L’écorce du _Ben ailé_ (_Moringa pterygosperma_, Gærtn),

Capparidacées, laisse également exsuder une gomme qui se gonfle

dans l’eau et passe pour être abortive.

Le _Bois à cochon_ (_Symphonia globulifera_) produit un suc

résineux qui sert à goudronner les cordages et les navires et à

faire des torches.

Le _Niattout_ (_Bdellium africana_, H. Bn., _Balsamodendron

africanum_, Arn.), Burséracées, est un arbrisseau de 3 à 4 mètres

de hauteur, à feuilles alternes, imparipennées, trifoliées. Fleurs

petites, rougeâtres, axillaires, hermaphrodites ; calice tubuleux

à quatre dents, persistant ; corolle à quatre pétales linéaires ;

huit étamines libres ; ovaire libre biloculaire, biovulé. Le fruit

est un drupe sec, pisiforme, à un noyau, à exocarpe se séparant

en deux valves.

Cet arbuste produit le _Bdellium_ d’Afrique, gomme-résine dont les

Maures se servent parfois pour frauder la gomme qu’ils apportent à

nos escales. Ils lui donnent le nom de _Mounass_. Cette introduction

du bdellium n’est, du reste, qu’accidentelle, car il communique

à la gomme qui avoisine ses fragments une odeur spéciale qui la

ferait rejeter tout au moins pour les emplois en pharmacie et en

confiserie. Le bdellium se présente sous l’aspect de morceaux

d’un gris jaunâtre, rougeâtre ou verdâtre, à cassure terne,

cireuse, d’une odeur balsamique pénétrante et d’une saveur

amère.

Les Maures s’en servent, ainsi que les noirs, comme parfum, et en

font brûler fréquemment sous leurs tentes ou dans l’intérieur de

leurs cases pour en chasser les « mauvaises maladies » (_sic_). Il

renferme de la gomme, de la résine, de l’huile volatile, etc.,

etc. Il était autrefois employé comme excitant. Il est aujourd’hui

complètement délaissé et n’entre plus que dans l’emplâtre

de Vigo.

Le _Fromager_ (_Bombax Ceiba_, L.), Malvacées, donne aussi une

gomme-résine qui sert parfois à frauder la gomme arabique. On

retire également du _Caïlcédrat_ (_Khaya Senegalensis_, G. et

Per.), Cédrélacées, une matière gomme-résineuse qui n’a pas

encore été utilisée.

_Hammout._ — Il existe dans tout le bassin de la Gambie,

mais particulièrement dans la région sud du Bondou et dans le

pays de Gamon, un végétal qui laisse exsuder une résine dont

l’odeur rappelle celle de l’encens. Ce végétal, d’après

Heckel, appartiendrait au genre Balsamodendron (Burséracées)

et serait voisin du _Balsamodendron africanum_, Arn. Sa hauteur

dépasse rarement 3 mètres et il croît, de préférence, dans les

terrains pauvres. Le diamètre de son tronc est d’environ 20 à

25 centimètres au maximum. Bien qu’on trouve le hammout un peu

partout au Soudan français, il est cependant relativement rare. Les

individus vivent fort éloignés les uns des autres et c’est surtout

dans le Ferlo-Baliniama qu’il est le plus commun. On en trouve

également en notable quantité dans cette partie déserte qui se

trouve aux environs de Koussan-Almany (Bondou), entre Kéniémalé,

Kouddy, Hodioliré et le marigot d’Auguidiouol, entre Koukoudak

et Kounamba, dans le Tiali.

Cette résine s’extrait, annuellement, du commencement de décembre

à la fin d’avril. C’est, paraît-il, l’époque pendant

laquelle elle est le plus abondante, et où le rendement est le

plus avantageux et la qualité meilleure. De plus, comme en cette

saison les indigènes ne sont pas retenus chez eux par les travaux

des champs, ils peuvent se livrer plus facilement à cette récolte,

qui est pour eux la source de quelques profits.

Pour l’extraire, les indigènes pratiquent sur le tronc de la

plante, jusqu’aux maîtresses branches, des incisions en nombre

variable, huit ou dix au plus. Ces entailles intéressent l’écorce

dans toute son épaisseur. La résine qui en découle est peu

abondante, et il faut attendre six à huit jours avant d’en avoir

une petite boule de la grosseur d’une noisette. On procède alors

à la récolte. A l’air libre, la résine durcit par le froid et

elle prend une consistance telle que, pour la détacher, il faut se

servir d’une tige de fer, spécialement fabriquée pour cela, ou

bien de petites hachettes dont les indigènes usent pour défricher

leurs lougans. La liqueur qui vient sourdre à l’incision est

généralement blanche et limpide, mais, en se coagulant, elle prend

une couleur opaline légèrement teintée en jaune.

En enlevant la petite boule de hammout qui s’est ainsi formée, les

noirs ont l’habitude de détacher toujours en même temps la partie

de l’écorce du végétal à laquelle elle adhère d’ordinaire si

fortement. Revenus au village, ils mettent le produit de la récolte

à chauffer au soleil pendant quelques jours pour le ramollir et afin

de le débarrasser de la plus grande partie des détritus végétaux

qu’il renferme. Quand il s’est refroidi et durci, il est pilé,

de nouveau ramolli à la chaleur solaire, et pétri en forme de

boules qui sont renfermées dans des coques de fruits de Cantacoula,

comme je l’ai dit plus haut en parlant de ce dernier végétal.

La résine durcit alors à la fraîcheur ; elle adhère fortement

aux parois du récipient qui la contient, et, pour l’en retirer,

il faut se servir de la pointe d’un solide couteau. Cette résine

se présente alors sous l’aspect d’une masse noirâtre, au milieu

de laquelle se distinguent aisément les fragments d’écorce qui

n’ont pu être enlevés. Son odeur est légèrement térébenthinée

et sa saveur très aromatique. C’est sous cette forme que l’on

trouve le hammout sur les marchés du Soudan.

Il ne faut pas confondre le hammout avec le _Tiéoué_, qui est une

autre variété d’encens que les Dioulas du Fouta-Djallon, où on le

récolte surtout, apportent annuellement dans nos comptoirs et sur nos

marchés de Bakel, Kayes et Médine. Cet encens est, d’après les

indigènes, de qualité absolument inférieure. Il est généralement

présenté sur les marchés sous forme de grosses boules grisâtres,

à cassure terne et citreuse, non transparentes, se ramollissant sous

la dent, et contenant une notable quantité d’écorce. Leur odeur

est moins térébenthinée que celle du hammout, et sa saveur est

également aromatique. Le végétal d’où il s’extrait habite

surtout le Fouta-Djallon. On le trouve également dans cette partie

du Bondou qui confine au Tenda et au pays de Badon. Les noirs ne lui

attribuent qu’à un faible degré les propriétés bienfaisantes

du hammout.

Le hammout est l’objet au Soudan d’un petit commerce qui est assez

actif sur les marchés de Kayes, Bakel et Médine. Les traitants

de ces comptoirs accaparent presque tout ce qui est apporté et le

revendent soit à Saint-Louis aux Ouolofs, soit aux habitants du

Khasso, du Logo, du Natiaga, du Kaarta et du Guidimakha. Mais de

tous, ce sont les Ouolofs et les Khassonkés qui en sont les plus

avides. Les femmes ouoloves de Saint-Louis le font brûler sur des

charbons ardents, dans des espèces de petits fourneaux fabriqués _ad

hoc_. Le hammout ainsi brûlé produit une fumée blanchâtre et dont

l’odeur se rapproche un peu de celle de l’encens. Les indigènes

s’en servent pour parfumer leurs cases. En outre, ils lui attribuent

de puissantes vertus curatives. D’après eux, en effet, le hammout

serait, pour ainsi dire, une panacée universelle. Sa fumée serait

très saine pour la santé. Elle chasserait les miasmes nuisibles,

ferait disparaître les maux de tête, guérirait les bronchites et

les rhumes de cerveau, et développerait surtout l’intelligence,

etc., etc.

Le prix du hammout varie suivant les époques et les régions. Avant

la récolte, une boule de moyenne grosseur se vend, à Kayes, de 2

à 3 francs ; mais quand les arrivages commencent à se faire plus

nombreux, le prix baisse rapidement. Ainsi, à Bakel, par exemple,

il n’est pas rare, à ce moment, de trouver jusqu’à soixante

boules pour une pièce de guinée, soit 10 à 12 francs environ.

A Saint-Louis, le hammout se vend couramment de 1 fr. 50 à 2 francs

la boule. Dans le Guidimakha, trois boules coûtent environ 2 fr. 50

en mil, et dans le Khasso, à Kouniakary, par exemple, trois boules

se vendent environ 5 francs en mil ou en étoffes.

IX. — =Végétaux pouvant être utilisés pour les constructions,

la menuiserie et l’ébénisterie.=

C’est, à notre avis, une profonde erreur que de croire que

les régions intertropicales sont des pays couverts de forêts

impénétrables. La simple expression de « paysage tropical »

éveille de suite dans l’esprit l’image d’oasis délicieuses,

d’arbres touffus toujours verts, de fleurs parfumées et

resplendissantes des couleurs les plus vives. Quant à la « forêt

vierge », c’est un véritable labyrinthe dans lequel les plus

belles essences botaniques sont couvertes d’un feuillage si épais

que les rayons du soleil eux-mêmes n’y peuvent pénétrer, et dont

le sol est couvert de lianes si vigoureuses qu’en s’entrelaçant

elles forment, pour ainsi dire, de véritables cloisons qu’on

ne peut franchir que la hache à la main. Eh bien ! du moins en

ce qui concerne nos possessions sénégambiennes et soudaniennes,

il faut beaucoup rabattre de ce captivant tableau. Ce que nous

venons de dire peut être vrai pour les régions équatoriales de

l’Amérique et de l’Afrique centrale, mais c’est avec regret

que nous sommes forcé d’avouer qu’il est loin d’en être

ainsi pour les contrées tropicales proprement dites. Sans doute

les végétaux acquièrent là-bas des proportions remarquables,

gigantesques même, mais nous y sommes bien loin de ces belles forêts

préhistoriques dont les poètes se plaisent à nous faire une si

enchanteresse description. Dans le bassin de la Gambie, notamment,

la végétation est bien d’une remarquable puissance ; mais la

forêt compacte dont il était certainement couvert aux temps les plus

reculés de l’histoire a presque complètement disparu partout, et,

dans sa partie la plus septentrionale, nous ne trouvons plus que la

steppe sénégalienne, avec toute son aridité, toute sa décevante

et désespérante monotonie. Et d’où vient cet inexplicable

dépeuplement ? me dira-t-on. Uniquement, répondrons-nous, de

l’exploitation à outrance et sans méthode aucune de ces immenses

richesses forestières ! Certainement, les modifications survenues,

à travers les âges, aux conditions climatériques de ces régions,

ont puissamment contribué à la disparition d’un grand nombre des

espèces végétales qui les habitaient jadis. Mais la principale

cause doit être cherchée surtout dans les sacrifices innombrables

auxquels l’indigène est forcé de se livrer pour satisfaire aux

besoins de sa vie journalière, et aussi dans les immenses incendies

qu’il allume, avec cette insouciance qui lui est propre, pour donner

au sol l’engrais salin qui lui assurera des récoltes faciles.

Aujourd’hui, les essences précieuses ont presque complètement

disparu partout où l’accès était relativement facile, près

des centres habités et le long des voies de communication. Il

faut s’avancer loin dans l’intérieur des terres pour les y

retrouver encore. Il commence même à en être de même pour les

espèces les plus communes, si bien qu’à Saint-Louis, Foundioungne,

Bathurst, Mac-Carthy, etc., etc., où l’on ne se sert que de bois

pour les besoins de la cuisine, il ne se paie pas moins de 4 et 5

francs le stère, prix énorme si l’on songe que l’on est là

en pays à peine exploré. Nous pourrions même citer de nombreux

villages, profondément situés dans l’intérieur, où il se fait

journellement un véritable trafic de ce précieux combustible.

Toutefois, je me hâte de dire que le tableau est loin d’être

aussi sombre qu’on se le pourrait imaginer à la lecture de

ce qui précède. Le mal est loin d’être sans remède, et une

réglementation sage et méthodique de l’exploitation pourrait

aisément le conjurer et amener rapidement le repeuplement de régions

aujourd’hui absolument désertes, incultes et inhabitées. Mais

c’est là une question d’administration et de haute économie

forestière et rurale, qui ne saurait trouver place dans ce

mémoire. Nous n’insisterons donc pas davantage, et nous nous

contenterons de faire une revue rapide des végétaux originaires

du bassin de la Gambie, que la menuiserie, l’ébénisterie, le

charpentage, etc., etc., pourraient utiliser avec profit.

Le _Rônier_ (_Borassus flabelliformis_, L.), Palmiers. Les rives de

la Gambie sont couvertes de ce précieux végétal, et il en existe

des forêts d’une étendue relativement considérable où l’on

peut remarquer des échantillons de ce végétal qui atteignent des

dimensions vraiment gigantesques. C’est le plus grand des palmiers,

le _Borassus flabelliformis_, L. Il est facilement reconnaissable

à son port élevé et caractéristique. Sa tige est très grande

et peut atteindre parfois jusqu’à 25 et 30 mètres. Elle est

renflée au milieu et ses parties inférieures et supérieures

sont bien moins volumineuses et bien plus effilées. Son écorce

est noirâtre et porte les cicatrices des blessures qu’y font les

feuilles en tombant. Le bois, bien qu’il ait l’aspect spongieux,

est très dur et est difficilement attaquable par la scie. Les billes

de rôniers sont plus lourdes que l’eau. C’est un des rares bois

qui ne flottent pas. Il est d’une longue durée et d’une solidité

remarquable. Inattaquable par les insectes et par l’humidité,

il est excellent pour les pilotis, et l’on s’en sert couramment

dans la construction des ponts et des appontements. Les arbres mâles

sont seuls employés ; les arbres femelles ne peuvent servir qu’à

des palissades, car ils sont creux et peu résistants.

Les feuilles d’un rônier adulte sont groupées en un bouquet

volumineux situé au faîte de la tige et présentent de profondes

découpures. Le tronc n’en porte jamais, sauf quand il est

jeune. Leur couleur vert foncé et leur résistance rappellent de loin

les feuilles artificielles en zinc de certains décors de théâtre et

de girouettes. Les plus jeunes, fortement imbriquées et engainantes

au sommet du végétal, sont d’un blanc d’ivoire. Très tendres,

elles forment le _chou palmiste_. Elles ne tombent qu’après

dessiccation complète. Terminales, elles présentent un limbe

arrondi, étalé en éventail, à divisions bifides. Les indigènes

utilisent les feuilles du rônier pour couvrir les constructions

provisoires qu’ils font dans leurs villages de cultures. Nous

nous sommes très bien trouvé de les avoir employées pour nos

campements. Avec les jeunes feuilles, ils fabriquent aussi, en les

tressant, des liens très résistants. Nous avons été à même

d’apprécier leur solidité quand nous avons traversé en radeau

la Gambie au gué de Bady. Le rônier, il ne faut pas l’oublier,

est un arbre dioïque. Les fleurs sont disposées en spadices

sortant du milieu des feuilles, les mâles plus volumineux et plus

ramifiés que les femelles. Les fleurs mâles sont disposées dans

les logettes d’un chaton à écailles imbriquées ; calice à trois

folioles, corolle à trois divisions. Six étamines stériles, ovaire

triloculaire, ovules solitaires. Le fruit est une drupe connue sous le

nom de _rônes_, de forme globuleuse. Ils sont disposés en grappes

de quarante ou cinquante environ, et très lourds. L’enveloppe

en est verte quand ils sont jeunes ; à maturité, elle est jaune

orange. Le mésocarpe charnu, d’abord mou et blanc, puis jaune,

est parcouru par des fibres ténues. Il est aqueux et d’un goût

agréable, mais légèrement térébenthiné. Les indigènes en

font une grande consommation en temps de disette. Les graines sont

volumineuses, noirâtres, discoïdes ou en forme de sphère aplatie

aux deux pôles. Leur albumen est régulier, cartilagineux et creux

à maturité.

Outre les fruits, les noirs mangent encore les racines des jeunes

plants ; elles ont un goût légèrement astringent et assez

déplaisant.

_Vène_ (_Pterocarpus erinaceus_, Poir.), Légumineuses

papilionacées. Ce végétal, appelé _vène_ en ouolof et _kino_

en malinké, est un bel arbre dont la tige, généralement droite,

atteint parfois de 12 à 15 mètres de hauteur. Feuilles alternes,

imparipennées, à onze et quinze folioles alternes, ovales,

oblongues, obtuses ; fleurs jaunes en grappes solitaires groupées

sur le vieux bois ; gousse stipitée, membraneuse, veloutée, sinuée,

ondulée et épineuse au centre.

L’écorce blanchâtre du vène permet aisément de le reconnaître

dans la forêt et de ne pas le confondre avec ses voisins. Son

feuillage est généralement maigre et d’un blanc terne. Il fleurit

vers la fin de janvier. Son bois est à grain fin, très dur, serré

et propre pour la menuiserie fine. Il est moins attaqué que les

autres bois par les termites. On le trouve en grande quantité dans

le bassin de la Gambie et dans tout le Soudan, et pourrait être

l’objet d’une exploitation sérieuse.

Les indigènes utilisent les propriétés astringentes de son écorce

contre les diarrhées rebelles et comme fébrifuges. Ils en font des

macérations très concentrées dont ils boivent par jour environ la

valeur de deux verres à bordeaux matin et soir. A l’incision, son

écorce laisse découler une sorte de cachou à saveur excessivement

astringente. C’est le _kino de Gambie_, soluble en grande partie

dans l’eau. Il n’est plus utilisé aujourd’hui.

Le vène est utilisé dans nos ateliers pour la menuiserie et pour

la construction de nos chalands. On s’en sert également avec

avantage pour fabriquer des traverses de chemin de fer et pour la

construction des charpentes de nos postes.

Le _Kaki_ (_Diospyros mespiliformis_, Hochst.), Ébénacées, est un

arbre de taille moyenne, de 6 à 15 pieds de hauteur. Il croît de

préférence sur le sommet des collines et est assez rare dans tout

le Soudan. C’est ce végétal que l’on désigne généralement

sous le nom de _faux ébénier_. Feuilles oblongues ou elliptiques,

arrondies à chaque extrémité, un peu coriaces. Fleurs dioïques,

blanches, à cinq divisions, axillaires. Fleurs mâles, à calice

campanulé, à cinq divisions ovales, soyeuses en dehors ; corolle

urcéolée, dix à seize étamines. Fleurs femelles solitaires,

six à huit staminodes ; ovaire ovoïde, à quatre et huit loges

uniovulées. Fruit subglobuleux, glabre, accompagné par le calice

accru. Le fruit est comestible.

Le bois du kaki est compact, excessivement serré. Lorsqu’il est

poli, il est impossible d’y découvrir traces de fibres. C’est

ce qui lui a fait donner le nom d’ébène. Il est loin d’être

du noir parfait de ce dernier. Il est rare de rencontrer des

échantillons sans défaut, et fréquemment il est veiné de

blanc. Très cassant, surtout quand il est sec, les indigènes

ne s’en servent guère qu’aux environs de nos postes. Ils en

fabriquent des cannes, qu’ils vendent aux Européens. En certains

cas, il pourrait remplacer l’ébène, dont il est loin toutefois

d’avoir le brillant. Les Maures, avec les plus beaux échantillons

de kaki, confectionnent des bracelets qu’ils incrustent d’argent

et qui ne manquent pas d’une certaine originalité. Ils en font

également de curieux manches de poignards.

Le _Fromager_ (_Bombax ceiba_, L.), Bombacées, possède un bois

qui ne peut guère être utilisé que pour les charpentes. Encore

est-il particulièrement attaqué par les insectes. La variété

_Dondol_ donne un bois qui ressemble, à s’y méprendre, à celui

du peuplier, dont il a, du reste, toutes les qualités, et je me

souviens avoir entendu dire, en 1892, par mon excellent camarade M. le

capitaine Huvenoit, de l’artillerie de marine, alors directeur

des travaux du chemin de fer de Kayes à Bafoulabé, aujourd’hui

décédé, victime de cet épouvantable climat du Soudan, qu’il en

avait fait débiter des planches dont il avait tiré grande utilité.

Le _Caïlcédrat_ (_Khaya senegalensis_, G. et Per.), Cédrélacées,

est un des plus beaux arbres non seulement du bassin de la Gambie,

où il est très commun, mais encore du Soudan tout entier. Il

peut atteindre 30 à 35 mètres de hauteur et 1 mètre de

diamètre. Feuilles alternes, paripennées, à folioles opposées,

ovales, oblongues, entières. Fleurs blanches. Inflorescence en

panicules terminales et axillaires. Calice à quatre divisions

imbriquées. Quatre pétales étalés. Huit étamines. Ovaire

à quatre loges multiovulées. Le fruit est une capsule ligneuse

à quatre loges, septicide de haut en bas. Sa tige, droite, prend

parfois de telles proportions qu’on y peut creuser des pirogues de

toutes pièces. Je me souviens avoir franchi la Gambie à Sillacounda

(Niocolo), dans une embarcation de ce genre qui n’avait pas moins de

4 mètres de longueur sur 0m50 de largeur et 0m35 de profondeur. Elle

avait été creusée dans une seule bille de caïlcédrat, ce qui

permet de supposer que l’arbre qui l’avait fournie devait être

énorme.

L’écorce du caïlcédrat est large, cintrée, légèrement

fendillée, rougeâtre et couverte d’un épiderme presque lisse

et d’un gris blanchâtre. Sa cassure est grenue en dehors, puis

un peu lamelleuse, et formée en dedans par une série simple de

fibres ligneuses aplaties et agglutinées. Elle est dure, cassante,

fort lourde, amère et légèrement odorante. Si on y pratique une

incision intéressant toute son épaisseur, il s’écoule par la

blessure un liquide rougeâtre qui se coagule à l’air libre en une

petite masse résineuse de couleur brune très foncée. Si, enfin,

on fait brûler des morceaux du bois, la fumée qu’ils donnent

exhale une odeur douce et caractéristique. Aussi est-il impossible

de s’en servir pour faire cuire les aliments grillés ou rôtis,

car ils s’en imprègnent tellement qu’ils sont, de ce fait,

absolument exécrables à manger. Les cendres que l’on obtient

en faisant brûler le caïlcédrat à l’air libre renferment une

grande quantité de nitrate de potasse et sont d’une blancheur

immaculée. C’est, du reste, à la présence de ce sel, je crois,

qu’il faut attribuer la propriété toute particulière que possède

ce végétal de brûler rapidement, même lorsqu’il est vert. Je

me souviens, étant à Koundou, avoir ainsi enflammé une planche de

caïlcédrat rien qu’en y posant mon cigare allumé. En quelques

minutes, 5 centimètres carrés se consumèrent de ce fait.

Le bois est rouge foncé, à teinte vineuse, droit, assez serré,

mais gardant mal le poli, se conservant dans l’eau à cause de

la résine qu’il contient, mais se fendant par dessiccation. Il

ressemble à l’acajou, et c’est pourquoi on lui a donné le nom

d’_acajou du Sénégal_. Il est dur et très cassant. Malgré cela,

on en fait à Saint-Louis et au Soudan de beaux meubles. Il se laisse

facilement travailler. Il pourrait, en France, servir utilement pour

la charpente, la tabletterie et pour les travaux d’ébénisterie

les plus délicats.

Les indigènes s’en servent pour la construction de leurs cases

et de leurs pirogues, et pour la fabrication de certains ustensiles

de ménage, tabourets, pilons et mortiers à couscouss.

_Samboni_ ou _Bois-guitare_ (_Cytharexylum quadrangulare_,

Jacq.), Verbénacées. C’est un bel arbre de 5 à 15 mètres

de hauteur. Feuilles elliptiques, oblongues. Fleurs en grappes

allongées. Calice subsessile. Quatre étamines. Ce fruit est un drupe

noir qui renferme deux noyaux. Son bois, à fibres bien parallèles,

peut être utilisé pour la menuiserie fine et la confection des

instruments de musique. C’est pourquoi on lui a donné le nom

de _Bois-guitare_.

Les espèces dites _Luteum_ et _Villosum_ peuvent également être

employées pour l’ébénisterie.

_Dialium nitidum_, Guill. et Perr., Légumineuses césalpinées,

_Cocito_ en malinké. Bel arbre de 5 à 6 mètres de hauteur,

très rameux. Son tronc ne dépasse pas 0m75 à 1 mètre

de diamètre. Feuilles alternes, imparipennées. Folioles

alternes. L’inflorescence est une grappe composée de cimes

terminales. Calice à cinq sépales. Corolle nulle dans les

fleurs latérales supérieures, à un seul pétale dans les

fleurs terminales, deux étamines latérales, ovaire uniloculaire,

biovulé. Le fruit est une baie noire et veloutée remplie d’une

pulpe farineuse.

Le tronc du dialium est tortueux. Son bois est dur, incorruptible dans

l’eau salée. Il est, par le fait, propre aux petites constructions

navales. Il peut être également employé avec avantage au tour et

pour la menuiserie fine.

La flore utile du bassin de la Gambie · 第 11 / 13 段