Capparidacées, laisse également exsuder une gomme qui se gonfle
dans l’eau et passe pour être abortive.
Le _Bois à cochon_ (_Symphonia globulifera_) produit un suc
résineux qui sert à goudronner les cordages et les navires et à
faire des torches.
Le _Niattout_ (_Bdellium africana_, H. Bn., _Balsamodendron
africanum_, Arn.), Burséracées, est un arbrisseau de 3 à 4 mètres
de hauteur, à feuilles alternes, imparipennées, trifoliées. Fleurs
petites, rougeâtres, axillaires, hermaphrodites ; calice tubuleux
à quatre dents, persistant ; corolle à quatre pétales linéaires ;
huit étamines libres ; ovaire libre biloculaire, biovulé. Le fruit
est un drupe sec, pisiforme, à un noyau, à exocarpe se séparant
en deux valves.
Cet arbuste produit le _Bdellium_ d’Afrique, gomme-résine dont les
Maures se servent parfois pour frauder la gomme qu’ils apportent à
nos escales. Ils lui donnent le nom de _Mounass_. Cette introduction
du bdellium n’est, du reste, qu’accidentelle, car il communique
à la gomme qui avoisine ses fragments une odeur spéciale qui la
ferait rejeter tout au moins pour les emplois en pharmacie et en
confiserie. Le bdellium se présente sous l’aspect de morceaux
d’un gris jaunâtre, rougeâtre ou verdâtre, à cassure terne,
cireuse, d’une odeur balsamique pénétrante et d’une saveur
amère.
Les Maures s’en servent, ainsi que les noirs, comme parfum, et en
font brûler fréquemment sous leurs tentes ou dans l’intérieur de
leurs cases pour en chasser les « mauvaises maladies » (_sic_). Il
renferme de la gomme, de la résine, de l’huile volatile, etc.,
etc. Il était autrefois employé comme excitant. Il est aujourd’hui
complètement délaissé et n’entre plus que dans l’emplâtre
de Vigo.
Le _Fromager_ (_Bombax Ceiba_, L.), Malvacées, donne aussi une
gomme-résine qui sert parfois à frauder la gomme arabique. On
retire également du _Caïlcédrat_ (_Khaya Senegalensis_, G. et
Per.), Cédrélacées, une matière gomme-résineuse qui n’a pas
encore été utilisée.
_Hammout._ — Il existe dans tout le bassin de la Gambie,
mais particulièrement dans la région sud du Bondou et dans le
pays de Gamon, un végétal qui laisse exsuder une résine dont
l’odeur rappelle celle de l’encens. Ce végétal, d’après
Heckel, appartiendrait au genre Balsamodendron (Burséracées)
et serait voisin du _Balsamodendron africanum_, Arn. Sa hauteur
dépasse rarement 3 mètres et il croît, de préférence, dans les
terrains pauvres. Le diamètre de son tronc est d’environ 20 à
25 centimètres au maximum. Bien qu’on trouve le hammout un peu
partout au Soudan français, il est cependant relativement rare. Les
individus vivent fort éloignés les uns des autres et c’est surtout
dans le Ferlo-Baliniama qu’il est le plus commun. On en trouve
également en notable quantité dans cette partie déserte qui se
trouve aux environs de Koussan-Almany (Bondou), entre Kéniémalé,
Kouddy, Hodioliré et le marigot d’Auguidiouol, entre Koukoudak
et Kounamba, dans le Tiali.
Cette résine s’extrait, annuellement, du commencement de décembre
à la fin d’avril. C’est, paraît-il, l’époque pendant
laquelle elle est le plus abondante, et où le rendement est le
plus avantageux et la qualité meilleure. De plus, comme en cette
saison les indigènes ne sont pas retenus chez eux par les travaux
des champs, ils peuvent se livrer plus facilement à cette récolte,
qui est pour eux la source de quelques profits.
Pour l’extraire, les indigènes pratiquent sur le tronc de la
plante, jusqu’aux maîtresses branches, des incisions en nombre
variable, huit ou dix au plus. Ces entailles intéressent l’écorce
dans toute son épaisseur. La résine qui en découle est peu
abondante, et il faut attendre six à huit jours avant d’en avoir
une petite boule de la grosseur d’une noisette. On procède alors
à la récolte. A l’air libre, la résine durcit par le froid et
elle prend une consistance telle que, pour la détacher, il faut se
servir d’une tige de fer, spécialement fabriquée pour cela, ou
bien de petites hachettes dont les indigènes usent pour défricher
leurs lougans. La liqueur qui vient sourdre à l’incision est
généralement blanche et limpide, mais, en se coagulant, elle prend
une couleur opaline légèrement teintée en jaune.
En enlevant la petite boule de hammout qui s’est ainsi formée, les
noirs ont l’habitude de détacher toujours en même temps la partie
de l’écorce du végétal à laquelle elle adhère d’ordinaire si
fortement. Revenus au village, ils mettent le produit de la récolte
à chauffer au soleil pendant quelques jours pour le ramollir et afin
de le débarrasser de la plus grande partie des détritus végétaux
qu’il renferme. Quand il s’est refroidi et durci, il est pilé,
de nouveau ramolli à la chaleur solaire, et pétri en forme de
boules qui sont renfermées dans des coques de fruits de Cantacoula,
comme je l’ai dit plus haut en parlant de ce dernier végétal.
La résine durcit alors à la fraîcheur ; elle adhère fortement
aux parois du récipient qui la contient, et, pour l’en retirer,
il faut se servir de la pointe d’un solide couteau. Cette résine
se présente alors sous l’aspect d’une masse noirâtre, au milieu
de laquelle se distinguent aisément les fragments d’écorce qui
n’ont pu être enlevés. Son odeur est légèrement térébenthinée
et sa saveur très aromatique. C’est sous cette forme que l’on
trouve le hammout sur les marchés du Soudan.
Il ne faut pas confondre le hammout avec le _Tiéoué_, qui est une
autre variété d’encens que les Dioulas du Fouta-Djallon, où on le
récolte surtout, apportent annuellement dans nos comptoirs et sur nos
marchés de Bakel, Kayes et Médine. Cet encens est, d’après les
indigènes, de qualité absolument inférieure. Il est généralement
présenté sur les marchés sous forme de grosses boules grisâtres,
à cassure terne et citreuse, non transparentes, se ramollissant sous
la dent, et contenant une notable quantité d’écorce. Leur odeur
est moins térébenthinée que celle du hammout, et sa saveur est
également aromatique. Le végétal d’où il s’extrait habite
surtout le Fouta-Djallon. On le trouve également dans cette partie
du Bondou qui confine au Tenda et au pays de Badon. Les noirs ne lui
attribuent qu’à un faible degré les propriétés bienfaisantes
du hammout.
Le hammout est l’objet au Soudan d’un petit commerce qui est assez
actif sur les marchés de Kayes, Bakel et Médine. Les traitants
de ces comptoirs accaparent presque tout ce qui est apporté et le
revendent soit à Saint-Louis aux Ouolofs, soit aux habitants du
Khasso, du Logo, du Natiaga, du Kaarta et du Guidimakha. Mais de
tous, ce sont les Ouolofs et les Khassonkés qui en sont les plus
avides. Les femmes ouoloves de Saint-Louis le font brûler sur des
charbons ardents, dans des espèces de petits fourneaux fabriqués _ad
hoc_. Le hammout ainsi brûlé produit une fumée blanchâtre et dont
l’odeur se rapproche un peu de celle de l’encens. Les indigènes
s’en servent pour parfumer leurs cases. En outre, ils lui attribuent
de puissantes vertus curatives. D’après eux, en effet, le hammout
serait, pour ainsi dire, une panacée universelle. Sa fumée serait
très saine pour la santé. Elle chasserait les miasmes nuisibles,
ferait disparaître les maux de tête, guérirait les bronchites et
les rhumes de cerveau, et développerait surtout l’intelligence,
etc., etc.
Le prix du hammout varie suivant les époques et les régions. Avant
la récolte, une boule de moyenne grosseur se vend, à Kayes, de 2
à 3 francs ; mais quand les arrivages commencent à se faire plus
nombreux, le prix baisse rapidement. Ainsi, à Bakel, par exemple,
il n’est pas rare, à ce moment, de trouver jusqu’à soixante
boules pour une pièce de guinée, soit 10 à 12 francs environ.
A Saint-Louis, le hammout se vend couramment de 1 fr. 50 à 2 francs
la boule. Dans le Guidimakha, trois boules coûtent environ 2 fr. 50
en mil, et dans le Khasso, à Kouniakary, par exemple, trois boules
se vendent environ 5 francs en mil ou en étoffes.
IX. — =Végétaux pouvant être utilisés pour les constructions,
la menuiserie et l’ébénisterie.=
C’est, à notre avis, une profonde erreur que de croire que
les régions intertropicales sont des pays couverts de forêts
impénétrables. La simple expression de « paysage tropical »
éveille de suite dans l’esprit l’image d’oasis délicieuses,
d’arbres touffus toujours verts, de fleurs parfumées et
resplendissantes des couleurs les plus vives. Quant à la « forêt
vierge », c’est un véritable labyrinthe dans lequel les plus
belles essences botaniques sont couvertes d’un feuillage si épais
que les rayons du soleil eux-mêmes n’y peuvent pénétrer, et dont
le sol est couvert de lianes si vigoureuses qu’en s’entrelaçant
elles forment, pour ainsi dire, de véritables cloisons qu’on
ne peut franchir que la hache à la main. Eh bien ! du moins en
ce qui concerne nos possessions sénégambiennes et soudaniennes,
il faut beaucoup rabattre de ce captivant tableau. Ce que nous
venons de dire peut être vrai pour les régions équatoriales de
l’Amérique et de l’Afrique centrale, mais c’est avec regret
que nous sommes forcé d’avouer qu’il est loin d’en être
ainsi pour les contrées tropicales proprement dites. Sans doute
les végétaux acquièrent là-bas des proportions remarquables,
gigantesques même, mais nous y sommes bien loin de ces belles forêts
préhistoriques dont les poètes se plaisent à nous faire une si
enchanteresse description. Dans le bassin de la Gambie, notamment,
la végétation est bien d’une remarquable puissance ; mais la
forêt compacte dont il était certainement couvert aux temps les plus
reculés de l’histoire a presque complètement disparu partout, et,
dans sa partie la plus septentrionale, nous ne trouvons plus que la
steppe sénégalienne, avec toute son aridité, toute sa décevante
et désespérante monotonie. Et d’où vient cet inexplicable
dépeuplement ? me dira-t-on. Uniquement, répondrons-nous, de
l’exploitation à outrance et sans méthode aucune de ces immenses
richesses forestières ! Certainement, les modifications survenues,
à travers les âges, aux conditions climatériques de ces régions,
ont puissamment contribué à la disparition d’un grand nombre des
espèces végétales qui les habitaient jadis. Mais la principale
cause doit être cherchée surtout dans les sacrifices innombrables
auxquels l’indigène est forcé de se livrer pour satisfaire aux
besoins de sa vie journalière, et aussi dans les immenses incendies
qu’il allume, avec cette insouciance qui lui est propre, pour donner
au sol l’engrais salin qui lui assurera des récoltes faciles.
Aujourd’hui, les essences précieuses ont presque complètement
disparu partout où l’accès était relativement facile, près
des centres habités et le long des voies de communication. Il
faut s’avancer loin dans l’intérieur des terres pour les y
retrouver encore. Il commence même à en être de même pour les
espèces les plus communes, si bien qu’à Saint-Louis, Foundioungne,
Bathurst, Mac-Carthy, etc., etc., où l’on ne se sert que de bois
pour les besoins de la cuisine, il ne se paie pas moins de 4 et 5
francs le stère, prix énorme si l’on songe que l’on est là
en pays à peine exploré. Nous pourrions même citer de nombreux
villages, profondément situés dans l’intérieur, où il se fait
journellement un véritable trafic de ce précieux combustible.
Toutefois, je me hâte de dire que le tableau est loin d’être
aussi sombre qu’on se le pourrait imaginer à la lecture de
ce qui précède. Le mal est loin d’être sans remède, et une
réglementation sage et méthodique de l’exploitation pourrait
aisément le conjurer et amener rapidement le repeuplement de régions
aujourd’hui absolument désertes, incultes et inhabitées. Mais
c’est là une question d’administration et de haute économie
forestière et rurale, qui ne saurait trouver place dans ce
mémoire. Nous n’insisterons donc pas davantage, et nous nous
contenterons de faire une revue rapide des végétaux originaires
du bassin de la Gambie, que la menuiserie, l’ébénisterie, le
charpentage, etc., etc., pourraient utiliser avec profit.
Le _Rônier_ (_Borassus flabelliformis_, L.), Palmiers. Les rives de
la Gambie sont couvertes de ce précieux végétal, et il en existe
des forêts d’une étendue relativement considérable où l’on
peut remarquer des échantillons de ce végétal qui atteignent des
dimensions vraiment gigantesques. C’est le plus grand des palmiers,
le _Borassus flabelliformis_, L. Il est facilement reconnaissable
à son port élevé et caractéristique. Sa tige est très grande
et peut atteindre parfois jusqu’à 25 et 30 mètres. Elle est
renflée au milieu et ses parties inférieures et supérieures
sont bien moins volumineuses et bien plus effilées. Son écorce
est noirâtre et porte les cicatrices des blessures qu’y font les
feuilles en tombant. Le bois, bien qu’il ait l’aspect spongieux,
est très dur et est difficilement attaquable par la scie. Les billes
de rôniers sont plus lourdes que l’eau. C’est un des rares bois
qui ne flottent pas. Il est d’une longue durée et d’une solidité
remarquable. Inattaquable par les insectes et par l’humidité,
il est excellent pour les pilotis, et l’on s’en sert couramment
dans la construction des ponts et des appontements. Les arbres mâles
sont seuls employés ; les arbres femelles ne peuvent servir qu’à
des palissades, car ils sont creux et peu résistants.
Les feuilles d’un rônier adulte sont groupées en un bouquet
volumineux situé au faîte de la tige et présentent de profondes
découpures. Le tronc n’en porte jamais, sauf quand il est
jeune. Leur couleur vert foncé et leur résistance rappellent de loin
les feuilles artificielles en zinc de certains décors de théâtre et
de girouettes. Les plus jeunes, fortement imbriquées et engainantes
au sommet du végétal, sont d’un blanc d’ivoire. Très tendres,
elles forment le _chou palmiste_. Elles ne tombent qu’après
dessiccation complète. Terminales, elles présentent un limbe
arrondi, étalé en éventail, à divisions bifides. Les indigènes
utilisent les feuilles du rônier pour couvrir les constructions
provisoires qu’ils font dans leurs villages de cultures. Nous
nous sommes très bien trouvé de les avoir employées pour nos
campements. Avec les jeunes feuilles, ils fabriquent aussi, en les
tressant, des liens très résistants. Nous avons été à même
d’apprécier leur solidité quand nous avons traversé en radeau
la Gambie au gué de Bady. Le rônier, il ne faut pas l’oublier,
est un arbre dioïque. Les fleurs sont disposées en spadices
sortant du milieu des feuilles, les mâles plus volumineux et plus
ramifiés que les femelles. Les fleurs mâles sont disposées dans
les logettes d’un chaton à écailles imbriquées ; calice à trois
folioles, corolle à trois divisions. Six étamines stériles, ovaire
triloculaire, ovules solitaires. Le fruit est une drupe connue sous le
nom de _rônes_, de forme globuleuse. Ils sont disposés en grappes
de quarante ou cinquante environ, et très lourds. L’enveloppe
en est verte quand ils sont jeunes ; à maturité, elle est jaune
orange. Le mésocarpe charnu, d’abord mou et blanc, puis jaune,
est parcouru par des fibres ténues. Il est aqueux et d’un goût
agréable, mais légèrement térébenthiné. Les indigènes en
font une grande consommation en temps de disette. Les graines sont
volumineuses, noirâtres, discoïdes ou en forme de sphère aplatie
aux deux pôles. Leur albumen est régulier, cartilagineux et creux
à maturité.
Outre les fruits, les noirs mangent encore les racines des jeunes
plants ; elles ont un goût légèrement astringent et assez
déplaisant.
_Vène_ (_Pterocarpus erinaceus_, Poir.), Légumineuses
papilionacées. Ce végétal, appelé _vène_ en ouolof et _kino_
en malinké, est un bel arbre dont la tige, généralement droite,
atteint parfois de 12 à 15 mètres de hauteur. Feuilles alternes,
imparipennées, à onze et quinze folioles alternes, ovales,
oblongues, obtuses ; fleurs jaunes en grappes solitaires groupées
sur le vieux bois ; gousse stipitée, membraneuse, veloutée, sinuée,
ondulée et épineuse au centre.
L’écorce blanchâtre du vène permet aisément de le reconnaître
dans la forêt et de ne pas le confondre avec ses voisins. Son
feuillage est généralement maigre et d’un blanc terne. Il fleurit
vers la fin de janvier. Son bois est à grain fin, très dur, serré
et propre pour la menuiserie fine. Il est moins attaqué que les
autres bois par les termites. On le trouve en grande quantité dans
le bassin de la Gambie et dans tout le Soudan, et pourrait être
l’objet d’une exploitation sérieuse.
Les indigènes utilisent les propriétés astringentes de son écorce
contre les diarrhées rebelles et comme fébrifuges. Ils en font des
macérations très concentrées dont ils boivent par jour environ la
valeur de deux verres à bordeaux matin et soir. A l’incision, son
écorce laisse découler une sorte de cachou à saveur excessivement
astringente. C’est le _kino de Gambie_, soluble en grande partie
dans l’eau. Il n’est plus utilisé aujourd’hui.
Le vène est utilisé dans nos ateliers pour la menuiserie et pour
la construction de nos chalands. On s’en sert également avec
avantage pour fabriquer des traverses de chemin de fer et pour la
construction des charpentes de nos postes.
Le _Kaki_ (_Diospyros mespiliformis_, Hochst.), Ébénacées, est un
arbre de taille moyenne, de 6 à 15 pieds de hauteur. Il croît de
préférence sur le sommet des collines et est assez rare dans tout
le Soudan. C’est ce végétal que l’on désigne généralement
sous le nom de _faux ébénier_. Feuilles oblongues ou elliptiques,
arrondies à chaque extrémité, un peu coriaces. Fleurs dioïques,
blanches, à cinq divisions, axillaires. Fleurs mâles, à calice
campanulé, à cinq divisions ovales, soyeuses en dehors ; corolle
urcéolée, dix à seize étamines. Fleurs femelles solitaires,
six à huit staminodes ; ovaire ovoïde, à quatre et huit loges
uniovulées. Fruit subglobuleux, glabre, accompagné par le calice
accru. Le fruit est comestible.
Le bois du kaki est compact, excessivement serré. Lorsqu’il est
poli, il est impossible d’y découvrir traces de fibres. C’est
ce qui lui a fait donner le nom d’ébène. Il est loin d’être
du noir parfait de ce dernier. Il est rare de rencontrer des
échantillons sans défaut, et fréquemment il est veiné de
blanc. Très cassant, surtout quand il est sec, les indigènes
ne s’en servent guère qu’aux environs de nos postes. Ils en
fabriquent des cannes, qu’ils vendent aux Européens. En certains
cas, il pourrait remplacer l’ébène, dont il est loin toutefois
d’avoir le brillant. Les Maures, avec les plus beaux échantillons
de kaki, confectionnent des bracelets qu’ils incrustent d’argent
et qui ne manquent pas d’une certaine originalité. Ils en font
également de curieux manches de poignards.
Le _Fromager_ (_Bombax ceiba_, L.), Bombacées, possède un bois
qui ne peut guère être utilisé que pour les charpentes. Encore
est-il particulièrement attaqué par les insectes. La variété
_Dondol_ donne un bois qui ressemble, à s’y méprendre, à celui
du peuplier, dont il a, du reste, toutes les qualités, et je me
souviens avoir entendu dire, en 1892, par mon excellent camarade M. le
capitaine Huvenoit, de l’artillerie de marine, alors directeur
des travaux du chemin de fer de Kayes à Bafoulabé, aujourd’hui
décédé, victime de cet épouvantable climat du Soudan, qu’il en
avait fait débiter des planches dont il avait tiré grande utilité.
Le _Caïlcédrat_ (_Khaya senegalensis_, G. et Per.), Cédrélacées,
est un des plus beaux arbres non seulement du bassin de la Gambie,
où il est très commun, mais encore du Soudan tout entier. Il
peut atteindre 30 à 35 mètres de hauteur et 1 mètre de
diamètre. Feuilles alternes, paripennées, à folioles opposées,
ovales, oblongues, entières. Fleurs blanches. Inflorescence en
panicules terminales et axillaires. Calice à quatre divisions
imbriquées. Quatre pétales étalés. Huit étamines. Ovaire
à quatre loges multiovulées. Le fruit est une capsule ligneuse
à quatre loges, septicide de haut en bas. Sa tige, droite, prend
parfois de telles proportions qu’on y peut creuser des pirogues de
toutes pièces. Je me souviens avoir franchi la Gambie à Sillacounda
(Niocolo), dans une embarcation de ce genre qui n’avait pas moins de
4 mètres de longueur sur 0m50 de largeur et 0m35 de profondeur. Elle
avait été creusée dans une seule bille de caïlcédrat, ce qui
permet de supposer que l’arbre qui l’avait fournie devait être
énorme.
L’écorce du caïlcédrat est large, cintrée, légèrement
fendillée, rougeâtre et couverte d’un épiderme presque lisse
et d’un gris blanchâtre. Sa cassure est grenue en dehors, puis
un peu lamelleuse, et formée en dedans par une série simple de
fibres ligneuses aplaties et agglutinées. Elle est dure, cassante,
fort lourde, amère et légèrement odorante. Si on y pratique une
incision intéressant toute son épaisseur, il s’écoule par la
blessure un liquide rougeâtre qui se coagule à l’air libre en une
petite masse résineuse de couleur brune très foncée. Si, enfin,
on fait brûler des morceaux du bois, la fumée qu’ils donnent
exhale une odeur douce et caractéristique. Aussi est-il impossible
de s’en servir pour faire cuire les aliments grillés ou rôtis,
car ils s’en imprègnent tellement qu’ils sont, de ce fait,
absolument exécrables à manger. Les cendres que l’on obtient
en faisant brûler le caïlcédrat à l’air libre renferment une
grande quantité de nitrate de potasse et sont d’une blancheur
immaculée. C’est, du reste, à la présence de ce sel, je crois,
qu’il faut attribuer la propriété toute particulière que possède
ce végétal de brûler rapidement, même lorsqu’il est vert. Je
me souviens, étant à Koundou, avoir ainsi enflammé une planche de
caïlcédrat rien qu’en y posant mon cigare allumé. En quelques
minutes, 5 centimètres carrés se consumèrent de ce fait.
Le bois est rouge foncé, à teinte vineuse, droit, assez serré,
mais gardant mal le poli, se conservant dans l’eau à cause de
la résine qu’il contient, mais se fendant par dessiccation. Il
ressemble à l’acajou, et c’est pourquoi on lui a donné le nom
d’_acajou du Sénégal_. Il est dur et très cassant. Malgré cela,
on en fait à Saint-Louis et au Soudan de beaux meubles. Il se laisse
facilement travailler. Il pourrait, en France, servir utilement pour
la charpente, la tabletterie et pour les travaux d’ébénisterie
les plus délicats.
Les indigènes s’en servent pour la construction de leurs cases
et de leurs pirogues, et pour la fabrication de certains ustensiles
de ménage, tabourets, pilons et mortiers à couscouss.
_Samboni_ ou _Bois-guitare_ (_Cytharexylum quadrangulare_,
Jacq.), Verbénacées. C’est un bel arbre de 5 à 15 mètres
de hauteur. Feuilles elliptiques, oblongues. Fleurs en grappes
allongées. Calice subsessile. Quatre étamines. Ce fruit est un drupe
noir qui renferme deux noyaux. Son bois, à fibres bien parallèles,
peut être utilisé pour la menuiserie fine et la confection des
instruments de musique. C’est pourquoi on lui a donné le nom
de _Bois-guitare_.
Les espèces dites _Luteum_ et _Villosum_ peuvent également être
employées pour l’ébénisterie.
_Dialium nitidum_, Guill. et Perr., Légumineuses césalpinées,
_Cocito_ en malinké. Bel arbre de 5 à 6 mètres de hauteur,
très rameux. Son tronc ne dépasse pas 0m75 à 1 mètre
de diamètre. Feuilles alternes, imparipennées. Folioles
alternes. L’inflorescence est une grappe composée de cimes
terminales. Calice à cinq sépales. Corolle nulle dans les
fleurs latérales supérieures, à un seul pétale dans les
fleurs terminales, deux étamines latérales, ovaire uniloculaire,
biovulé. Le fruit est une baie noire et veloutée remplie d’une
pulpe farineuse.
Le tronc du dialium est tortueux. Son bois est dur, incorruptible dans
l’eau salée. Il est, par le fait, propre aux petites constructions
navales. Il peut être également employé avec avantage au tour et
pour la menuiserie fine.