EXPÉDITION DE BISKARAH.

La prise de Constantine 13 octobre 1837, qui fui précédée et suivie à

courte distance de l'occupation par les troupes françaises d'une grande

partie du littoral Est de l'ancienne régence d'Alger, avait rendu à une

indépendance presque complète les peuplades qui habitent ces portions de

la province voisines du Saharah, et désignées par les Arabes sous les

noms de Djerid, de Zab ou de Ziban. A côté des chefs qui avaient été

investis de l'autorité sur ces peuplades par le dernier bey de

Constantine, El-Hadj-Ahmed, se produisirent presque immédiatement, lors

de sa chute, d'autres chefs revendiquant le pouvoir, soit en leur propre

nom, s'ils se croyaient capables de l'exercer, soit au nom du

gouvernement français, dont ils recherchaient déjà l'appui, soit enfin

au nom d'Abd-el-Kader, dont les progrès récents dans la province de

Titteri devaient encourager et faciliter les efforts des musulmans

insoumis de la province de Constantine.

C'est ainsi que parurent successivement dans la région du sud,

Ferhat-ben-Saïd, El Berkani, Ben-Azouz et Ben-Amar, tous prenant le

titre de khalifahs, ou lieutenants d'Abd-el-Kader, et aspirant à

diriger, de ce côté, le mouvement à la fois publique et religieux dont

l'émir essayait de se constituer le chef par toute l'Algérie. Dans la

province de Constantine, comme dans celles d'Oran et de Titteri, la

politique d'Abd-el-Kader consista surtout à reconnaître et à s'attacher,

par des titres émanés de lui, les chefs qui avaient su se créer un

pouvoir et des partisans, et qui lui paraissaient les plus propres à

répondre, à ses vues personnelles d'ambition et d'envahissement. Grâce

aux rivalités de familles provoquées par Ahmed-Bey, entretenues par

Abd-el Kader, l'oasis du Ziban a été, depuis 1837. livre à la guerre

civile et à l'anarchie.

A cette époque, le gouvernement de cette contrée était partagé, ou, pour

mieux dire, occupé tour à tour par deux familles représentées, l'une par

Ferhat-ben-Saïd, l'autre par Bou-Aziz-ben-Ganah. Après l'occupation de

Constantine, Ferhat, qui avait, à plusieurs reprises, sollicité la

protection des gouverneurs français d'Alger, se trouva naturellement en

possession du titre et des fonctions de cheik-el-Arab. Instruit plus

tard que Ferhat avait été faire, devant Aïm-Madhi, acte d'obéissance

entre les mains d'Abd-el-Kader, M. le maréchal Vallée le remplaça, au

mois de janvier 1839, par son compétiteur Bou-Aziz-ben-Ganah.

Le titre de cheik-el-Arab était, sous la domination turque, et est

encore aujourd'hui le nom donné au chef du Saharah.

Ce chef avait droit au cafetan en drap d'or et aux honneurs de la

musique du beylik. Avant la prise d'Alger, il devait 20,000 boudjoux (le

boudjou vaut 1 fr. 80 c.) pour droit d'investiture. L'autorité du

cheik-el-Arab s'étendait, au nord, depuis les montagnes d'Aourès et de

Belezmah, qui séparent le Saharah, vaste plaine sans plantation des

terres cultivées, appelées _Toll,_ collines, mouvements de terrain,

jusqu'au pays de Msilah; au sud, jusqu'au pays de Souf, à la limite du

grand Désert; de l'est à l'ouest, depuis Tuggurt, qui marquait la limite

du Haled-el-Djerid, pays des dattes de Tunis, jusqu'au territoire de la

ville d'Agonath. Cet immense territoire, à lui seul presque aussi grand

que la province tout entière, est habité par deux populations bien

distincte: les Arabes nomades Nedjona, pasteurs nomades, qui passent

l'hiver dans le Saharah, et viennent chaque année, au printemps, vendre

des dattes et acheter des grains dans le Tell, et les habitants des

petites villes groupées dans les oasis, qui ne quittent jamais le

Saharah.

Biskarah que les Arabe» prononcent Biskrah est la capitale de ces

petites villes; elle compte de deux mille huit cents à trois mille

habitants, qui, du temps d'Ahmed-Bey, obéissaient à un kaïd. Il y avait

alors à Biskarah une garnison de cent hommes: le territoire sur lequel

s'exerçait l'autorité du kaid portait le nom de Zab pays à oasis, où

croissent les palmiers à dattes. On y trouve quarante villes rangées en

cercle, à peu de distance l'une de l'autre, Biskarah occupant la partie

la plus orientale de ce cercle. Le Zab de Tuggurt contient quatorze

petites villes moins peuplées que celles du Zab de Biskarah. Le pays de

Souf se divise en sept grandes tribus.

Le cheik-el-Arab commandait onze tribus nomades, et en outre Biskarah et

son Zab. Sidi Okbah, El Feoth, qui étaient seuls soumis à une

administration régulière. Tuggurt et son Zab, les Ouled Soulah, le pays

de Souf et El-Kangah, qu'il gouvernait comme il pouvait.

Les anciens avaient donné une idée assez juste du Saharah, en le

comparant à une peau de tigre. C'est, en effet, une région couverte de

vastes espaces d'une couleur fauve, parsemée d'une foule de points noirs

qui se groupent par larges taches, et zébrée de quelques raies grises.

Les espaces fauves sont des sables; les points noirs, des villages; les

taches, des oasis; les raies, des montagnes. Çà et là apparaissent aussi

des plaques presque blanches; ce sont des lacs de sel. De longues et

sinueuses lignes qui viennent y aboutir sont les cours d'eau, ou, pour

parler plus exactement, les lignes de fond. Les sables sont tapissés

d'une végétation naine, où règnent le pistachier et le lotus, et les

villages noyés dans de grosses touffes d'arbres fruitiers. Tel est

l'aspect général du Saharah. Au delà d'une certaine limite, les points

et les taches cessent brusquement, et il ne reste plus dans le fond

qu'une nuance fauve presque uniforme; c'est le Désert.

Les villes du Saharah, formées par la réunion de quelques chaumières,

sont, pour la plupart, d'un aspect misérable; elles n'ont de remarquable

que les jardins dont elles sont entourées. Les habitants fabriquent des

haiks espèce de tuniques, et autres étoffes de laine, des paniers et des

nattes avec les feuille» de palmier. Les jardins sont tous très-bien

arrosés, et n'existent qu'à cette condition; cultivés avec intelligence,

ils produisent toutes sortes de fruits et de légumes. A l'extrémité

occidentale du Zab de Biskarah, se trouve Doussen, où notre

cheik-el-Arab Ben-Ganah a battu Ben-Azouz, lieutenant d'Abd-el-Kader, au

mois de mars 1840. Sidi-Okbah est une ville ancienne et célèbre; elle

renferme le tombeau de Sidi-Okbah, qui fut le premier conquérant de

l'Afrique dans le premier siècle de l'hégire, sous le khalifah d'Osman.

Depuis son installation, notre cheik-el-Arab a eu constamment à

combattre l'influence des khalifahs d'Abd-el-Kader. Au mois de juin

1841, un nouveau succès, remporté par Ben-Ganah contre Ferhat-ben-Saïd,

lui ouvrit l'entrée de Biskarah; mais il ne put s'y maintenir. Les

habitants, qui s'étaient montré d'abord disposés à reconnaître la

souveraineté de la France, s'étant vu imposer par Ben Ganah, et à son

profit personnel, une contribution de 40,000 fr., se soulevèrent et le

contraignirent d'abandonner leur ville et leur territoire. Vers le mois

de novembre 1841, la mort de Ferhat-ben-Saïd, tué dans un engagement

contre une partie d'Arabes hostiles, vint délivrer Ben-Ganah d'un rival

dangereux. Cependant à Biskarah, et dans les tribus qui environnent

cette ville, les khalifahs nommés successivement par Abd-el-Kader,

Ben-Amar et Mohammed-Séghir, ont, jusqu'à ces derniers temps, soutenu la

lutte entre les partisans de Ben-Ganah, sans qu'aucun succès décisif

soit venu faire prévaloir d'une manière définitive les intérêts de l'un

des compétiteurs, qui, tour à tour, occupent la ville et l'abandonnent

selon les occurrences. Aussi notre cheik-el-Arab, réduit à ses propres

forces, a-t-il sans cesse demandé l'appui d'un corps auxiliaire de

troupes françaises, seul capable, selon lui, de maintenir et de

consolider son autorité dans ces parages lointains.

Un tel état de choses entraînait des conséquences désastreuses pour le

pays, particulièrement pour la ville de Biskarah, et compromettait

d'ailleurs notre domination générale. Laisser là si longtemps flotter à

côté du nôtre le drapeau d'Abd-el-Kader, c'était, aux yeux des peuples,

un signe de faiblesse et comme une menace permanente contre la sécurité

de la province de Constantine. Les transactions commerciales, si

nécessaires à un peuple qui ne produit que des objets de luxe, étaient

interrompues sur la plupart des points; une barrière presque

infranchissable séparait le Tell du Saharah, et des collisions

continuelles ensanglantaient les tribus et les villes. La présence des

Français à Biskarah pouvait seule mettre un terme à ces agitations,

asseoir solidement l'autorité du cheik-el-Arab, en même temps que la

domination française, organiser le Ziban, rétablir les relations de

commerce entre le Saharah et le Tell, enfin régulariser la perception de

l'impôt, ce gage réel de la soumission des populations indigènes. Tels

ont été le motif et le but de l'expédition dirigée contre Biskarah.

La division de Constantine vient de terminer avec succès la première

partie de ses opérations; elle a parcouru toutes les oasis connues sous

le nom de Ziban dans les premières plaines du désert, chassé le khalifah

qui y gouvernait au nom d'Abd-el-Kader et dispersé ses soldats

réguliers.

Dès le 8 février, les troupes ont commencé à se mettre en mouvement. Un

poste de ravitaillement fut établi à Bathnah, à 112 kilomètres sud de

Constantine, à moitié chemin environ de Biskarah. Bathnah, où l'on

trouve de l'eau, du bois et de l'herbe, est situé près des ruines

immenses de Lambasa, au milieu des montagnes. C'est l'entrée d'une

longue et large vallée inclinée du nord au sud, qui, séparant les djebel

(monts) Aourès du djebel Mestaouah, conduit du Tell dans le Saharah. De

grands approvisionnements y furent réunis, et un hôpital militaire

installé pour recevoir les blessés et les malades. Le 23 février, la

colonne expéditionnaire, commandée par M. le duc d'Aumale, et forte de

2, 100 baïonnettes, de 600 chevaux, de 4 pièces de montagne et de 2 de

campagne, était réunie à Bathnah. Les tribus des environs, d'abord fort

tranquille, avaient été agitées par les intrigues d'Ahmed-Bey, dans la

unit du 19 au 20, des coups de fusil furent tirés sur les avant-postes.

En même temps 5 à 600 cavaliers des Ouled Solthan et des

Laglular-el-Halfamma occupaient le défilé du Kantana et empêchaient les

chameaux, que le cheik-el-Arab avait requis dans le désert pour les

transports, de rendre à Radmah. Le 21, quatre compagnies d'élite et 200

chevaux sortirent du camp. Cette petite troupe, guidée par le

cheik-el-Arab, marcha toute la nuit; au jour, elle rencontra le

rassemblement d'ennemis, le défit et lui tua 15 hommes; la route était

libre. Le 25, tous les moyens de transport étant rassemblés, la colonne

se mit en route pour Biskarah, avec un mois de vivres, en laissant à

Bathnah un bataillon du 31e, 50 chevaux, 2 pièces de montagne et 10

fusils de rempart. L'infanterie était commandée par M. Vidal de Lauzun,

du 2e de ligne; la cavalerie par M. le colonel Noël, du 3e de chasseurs

d'Afrique; M. le général Lechêne dirigeait les services de l'artillerie.

Arrivée le 20 à M'Zab-el-Msaï, la colonne, après avoir enlevé quelques

milliers de têtes de bétail aux Laghdar, réfugiés dans une haute

montagne réputée inaccessible, le djebel Metlili, parvint, le 29, à

El-Kantara (le pont), le premier village du Désert. C'est une oasis de

dattiers située au pied de rochers escarpés, à la sortie d'un défilé

fort étroit que traversait une voie romaine, aujourd'hui impraticable.

Un beau pont romain, très-bien conservé, donne son nom au village.

Les habitants acquittèrent sans difficulté leurs contributions

annuelles.

Le 4 mars, la colonne entra sans coup férir à Biskarah,

Mohammed-el-Séghir, marabout de Sidi-Okbah, le dernier khalifah

d'Abd-el-Kader, qui occupait la Kasbah de Biskarah avec un bataillon de

500 hommes, avait quitté la ville depuis cinq jours avec ses troupes

régulières et s'était réfugié dans l'Aourès, sans réussir à emmener la

population. Le soir même, les députations de toutes les petites villes

des Ziban et de toutes les tribus nomades, sans exception, étaient dans

notre camp, demandant l'_aman_ (le pardon) et la protection de la

France.

Le corps expéditionnaire est resté dix jours dans les Ziban; les troupes

étaient disséminées sur tout le pays. Quatre officiers versés dans la

connaissance des moeurs et de la langue arabes, MM. le commandant

Thomas, les capitaines de Neveu, Desvaux et Fornier, visitèrent tous les

villages, interrogèrent partout les djemââ (assemblées des notables), et

recueillirent des renseignements politiques et statistiques qui

permirent à M. le duc d'Aumale de constituer l'autorité, et de frapper

une première contribution en argent et en nature (dattes, grains,

moutons et chevaux). Les contributions perçues représentent une valeur

d'environ 150,000 fr.

Les choses ont été réglées de manière à laisser au cheik-el-Arab un

pouvoir que ses services semblent mériter, mais de manière aussi à

permettre au commandant supérieur d'exercer sur ses actes une

surveillance continuelle, et à donner aux populations les garanties

qu'elles réclament. Ainsi, les droits de chaque fonctionnaire ont été

fixés publiquement.

L'impôt sera unique, proportionnel à la richesse, et déterminé, chaque

année, par une lettre du commandant de la province à chaque tribu ou

village; la perception en est confiée au cheik-el-Arab. L'exercice de la

justice a été également réglé. Enfin, des ordres ont été donnés pour que

les voyages des nomades dans le Tell se fissent à époque fixe, par des

routes déterminées, et avec autant d'ordre que possible. Les gens

turbulents seront amenés à Constantine comme otages. Une compagnie de

tirailleurs indigènes de trois cents hommes occupera la Kasbah de

Biskarah, sous les ordres d'un officier français, et en soutenant

l'autorité du cheik-el-Arab, représentera la France dans cette contrée

lointaine. Un goum de cinquante cavaliers d'élite, fourni par les tribus

d'origine noble et exemptes d'impôt, complète l'organisation militaire

du pays.

[Illustration: Carte à vol d'oiseau de l'expédition de Biskarah.]

[Illustration: Les ducs d'Aumale et de Montpensier chargeant les Arabes

à l'attaque de Mehounech.]

Cette mission toute pacifique ainsi remplie, il restait à atteindre le

khalifah d'Abd-el-Kader, et à détruire ses forces déjà affaiblies par la

désertion. En s'enfonçant dans la montagne, Mohammed-el-Séghir avait

laissé une partie de ses richesses à Mehounech, à 32 kilomètres nord-est

de Biskarah. Le groupe de montagnes connu sous le nom de djebel Aourès

se termine, vers le sud, par des rochers escarpés à peu près

inabordables. C'est au pied de cette chaîne qu'est située l'oasis de

Mehounech. L'Oued-el-Abiadh (la rivière Blanche), sortant d'une gorge

étroite et entièrement impraticable, arrose une petite vallée remplie de

palmiers, de jardins bien cultivés et de maisons en pierre. Cette vallée

est enfermée au nord par le djebel Ammar-Kaddou (le mont à la

Joue-Rouge), qui dépend du groupe de l'Aourès, et qui n'est accessible

que par un seul sentier très-difficile; sur ses flancs déboisés et à pic

se trouvent trois petits forts solidement construits, et un village

retranché, dont la position était réputée inexpugnable, et qui sert de

dépôt, non-seulement aux habitants de l'oasis, mais à beaucoup de gens

de l'Aourès et du Saharah.

Occupé une première fois le 12 mars par un détachement sous les ordres

du commandant Tramblay, du 3e de chasseurs, le village de Mehounech,

dont les habitants étaient allés chercher le khalifah d'Abd-el-Kader

pour les défendre, et où 2 à 3,000 Kabyles s'étaient réunis en armes, a

été de nouveau attaqué et emporté le 13, ainsi que les forts qui le

protégeaient, après une vive et longue résistance, et une lutte corps à

corps. Les Kabyles ont fait pleuvoir sur les assaillants une grêle de

balles et roulé sur eux des quartiers de rochers. Le duc de Montpensier,

qui paraissait pour la première fois à l'armée, dirigea, pendant toute

la journée, le feu de l'artillerie, et le soir, en chargeant avec

plusieurs officiers à la tête de l'infanterie, il fut légèrement blessé;

une balle lui déchira la paupière supérieure de l'oeil gauche. Le

village et les forts furent détruits et incendiés le lendemain, ainsi

que les immenses magasins qu'ils renfermaient.

Le camp de Bathnah, quelques jours avant, avait été vigoureusement

attaqué, à deux reprises, le 10 et le 12 mars. Cette double attaque fut

heureusement repoussée, et les Arabes laisseront 31 cadavres sur le

terrain. La colonne principale est revenue le 21 mars à Bathnah, d'où

elle s'est remise en route pour continuer le cours de ses opérations.

Les sciences géographique et archéologique ont eu leur part dans cette

expédition. M. le capitaine d'état-major de Neveu, chargé des travaux

géodésiques, a levé avec soin tout le pays parcouru, et M. le capitaine

d'artillerie de Lamarre a recueilli des documents précieux sur les

restes des établissements romains et surtout sur le Medrashen, signalé

par Bruce comme le tombeau de Syphax et des autres rois de Numidie.

Quelques détails, puisés à des sources officielles, donneront une idée

exacte de l'importance commerciale du Désert.

Les contributions que le Saharah payait annuellement au bey Ahmed ont

été évaluées à 200,000 francs, sans compter les prélèvements faits pour

le pacha et pour ses favoris, en dattes, étoffes de laine, couvertures,

bernous, haïks, etc.

[Illustration: Algérie.--Vue de Mehounech d'après un dessin original.]

Les rapports de Constantine avec le Désert sont les plus anciens, les

mieux établis, et ceux qui se maintiendront sans doute le plus

longtemps. Biskarah, située à sept ou huit jours de marche de

Constantine, y envoyait chaque année, au printemps, une caravane de 200

à 300 chameaux chargés de dattes, de tabac en feuilles, d'objets de

teinture, de bernous, de henné, de plumes d'autruche, de gomme, de

tapis; elle en tirait des armes, des grains et des tissus. L'ensemble de

ce commerce s'élevait à 200,000 francs par an. Les habitants de

Constantine n'envoyaient jamais de caravane à Biskarah; mais, lors du

départ de la colonne chargée du recouvrement de l'impôt, les soldats

emportaient quelques objets de l'industrie de Constantine, pour faire

des échanges contre des produits du pays. Ces expéditions avaient lieu à

l'époque de la récolte des dattes, et la colonne était de retour à la

fin de l'hiver. Le même commerce d'échange des mêmes produits avait lieu

entre Constantine el Tuggurt, qui est à douze journées de Biskarah, et

par conséquent à dix-huit ou vingt de Constantine. Tuggurt payait tribut

au bey de Constantine entre les mains un cheik-el-Arab. En 1819 et 1820,

le bey se rendit en personne à Tuggurt, qu'il frappa d'une contribution

de 500,000 boudjoux.

L'Illustration, No. 0059, 13 Avril 1844 · 第 7 / 19 题