césalpinées, est un arbre à feuilles alternes, simples. Fleurs en
grappes axillaires ou terminales, pentamères. Dix étamines. Ovaire
uniloculaire, multiovulé. Le fruit est une gousse. Très commun au
Sénégal, plus rare dans le bassin de la Gambie. Son bois peut être
utilisé dans l’ébénisterie, la menuiserie et le charronnage. Il
est dur, facile à travailler et de longue durée.
Le _Manguier_ (_Mangifera indica_, L.), Térébinthacées, ne
pousse pas spontanément dans le bassin de la Gambie. Il y a
été importé et il y est excessivement rare. On n’en trouve
que quelques individus isolés dans le sud, à Gérèges, Vintang,
etc. C’est un grand arbre à feuilles alternes entières. Fleurs
polygames dioïques. Panicules terminales, cinq sépales, cinq
pétales, cinq étamines dont une fertile ; ovaire uniloculaire,
uniovulé. Le fruit est un drupe à gros noyaux fibreux. Ce fruit,
connu sous le nom de _mangue_, est délicieux, parfumé, mais
son goût légèrement térébenthiné ne plaît pas à tout le
monde. L’espèce commune, connue sous le nom de _mango_, est
la seule que l’on rencontre en Gambie. Elle donne un fruit bien
inférieur à celui du manguier greffé.
Le bois du manguier, assez dur, lourd, homogène et liant, est d’un
bon emploi dans les pays tempérés ; mais, dans les régions chaudes,
il est de peu de durée. Il est, en effet, rapidement attaqué par
les insectes. On s’en sert pour la fabrication du charbon de bois,
et pour la confection des charrettes.
Le _Berre_ ou _Mampata_ (_Parinarium senegalense_, Perr. Neou.,
et _Parinarium excelsum_, Sab.), Rosacées, est un arbre de 5 à 10
mètres de hauteur environ. Feuilles alternes, simples, persistantes,
sessiles, stipulées. Fleurs d’un blanc rosé. Inflorescence
en cimes corymbiformes. Calice subbilabié, corolle à cinq
divisions. Étamines nombreuses en nombre indéterminé, pas toutes
fertiles ; ovaire biloculaire, loges uniovulées. Le fruit est un
drupe ovoïde à mésocarpe charnu. Le bois est à grain dur et
serré. Très beau, il est précieux pour l’ébénisterie et la
menuiserie fine. Il peut être aussi employé pour les constructions.
_Karité_ (_Butyrospermum Parkii_, Kotschy), Sapotacées. Son bois,
très fin et très résistant, peut servir à plusieurs usages. On
peut l’employer avec succès pour la menuiserie, le charpentage et
pour les meubles. La plupart des charpentes de nos postes du Soudan
ont été construites avec ce bois, et, de ce fait, à Kita, Koundou,
Niagassola et Bammako on a été forcé d’en abattre des quantités
considérables. Il a également servi à fabriquer bon nombre des
meubles qu’on y trouve. Les indigènes l’emploient principalement
pour la fabrication des mortiers et pilons à couscouss et pour la
confection de ces petits sièges sur lesquels les femmes s’assoient
dans la cour intérieure des cases. Comme il est relativement moins
attaqué par les insectes que les autres essences, on a tenté de
l’utiliser pour fabriquer des traverses du chemin de fer de Kayes
à Bafoulabé ; mais, pas plus que les autres, il n’a pu résister
à la dent cruelle des termites.
Le _Gonakié_ (_Acacia astringens_, Cunning, ou _Adansonii_, Guill. et
Perr.), Légumineuses mimosées, possède un bois très dur, très
fin et qui se conserve longtemps. Il est difficile à travailler
à sec. A Kayes, c’est le bois dont on se sert pour fabriquer
les membrures des chalands de la flottille du Haut-Sénégal. On a
tenté également de l’utiliser pour fabriquer des traverses de
chemin de fer ; mais il est attaqué par les termites aussi bien
que le karité et les autres essences. De plus, certains insectes
l’affectionnent particulièrement et le rongent rapidement. Aussi
ne l’emploie-t-on que fort peu dans les constructions. Par contre,
il possède la propriété de durcir dans l’eau et de ne s’y
corrompre que lentement. On pourrait alors s’en servir avec avantage
pour la construction des pilotis et pour les constructions navales.
Les différentes espèces de _Ficus_ pourraient être utilisées sur
place. Il n’y aurait, à notre avis, aucun avantage à les importer
en Europe ; car leur bois n’a pas une valeur qui permette d’en
faire une exploitation rémunératrice.
Le _Ficus afzelii_, L., Ulmacées, est un très grand arbre assez
commun. Son bois, analogue à celui du sapin, est blanc, léger et
employé aux mêmes usages.
Le _Sycomore_ (_Ficus sycomorus_, L.), Ulmacées, est moins abondant
que ce dernier. Les Égyptiens s’en servaient pour fabriquer des
cercueils et pour sculpter des figures qui remontent jusqu’aux temps
les plus reculés. Il peut être employé pour la menuiserie. Il en
est de même des espèces _angustissima_, L., _macrophylla_, Desf.,
_laurifolia_, Lamk., _racemosa_, L., etc., etc. Le _Ficus ferruginea_,
L., que les Mandingues de la Gambie appellent _Scotto_, donne un
bon bois pour la menuiserie. Mais il faut écorcher l’arbre dès
qu’il est abattu, car, dans le cas contraire, il est rapidement
attaqué par les insectes. Quant au _Banyan_ (_Ficus religiosa_,
W.), qui est si commun dans le Badon, le Niocolo et le Dentilia,
il donne un bois assez dur et de couleur jaune sale dont on peut
faire usage pour la menuiserie et le tour.
Le _Benténier_ (_Eriodendron anfractuosum_, D. C.), Malvacées,
croît, de préférence, sur les plateaux élevés, mais riches
en terre végétale. Relativement rare dans les plaines, on le
rencontre surtout dans le Kalonkadougou et le Bambouck. C’est
un bel arbre de 15 à 20 mètres d’élévation, à tige droite,
se terminant par un bouquet de rameaux au feuillage touffu et
toujours vert. Feuilles palmées, à cinq et huit folioles entières,
lancéolées, dont la face supérieure est d’un vert foncé, et
la face inférieure blanchâtre et légèrement veloutée. Fleurs
grandes, jaunâtres. Calice à cinq divisions irrégulières,
corolle à cinq pétales, étamines en nombre variable. Le fruit est
une capsule à cinq loges contenant un nombre indéfini de graines
qu’entoure une bourre dense qui ressemble à de la laine. Son
bois est tendre et léger, facile à travailler. Les indigènes
l’emploient pour construire des pirogues d’une seule pièce. Il
pourrait être employé dans les charpentes comme madriers.
Le _Canéficier_ (_Cassia fistula_, L. ; _Cathartocarpus fistula_,
Pers.), Légumineuses césalpinées, donne un bois léger, rougeâtre
ou gris rougeâtre, à grain grossier, de peu de durée et très
facile à travailler. Il pourrait être utilisé pour la marqueterie
et la tabletterie. Les indigènes s’en servent pour confectionner
des pilons et mortiers à couscouss et des manches d’outils.
Il existe encore dans tout le bassin de la Gambie un grand
nombre d’autres végétaux dont le bois pourrait être utilement
employé. Nous citerons particulièrement le _Tamarinier_ (_Tamarindus
Indica_, L.), Légumineuses césalpinées, dont le bois dur,
dense, solide et liant, est bon pour le charronnage. On s’en sert
beaucoup à Kayes pour faire des couples d’embarcation. Le _Khoss_
(_Nauclea inermis_, H. Bn. ; _Nauclea africana_, Walh), Rubiacées,
donne un bois facile à travailler, d’assez longue durée et
se fendant peu. Il est utilisable pour la menuiserie et pour la
charpente ; mais ses dimensions sont assez restreintes. Le _Rhatt_
(_Combretum glutinosum_, Perr.), Combrétacées, est très bon pour
la menuiserie. De même que le _Souroure_ (_Acacia species_, L.),
Légumineuses mimosées, le _Nété_ (_Parkia biglobosa_, H. Bn.),
Légumineuses mimosées, le _Touloucouna_ (_Carapa touloucouna_,
Guil. et Perr.), Méliacées, donne un bois peu attaquable par les
insectes. Il pourrait être employé pour les charpentes s’il ne
se fendait pas aussi facilement. Il peut être utilisé pour de
petits travaux de menuiserie. Le _Dank_ (_Detarium microcarpum_,
Guill. et Perr.), Légumineuses césalpinées, dont le bois est
excessivement dur, peut être utilisé pour les constructions
navales. Le _Khad-Kred_ (_Cratæva Adansonii_, D. C., ou _religiosa_,
Forst), Capparidacées, possède un bois dur à grain fin, bon pour
le tour. Le _N’taba_ (_Sterculia cordifolia_, Guill. et Perr.,
_Kola cordifolia_, Rob. Brown), Malvoïdées sterculiacées, dont le
bois est dur et difficilement attaqué par les insectes, pourrait
être avantageusement employé pour les grandes constructions
navales. Le bois du _Téli_ (_Erythrophlæum guineense_, Afz.),
Légumineuses césalpinées, est très dur et incorruptible. Il
se conserve longtemps dans l’eau. Il est tellement serré, dur
et compact, qu’il résiste même au feu des incendies que les
indigènes, pour défricher, allument dans la brousse. Il pourrait
être utilisé pour les pilotis, les constructions navales et les
grandes charpentes. Les noirs, à cause de ses propriétés toxiques,
ne l’utilisent en aucune façon. Le _Cordia macrophylla_,
V., Borraginées, serait précieux pour l’ébénisterie,
car sa texture est fine et serrée, il se polit facilement. Le
_Gardenia Jovis Tonantis_, Hiern., Rubiacées, est ainsi nommé
parce qu’il possède, disent les indigènes, la propriété de
conjurer la foudre. Les noirs du sud du bassin de la Gambie, les
Diolas particulièrement, en plantent, dans ce but, des rameaux au
sommet de leurs cases. Son bois est lourd, très durable, compact et
jaunâtre. Il peut être employé avec avantage pour l’ébénisterie
et le tour, car il se fend difficilement même sous l’action de
la chaleur. Il en est de même du _Mabolo_ (_Conocarpus racemosa_,
L. ; _Laguncularia racemosa_, Gærtn.), Combrétacées, du _Mboull_
(_Sapindus saponaria_, L., et du _Kener_ (_Sapindus senegalensis_,
Poir.), Sapindacées. Le bois du _Baobab_ (_Adansonia digitata_,
L.), Malvacées, est mou et léger. Les indigènes s’en servent
pour construire des pirogues d’une seule pièce. Je me rappelle
avoir lu, dans je ne sais quel livre, que les noirs l’employaient
pour fabriquer des cercueils. Jamais, de mémoire d’homme, dans
n’importe quel village indigène du Sénégal ou du Soudan, le
cadavre d’un noir n’a été enfermé dans un cercueil quelconque
pour être inhumé. L’auteur faisait allusion sans doute à ce
fait que, dans certaines régions, le Djolof, par exemple, on avait
l’habitude de creuser dans le tronc des baobabs la sépulture
des griots. Cette caste si méprisée y est, de ce fait, exclue
des cimetières communs. On jugera par là combien sont grandes les
dimensions que peut atteindre ce végétal.
X. — =Végétaux pouvant être employés à d’autres usages
industriels.=
Les végétaux de cette catégorie sont relativement peu nombreux,
et après ce que nous avons dit au cours de ce mémoire, il ne nous
reste plus que quelques rares essences à signaler à l’attention
du lecteur.
Le _Tabac._ — La variété de tabac qui est cultivée dans le
bassin de la Gambie et dans tout le Soudan français est la Nicotiane
rustique, ou tabac à feuilles rondes (_Nicotiana rustica_, L.),
Solanacées. Il diffère sensiblement du _Nicotiana tabacum_,
L. C’est une plante glutineuse et velue, dont les feuilles sont
ovales, obtuses, pétiolées. Les fleurs sont en cimes paniculées
denses. La corolle, d’un vert jaunâtre, est à tube court et
velu. Son fruit est une capsule arrondie. De toutes les Solanacées,
c’est la plus commune au Soudan, et celle qui est cultivée avec
le plus de soin. Elle croît surtout à merveille dans les terrains
riches en humus et aime un climat chaud et humide. On conçoit dès
lors qu’elle prospère d’une façon remarquable dans tout le
bassin de la Gambie.
Le terrain dans lequel cette plante est cultivée est préparé
avec un soin méticuleux et on n’y voit jamais le moindre brin
d’herbe. De plus, chose rare au Soudan, j’ai vu, dans certains
villages, fumer avec de la bouse de vache et le crottin des chevaux la
terre destinée à recevoir la semence. Les semis sont généralement
faits à la fin de juin ou au commencement de juillet. Quand la
plante a atteint environ douze à quinze centimètres de hauteur,
les pieds sont repiqués dans les jardins préparés _ad hoc_. Ils
sont placés à peu près à trente ou quarante centimètres les
uns des autres dans le plus grand ordre. Ils sont sarclés tous les
deux jours et arrosés matin et soir avec soin. La récolte des
feuilles a lieu dans le courant de janvier, et celle des graines
vers la fin de février. Sur les bords des fleuves et rivières,
le tabac est cultivé toute l’année. Les eaux, en se retirant,
laissent une couche relativement épaisse de limon, qui conserve
son humidité pendant longtemps et qui permet au tabac de se bien
développer. Cette plante prospère à merveille dans tout le
Soudan et ses feuilles y atteignent de remarquables dimensions. Le
rendement qu’elle donne est considérable. Il est à peu près de
2,500 kilog. à l’hectare. Les feuilles brutes se vendent sur les
marchés couramment 1 fr. 50 le kilog.
Jusqu’à ce jour, il n’a été fait que des essais de culture
absolument insuffisants. Rien de systématique et de méthodique
n’a été tenté, et pourtant tout permet de croire que des efforts
sérieux seraient couronnés de succès et qu’il serait facile
d’acclimater dans ces régions les tabacs de qualités supérieures.
Les indigènes prisent et fument le tabac. Mais, avant de s’en
servir, ils lui font subir une préparation qui diffère dans les
deux cas :
1o _Tabac à priser._ — On procède de la même façon, que l’on
ait affaire au tabac du commerce ou au tabac indigène. Les feuilles,
réduites en petits morceaux, sont mises à sécher au soleil ou
devant le feu. Il est préférable qu’elles soient séchées au
soleil. Elles sont ensuite pilées dans un mortier _ad hoc_ avec un
pilon spécial et réduites en poudre absolument impalpable. Mortier
et pilon sont de petites dimensions. Ce sont surtout les femmes qui
sont chargées de ce soin, ou bien des vieillards qui ont acquis
dans cet art une véritable habileté. La poudre ainsi obtenue est
étendue sur un linge et de nouveau mise à sécher au soleil. Puis
(voilà l’opération délicate), on prend des tiges de petit mil que
l’on fait brûler. La cendre obtenue est mise à bouillir dans une
petite marmite avec de l’eau. On fait chauffer jusqu’à ce que
l’eau, étant absolument évaporée, la cendre soit entièrement
desséchée et adhérente aux parois de la marmite. On râcle alors
cette cendre, on la réduit en poudre très fine et on la mélange
au tabac dans la proportion du cinquième. Puis on ajoute à tout
cela un peu de beurre ou de graisse de mouton. On mélange bien, on
fait sécher, on triture de nouveau et voilà le produit que le noir
s’introduit avec tant de délices et en si grande quantité dans
le nez. D’après ce qui disent les indigènes, la cendre de mil
aurait pour résultat de donner plus de montant au tabac. Le beurre
lui donnerait un arome tout spécial et très recherché des amateurs,
et aurait surtout pour effet de lui enlever toute son âcreté. Quoi
qu’il en soit, nous avons maintes fois essayé d’en priser et nous
lui avons trouvé une force que n’ont pas nos tabacs européens.
2o _Tabac à fumer._ — On ne lui fait guère subir de préparation
spéciale. Les feuilles sont simplement séchées au soleil,
écrasées dans la main et fumées ainsi dans la pipe.
Au Soudan, l’homme est surtout priseur et c’est la femme
qui fume le plus. Pour priser, on introduit le tabac dans les
narines avec les doigts ou bien on se sert d’une sorte de petite
spatule en fer ou en laiton à l’aide de laquelle on puise dans
la tabatière. A son extrémité étroite est percé un trou dans
lequel passe une petite lanière en cuir qui sert à la suspendre au
cou. L’extrémité large, couverte de tabac, est appliquée contre
les narines alternativement et on n’a qu’à humer la poudre. Dans
certaines régions, et, chez les Malinkés particulièrement, on ne
se contente pas seulement de priser le tabac en poudre, on le chique
de plus pour ainsi dire. Pour cela, on en place une volumineuse
pincée sur la langue soit à la main, soit à l’aide du petit
instrument dont nous venons de parler. Les femmes l’introduisent
avec une merveilleuse dextérité entre la lèvre et l’arcade
dentaire inférieure.
Pour fumer, la femme se sert d’une pipe généralement en
caïlcédrat, dont le tuyau est en bambou. Cette pipe est des plus
rudimentaires. Il est rare qu’une femme fume sans offrir de temps
en temps sa pipe à ses voisines. Les hommes font également de même.
Nous avons souvent essayé de fumer de ce tabac et nous avons toujours
été forcé d’y renoncer. Son âcreté est telle qu’après
deux ou trois bouffées au plus nous éprouvions à la langue
et aux gencives une douleur si vive que nous étions forcés de
cesser. Toutefois nous avons constaté que le tabac français fumé
dans ces pipes avait un arome tout particulier et très délicat.
Les peuples de race mandingue fument et prisent beaucoup plus que les
peuples de race peulhe. Ils préfèrent de beaucoup notre tabac au
leur, et le cadeau le plus apprécié que l’on puisse faire à un
chef est de lui offrir un litre de tabac à priser et quelques têtes
de tabac en feuilles. On nomme ainsi au Sénégal et au Soudan ces
petits paquets de cinq ou six feuilles de tabac liées ensemble par
le pétiole et dont on fait un commerce relativement important. De
même aussi ils ont une préférence bien marquée pour les pipes
en terre de Marseille ou de Valenciennes que nous leur vendons.
_Raphia vinifera_, P. Beauv. — Ce palmier est peu commun au
Sénégal et au Soudan. Ce n’est guère qu’à partir de la
Gambie qu’on commence à le trouver en assez grand nombre. Sa
tige est, en général, peu élevée, épaisse, irrégulièrement
crénelée. Feuilles grandes. Inflorescence en spadices très
grands. Fleurs roses, jaunâtres, monoïques dans le même spadice,
en épis comprimés, distiques. Calice campanulé à trois dents
peu marquées. Corolle mâle trifide. Six à douze étamines
libres. Corolle femelle infundibuliforme. Ovaire trilobulaire. Le
fruit est une baie jaune verdâtre, à noyau dur, oblong et aigu
aux deux extrémités.
Ce palmier habite surtout la Guinée, Sierra-Leone et le Congo. Nous
n’en avons rencontré que de rares échantillons dans le
Coniaguié. Les pétioles servent à faire des meubles légers. Les
feuilles donnent des fibres textiles. Les indigènes des pays où
il croît en récoltent la sève qui, légèrement fermentée,
donne le _vin de palme_ dont ils sont si friands et avec lequel
ils aiment tant à s’enivrer. C’est une boisson aigrelette que
l’Européen lui-même ne dédaigne pas. Les indigènes donnent à
ce vin le nom de _bourdou_.
_Rônier_ (_Borassus flabelliformis_, L.), Palmiers. — Outre les
différents usages auxquels peut être employé le palmier-rônier,
dont nous avons déjà parlé au cours de ce mémoire, ce végétal
est encore précieux à plus d’un titre. Dans l’Inde, où il
est très commun, un poème tamul ne lui attribue pas moins de
quatre-vingts usages. Le suc sucré qui en découle abondamment par
les incisions faites en temps voulu et à l’époque favorable
au niveau de l’insertion des spadices, est très estimé comme
boisson. Par la fermentation, il donne une liqueur alcoolique analogue
au vin de palme. Les rôniers mâles en laissent découler en plus
grande quantité que les rôniers femelles. Les indigènes du sud
du bassin de la Gambie, du Combo, du Coniaguié et du Bassaré, en
sont particulièrement friands. Dès que l’arbre peut supporter
l’opération, c’est-à-dire dès qu’il a atteint environ deux
ou trois mètres de hauteur, ils le saignent sans pitié. La récolte
du vin de palme est, dans ces conditions, relativement facile ; mais
quand le rônier a atteint son complet développement, comme alors
il est très élevé et qu’il peut atteindre de grandes dimensions
(nous en avons vu qui n’avaient pas moins de 25 à 30 mètres de
hauteur), elle est plus délicate. Si vigoureux que soit un noir et
si parfaite que puisse être sa ressemblance avec le singe, il lui
serait difficile de grimper aussi haut à l’aide seulement des
pieds et des mains. Alors, de distance en distance, et au fur et à
mesure qu’il s’élève, il fixe dans la bille même de l’arbre
et d’une façon symétrique de solides chevilles en bois, longues
d’environ 40 ou 50 centimètres, qui transforment le tronc en une
véritable échelle. Dès qu’il est arrivé au faîte, il pratique
les incisions nécessaires pour que le suc puisse s’écouler, et
au-dessous attache pour le recevoir des calebasses ou des courges
ayant une forme appropriée à cet usage. Ces récipients portent
le nom de _boulines_. Les Mandés Dioulas de la boucle du Niger,
qui ont un penchant tout particulier pour cette liqueur, lui donnent
le nom de _mboin_.
Le bourgeon terminal du rônier est très tendre. C’est un _chou
palmiste_ moins savoureux assurément que celui de l’_Oreodoxa
oleracea_, Mart., mais qui est quand même fort apprécié par les
Européens. Coupé en petits fragments de deux centimètres carrés
et bien assaisonné d’huile, de vinaigre, sel et poivre, on en
fait une excellente salade, surtout si on a eu la précaution de
la faire macérer pendant vingt-quatre heures. Voici, au sujet du
chou palmiste, en général, ce qu’écrit dans son remarquable
_Manuel des cultures tropicales_ notre excellent maître et ami,
M. le pharmacien en chef des colonies E. Raoul : « Un des meilleurs
légumes des pays chauds est le chou palmiste, c’est-à-dire
le bourgeon terminal tendre de certains palmiers dépouillé de
ses enveloppes extérieures. Cuit, il est très agréable et peut
se comparer au fond d’artichaut, auquel il est bien supérieur
cependant. Cru et divisé en lanières minces, il peut se manger en
salade. Pour le recueillir, il faut sacrifier l’arbre qui le porte,
l’abattre à la hache au moment le plus convenable, couper sa cime
et débarrasser le bourgeon tendre des feuilles qui l’entouren et
des enveloppes dures qui le recouvrent. Les palmiers sont souvent
si communs, soit dans les forêts, soit au bord des cours d’eau,
soit en bouquets dans les savanes ou sur leurs bords que l’on peut
en détruire sans dommage un certain nombre. On pourrait en couper
sans regret un plus grand nombre si on avait la prévoyance d’aider
par quelques soins leur repeuplement et leur multiplication. Plusieurs
palmiers différents donnent un bourgeon tendre volumineux, de saveur
douce et d’un usage alimentaire excellent ; mais un très grand
nombre n’ont qu’un bourgeon trop petit pour être utilisé. Chez
quelques-uns le bourgeon est amer et présente même un principe
nuisible et narcotique. »