A. D. C.) est nommée _Laré_ par les peuples de race peulhe et
_Saba_ par les noirs de race mandingue. Elle atteint souvent des
proportions gigantesques. Nous en avons vu fréquemment dont le tronc
atteignait la grosseur de la cuisse d’un homme vigoureux. C’est
une Apocynée du genre _Landolphia_ ou _Vahea_. Elle s’attache
toujours aux grands végétaux et acquiert parfois un si grand
développement que l’arbre qui la porte disparaît complètement
sous son feuillage. Elle est très facile à reconnaître à son
port majestueux et au dôme de verdure qu’elle forme au-dessus
des végétaux auxquels elle s’attache. Ses fleurs, blanches,
qui ont la forme de celles du jasmin, exhalent une odeur des plus
agréables qui permet d’en reconnaître au loin la présence. Ses
fruits sont tout aussi caractéristiques. Ils sont volumineux et
affectent la forme d’une orange, de celles que l’on désigne
sous le nom de _Pamplemousses_ (_Citrus decumana_). Leur coloration
est vert sombre quand ils ne sont pas mûrs. Arrivés à maturité,
ils sont, au contraire, d’une jaune rouge qui ne permet de les
confondre avec aucun autre. Ils poussent à l’extrémité des
petits rameaux. Ils contiennent à l’intérieur une trentaine de
graines de formes pyramidales qui sont noyées dans une pulpe jaune
d’or d’un goût délicieux et excessivement rafraîchissante. Ce
goût rappelle un peu celui de la cerise.
On trouve le laré partout au Soudan français ; mais les contrées
où il est en plus grande abondance sont le Niocolo, le Baleya,
l’Amana, le Dinguiray, etc., etc. Il croît de préférence,
sur les bords des marigots, dans les terrains humides, marécageux
surtout. Nous avons pu remarquer que les larés qui poussent dans les
argiles et sur les plateaux ferrugineux sont moins développés et
présentent une vitalité bien moins grande que ceux qui croissent
sur les rives des marigots.
Plus on avance vers le sud et plus ce végétal devient commun. Nul
doute qu’il ne croisse également sur le bord des rivières du sud
et de leurs affluents. Le Dr Crozat, dans son voyage au Fouta-Djallon,
l’a trouvé partout dans ce pays et en grande abondance. Il existe
de même en grande quantité dans toutes les régions situées dans la
boucle du Niger, dans le pays de Ségou et dans le Macina. D’après
les renseignements que nous avons pu recueillir sur ce précieux
végétal, il ne disparaîtrait complètement que sur les confins du
Sahara, au nord, à l’ouest, sur les limites extrêmes de la zone
maritime, et on le trouverait partout dans les régions méridionales
et orientales du centre Afrique.
Toutes les parties du laré donnent un suc abondant. A part quelques
ficus, c’est peut-être au Sénégal et au Soudan le végétal
qui donne la plus grande quantité de latex. En outre, ce latex
donne un caoutchouc qui nous semble le meilleur de tous les produits
similaires de vahea d’Afrique.
Pour l’extraction, point n’est besoin de procédés particuliers
pour pratiquer les incisions. La simple incision longitudinale
ou transversale laisse écouler de grandes quantités de suc. Les
Pahouins du Gabon extraient le caoutchouc en sectionnant complètement
les lianes. Au bout de chaque fragment se forme une petite boule de
la substance, qu’ils récoltent vingt-quatre heures après. Mais
c’est là un procédé barbare, dont le résultat sera de dépeupler
rapidement leur pays. Le procédé par la simple incision donne, il
est vrai, un rendement bien moins abondant, mais il a pour avantage
de conserver au végétal toute sa vitalité, car il ne souffre
aucunement des blessures qu’on peut lui faire, si nombreuses
qu’elles soient.
En toutes saisons et à n’importe quelle heure du jour le laré
donne une grande quantité de latex. L’âge et l’état des
végétaux influent peu sur la production. J’ai remarqué, toutefois
que les individus qui croissaient dans les terrains riches en humus
en donnaient beaucoup plus que ceux qui habitaient les terres maigres
et les plateaux rocheux et argileux.
Le suc ainsi obtenu a l’aspect d’un blanc parfait. Il ressemble
à s’y méprendre à du lait frais. Il renferme une proportion
considérable de caoutchouc et poisse fortement les doigts. A l’air
libre, il se coagule rapidement par la simple évaporation. C’est
assurément de tous les végétaux à caoutchouc celui qui donnera
toujours en tous lieux et en tous temps les résultats les plus
satisfaisants et surtout les plus rémunérateurs. Il nous souvient
avoir entendu raconter par nos camarades ce fait, à savoir que,
sur les bords du Tankisso, M. le lieutenant de vaisseau Hourst,
commandant la flottille du Niger, avait pu, en un temps relativement
court, par les moyens tout primitifs qu’il avait à sa disposition,
en récolter des quantités relativement considérables. Cela permet
d’augurer que l’exploitation en serait facile et fructueuse.
Le caoutchouc du laré présente, à s’y méprendre, les
caractères macroscopiques de celui de l’hevea. Jouit-il des mêmes
propriétés ? Tout permet de l’espérer. Des échantillons ont
été rapportés en France et ont été soumis à l’analyse. Les
résultats obtenus en ont été favorablement concluants. Nous ne
saurions trop attirer l’attention sur ce précieux végétal,
qui, à notre avis, est appelé prochainement à un grand avenir
industriel et commercial.
Le _Delbi_ est encore une liane de la famille des Apocynées. Son
feuillage rappelle celui du laré ou saba dont nous avons parlé
plus haut. Il croît de préférence sur les hauts plateaux et,
en bien moins grande quantité, sur les bords des rivières,
fleuves et marigots. On le trouve partout au Soudan. Ce sont les
peuples de race peulhe qui lui ont donné le seul nom sous lequel
nous le connaissions. Il n’acquiert que rarement de grandes
dimensions, et son pied a, tout au plus, 6 à 8 centimètres de
diamètre. Ses fleurs, blanches, ont à peu de chose près les
caractères macroscopiques de celles du laré, et, comme elles,
ressemblent à s’y méprendre à celles du jasmin, dont elles
rappellent du reste l’odeur. Le fruit est un follicule sec, qui
contient environ 25 à 30 graines comprimées. Il est mûr vers la
fin de mars. L’aspect maigre et chétif de cette liane ne permet
pas de la confondre avec le laré. Comme cette dernière, elle laisse
découler à l’incision un suc blanc laiteux, très aqueux, et qui
poisse les doigts. Nous serions tenté volontiers de croire que ce
n’est autre chose qu’un caoutchouc de mauvaise qualité. Pendant
la saison sèche, le suc fait absolument défaut. On n’en trouve
que pendant l’hivernage et encore en très petite quantité. Les
indigènes du Niocolo notamment se servent des feuilles du delbi pour
panser certains ulcères de mauvaise nature. Nous ne voyons pas quelle
peut bien être leur action thérapeutique. Cette plante doit être,
d’après le professeur Heckel, le _Vahea Heudelotii_, A. D. C.
Le _Bonghi_, ainsi nommé par les peuples de race peulhe, est appelé
_Nombo_ par les Bambaras et les Malinkés. C’est encore une belle
liane de la famille des Apocynées. Elle croît, de préférence,
dans les bas-fonds humides, et est très rare. Nous ne l’avons
trouvée en grande quantité que dans les environs de Dalafine
dans le Tiali ; on la rencontre, il est vrai, un peu partout au
Soudan, mais elle est partout très clairsemée. Elle acquiert
de grandes dimensions, surtout dans les terrains très humides,
et elle est facile à reconnaître à son port majestueux et au
dôme de verdure qu’elle forme au-dessus des végétaux auxquels
elle s’attache. Son feuillage rappelle celui du laré et celui
du delbi, mais ses fleurs ne permettent pas de la confondre avec
ces deux dernières lianes. Au lieu d’être blanches, elles sont
rosées, volumineuses, et leur calice est hypocratérimorphe. Elle
donne à l’incision un suc blanc laiteux, aqueux, et qui poisse
légèrement les doigts. Contrairement au delbi, elle en laisse
découler en toutes saisons, mais en bien plus grande quantité
pendant l’hivernage que pendant la saison sèche. A cette
époque de l’année, c’est à peine s’il vient sourdre, peu
après l’incision, quelques rares gouttelettes qui se coagulent
immédiatement et donnent un produit ayant l’aspect de celui
que l’on obtient du laré. Pendant l’hivernage, au contraire,
le rendement est bien plus considérable, sans cependant égaler ce
que l’on obtient du laré. Les indigènes n’emploient le bonghi
à aucun usage. Cette plante, d’après l’opinion du professeur
Heckel, serait le _Vahea florida_, F. Mueller.
De même que le caoutchouc, à la côte occidentale d’Afrique,
est presque uniquement donné par des végétaux appartenant à
la grande famille des Apocynées, de même la gutta-percha n’y
est extraite que des essences d’un même échelon botanique, la
famille des Sapotacées. Les guttas ayant une autre origine sont
généralement peu commerciales et de qualités inférieures.
La question de la gutta est aujourd’hui absolument capitale en
France. Jusqu’à ce jour elle a été uniquement donnée par un
végétal de la famille des Sapotacées, l’_Isonandra-gutta_. Cet
arbre croît dans les forêts de la presqu’île de Malacca et dans
les îles voisines : Singapoore, Poulo-Pinang, etc., et surtout dans
les îles qui forment l’archipel malais, Sumatra, Java, Sumbava,
Timor, Bornéo, etc., etc. On ne le trouve pas ailleurs que dans cette
partie du monde. L’isonandra-gutta se développe lentement et on
ne peut guère extraire de gutta que des végétaux âgés d’au
moins vingt années. Le procédé le plus généralement employé
dans toutes ces régions pour se procurer ce précieux produit est
l’abatage. Les arbres étant parvenus à une grosseur suffisante
sont coupés au pied ; puis on pratique sur le tronc, à la distance
de 40 à 50 centimètres, des incisions annulaires dont la profondeur
ne dépasse pas l’épaisseur de l’écorce. On place alors sous
chaque incision un récipient quelconque pour recevoir le suc. Si
l’on songe que la production d’un arbre âgé de cent ans ne
dépasse pas 18 kilogrammes et qu’en moyenne il faut abattre
environ dix arbres pour obtenir 7 à 8 kilogrammes ; si, de plus,
l’on considère que, chaque jour, la consommation et les besoins
augmentent dans d’énormes proportions, on comprendra aisément que,
par ce procédé brutal, la destruction des forêts devait être la
conclusion fatale et la conséquence inévitable. « Or, écrivait
un auteur technique il y a quelques années, quelque rapide que soit
la végétation dans les contrées tropicales, quelque rapide que
puisse être la multiplication de l’isonandra-gutta, il n’est
guère possible de penser que de telles pertes puissent être
réparées, et il semble certain que, dans un avenir peu éloigné,
la gutta-percha deviendra d’abord rare et plus tard manquera
peut-être aux nombreuses industries qui en tirent aujourd’hui un
utile parti. » Ce fut pour entraver cette rapide destruction que
l’on imagina le procédé d’extraction par incision, analogue à
celui que l’on emploie pour le caoutchouc. Mais l’écoulement
par les incisions se fait très difficilement, en sorte que, les
bénéfices des travailleurs baissant considérablement, on en est
revenu au procédé par abatage. C’est actuellement en Malaisie
le seul en usage.
Ce qui avait été prédit jadis est aujourd’hui un fait accompli
et la gutta de l’isonandra se fait de jour en jour plus rare sur
nos marchés européens. De plus, nous sommes, sous ce rapport,
absolument tributaires des Anglais, et jusqu’à ce jour rien
n’avait été fait pour tenter d’en découvrir des sources de
production nouvelles. En 1891, à la suite d’un article paru, sous
la signature de M. le professeur Heckel, dans le _Petit Marseillais_,
et traitant de la rareté et de la disparition prochaine de la gutta
des îles de la Sonde, article qui amena la réunion à Paris d’une
conférence technique à laquelle prit part son auteur, dont la
mission était de rechercher le remède à apporter à une situation
menaçante pour une branche primordiale de l’industrie française,
le gouvernement, sur sa proposition, décida que des missions
scientifiques seraient envoyées dans nos principales colonies,
en Cochinchine, au Soudan français, à la Guyane pour y rechercher
des végétaux similaires de l’isonandra susceptibles d’être
immédiatement exploitables. Le long séjour que j’avais fait au
Soudan français et les différentes missions dont j’y avais été
chargé me firent choisir par M. le sous-secrétaire d’État des
colonies pour explorer à ce point de vue nos possessions africaines
de cette région. Je devais particulièrement étudier le _Karité_
(_Butyrospermum Parkii_, Kotschy), sapotacée qui donnait une gutta
qui semblait pouvoir être utilisée, et rechercher d’autres
végétaux susceptibles d’être exploités. Ce sont les résultats
que j’ai obtenus que je vais exposer dans ce qui suit.
En même temps, M. le pharmacien de 2e classe des colonies Geoffroy,
licencié ès sciences naturelles, fut chargé d’aller à la Guyane
étudier le _Mimusops Balata_, Gærtn, Sapotacées. Ce vaillant est
mort dernièrement, à la suite des fatigues de sa mission accomplie
au Maroni avec le plus grand dévouement et le plus grand succès. De
son côté, la direction générale des postes et télégraphes
envoyait en Cochinchine M. Sérullas pour y faire des recherches
analogues sur d’autres végétaux similaires. M. Sérullas réussit
pleinement et découvrit même un procédé d’extraction nouveau,
dont il fut beaucoup parlé, il y a quelques années, mais qui, je
crois, n’est pas encore passé dans la pratique courante. Voici
à ce sujet ce que publiait, le 28 novembre 1891, la _Revue
scientifique_ : « On a beaucoup parlé de la nécessité de mettre
un terme à la destruction des forêts d’_Isonandra-gutta_ par
les Malais, si l’on ne veut que d’ici à un temps peu éloigné
la gutta ne soit plus qu’un souvenir. Mais comment empêcher
des barbares, qui vivent indépendants ou ne reconnaissent la
suzeraineté d’un état civilisé qu’à peu près nominalement,
de continuer à suivre leurs usages destructeurs et d’abattre sans
merci les arbres précieux que la nature met un siècle à faire,
pour recueillir de leur précieux produit la fraction dérisoire
qu’un botaniste anglais, M. Wray, évalue à un trente-septième ?
M. Sérullas, qui a retrouvé l’_Isonandra-gutta_ dans l’île
de Singapoore, où l’on croyait l’espèce éteinte, a cherché
la solution dans une exploitation rationnelle de l’arbre par
les Européens, complétée par des procédés scientifiques
d’extraction de la gutta. L’abatage des arbres ferait place
à des émondages périodiques des feuilles et des jets, et ce
serait de ceux-ci que se ferait l’extraction. La manutention
qu’on leur ferait subir à cet effet consisterait, d’après
l’_Électricien_, à les hacher finement et à les traiter
par un acide dont la composition reste le secret de M. Sérullas,
jusqu’à obtention d’un liquide rouge-brunâtre. Ce liquide, mis
avec un peu d’eau dans un alambic, est soumis à la distillation
sous la température douce d’un bain de vapeur prolongé pendant
une demi-heure seulement. Ce temps suffit à l’élimination de
l’acide, et la gutta-percha reste dans l’alambic comme résidu.
Les feuilles et les jets ainsi traités fourniraient en gutta 2 0/0 de
leur poids. C’est beaucoup, si l’on considère que le procédé
barbare des indigènes ne donne en gutta, suivant les calculs de
M. Wray, que 5 0/0 du poids de l’écorce de l’arbre abattu. »
(_Revue scientifique_, 28 novembre 1891.)
Bien que ce qui précède soit un peu en dehors de l’objet tout
spécial de ce mémoire, nous avons cru devoir le rapporter ici
pour bien montrer au lecteur combien est importante aujourd’hui
la question de la gutta-percha. Mais revenons à notre sujet. Nous
disions en commençant ce paragraphe que la gutta-percha était
au Soudan français et dans toute l’Afrique centrale donnée par
des végétaux appartenant à la famille des Sapotacées. Le plus
important est, sans contredit, le _Karité_.
Le _Karité_ ou _Shée_ (_Butyrospermum Parkii_, Kotschy) est un arbre
qui atteint des proportions fort respectables et qui est assez commun
au Soudan français. Il appartient à la famille des Sapotacées. Tige
droite, cylindrique, feuillage vert sombre, feuilles verticillées à
l’extrémité des jeunes rameaux qui se terminent par un bourgeon
caractéristique. Fleurs anisostémonées, gamopétales hypogynes,
étamines en nombre multiple, ovaire à fleurs uniovulées —
fleurs toujours hermaphrodites — périsperme charnu. Le fruit
est une drupe. La pulpe de ce fruit est fort appréciée de tous,
Européens et indigènes, quand il est mûr. Mage, le Dr Bayol, le
colonel Gallieni, Binger en parlent avec le plus grand bien dans leurs
relations de voyages. Nous-même avons pu nous en assurer fréquemment
pendant nos différents séjours au Soudan. Son écorce noirâtre,
la couleur rougeâtre de son bois quand on le sectionne et le latex
qui découle des incisions qu’on y pratique ne peuvent permettre
aucun doute à son sujet.
Il existe au Soudan deux variétés de karités qu’il importe de
ne pas confondre, le _Shée_ et le _Mana_. Le shée, de beaucoup
le plus commun, se distingue assez difficilement du mana à
première vue. Cependant, un caractère tout particulier, très
visible à l’œil le moins exercé permettra de ne pas commettre
d’erreur. _L’écorce du shée est noirâtre, tandis que celle
du mana est blanchâtre._ De plus, et c’est là le caractère
distinctif, capital et sur lequel nous insisterons le plus :
_Le shée, à l’incision, laisse couler un suc blanc laiteux,
relativement abondant, tandis que le mana n’en a pas, en quelque
saison et en quelque circonstance que ce soit qu’on opère._ Le
fruit de tous les deux donne un beurre végétal que les indigènes
utilisent pour la cuisine et pour panser les plaies, et dont nous
avons déjà parlé dans le cours de ce Mémoire.
Le shée, de même que le mana, du reste, se développe très
lentement, et c’est à peine si, au bout de vingt années environ,
son tronc acquiert un diamètre d’une vingtaine de centimètres.
On trouve le karité, d’une façon générale, dans tout le Soudan
français. Disons tout d’abord que le shée est de beaucoup le plus
commun. On ne trouve guère le mana que dans les régions du sud
de la colonie, et encore y est-il assez rare. Le karité habite,
de préférence, les terrains à latérite et les terrains à
roches ferrugineuses. Il est rare d’en trouver dans les argiles
compactes. Nous avons à ce point de vue remarqué que le mana
affectionnait surtout ces derniers terrains, tandis que les premiers
étaient particulièrement aimés du shée. On ne trouve jamais,
disons plutôt que très rarement, l’une et l’autre espèce
sur les bords des marigots, des fleuves et des rivières. Elles
fuient tout particulièrement les terrains vaseux et marécageux. On
rencontre, en résumé, le shée sur les plateaux ferrugineux, dans
les terrains à latérite et sur le versant des collines formées
de grès, quartz et conglomérats. Il n’est pas rare de voir de
beaux échantillons se développer parfois vigoureusement où la
terre végétale semble faire absolument défaut. En général,
les karités qui poussent dans ces endroits atteignent de faibles
proportions et affectent des formes bizarres, qui frappent par
leur étrangeté et leur monstrueux aspect. Les karités qui se
développent, au contraire, dans les terrains riches en latérite
sont de beaux végétaux à tiges absolument droites et à ramures
et feuillages bien fournis. Ces quelques remarques s’appliquent
d’une façon régulière à tous ces végétaux.
De ce que nous venons de dire de son habitat, il est facile de
conclure quelle peut être l’aire d’extension de ce végétal.
Quoi qu’on en ait pu dire et quoi qu’on en puisse dire encore,
nous ne craignons pas d’affirmer que le karité est très abondant
au Soudan français. On ne le rencontre, il est vrai, nulle part en
forêts compactes, et dans les régions où nous l’avons vu le
plus abondant, le Niocolo, par exemple, les pieds sont toujours
distants les uns des autres de cinquante à soixante mètres
environ. Ils n’en sont pas moins fort nombreux et nous estimons
qu’il y en a partout une quantité suffisante pour donner lieu à
une exploitation rémunératrice. Nous croyons, en outre, qu’il
serait très facile d’arriver à développer considérablement
ce végétal par les semis et la culture. Ce résultat pourrait
même s’obtenir sans cela, si on pouvait arriver à empêcher les
indigènes d’incendier, chaque année, la brousse pour défricher
les terrains qu’ils destinent à la culture. Ces incendies ont, en
effet, pour résultat, au point de vue tout spécial qui nous occupe,
de détruire en grand nombre les jeunes pieds de karité et même
ceux qui n’offrent pas une résistance suffisante. Mais aussi,
hâtons-nous de dire que, chez les peuples du Soudan, la routine a
une telle puissance qu’il sera, de longues années, impossible de
leur faire comprendre tout l’intérêt qu’ils ont à multiplier ce
végétal et à le cultiver. On arrivera difficilement à persuader
au noir qu’il aurait grand intérêt à planter et à semer tout
autre végétal que ceux qui lui donnent un rendement immédiat.