.
Le parc destiné à marcher se met en mouvement; pendant la nuit, tous
les ordres et toutes les instructions sont expédiés dans les
provinces.
Bonaparte recommande au général Desaix d'ordonner au général Friant de
rejoindre les traces de Mourâd-Bey, et de le suivre avec sa colonne
mobile partout où il ira; de faire bien approvisionner le fort de Kéné
dans la Haute-Égypte, et celui de Cosséir; de laisser cent hommes dans
chacun de ces forts; de surveiller la situation du Caire pendant
l'expédition contre le débarquement des Turcs à Aboukir; de se
concerter avec le général Dugua, commandant au Caire, et d'envoyer la
moitié de sa cavalerie à l'armée. Il recommande au général Dugua de
tenir, autant qu'il lui sera possible, des colonnes mobiles dans les
provinces environnant le Caire; de se concerter avec les généraux
Desaix et Regnier; de tenir la citadelle du Caire et les forts bien
approvisionnés et de s'y retirer en cas d'événement majeur.
Il écrit au général Regnier de faire surveiller les approvisionnemens
des forts d'El-A'rych, Cathiëh, Salêhiëh et Belbéis; de s'opposer
autant qu'il le pourra avec la 85e et le corps de cavalerie à ses
ordres, à tous les mouvemens, soit de la part des fellâhs ou des
Arabes révoltés, soit de celle d'Ibrahim-Bey et des troupes de
Djezzar; enfin, en cas de forces supérieures, d'ordonner aux garnisons
de s'enfermer dans les forts, tandis que lui et ses troupes
rentreraient au Caire.
Au général Kléber, de faire un mouvement sur Rosette, en laissant les
troupes nécessaires à la sûreté de Damiette et de la province.
Le général Menou, avec une colonne mobile, était parti pour les lacs
Natron. Il reçoit l'ordre de mettre deux cents Grecs avec une pièce de
canon, pour tenir garnison dans les couvens, qui sont bâtis de manière
à faire d'excellens forts. L'objet est de défendre l'occupation de cet
oasis à Mourâd-Bey, ainsi qu'aux Arabes; il lui est ordonné de
rejoindre l'armée à Rahmanié avec le reste de sa colonne.
Le général en chef, avec le quartier-général, part de Gisëh le 28
messidor, couche le même jour à Ouardan, le 29 à Terranëh, le 30 à
Chabour; il arrive le 1er thermidor à Rahmanié, où l'armée se réunit
le 2 et le 3.
Les généraux Lannes, Robin et Fugières, qui étaient dans les provinces
de Menouff et de Charkié pour y faire payer le miri, rejoignent
l'armée à Rahmanié.
Bonaparte apprend que les cent voiles turques mouillées à Aboukir le
24, avaient débarqué environ trois mille hommes et de l'artillerie, et
avaient attaqué le 27 la redoute, qu'ils avaient enlevée de vive
force; que le fort d'Aboukir, dont le commandant avait été tué,
s'était rendu le même jour par une de ces lâchetés qui méritent un
exemple sévère.
Le fort est séparé de la terre par un fossé de vingt pieds, avant une
contrescarpe taillée dans le roc; le revêtement en est bon; il eût pu
tenir jusqu'à l'arrivée du secours.
L'adjudant-général Julien, à Rosette, se conduit avec autant de
sagesse que de prudence; il fait conduire dans le fort les munitions,
les vivres, les malades qui sont à Rosette; mais il reste dans cette
ville, avec la plus grande partie des deux cents hommes environ qu'il
avait à ses ordres; il maintient la confiance et la tranquillité dans
la province et dans le Delta, et son intrépidité en impose aux agens
de l'ennemi.
Le général Marmont écrit que les Turcs ont pris Aboukir par
capitulation; qu'ils sont occupés à débarquer leur artillerie, qu'ils
ont coupé les pontons construits par les Français pour la
communication avec Rosette, sur le passage qui joint le Madié à la
rade d'Aboukir; que les espions qu'il avait envoyés rapportaient que
l'ennemi avait le projet de faire le siége d'Alexandrie, et était fort
d'environ quinze mille hommes.
Bonaparte envoie le général Menou à Rosette, avec un renfort de
troupes; il lui ordonne d'observer l'ennemi, de défendre le Bogaze à
l'embouchure du Nil.
On espérait que l'ennemi deviendrait entreprenant, par la prise
d'Aboukir; qu'il marcherait, soit sur Rosette, soit sur Alexandrie;
mais Bonaparte apprend qu'il s'établit et se retranche dans la
presqu'île d'Aboukir, qu'il forme des magasins dans le fort, qu'il
organise les Arabes, et attend Mourâd-Bey, avec ses mameloucks, avant
de se porter en avant.
L'ennemi acquérait chaque jour de nouvelles forces: il était donc
important de prendre une position d'où l'on pût l'attaquer également,
soit qu'il se portât sur Rosette, soit qu'il voulût investir
Alexandrie; une position telle que l'on pût marcher sur Aboukir, s'il
y restait, l'y attaquer, lui enlever son artillerie, le culbuter dans
la mer, le bombarder dans le fort, et le lui reprendre.
Bonaparte se décide à prendre cette position au village de Birket,
situé à la hauteur d'un des angles du lac Madié, d'où l'on se porte
également sur l'Eter, Rosette, Alexandrie et Aboukir; d'où l'on peut
en outre resserrer l'ennemi dans la presqu'île d'Aboukir, lui rendre
plus difficile sa communication avec le pays, et intercepter les
secours qu'il peut attendre des Arabes et des mameloucks.
Le général Murat, avec la cavalerie, les dromadaires, les grenadiers,
et le 1er bataillon de la 69e, part de Rahmanié le 2 au soir, pour se
rendre à Birket. Le général a l'ordre de se mettre en communication
avec Alexandrie par des détachemens; de faire reconnaître l'ennemi à
Aboukir, et de pousser des patrouilles sur l'Eter et autour du lac
Madié.
L'armée part de Rahmanié le 4 thermidor, ainsi que le
quartier-général. Le 5, elle est en position à Birket. Des sapeurs
sont envoyés à Beddâh pour y nettoyer les puits. Une patrouille enlève
le 3, près de Buccintor, environ soixante chameaux chargés d'orge et
de blé, que les Arabes conduisaient à Aboukir.
L'armée part de Birket dans la nuit du 5; une division prend position
à Kafr-Finn, et l'autre à Beddâh. Le quartier-général se rend à
Alexandrie. Le général en chef passe la nuit à prendre connaissance
des rapports de l'ennemi à Aboukir. Il fait partir les trois
bataillons de la garnison d'Alexandrie, aux ordres du général
Destaing, pour aller reconnaître l'ennemi, prendre position, et faire
nettoyer les puits. À moitié chemin d'Alexandrie à Aboukir, il apprend
que le général Kléber, avec une partie de sa division, est à Foua, et
suit les mouvemens de l'armée, ainsi qu'il en avait reçu l'ordre.
Bonaparte avait employé la matinée du 6 à voir les fortifications
d'Alexandrie, et à tout disposer pour attaquer l'ennemi. D'après les
rapports des espions et ceux faits par les reconnaissances,
Mustapha-Pacha, commandant l'armée turque, avait débarqué avec environ
quinze mille hommes, beaucoup d'artillerie et une centaine de chevaux,
et s'occupait à se retrancher.
Dans l'après-midi, Bonaparte part d'Alexandrie avec le
quartier-général, et prend position au puits entre Alexandrie et
Aboukir. La cavalerie du général Murat, les divisions Lannes et
Rampon, ont ordre de se rendre à cette même position; elles y arrivent
dans la nuit du 6 au 7, à minuit, ainsi que quatre cents hommes de
cavalerie venant de la Haute-Égypte.
Le 7 thermidor, à la pointe du jour, l'armée se met en mouvement;
l'avant-garde est commandée par le général Murat, qui a sous ses
ordres quatre cents hommes de cavalerie, et le général de brigade
Destaing, avec trois bataillons et deux pièces de canon.
La division Lannes formait l'aile droite, et la division Lanusse
l'aile gauche. La division Kléber, qui devait arriver dans la journée,
formait la réserve. Le parc, couvert d'un escadron de cavalerie,
venait ensuite.
Le général de brigade Davoust, avec deux escadrons et cent
dromadaires, a ordre de prendre position entre Alexandrie et l'armée,
autant pour faire face aux Arabes et à Mourâd-Bey, qui pouvaient
arriver d'un moment à l'autre, que pour assurer la communication avec
Alexandrie.
Le général Menou, qui s'était porté à Rosette, avait eu l'ordre de se
trouver à la pointe du jour à l'extrémité de la barre de Rosette à
Aboukir, et au passage du lac Madié, pour canonner tout ce que
l'ennemi aurait dans le lac, et lui donner de l'inquiétude sur sa
gauche.
Mustapha-Pacha avait sa première ligne à une demi-lieue en avant du
fort d'Aboukir, environ mille hommes occupaient un mamelon de sable
retranché à sa droite sur le bord de la mer, soutenu par un village à
trois cents toises, occupé par douze cents hommes et quatre pièces de
canon. Sa gauche était sur une montagne de sable, à gauche de la
presqu'île, isolée, à six cents toises en avant de la première ligne;
l'ennemi occupait cette position qui était mal retranchée, pour
couvrir le puits le plus abondant d'Aboukir. Quelques chaloupes
canonnières paraissaient placées pour défendre l'espace de cette
position à la seconde ligne; il y avait deux mille hommes environ et
six pièces de canon.