Longchamp s'est passé sans éclat et sans bruit; on ne parle ni de modes
nouvelles, ni d'attelages merveilleux, ni de rivalités audacieuses, ni
de luttes à outrance entre le luxe, la vanité et la coquetterie;
décidément le jour de Longchamp est un jour comme un autre pour les
Champs-Elysées, avec un peu plus de foule, un peu plus de poussière et
un peu plus de fiacres que de coutume; sans doute il y a encore
d'honnêtes curieux qui se parent dès le matin, et descendent de leur
faubourg, femme et enfants sous le bras, pour aller et venir de la place
Louis XV à la barrière de l'Étoile jusqu'à extinction de chaleur
naturelle; sans doute les étrangers et les provinciaux, s'il y a encore
des provinciaux, sortent en toute hâte de leur hôtel garni et vont
chercher Longchamp, sur le bruit de son ancienne réputation et de ses
splendeurs passées; sans doute quelques commis marchands font des essais
d'habits neufs, et quelques grisettes de mauvais goût s'enrubannent et
s'étalent; mais Longchamp n'en a pas moins perdu son goût pour les
tentatives singulières et les excentricités; il ne crée plus rien, il
n'invente plus rien, il n'ose rien. Le Longchamp d'aujourd'hui se
promène avec sa robe et son habit du mois dernier; il trotte sur ses
chevaux ordinaires et roule dans son équipage de l'an passé; ne lui
demandez ni une forme de chapeau inusitée, ni une coupe d'habit
inconnue, ni la révélation d'une cravate, ni la découverte d'une étoffe
superlative: il viendrait plutôt en robe de chambre et en pantoufles;
Longchamp n'a plus d'imagination ni audace; il vit ses trois jours par
un reste d'habitude et fait son temps; mais pendant ses trois journées,
autrefois si fécondes en médisances, en petits scandales, en rencontres
singulières, Longchamp ne fournit pas au chroniqueur d'aujourd'hui la
plus mince épigramme, l'originalité la plus simple, le scandale le plus
innocent.--Pendant le Longchamp de 1844, on a vu une des plus jolies
danseuses de l'Opéra se promener, modestement dans une citadine, au
cheval étique et à l'automédon râpé. Du temps du vieux Longchamp, la
belle eût fait voler la poussière, sous le pied rapide de ses quatre
alezans, laquais devant, laquais derrière, attirant tous les regards et
éclipsant les plus élégantes, les plus titrées et les plus belles. Le
Longchamp actuel est beaucoup plus honnête, plus retenu, plus modeste;
mais n'est-il pas un peu ennuyeux?
[Illustration: Accident arrivé au Ballon de M. Kirsch, dans le pré de
Montréal.]
--Les églises ont été visitées, pendant la semaine sainte, par une foule
empressée et fidèle; est-ce conviction? est-ce curiosité? L'une et
l'autre sans doute; il y a des âmes pieuses, Dieu merci, qui obéissent
sincèrement au devoir du chrétien dans ces jours de recueillement et de
prières; il y a aussi les âmes douteuses et les âmes légères qui se
laissent aller au courant et vont où va le flot qui passe; les uns
regardent d'un air préoccupé et distrait les images suspendues aux
voûtes des temples et se promènent çà et là sur les dalles de marbre
comme des ombres incertaines; les autres écoutent attentivement la voix
du prêtre et du prédicateur, dans une attitude méditative et recueillie;
je doute cependant que les plus indifférents et les plus sceptiques
puissent se défendre d'une émotion intérieure et secrète en pénétrant
sous les voûtes sonores des églises, par les jours éclatants qui
illuminent Paris depuis plus d'une semaine; l'or et le marbre
étincellent, l'encens fume, la prière retentit, l'orgue l'accompagne
pieusement; le soleil, flamme divine, brille à travers les vitraux et
inonde le temple de lumière; les petits enfants, les vieillards et les
femmes passent tenant à la main le rameau de buis bénit; c'est un
spectacle à la fois magnifique et pénétrant qui élève le coeur et lui
montre un refuge, surtout si, en descendant les marches du temple, vous
rencontrez un cercueil couronné de fleurs d'oranger et recouvert d'un
linceul virginal, pareil à celui que je heurtai l'autre jour en sortant
de Notre-Dame; c'était la jeune fille, l'unique trésor d'un illustre
magistrat qui venait, pâle et immobile, s'offrir aux prières des morts;
les visages étaient consternés, les pleurs roulaient en abondance: «Tant
de jeunesse et de beauté! disait-on de toutes parts... âme innocente et
pure, âme délivrée, retourne dans le sein de Dieu!»
--Pâques oblige les théâtres à faire leur clôture; mais cet usage pieux
a subi, comme tant d'autres, des changements considérables, et s'est
modifié avec l'esprit du temps; autrefois, sous la vieille monarchie,
les théâtres chômaient pendant la quinzaine de Pâques tout entière; la
restauration imita l'ancien régime le plus qu'elle put, et ne demanda
cependant aux spectacles mondains que huit jours d'abstinence; la
révolution de Juillet est d'une philosophie moins scrupuleuse. Les trois
théâtres royaux sont seuls obligés à une clôture de trois jours; les
autres théâtres, qu'on appelle les petits théâtres, ont pleine licence
jusqu'au vendredi saint inclusivement; et même dans les premières
ardeurs publiques de Juillet 1830, le vendredi saint ne fut pas excepté.
Le vaudeville fredonnait et la danse gambadait ce jour là comme
d'habitude. Cette année, la pénitence a été observée par tous les
spectacles indistinctement; voudrait-on revenir peu à peu à la huitaine
religieuse et monarchique?
Dans l'ancien régime, la rentrée du Théâtre-Français se célébrait avec
solennité; un des acteurs en crédit adressait officiellement une
allocution au parterre, avec tous les respects en usage; il y était
question du passé et surtout de l'avenir. Si le passé avait péché,
l'avenir promettait monts et merveilles. Lekain, Larive, Saint-Prix,
Talma, ont pratiqué les derniers cette allocution des vacances de
Pâques. Aujourd'hui, les choses s'arrangent plus bourgeoisement et avec
moins de cérémonie, la Comédie-Française ne harangue plus le parterre;
et la meilleure raison qu'on puisse donner, après celle des usages
abolis, c'est qu'il n'y a véritablement plus de parterre; j'appelle
parterre, en effet, cette réunion de juges éclairés et assidus qui
siégeait non-seulement au parterre proprement dit, mais à l'orchestre,
mais dans les loges: tribunal qui avait l'oeil incessamment ouvert sur
les acteurs, et ne leur passait pas la plus légère peccadille; cour
suprême et savante, qui s'était familiarisée, par une longue étude et
une longue pratique, avec tous les secrets de l'art et de la poésie
théâtrale; docteurs ès lettres dramatiques, qui possédaient la science
de Racine, de Corneille, de Beaumarchais, de Regnard, de Lesage et de
Molière, comme un bon conseiller de cour royale ou de cassation tient sa
jurisprudence sur le bout du doigt. Or, à l'heure qu'il est, il n'y a
plus de parterre, c'est-à-dire il n'y a plus de juges; ce sont pour
ainsi dire des passants qui viennent au théâtre comme dans une
hôtellerie, pour y loger la nuit, et en sortent le lendemain matin sans
seulement se rappeler ce qu'ils y ont vu, pas même l'enseigne de
l'hôtel, pas même le nom de l'hôtelier.--Toute habitude, toute intimité
est abolie entre les acteurs et le public; le parterre de la veille
n'est plus le parterre du lendemain; l'un n'impose plus à l'autre, et
celui-ci n'a plus le respect de celui-là; aussi tout va à la diable; les
acteurs, faute de surveillants rigides, s'abandonnent à toutes les
mauvaises habitudes des écoliers émancipés; le public, à son tour, ne se
donne plus la peine de comprendre quelque chose aux oeuvres qu'il
considère, non plus comme un objet d'étude et de plaisir élevé, mais
comme une façon de passer, tant bien que mal, une heure ou deux. Puisque
le public et les comédiens s'en vont, dégénèrent de compagnie, et ne se
connaissent plus, que voulez-vous, bon Dieu, que ces gens-là aient à se
dire à Pâques, et sur quoi reposerait la harangue? Ils se taisent donc à
Pâques comme à la Trinité.
--Les journaux racontent la mésaventure d'un aéronaute appelé Kirsch;
cet honnête monsieur avait placardé dans tout Paris des affiches
monstres, selon l'usage antique et solennel; c'était, pour lundi dernier
que la merveilleuse ascension était annoncée; le lieu était bien choisi.
M. Kirsch avait planté sa tente au parc de Monceaux; le ciel par sa
splendeur éclatante semblait vouloir se faire le compère de M. Kirsch et
le tenter par l'appât d'un voyage dans l'air calme et transparent,
mollement coloré de soleil et d'azur. Quant aux curieux, ils étaient en
nombre: papas, mamans, petites filles, petits bons hommes, cuisinières,
tambours-majors, commis de toute espèce, grisettes, gardes nationaux,
sergents de ville et bonnes d'enfants, il y avait des places à dix sous,
à vingt et à quarante; prenez vos billets!
La foule avide et, empressée attend, la bouche béante et les yeux
ouverts à deux battants, que l'intrépide M. Kirsch escalade les cieux et
détrône Jupiter, ou tout au moins aille donner une poignée de main à
Junon; mais M. Kirsch n'ira pas si loin. Le ballon en effet s'élève à
quelques pieds de terre, rencontre un arbre, se heurte contre ses
branches, s'y accroche, se déchire, s'entr'ouvre et crève; M. Kirsch ne
soupera pas ce soir dans l'Olympe! La clameur qui s'élève aussitôt n'est
pas difficile à deviner. La foule est inhumaine, elle ne pardonne pas la
défaite, surtout quand elle y entre pour 50 centimes; on crie donc de
toutes parts haro sur M. Kirsch! et dans un temps un peu plus cannibale,
on eût vraisemblablement mis l'aéronaute en pièces. Casser les chaises,
disperser en lambeaux les débris du ballon infortuné, en faire un
auto-da-fé et danser autour de la flamme une ronde diabolique, tels sont
les passe-temps des temps civilisés; M. Kirsch n'y a pas laissé sa peau,
mais sa recette, que le public a réclamée et reprise sans pitié. Or, le
public a fait tout juste ce que honnêtement et chrétiennement il ne
devait pas faire. Dans quelle occasion a-t-on surtout besoin du garder
la recette, si ce n'est quand on vient de crever son ballon? je vous le
demande à vous tous, amoureux, rois, ministres, philosophes, poètes,
coureurs de fortune et de renommée, qui lancez en l'air des ballons de
toute espèce, ballons de gloire, ballons de génie, ballons de savoir,
ballons de bonheur, ballons d'amour, combien s'arrêtent, comme le ballon
de M. Kirsch, au premier buisson de chemin et jettent au vent vos rêves
évanouis!... Et la foule arrive, qui vous rit au nez au lieu de vous
consoler, et fouille dans vos poches pour y chercher et y voler votre
dernier espoir: «Honni soit le maladroit aéronaute!» _Vae victis_, mon
pauvre M. Kirsch; c'est la morale de ce bas monde.
--Pendant que M. Kirsch crevait comme une outre, mademoiselle Plessis
hasardait son ballon dans le _Misanthrope_. Il va sans dire que
mademoiselle Plessis s'attaque à Célimène. Que faire, en effet, de cette
beauté, de ces vingt ans, de ces yeux miroitants, de ce sourire, de
toute cette jeunesse, si on ne l'emploie pas à troubler les coeurs et à
faire pirouetter les petits marquis? Mademoiselle Plessis a donc fait la
coquette; mademoiselle Plessis possède, il est vrai, une bonne partie
des armes nécessaires à Célimène, les yeux, le sourire, la beauté et les
vingt ans que nous avons dit; mais elle n'a pas l'arsenal tout entier,
ou plutôt il lui manque encore cette fine habileté, cette souplesse
perfide et cette grâce traîtresse de la Célimène de Molière;
mademoiselle Plessis, en un mot, n'est pas suffisamment scélérate, et a
un fond de bonne fille dont Célimène ne s'accommode guère. Mais les
Célimène se forment si vite! Il ne s'agit que de commencer, et vous
verrez que, le premier pas fait, mademoiselle Plessis ira loin. Son
ballon, toutefois, n'a pas échoué à la recherche de Célimène, comme
celui de là-haut; il a vogué, au contraire, assez gracieusement, à une
élévation moyenne; en attendant qu'il aille aux nues, mademoiselle
Plessis est bien capable de l'y pousser et de l'y suivre.
La mésaventure de _Caligula_ n'a pas découragé M. Alexandre Dumas.
L'infatigable fabricant est aux prises, à l'heure où je vous parle, avec
une tragédie en cinq actes. On ne dit pas encore le titre; mais l'oeuvre
sera terminée avant un mois, et représentée probablement après les
vacances.
M. Alexandre Dumas a bien des chutes à faire oublier. On affirme qu'il
est lui-même frappé de ses récentes disgrâces, et sent la nécessité de
faire pénitence et de se racheter. Nous le souhaitons de bon coeur; rien
n'est plus affligeant que le spectacle d'un talent en ruines. Que M.
Alexandre Dumas relève et rebâtisse l'édifice de sa réputation lézardée,
nous ne demandons pas mieux, et au besoin nous apporterons la pierre et
le ciment.
--Carlotta Grisi est revenue de Londres triomphante et couronnée de
guinées et de bank-notes.--M. Vatel vient d'envoyer à Lablache une
tabatière de 3,000 fr., comme témoignage de reconnaissance pour les bons
et loyaux services de l'illustre artiste; un empereur n'aurait pas mieux
fait: M. Vatel n'est cependant que le directeur du théâtre italien; ce
don magnifique annonce que la direction du théâtre italien a du bon
tabac dans sa tabatière.--Liszt, à peine de retour d'Allemagne, prépare
un concert échevelé; et le Cirque-Olympique, voyant les feuilles poindre
et les arbres verdir, monte à cheval, quitte sa salle enfumée du
boulevard du Temple, et va caracoler aux Champs-Elysées; le
Cirque-Olympique est le meilleur des almanachs; dès qu'il plante sa
tente à l'ombre des arbres, et remet _Murât et Napoléon_ en magasin,
dites: le printemps est venu... il est venu en effet, et que Dieu en
soit béni; respirons l'air embaumé, mes chères belles, et roulons-nous
sur la verdure.
La Frégate à vapeur le Princeton.
[Illustration.]
L'_Illustration_ a rendu compte, dans son numéro du 23 mars, de
l'horrible catastrophe arrivée sur le Potomac, près de la ville de
Washington, et qui a coûté la vie à plusieurs des hommes les plus
éminents des États-Unis.
Nous donnons aujourd'hui la reproduction d'un plan du Princeton, publié
par _le Weekly Dispatch_, et qui indique la position du canon dont
l'explosion a causé de si affreux ravages, celle des spectateurs et
celle des victimes de ce terrible accident.
Cet énorme canon en fer qu'on voit à bâbord, sur l'avant du navire, et
qui tourne sur lui-même, constitue, au propre et au figuré, une
révolution dans l'art de la guerre, une des inventions les plus
meurtrières des temps modernes.
On se souvient que, dans la dernière guerre entre les États-Unis et
l'Angleterre, les Américains eurent sur la marine britannique un
avantage marqué qui étonna l'Europe et dont ils sont encore fiers
aujourd'hui. Ils le durent en très-grande partie à l'emploi du canon à
pivot, qui, se ployant sur le pont extérieur de toutes sortes de
bâtiments et pouvant se pointer avec facilité dans toutes les
directions, permet de mettre à profit toute occasion de prendre en long
les vaisseaux ennemis et de les désemparer de leur mâture. Cette
tactique réussit au delà de toute espérance et assura la victoire à la
flotte américaine.
C'est ce procédé que le capitaine Stockton a perfectionné en l'adaptant
à un nouveau plan; et il en faisait la première application à un
bâtiment à vapeur, lors de l'expérience qui a eu de si funestes
résultats.
On voit, par la différence des proportions de ce canon avec celles des
autres pièces qui forment l'armement du Princeton, quelle en est
l'importance dans ce nouveau système d'artillerie maritime. La ligne
brisée qu'on remarque sur la partie postérieure de la pièce indique la
portion détachée par l'explosion et qui, en fracassant le bordage du
bâtiment, a frappé tant de victimes.
Le journal américain a fait un rapprochement assez singulier: «Presque
toutes les inventions extraordinaires et destructives ont été, dit-il,
fatales à leurs auteurs ou patrons dès les premières expériences qui en
ont été faites. Ainsi Guillotin, qui a inventé l'instrument de supplice
qui porte son nom, a fini ses jours par la guillotine. M. Huskinson,
membre du ministère anglais, a été tué par accident, lors de
l'inauguration du premier chemin de fer de la Grande-Bretagne. Le
capitaine Robert, qui, le premier, a traversé l'Atlantique sur un
bâtiment à vapeur, se trouvait à bord du steamer le _Président_ lorsque
celui-ci fut, selon toute apparence, englouti par le même Océan. Enfin,
il s'en est failli de bien peu que le capitaine Stockton ne pérît
victime de son canon destructeur.»
Histoire de la Semaine.
La Chambre, comme les administrations, comme les établissements publics,
comme les théâtres, comme la presse quotidienne, comme tout enfin,
excepté l'_Illustration_, a pris des vacances. Nous n'avons donc cette
semaine qu'un petit nombre d'actes législatifs à enregistrer; les
journaux se sont même plus occupés du débat qui a terminé les travaux de
la semaine dernière, et dont nous avons donné le résultat au moment même
de notre tirage, que de ceux qui ont suivi la reprise des séances. En
effet, si la proposition de M. Chapuys de Montlaville n'avait trait qu'à
une des questions relatives à la constitution financière de la presse,
elle fournissait l'occasion de les traiter toutes. Dans cette polémique
il s'est émis peu d'idées nouvelles. Des journaux auxquels les annonces
ne viennent point, parce que leur publicité est restreinte, ont demande
que l'impôt sur le timbre fût remplacé par un impôt sur les annonces;
bien qu'émise dans un intérêt particulier, cette idée devra, comme
toutes celles qui se sont produites, être examinée avec soin par la
commission que la Chambre va constituer. Comme il est bon qu'elle
connaisse toutes les considérations qui, dans le principe, ont fait
établir l'impôt du timbre dont on lui demande la suppression, nous
croyons devoir mettre sous ses yeux le passage suivant du _Dictionnaire
des gens du monde_ (par Slicotti, 1770, t. V, p. 505), où il fut
demandé, pour la première fois que nous sachions, et à titre de remède à
l'abus du papier blanc: «L'État peut tirer parti des journaux, des
journalistes, qui se disputent aujourd'hui l'honneur d'enseigner la
France enseignante. Une centaine de pages fondues et étendues dans
plusieurs volumes produisent à tels journalistes un revenu de 12,000
livres par année, c'est-à-dire beaucoup plus que ce que trois années du
meilleur et du plus fort travail en ce genre aient produit au célèbre
Bayle. Or, ces écrivains, qui se disent si bons citoyens, consentiront
sans doute avec plaisir à ne tirer de leur ouvrage que 9,000 livres de
net (sans compter le tour du bâton), les trois autres mille livres
avertissant au profit de l'État. Il est d'équité d'asseoir cette
contribution de manière qu'elle soit proportionnée au débit de chaque
journal. Or, quelle voie plus proportionnelle que l'établissement d'une
formule ou papier timbré pour tous les journaux, formule qui
embrasserait de droit les mémoires d'académies, les compositions qui
concourent annuellement pour les prix fondés dans la plupart du ces
sociétés; et, par extension, les premières éditions des pièces de
théâtre, les romans et toutes les productions romanesques? Il
résulterait de cet établissement un avantage certain pour les lecteurs
et pour les acheteurs, par l'attention qu'auraient les écrivains diffus
à ménager le papier. Si quelque caustique opposait à cette partie, de
notre projet le mot de Gilles Ménage sur les journaux, nous lui
répondrions par celui de Vespasien: _Atqui è lotio est_.»
Lundi dernier la Chambre a délibéré en séance publique sur la prise en
considération de la proposition de MM. Saint-Marc Girardin, de
Sainte-Aulaire, d'Haussonville, de Gasparin, Ribonet et de Sahime,
relative aux comblions d'admission et d'avancement à établir pour les
fonctions publiques. Quoiqu'une pareille motion soit une critique
évidente de certaines nominations et même de l'ensemble des nominations
auxquelles le népotisme et la faveur entraînent la haute administration
au détriment des services de l'État, la proposition comptait tant de
pères, et de pères conservateurs, qu'il soit difficile de la traiter en
enfant perdu. Après quelques développements présentés par M. Saint-Marc
Girardin, qui n'a pas eu de peine à établir combien cet arbitraire
déconsidère le pouvoir, M. le ministre des affaires étrangères est venu
déclarer qu'il ne s'opposait point à la prise en considération d'une
proposition sérieuse et sincère, qui n'était pas portée par un autre
esprit et ne se proposait pas un autre but que le but et l'esprit
qu'elle annonçait ouvertement. C'était la critique des propositions que
le ministère avait précédemment combattues, quelquefois sans succès, et
une grande partie de la chambre n'a pas paru comprendre que la
proposition de M. de Saint-Priest, par exemple, relative à la réforme
postale et que M. le ministre des finances a si énergiquement et si
vainement repoussée, recélât une intention secrète et un but caché. Il a
paru plus vraisemblable qu'on combattait pas cette proposition nouvelle,
parce qu'on n'avait nulle chance de le faire avec succès, et que, pour
lui comme pour celle de MM. Gustave de Beaumont, Leyd et Lacrosse, sur
la corruption électorale, on préférait s'en remettre aux difficultés qui
pourraient lui être suscitées plus lard. La proposition a donc été prise
en considération à la presque unanimité des votants.
La Chambre a eu ensuite à nommer des commissaires pour l'examen des
projets de loi de chemin de fer dont nous avons précédemment mentionné
la présentation. Un député, l'honorable M. Havin, dans le désir honnête
que l'intérêt général prévalût dans la formation des commissions pour
les intérêts de localité, et dans l'espoir naturel qu'un scrutin de
rassemblée entière amènerait plus sûrement ce résultat que des scrutins
fractionnés de bureaux, a demandé que la Chambre usât de la faculté que
lui donne son règlement, et qu'elle n'avait jamais exercée jusque-là, de
nommer les commissaires directement et par un scrutin de liste. Havin,
dans sa probité, n'a pas prévu qu'un résultat tout avisé à son but
sortirait du mode de procéder qu'il avait entamé. C'est cependant ce qui
est arrivé. Des organes de la masse, dans toutes les nuances de
l'opinion, s'accordent à ce que des coalitions d'intérêts particuliers
sont parvenues, au préjudice de l'intérêt général, à faire triompher, au
scrutin, leurs candidats.
La France vient encore d'avoir à exiger en Syrie une réclamation
nouvelle pour des traitements odieux commis envers des chrétiens, et
pour une attaque armée dirigée contre l'habitation de notre agent
consulaire à Latakié. Voici le résumé des faits rapportés par l'_Écho
d'Orient_: Un prêtre grec ayant été excommunié par son évêque pour avoir
béni un mariage sans autorisation, avait embrassé l'islamisme par
vengeance. Cette action transporta de joie la populace musulmane, qui
promena en triomphe le renégat dans les rues de Latakié. Cela se passait
le dimanche 25 février, au moment où les Européens, qui s'étaient rendus
à la chapelle, y assistaient à la célébration de la messe. La populace,
passant près du monument, fit entendre des hurlements et assaillit à
coups de pierres les fidèles qui s'y trouvaient. Ceux-ci, s'avançaient à
la porte, dispersèrent une troupe d'enfants qui les injuriaient et
continuaient à lancer des pierres, dont furent blessées quelques femmes.
Ces enfants ne tardèrent pas à retourner devant l'église; mais cette
fois ils étaient suivis d'une foule compacte au milieu de laquelle on
remarquait des Albanais et des musulmans les plus fanatiques de la
ville. A la vue de cet attroupement menaçant, les Européens fermèrent la
porte du couvent, contre laquelle les furieux tirèrent des coups de
pistolet et de fusil. Après avoir vainement tenté de la briser, ceux-ci
pénétrèrent par escalade dans l'enceinte du jardin; Européens, hommes et
femmes, épouvantés de l'audace et de la rage de la populace, s'étaient
déjà réfugiés dans autre jardin contigu à celui du couvent, et
appartenant à la maison consulaire de France, croyant ainsi, sous notre
drapeau, se mettre à l'abri de l'insulte et de l'assassinat. Mais la
maison du vice-consul ne fut pas respectée, et l'un des siens, qui se
mit en devoir de la défendre, reçut une balle dans la poitrine. Le
consul de France à Beyrouth a demandé la punition des coupables à notre
ministre à Constantinople, M. de Bourqueney. Le divan n'a point opposé
difficultés; seulement il voulait que, comme dans une circonstance
récente, la réparation eût lieu à Beyrouth et non au lieu où l'insulte
avait eté commise, bien que, lors de l'affaire de Jérusalem, il ait été
dit à la tribune et dans les journaux, par certains organes du
gouvernement, que procéder autrement eût été contraire à toutes les
règles diplomatiques, comme cette affirmation avait entraîné peu de
convictions, cette fois-ci on a préféré, dussent les précédents
diplomatiques en souffrir, donner satisfaction à l'opinion publique et
aussi, disons-le, à la logique. C'est à Latakié que M. de Bourqueney a
voulu que fût donnée la satisfaction et c'est à Latakié que la
réparation aura lieu.--Notre paquebot du Levant a apporté également la
note officielle suivante remise pour le reiss-effendi, Rafaat-Pacha,
entre les mains des premiers interprètes des ministres de France et
d'Angleterre: «Sa Hautesse le sultan est dans l'irrévocable résolution
de maintenir les relations amicales, et de resserrer les liens de
parfaite sympathie qui l'unissent aux grandes puissances. La Sublime
Porte s'engage à empêcher, par des moyens effectifs, qu'à l'avenir aucun
chrétien abjurant l'islamisme ne soit mis à mort.» C'est la réponse aux
pressantes et énergiques protestations que les ambassadeurs français et
anglais ont fait entendre contre de récentes et atroces exécution. Ils
tendront la main, nous n'en doutons pas, à ce que la peine de mort ne
soit pas remplacée par une détention perpétuelle, substitution qui est,
dit-on, dans la pensée de la Porte, pensée que les termes de sa note ne
contrediraient pas.
Des dépêches de Haïti sont parvenues au gouvernement; elles ont été
apportées par le lieutenant de vaisseau Heine, aide de camp de
l'amiral Dupetit-Thouars. On s'attend à voir la chambre des députés,
comme vient de le faire la chambre des pairs, demander la production de
ces documents, qui doivent être de nature à éclairer complètement une
question que le ministère a cru pouvoir trancher, on sait comment, tout
en se déclarant sans renseignements.
Le peuple haïtien, chez lequel l'amour du travail n'égale pas une
passion inquiète pour la liberté, après avoir installé son nouveau
gouvernement, et avoir reçu, le 4 du mois de janvier dernier, le serment
de son nouveau président, le général Hérard, est déjà en proie à des
divisions sanglantes. Pour les uns, l'adhésion du gouvernement aux
principes de la constitution n'est pas franche; pour les autres, la
constitution est mauvaise, et le gouvernement en poursuit trop
énergiquement l'exécution. Enfin, l'irritation des noirs contre les
mulâtres est venue s'ajouter encore à ces causes de division, et une
collision meurtrière a eu lieu à Lleveia, ville située à quelque
distance de Saint-Marc, entre les autorités civiles et les autorités
militaires. Un général et six fonctionnaires publics ont été tués. A
Saint-Marc également, la ville a été, pendant les journées des 25, 26 et
27 février, mise au pillage par l'armée, qui était en pleine
insurrection. Une grande partie des habitants, les mulâtres surtout,
suivant en cela le conseil du président, s'étaient réfugiés au
Port-au-Prince.
En Espagne, où les bruits d'amnistie ne se sont pas confirmés, où le
règne du régime exceptionnel n'a pas cessé, le gouvernement paraît
attendre beaucoup de force et de sécurité de la formation d'un corps de
gendarmerie à pied et à cheval divisé, comme chez nous, en légions, en
compagnies et en brigades. Si les _mulerès_, qui ont montré comment ils
entendaient la liberté, arrivaient à prouver qu'ils entendent mieux
l'administration, ce serait du moins quelque chose. Mais nous craignons
bien que tout leur savoir-faire se borne à créer des gendarmes, des
marquis et des grands d'Espagne. Nous avons déjà dit que M. Munoz avait
été l'objet de cette dernière faveur; depuis lors, le ministre des
finances, M. Carasco; le ministre de la guerre, M. Mazaredo, dont on se
rappelle la dépêche sur le bon effet d'_un peu de sang_ versé à propos;
le président du conseil, M. Gonzalès Bravo, qui naguère a donné à la
reine Christine, dans le _Guirigay_, qu'il rédigeait, des épithètes peu
politiques; enfin, M. de Pena Florida, auteur de l'idée d'une
gendarmerie, ont été nommés, le premier, comte; le second,
lieutenant-général; les deux derniers, grande-croix de l'ordre de
Charles III. Que l'Espagne soit donc enfin satisfaite!--Le Maroc aggrave
chaque jour ses torts envers cette puissance. Une felouque sortie du
port d'Algésiras, et que les trois hommes qui la montaient avaient
dirigée vers la côte barbaresque pour y pécher, s'étant approchée du
rivage très-inoffensivement, ainsi que doit porter à le penser le peu
d'importance de ce petit bâtiment, essuya un coup de feu, tiré du cap de
Negret, qui tua un des marins. C'est un nouveau grief à ajouter à tous
ceux que le gouvernement de Madrid a déjà contre l'empereur.
En Portugal, l'insurrection occupe toujours la place d'Almeida. La reine
en fait pousser très mollement le siège, soit qu'elle ait peu de
confiance dans ses troupes, soit qu'elle voie dans cet état de choses un
prétexte pour prolonger la position exceptionnelle où le pays est placé.
Un nouvel ajournement des cortès vient encore d'être prononcé.
Presque aucun des journaux de Paris ne reçoit de feuilles étrangères.
Les nouvelles du dehors sont transmises à la plupart d'entre eux, et de
quelque couleur qu'ils soient, par un seul et même bureau de
correspondance établi à Paris, qui alimente la presse ministérielle
comme la presse de l'opposition. On comprend que quand le bureau de
correspondance fait une nouvelle, aucun journal n'est à même de rompre
le silence; comme aussi quand il commet une erreur, elle est aussitôt
reproduite à des milliers d'exemplaires. On a vu, il y a quelques jours,
les journaux annoncer la nomination du président des États-Unis de
l'Amérique du Nord, et proclamer M. Van Buren. C'était évidemment une de
ces mystifications que fait admettre le premier jour de ce mois. Mais il
n'y a qu'un 1er avril dans l'année, et ces facéties, ces erreurs, ou des
erreurs et des facéties semblables, se reproduisent souvent à des dates
qui n'ont pas le même privilège. Peut-être cela ne demande-t-il pas
moins l'attention des journaux que celle des lecteurs.--Du reste, une
nouvelle moins controuvée nous est venue de New-York. Lors de la
discussion de l'adresse, M. Guizot déclarait qu'il n'y avait pas à
espérer que le tarif américain pût être révisé cette année. Cette
conjecture a été démentie. La chambre des représentants vient d'être
saisie d'un projet de tarif par lequel, pour nous occuper seulement de
ce qui intéresse, le plus la France, les vins et les soieries seraient
mieux traités qu'ils ne le sont aujourd'hui. Cette proposition, qui
réunira une grande majorité à la chambre des représentants, rencontrera
beaucoup plus d'opposition au sénat. Mais quand on voit M. Clay, auteur
principal du tarif adopté en 1812, pousser activement aujoud'hi à sa
modification, on peut espérer que le calcul qui porte ce candidat de la
présidence à changer de rôle, indique une conversion semblable chez
plusieurs autres hommes politiques.
Le parlement d'Angleterre s'est ajourné au 15. Jusque là le ministère
doit rassembler ses forces contre l'amendement de lord Ashley et la
motion de lord Palmerston.--On a publié le tableau du revenu de la
Grande-Bretagne pendant l'année financière commençant le 5 avril 1843 et
finissant le 5 avril 1844. Ce total est de 1,250,924,425 francs. Il
s'est manifesté une légère amélioration sur les douanes et sur l'accise,
c'est-à-dire l'impôt de consommation; mais c'est l'_income tax_, cette
ressources temps de guerre, qui a comblé le déficit. Elle a produit
133,922,165 francs; c'est un impôt de 3 centimes par franc seulement qui
ne porte que sur les revenus de 3,750 francs et au-dessus. La somme des
revenus dépassant ce minimum fort honnête est donc de 1 milliards et
demi. C'est une richesse énorme, mais une richesse aux mains d'un trop
petit nombre de personnes, et qui cause la détresse d'une masse de
peuple considérable.
O'Connell a repris son oeuvre en Irlande en modifiant son rôle comme
nous l'avons indiqué. Dans une dernière séance de l'association qu'il a
présidée, il a dit, en parlant avec chaleur de l'accueil qu'il a reçu en
Angleterre: «Je croyais l'oligarchie toute-puissante, et j'ai trouvé un
peuple parfaitement disposé pour l'Irlande et imbu des plus saines idées
de justice; aussi prend-je, dès à présent, l'engagement de ne jamais
prononcer une parole qui puisse blesser le peuple anglais. C'est un
grand, c'est un beau peuple, et, si je ne suis pas mis en prison, j'irai
visiter les districts les plus populeux de l'Angleterre, et vous
rapporterai des nouvelles aussi bonnes que celles d'aujourd'hui.» Ce
voyage projeté pourrait bien n'être pas exécuté, car il s'accrédite que
la sentence, malgré l'appel, sera immédiatement exécutée.
Un jury arbitral avait été constitué d'accord entre M. Grandin, député
d'Elbeuf, et M. Charles Laffitte, deux fois élu par le Collège de
Louviers, et qui deux fois a vu son élection annulée par la Chambre,
pour prononcer sur les dires contradictoires de ces deux messieurs. Ce
jury vient de rendre et de publier son opinion, de laquelle il nous
paraît difficile en la pressant bien, d'extraire autre chose sinon que
M. Grandin n'a pas tout à fait tort, et que M Laffitte n'a pas tout à
fait raison.
Nous voudrions pouvoir détourner les yeux d'un événement affreux dont le
département de la Loire vient d'être le théâtre, et qui a jeté la
désolation et le désespoir dans ces laborieuses contrées. A la suite
d'une agitation d'ouvriers mineurs, dans laquelle l'autorité judiciaire
avait reconnu tous les caractères d'une coalition, dix-sept d'entre eux
avaient été mis état d'arrestation. Le vendredi 5, ces prisonniers
partirent de Rive-de-Gier pour être dirigés sur la maison d'arrêt de
Saint-Étienne. Nous ignorons par quel motif leur translation ne fut
point opérée par la voie du chemin de fer, si rapide et si sûre, et
pourquoi le préfet du département et le procureur général de Lyon
préférèrent la voie de terre, malgré toutes ses lenteurs et tous ses
dangers. Une escorte de 80 fantassins, commandés par un capitaine, de 25
chasseurs à cheval et de 11 gendarmes fut formée pour accompagner le
convoi. Une compagnie d'infanterie l'accompagna à distance. A quatre
kilomètres de Rive-de-Gier, au hameau de la Grand-Croix, un
rassemblement lança des pierres contre l'escorte, et des enfants se
précipitèrent à la tête des chevaux. Quelles furent alors les nécessités
de situation de la troupe; nous l'ignorons; l'enquête nous le fera
connaître, elle nous dira si l'extrémité bien cruelle à laquelle on a
cru devoir recourir était absolument inévitable. En attendant, nous
avons la douleur d'avoir à dire que cinq hommes du peuple sont restés
sur le terrain, atteints de coups de feu à la gravité desquels un
d'entre eux, qui se trouvait là en curieux, a déjà succombé. Le convoi a
poursuivi sa route, et les prisonniers ont été écroués à leur
destination.
A Commentry, dans l'Allier, un éboulement considérable, produit par une
violente explosion qui se manifesta dans les galeries des mines, laissa
pénétrer le gaz dans une des galeries occupées et bientôt la flamme se
répandit avec une rapidité prodigieuse. Cinq ouvriers furent ensevelis;
et l'on n'a retiré que des cadavres. Par suite de l'explosion, le feu
s'est communiqué au charbon, qui brûle sur une vaste étendue et projeté
des flammes qui s'élevaient à une grande hauteur. On s'est rendu en
foule de Montluçon et des environs pour contempler ce spectacle de
désolation. L'ingénieur des mines est arrivé en toute hâte sur les lieux
du sinistre, et n'a trouvé d'autre moyeu que de noyer la mine. Il faudra
bien du temps et du travail pour réparer le dommage, qui est évalué à
une somme considérable.
On écrit de la Nouvelle-Orléans, le 2 mars, que l'on venait d'y recevoir
la nouvelle que la veille au matin, entre deux et trois heures, deux
steamers s'étaient rencontrés et entre-choqués sur le Old-River,
au-dessous d'Atchafalaya, et que l'un d'eux, le _Buckeye_, a été
englouti en moins de cinq minutes. Tous les passagers, au nombre de plus
de 300, noirs et blancs, étaient couchés au moment du choc; 60 à 80 ont
péri.
La chambre des députés et l'armée ont rendus les derniers devoirs à M.
le général de la Bourdonnaye. La chambre des pairs a perdu M. le marquis
de Lusignan;--la chambre des lords, en Angleterre, lord Abinger,
premier baron de l'échiquier, qui s'était fait une grandi réputation au
barreau avant son élévation aux dignités, et alors qu'il portait le nom
de Scarlett. Enfin le prince Démétrius Galuzin, général de cavalerie
russe, gouverneur général de Moscou, auquel l'empereur avait permis
depuis un an, pour le rétablissement de sa santé, de résider à Paris,
vient d'y mourir.
Salon de 1844.
Quatrième article.--Voir t. III, p. 33, 71 et 84.
Jusqu'ici, nous avons eu peu de critique à faire: nous avons été heureux
dans nos premières promenades au Salon. Il y aurait conscience d'être
sévère par plaisir, ce qui ressemblerait fort à de l'injustice. Nous
continuons aujourd'hui notre compte rendu approbateur.
Il y a des faits historiques dont la simple narration suffit pour
émouvoir les âmes nobles et sensibles. _L'Abdication de Napoléon à
Fontainebleau_ est au nombre de ces faits. Nos vieux militaires pleurent
encore à ce souvenir, et quelle sera leur douleur en s'arrêtant
s'arrêtant devant le tableau de M. Janet-Lange! Nous allons vous faire
connaître le moment choisi par le peintre; et, ayant le dessin sous les
yeux, vous jugerez vous-même s'il a bien rendu cette désolante scène;
«Napoléon pend la plume, et se reconnaissant vaincu, moins par ses
ennemis que par la grande défection qui l'entoure, il rédige lui-même la
seconde formule de l'abdication qu'on attend: Les puissances alliées
ayant proclamé que l'empereur était le seul obstacle au rétablissement
de la paix en Europe, l'empereur, fidèle à son serment, déclare qu'il
renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d'Italie, et
qu'il n'est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à
faire aux intérêts de la France.» Telle est la teneur de l'acte
d'abdication, reproduit dans le _Manuscrit_ de 1814. M. Janet-Lange
n'est pas resté, selon nous, au-dessous de son sujet: et s'il avait mis
plus de noblesse sur la figure de l'illustre personnage présent à
l'abdication, son tableau serait à peu près irréprochable. Comme
couleur, nous félicitons sincèrement M. Janet-Lange; il y a progrès sur
ses oeuvres précédentes.
Au-dessous de l'immense _Fédération_, de M. Couder, les groupes se
forment chaque jour. Qu'y a-t-il donc à voir? Approchons: un tableau de
M. Papety! Où est _le Rêve, de bonheur_ exposé par lui l'année dernière?
Est-ce le même peintre à qui tout le monde accordait le beau nom de
poète, qui nous présente aujourd'hui _la Tentation de saint Hilarion?_
M. Papety a-t-il agi sérieusement, ou bien a-t-il voulu tout simplement
exposer, afin qu'on n'oublie pas qu'il sait peindre? Cette dernière
conjecture est la bonne, nous le croyons. Lorsque M. Adolphe Brune
peignit sa belle _Tentation de saint Antoine_, la sévérité de
l'exécution fit aisément passer sur le cynisme du sujet. Ici, la même
chose n'a pas lieu: la femme qui tente saint Hilarion n'est qu'une femme
demi-nue; quant à saint Hilarion, il a peur, il est épouvanté, il est
comme terrassé: ce n'est pas une sainte horreur pour le vice qu'il
éprouve. Malgré tout le talent qu'il y a dans le tableau de M. Papety,
allons plus loin; à cause de ce talent même, nous adjurons le peintre de
se contenter de cette seule excursion dans un genre qui est à l'art ce
que _la Pucelle_ de Voltaire est à la poésie. Nous l'attendons avec
confiance à une oeuvre plus digne de lui; alors, nous lui prouverons
bien que notre sévérité présente est dans son intérêt.
M. Champmartin a pris depuis longtemps le titre de peintre religieux.
Qui a vu un de ses tableaux les a vus tous par avance, ou à peu près.
Les tons rosés et violets y dominent; les groupes sont resserrés, et à
peine quelques figures se détachent-elles d'une manière précise.
«Laissez venir à moi les petits enfants» a tous les défauts comme aussi
tout le mérite qui ont fait la réputation de M. Champmartin. Ce tableau
est à la fois trop brillant et trop dur d'aspect. Nous regardons, nous
voudrions nous intéresser à la foule des enfants qui s'approchent du
Seigneur, mais l'ensemble est si peu harmonieux, que l'oeil ne peut
demeurer fixé sur rien. Deux ou trois têtes d'enfants sont charmantes,
et celle du Christ n'a pas de vulgarité. Le Portrait de M. Gillibrand
rappelle les beaux jours de M. Champmartin, lorsque Barthélémy écrivait
dans Némésis:
[Illustration: Abdication de Napoléon à Fontainebleau, le 14 avril 1814,
par M. Janet-Lange.]
Un pair! c'est un mortel coiffé de plumes blanches,
Largement ondulé d'un pallium sans manches,
Tel qu'au grand Muséum l'exposa Champmartin, etc.
Le portrait de M. Gillibrand vaut donc celui de M. le duc de Fitz-James,
auquel le poète faisait allusion.
_La Vision de saint Jean_, par M. Bonnegrâce, est d'un véritable style
biblique; la composition en est large et digne du sujet. M. Bonnegrâce a
parfaitement traduit avec le pinceau ce verset de l'Apocalypse: «La
ville était toute brillante de la clarté de Dieu, et la lumière qui
l'éclairait était semblable à une pierre de jaspe transparente comme du
cristal.» Un peu moins d'incertitude dans le dessin, un peu plus
d'harmonie dans la couleur, rendraient cette tuile tout à fait
remarquable. M. de Bonnegrâce arrivera, sans aucun doute, à une belle
réputation.
La figure du Christ n'a pas de vulgarité, disions-nous, en parlant de
«_Laissez venir à moi tes petits enfants._» Le contraire est applicable
au Christ peint par M. Millier, dans son _Entrée de Jésus-Christ à
Jérusalem_, tableau qui, pris en son entier, ne ressemble pas aux autres
tableaux religieux. M. Muller a fait preuve d'originalité. La
composition est remarquable, mais bizarre dans certaines parties. Un
brouillard se répand sur tous les personnages, et les empêche d'être vus
complètement; quelques groupes sont bien posés, notamment celui des gens
qui soulèvent une porte. La foule, à gauche, manque de relief. Le
paysage est habilement composé. Au total, _l'Entrée de Jésus-Christ à
Jérusalem_ est un des bons tableaux de M. Muller.
[Illustration: La Vision de saint Jean, par V. Bonnegrâce.]
Si l'on veut prendre une idée exacte des danses espagnoles en pleine
campagne, on regardera avec attention _une Danse, souvenir d'Espagne_,
par M. Charles Porion, qui expose pour la première fois, et à qui son
début fait honneur. Figures et paysages méritent nos éloges; la couleur
du tableau de M. Porion nous porte à croire qu'il sera coloriste en même
temps que dessinateur.--Dans un tout autre genre, M. Alphonse Teytaud
continue ses succès passés. Les Pèlerins d'Emmaüs, que messieurs de
l'administration du Musée ont fort mal placés, ont, malgré ce
désavantage, attiré nos regards. Ce paysage composé atteste, de la part
du peintre, une imagination vive et puissante. Si nous étions plus sûrs
de nous,--nos yeux pourraient bien nous avoir trompés, tant _les
Pèlerins_ sont placés haut,--nous conseillerions à M. Teytaud de
travailler encore sur les premiers plans, pour les rendre aussi beaux
que les fonds.--Les paysages de MM. Balourier, Toudouze et Rouyer
promettent pour l'avenir.--M. Joseph Thierry a exposé un fort beau
paysage, où les campagnes effondrées par la pluie, le ciel éclatant d'un
côté, sombre de l'autre, sont peints avec une entente remarquable. Par
les détails, on reconnaît dans M. Joseph Thierry le décorateur; ils
visent à l'effet.
MM. Morel-Fatio et Louis Meyer se sont réunis pour peindre _une Scène de
la visite de la reine Victoria au roi Louis-Philippe_. Le roi de France
se rend dans un canot à bord du yacht anglais. Ce tableau est surtout
remarquable par son exactitude historique, et nous permet cependant de
donner à M. Morel-Fatio un conseil qui s'adresse à tous deux; ils
doivent se garder des tons pâles dans les ciels, et des tons bleus dans
les flots de l'Océan.
Quatre tableaux de M. Morel-Fatio sont en progrès sur ceux de l'année
dernière. _Les régates du Havre_ ont du succès et attirent les regards
des visiteurs. _Jean Bart montant la Palme de dix-huit canons, et
s'emparant d'un vaisseau hollandais de soixante canons, et la Prise à
l'abordage du transport anglais, les Deux Jumeaux par l'heureuse
Tonton_, sont des oeuvres de valeur travaillées avec conscience et
habileté. Quant aux _Pécheurs normands_, ils ont inspiré à M.
Morel-Fatio un petit tableau frais et gracieux.
_Le Combat du brick français l'Abeille, commandé par M. Mackau_, etc.,
est, sans contredit, le plus beau tableau exposé par M. Meyer. L'effet
de matin est poétiquement rendu, et l'on s'intéresse vivement à ce fait
d'armes si glorieux de notre ministre actuel de la marine. _Le Sauvetage
du brick le Phénix_ manque un peu de vigueur, tout en étant
dramatiquement composé. C'est à la couleur qu'il faut s'en prendre. Deux
autres petites toiles de M. Meyer sont agréables.
Restons en mer, puisque nous y sommes: s'il vous arrive d'aller aux
bains de Trouville, vous rencontrerez sans aucun doute M. Mozin
naviguant dans sa barque; il cabote, il va de Trouville au Havre, du
Havre à Honfleur. Ce sont ses parages, et rarement il s'aventure plus
loin. Suivons-le. Le _Gué de Diouville_ plaît par le sujet même,
gracieusement traité. La _Vue d'Honfleur_, à notre avis, est un des bons
tableaux de l'Exposition: il serait parfait, si les maisons de la ville
avaient un peu plus d'éloignement, ce qui rendrait la mer plus vaste;
les accessoires sont peints de main de maître. Enfin, _Paris_ est un
joli panorama, plein de lumière et de couleur.
Chaque année, MM. Guillemin et Fortin se disputent, ou plutôt se
partagent, comme dit Figaro, la palme du genre. Le premier a traduit sur
la toile ces vers de M. William Ténint:
Les Bleus sont là! la ferme est cernée, et des pas
Résonnent sur le sol!... Le salut, c'est la Bible!
Plus d'armes! à genoux! la lutte est impossible!
Un chrétien se défend, mais ne se venge pas! etc.
_Dieu et le Roi_ est une composition plus importante que toutes celles
échappées jusqu'à présent au pinceau de M. Guillemin. Le type breton
apparaît dans ce tableau, qui est un épisode des guerres de la Vendée.
_Le vieux Matelot_ est une scène touchante que le peintre a rendue avec
beaucoup d'expression. Toutefois, _la Consultation_ l'emporte sur les
autres tableaux de M. Guillemin. De la vérité, de l'expression, de la
distinction dans les figures, voilà ce que nous y avons remarqué, et ce
qui a fait le succès de cette petite toile.
Pour M. Fortin, il s'applique de préférence aux scènes d'intérieur, et
la Bretagne est sa contrée privilégiée, _Une Proposition_ (paysans de
Quimper) est peinte avec un naturel exquis; les accessoires sont
ravissants, et si les têtes des personnages avaient plus de finesse, ce
serait un délicieux tableau. Sous ce titre, _Douleur_, M. Fortin a rendu
une scène poignante: un paysan breton veille près du lit de mort de sa
femme. Comme exécution, tout le monde préférera _Douleur_ à une
_Proposition._
Sans être taxé d'admiration outrée, on peut avancer que M. Marilhat a
les honneurs de l'exposition, et que son envoi est jugé magnifique par
tout le monde. Quelle étendue de pays s'offre à nos regards! Continuons
nos recherches sans abandonner le célèbre paysagiste; suivons-le, en
partant de l'Auvergne, jusque sur les bords du Nil et dans la Syrie. Un
admirable panorama se déroulera devant nos yeux: _Une Vue prise en
Auvergne_ et _les Souvenirs des environs de Thiers_, présentent deux
effets différents qui rappellent, sous plusieurs rapports, les
chefs-d'oeuvre de Ruysdael; dans le premier tableau, l'orage avec ses
fureurs; dans le second, une paisible journée d'automne. _Le Souvenir
des bords du Nil_ a toutes les merveilleuses beautés que l'on remarque
ordinairement dans les paysages de M. Marilhat, la forme, la couleur, la
lumière. Un _Village près de Rosette_ a moins de charme peut-être, soit
que l'inspiration ait failli au peintre, soit que la nature ait ici plus
de monotonie. Le paysage est d'un vert bien foncé sur le premier plan;
une atmosphère brumeuse le couvre en entier; en revanche, les palmiers
sont peints avec habileté, et l'aspect général du village ravit les
yeux. _Les Arabes syriens en voyage_ sont un véritable chef-d'oeuvre
dans le genre. Comme on s'intéresse à la petite caravane, et comme on
voudrait s'attacher aux pas de ces indolents Arabes, commodément assis
sur leurs chameaux, emmenant avec eux leurs familles et leurs meubles.
_Une ville d'Égypte au crépuscule_ semble avoir été daguerréotypée, tant
il y a de vérité et d'exactitude dans le mirage; et cependant, tout
l'effet de ce paysage a de l'harmonie. N'est-ce pas bien là le silence
suprême du crépuscule? L'horizon a de l'immensité dans cette petite
toile, et l'esprit peut rêver à son aise devant cette magnifique
représentation de la nature. Le _Café sur une route de Syrie_ se fait
remarquer surtout par la lumière et par l'agrément des détails; ce
tableau est d'un bel effet. Enfin, la _Vue Prise à Tripoli_ couronne
l'oeuvre de M. Marilhat, pour qui le Salon de cette année est un
triomphe, et dont nous n'avons pu parler, dans la sincérité de notre
âme, qu'avec un point d'admiration au bout de chacune de nos phrases.
Les sujets arabes sont devenus à la mode, et, depuis notre conquête
d'Alger, la majeure partie de nos peintres a voulu visiter l'Afrique ou
l'Orient. De là une foule de tableaux à mosquées, de razzias, de
fontaines orientales. Qu’allons-nous devenir, s'il nous faut indiquer
avec quelques détails les progrès de cette nouvelle invasion d'Arabes?
Pour sa part, M. Théodore Frère a exposé deux tableaux africains: _Une
Caravane d'Arabes traversant le Rummel à gué_ (environs de Constantine),
et la _Rivière de Safsafh_ (environs de Philippeville). Donc, nous nous
promenons dans nos possessions, grâce à M. Théodore Frère. Le premier
tableau, que l'_Illustration_ reproduit, a un mouvement remarquable et
une vérité de tons peu commune; le second plaît par la disposition des
plans, bien que les lignes manquent un peu de largeur.
[Illustration: Environs de Constantine.--Une Caravane d'Arabes
traversant le Rummel à gué, par M. Théodore Frère.]
[Illustration: Vue prise à Tripoli, en Syrie, par M. Marilhat.]
[Illustration: La rue Hourbarych, au Caire, par M. Chacaton.]
M. Théodore Frère possède un talent qui grandira certainement avec le
temps, pourvu qu'il ne se laisse pas aller à l'exagération, pourvu que
son amour de la nature vraie ne le jette pas dans la peinture sèche et
aride. Cet écueil évité, nous osons le rassurer sur l'avenir. Son
_Portrait d'homme_ en pied est-il ressemblant? Nous l'ignorons, mais
nous savons qu'il est bien peint.
M. Philippoteaux a rendu aussi une visite aux Arabes. Le _Combat de
l'Oued-Ver_, livré le 27 avril 1840 par le duc d'Aumale à la tête des
chasseurs d'Afrique, lui a donné occasion de peindre un bon tableau.
_L'Avant-poste arabe_ a de la couleur; _le Rapt_ est ingénieux; _la
Razzia_ n'est pas moins bien composée que _le Combat de l'Oued-Ver_,
dans des proportions moindres. M. Philippoteaux a compris que les
campagnes,--ciels et terrains,--de ses tableaux devaient être chaudes et
colorées; c'est bien en Afrique que se passent les diverses scènes qu'il
nous représente. Si vous vous arrêtez devant _le Retour de Sédanais
après la bataille de Douzy_, vous comprendrez qu'il a lieu dans le Nord.
Le dernier tableau, exécuté dans les données connues du talent de M.
Philippoteaux, montre combien il a fait du progrès.
Néanmoins nous préférons les toiles arabes de M. Chacaton, car ce jeune
peintre a fait des progrès rapides. _Le Souvenir de la villa Borghèse, à
Rome_, pêche par un éclat trop conventionnel, et heureusement pour le
peintre, deux autres tableaux font vite oublier ce pastiche: ce sont la
_Rue Hourbarych, au Caire_, et _Une Fontaine arabe_. Le premier,
avantageusement placé dans le salon carré, est très-joli de composition,
outre le mérite de reproduction qu'on y remarque. Au milieu se trouve un
groupe de cavaliers posés d'une façon ravissante; ce tableau, sous le
rapport de la couleur, est le meilleur que M. Chacaton ait exposé cette
année. _Une Fontaine arabe_ fait briller son habileté ordinaire, mais la
composition en est un peu confuse, et nous avons eu besoin de recourir
au livret. «Une caravane, avant d'entrer dans le désert, vient faire
boire ses chameaux et remplir ses outres.» L'explication donnée avec la
plume par M. de Chacaton aide beaucoup à qui veut comprendre la scène
rendue par son pinceau. Ce tableau plaît singulièrement par la
disposition des groupes pris à part.
Force nous est de renoncer à entretenir les lecteurs de l'_Illustration_
des marines envoyées par M. Gudin, non à cause de leur peu de valeur
artistique, mais à cause de leur nombre. Le livret se charge d'expliquer
tout au long les sujets choisis par M. Gudin; quatre pages et demie sont
spécialement affectées à leur nomenclature raisonnée. Une page commente
_le tableau de la Mort de saint Louis_: une demi-page commente _la Vue
de la Chapelle de Saint-Louis_; une page relate la _Fondation de la
colonie de Saint-Christophe et de la Martinique_; une page et demie fait
savoir comment _Lasalle découvre la Louisiane_; reste une demi page pour
_l'Incendie du quartier de Péra, à Constantinople_, et pour _l'Équipage
du Saint-Pierre sauvé par un brick hollandais_: total, cinq pages et
demie. Nous renvoyons le lecteur au livret, en lui recommandant de
regarder avec attention _l'Incendie de Péra_, placé dans le salon carré.
Pour exercer le droit de critique vis-à-vis de M. Gudin, il faut se
résumer. Son talent, multiple et fécond, est arrivé à une hauteur peu
commune, mais il ne grandit plus, et quelques toiles signées du nom de
M. Gudin donnent prise à la sévérité.
Le dernier des Commis Voyageurs.
(Voir t. III, p. 70 et 86.)