acuminata_, R. Br. ; _Sterculia acuminata_, Pal. Beauv. ; _Sterculia
verticellata_, Shum. et Thoun.), Sterculiacées, que les indigènes
désignent, suivant les régions, sous le nom de _Ouoro_, _Gourou_,
etc. Bien que ce végétal ne croisse absolument nulle part dans
aucune région du bassin de la Gambie, nous ne croyons pas devoir
le passer sous silence, car les indigènes en font une abondante
consommation. Ses graines, connues sous le nom de _noix de kola_, leur
viennent par Bathurst et Mac-Carthy. Après les remarquables travaux
de M. le professeur Heckel, de Marseille, nous n’avons rien à dire
au sujet des propriétés thérapeutiques de ce précieux végétal,
qui est passé aujourd’hui dans la pratique courante. Nous prions
donc le lecteur que cette question pourrait intéresser, de vouloir
bien consulter le livre de notre savant maître et ami : _Les Kolas
africains_ (Société d’éditions scientifiques, Paris, 1893),
et notre mémoire : _La Noix de Kola_ (_Bulletin de la Société de
géographie commerciale de Bordeaux_, mars 1893, no 5).
V. — =Végétaux produisant des matières textiles.=
Les végétaux de cette catégorie sont particulièrement communs
dans le bassin de la Gambie. Nous nous contenterons de parler ici des
principaux, de ceux seulement que notre industrie pourrait utiliser.
Le _Cotonnier_ (_Gossypium punctatum_, Guill. et Perrotet), de la
famille des Malvacées, croît d’une façon remarquable dans tout
le bassin de la Gambie. Les indigènes en font de superbes lougans
(champs cultivés) auxquels ils apportent un soin relativement
attentif. Ces lougans sont généralement situés aux alentours du
village afin que les femmes et les enfants, auxquels incombe le soin
de la cueillette, ne s’écartent et ne s’éloignent pas trop au
moment de la récolte.
Le terrain est, au préalable, bien débarrassé de toutes
les herbes qui pourraient entraver le bon développement du
végétal. Quand elles sont sèches, on les réunit en tas et on
les brûle. Les cendres sont répandues sur le sol et contribuent
à le fertiliser. Puis, à l’aide de la pioche, on pratique des
sillons distants les uns des autres d’environ 40 centimètres. La
terre en est bien relevée en dôme et, quand tout est fini, on
croirait que tout ce travail a été fait à la charrue. C’est
sur le point culminant de ces sillons que sont faits les semis. On
pratique simplement, à l’aide d’un morceau de bois, un trou
de 5 à 6 centimètres de profondeur dans lequel on introduit deux
ou trois graines que l’on recouvre d’un peu de terre. Le coton
lève environ deux semaines après avoir été semé. Il rapporte
six ou sept mois après. Une plantation faite en juin fleurit vers
la fin d’octobre, et la récolte peut être faite en janvier ou
février. Ce n’est guère que lorsque la capsule s’est ouverte et
que les soies s’en échappent que l’on y procède. Ce travail,
peu pénible, est fait par les femmes et les enfants. La cueillette
terminée, le coton est étendu sur des nattes, au soleil, afin
de le bien sécher et de le faire blanchir. Puis, les graines sont
enlevées et séparées de la bourre. Celle-ci, si on ne l’emploie
pas immédiatement, est placée dans des vases en terre où elle est
absolument à l’abri de l’humidité. A leurs moments perdus,
le soir notamment, dans les dernières heures du jour, les femmes
le filent à l’aide de petits fuseaux analogues à ceux dont on se
sert encore dans nos campagnes, et fabriquent un fil très résistant
avec lequel les tisserands tissent ces étoffes si appréciées des
noirs et dont, en maintes régions, ils se servent comme monnaies.
De tout temps, les indigènes ont cultivé et utilisé le coton,
et bien avant notre installation dans le pays, ils savaient en
fabriquer des étoffes. Mais pour cela, comme pour tout du reste,
ils font preuve de la plus grande imprévoyance et ne récoltent
que ce qui leur est absolument nécessaire pour leurs besoins. La
production, depuis que ces régions sont soumises à notre autorité,
n’a pas augmenté d’un kilogramme. Il faut dire aussi que nous
n’avons rien fait pour cela.
Le coton le plus commun en Gambie est le coton à courte soie
(_Gossypium Punctatum_, Guill. et Perrotet). Il est loin d’être
aussi beau qu’on a bien voulu le dire. Si l’on ne regarde que la
couleur, il est d’une blancheur éclatante. Mais il est peu souple,
difficile à filer et, surtout, le rendement est peu considérable. En
résumé, un coton de cette valeur n’est pas commercial en
Europe. En 1827, on a bien tenté d’acclimater, au Sénégal,
les espèces les plus estimées sur nos marchés. Successivement,
on y a cultivé les espèces _indicum_, Lk. ; _hirsutum_, L. ;
_barbadense_, L. ; _acuminatum_, Roxb. ; mais aucune n’a donné de
résultats satisfaisants. Les essais ont dû être abandonnés. Il
en sera encore de même aujourd’hui. Seule, l’espèce indigène
y réussira. Le climat, la nature du sol n’ont pas changé et
ne permettront jamais aux cotons de qualité supérieure d’y
prospérer. Bien plus, nous sommes intimement persuadé qu’ils
y dégénéreront aussi bien que les autres végétaux que l’on
a voulu y importer. Il serait bien plus logique d’améliorer par
la culture celui qui y croît déjà que de tenter des expériences
qui ne seront jamais, quoi qu’il arrive, rémunératrices.
Outre les espèces dont nous venons de parler, il en existe encore
une autre dite _Gossypium intermedium_, Tod. Peu abondante dans
le bassin de la Gambie, elle est surtout cultivée au Sénégal
et dans le Grand-Bélédougou. Elle donne un coton plus grossier,
de couleur jaune sale et dont les soies adhèrent fortement aux
graines. Le tissu que l’on en obtient est plus grossier et de
moins bonne qualité que le tissu que donne la première.
Les graines sont peu utilisées en dehors des semis. En Gambie, on en
extrait parfois l’huile et l’on s’en sert dans la thérapeutique
courante, surtout pour le pansement des plaies. En temps de disette,
les indigènes mangent parfois les jeunes feuilles de coton sous
forme de bouillie. On en fait également des cataplasmes très
émollients, et elles servent à préparer des bains souverains,
disent-ils, contre les douleurs rhumatismales des extrémités.
Le _Fromager_ (_Bombax ceiba_, L.) est une malvoïdée de la famille
des Bombacées. Sa tige est très volumineuse et atteint parfois
jusqu’à 8 et 10 mètres de hauteur. On montre, à Goniokori, les
deux fromagers sous lesquels campa Mungo-Park lorsqu’il passa dans
le village, et tous les Européens les connaissent sous le nom de :
« Fromagers de Mungo-Park. » Ils ont des dimensions réellement
gigantesques.
L’écorce du fromager ordinaire est d’une belle couleur vert
lézard. Elle est couverte d’épines volumineuses très acérées
et qui se détachent difficilement. Le bois, très tendre, est peu
employé. Les feuilles sont alternes, stipulées et généralement
peu abondantes. L’arbre en porte toute l’année. Il fleurit
en janvier ou en février et ses fruits arrivent à maturité
en juin ou juillet. Ces fruits secs ont l’endocarpe chargé de
poils à l’intérieur, et ils renferment une trentaine de graines
qu’entoure une sorte de bourre laineuse caractéristique qui permet
aisément de reconnaître ce végétal.
Le fromager proprement dit croît dans les terrains légèrement
humides et a besoin d’une forte terre pour bien prospérer. Nous
en avons vu à Mac-Carthy de beaux spécimens.
Il existe au Soudan deux sortes de fromagers : le fromager proprement
dit et le _Dondol_. Ce dernier présente des particularités qui
méritent d’être signalées. A l’encontre de son frère, il
croît, de préférence, dans les terrains pauvres en humus, surtout
sur les plateaux ferrugineux, si communs dans ces régions arides
et désolées. Il n’acquiert jamais les énormes proportions du
fromager proprement dit. Le diamètre de sa tige ne dépasse guère 40
ou 50 centimètres au maximum. Son écorce, au lieu d’être verte,
a une couleur brun noirâtre prononcée. Elle est profondément
fendillée et il n’y a que les jeunes rameaux qui présentent
des épines peu adhérentes et qui tombent au bout de deux ou
trois ans. Ses rameaux sont peu nombreux et de petites dimensions
si on les compare au tronc. Ils ne portent que de rares feuilles
alternes et stipulées, peu persistantes, et qui tombent dès les
premières chaleurs. Les feuilles ne se montrent que longtemps après
la floraison. Celle-ci a lieu vers la fin de décembre. A cette
époque, l’arbre se couvre de belles fleurs d’un rouge vif qui
sont absolument caractéristiques de ce végétal. Elles ne durent
guère que trois à cinq jours au plus et tombent naturellement. Au
pied de l’arbre, le sol en est littéralement jonché. Rien de
curieux à voir comme le dondol en fleur : on dirait un superbe
pied de flamboyant, mais absolument dépourvu de feuilles. Du rouge,
rien que du rouge, les rameaux disparaissent entièrement sous cette
avalanche de couleurs vives et chatoyantes. A ces fleurs succèdent,
en quantité relativement considérable, les fruits. Ces fruits sont
secs, déhiscents, à coque de couleur marron foncé, et s’ouvrant
aisément au choc. La grande chaleur suffit pour les faire éclater
quand ils sont arrivés à maturité. L’endocarpe est chargée
de poils doux et soyeux à l’intérieur. La cavité de ce fruit
(tous ceux qui ont vécu au Soudan le connaissent bien) est remplie
par une bourre épaisse, laineuse, douce au toucher, et ayant à
la lumière le reflet de la soie. A l’époque de la maturité,
c’est-à-dire en mai, juin et juillet, le sol en est couvert au
pied des arbres. Elle est excessivement légère, très riche en
nitrate de potasse, et, même sous un gros volume, s’enflamme
rapidement et brûle comme le coton-poudre en ne laissant qu’un
résidu absolument insignifiant. Cette bourre est très difficile à
tisser et à filer. J’ai, cependant, entendu dire que les indigènes
du Canadougou, pays situé à l’est du Niger, dans la partie la plus
méridionale de sa boucle, s’en servaient parfois pour fabriquer des
étoffes de prix et pour exécuter de fines broderies. Elle est, par
contre, très bonne pour confectionner des matelas et des oreillers ;
nous l’avons souvent employée à cet usage.
Cette bourre enveloppe une trentaine de graines noirâtres qui
diffèrent de celles du fromager ordinaire, d’après M. le
professeur Cornu, du Muséum d’histoire naturelle de Paris, en ce
qu’elles ne sont pas bosselées. Je dédie cette espèce nouvelle
à M. le professeur Cornu, en l’appelant _Bombax Cornui_.
Parmi les végétaux de cette catégorie, nous pouvons encore citer
le _Baobab_ (_Adansonia digitata_, L.), Malvoïdées. Les fibres
de son écorce servent à fabriquer des cordes excessivement
résistantes. Celles du _Bambou_ (_Bambusa arundinacea_, L.),
Graminées, sont employées aux mêmes usages. Il en est de même
de celles des feuilles du _Rônier_ (_Borassus flabelliformis_,
L.), Palmiers. Les feuilles du _Bananier_ (_Musa paradisiaca_,
L.), Musacées ; celles de l’_Agave_ (_Agavus americana_, L.),
Agavées, renferment également des fibres que le tissage pourrait
utiliser. Le squelette fibreux du fruit de la _Liane-Torchon_
(_Momordica operculata_ ou _muricata_, L.), Cucurbitacées ; les
fibres du _Fafetone_ (_Calotropis procera_, R. Br.), Asclépiadées,
et la soie qui entoure ses graines sont encore employés soit pour
la couture, soit pour la fabrication de cordages et le tissage des
étoffes. Enfin, on pourrait également faire servir aux mêmes usages
les fibres de l’_Ananas_ (_Bromelia ananas_, L.), Broméliacées,
et celles de l’_Aloès_ (_Aloé_, L.), Liliacées, qu’il serait
facile de cultiver dans ces régions où ils prospèrent d’une
façon remarquable.
VI. — =Végétaux pouvant être utilisés pour la teinture.=
Le plus commun, et celui qui pourrait donner lieu à l’exploitation
la plus rémunératrice, est l’_Indigo_. Ce végétal est très
commun dans toute cette région et chaque village en possède
plusieurs beaux lougans aux environs des cases. Les indigènes en
retirent la couleur bleue dont ils se servent pour teindre leurs
étoffes. L’indigo de la Gambie est donné par l’_Indigofera
tinctoria_, L., Légumineuses papilionacées. La culture de cette
plante est très facile. Elle croît, pour ainsi dire, spontanément,
et on n’a besoin absolument que de la semer. Ses feuilles sont
récoltées vers la fin du mois de novembre et les ménagères leur
font subir la préparation suivante : On les fait sécher au soleil et
macérer ensuite dans environ trois fois leur poids d’eau pendant
plusieurs heures ; on y ajoute une petite quantité de cendres, on
laisse reposer et on décante. Le produit ainsi obtenu est alors
pétri en pains qui ont la forme de cônes et mis à sécher au
soleil. On a soin tous les soirs de les rentrer pour ne pas les
exposer à l’humidité. Ces pains ont à peu près la forme
conique. Leur poids varie de 500 grammes à 3 et 5 kilog. C’est
sous cette forme, ou bien en petits fragments, que l’on trouve
l’indigo sur tous les marchés du Soudan. Son prix varie de 4 à
6 francs le kilog. Cet indigo donne une couleur bleu violacé, qui
est en grand honneur chez tous les peuples du Soudan. Mais elle passe
rapidement et les étoffes qu’elle a servi à colorer déteignent
au lavage. Les indigènes ignorent, en effet, les procédés les
plus efficaces pour la fixer. Ils ne se servent, pour cela, que des
cendres d’un arbre très commun dans toutes ces régions, le _Rhatt_
(_Combretum glutinosum_, G. et Perr.), Combrétacées.
Bien que l’indigo du Soudan soit de qualité inférieure aux
indigos de Java, du Bengale et d’Amérique, nous estimons qu’il
pourrait être utilisé avec fruit par nos industriels. C’est
pourquoi nous devrions faire tous nos efforts pour propager dans
notre colonie cette plante dont le rendement considérable sera
certainement rémunérateur.
Le _Rocouyer_ (_Bixa orellana_, L.), Bixacées, existe à l’état
sauvage dans le bassin de la Gambie. Les indigènes ne le cultivent
pas. Il est de plus relativement rare. Les graines de cet arbuste,
écrasées dans l’eau chaude, donnent une matière colorante rouge
et résineuse que l’on désigne sous le nom de _rocou_. Cette
matière une fois fermentée et desséchée est dure et peu
odorante. Elle renferme deux principes colorants : un rouge vif
que l’on désigne sous le nom de _bixine_, qui est résineux et
soluble dans l’alcool bouillant, et un jaune appelé _orelline_,
qui est soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. Le rocou du
commerce exhale une odeur nauséabonde parce que, pour le maintenir
mou, on l’additionne d’urine.
Le rocouyer se reproduit de lui-même et pousse très rapidement
dans les terrains humides.
Le _Calama_, que les Ouolofs appellent _Rhatt_ ou _Rehatt_, est
un beau végétal de haute taille. C’est une Combrétacée,
le _Combretum glutinosum_, Perr. Il croît, de préférence,
dans les terrains pauvres en humus, sur les terrains rocheux
et sur le versant des collines. On le trouve partout au Soudan,
mais c’est surtout dans le Bambouck, le Birgo, le Gangaran, le
Manding et le Bélédougou qu’il est le plus commun. Les Malinkés
l’emploient surtout en teinture. Ce végétal est appelé _Calama_
par les Bambaras, _Rehatt_ ou _Rhatt_ par les Ouolofs, _Kéré_
par les Malinkés et _Kodioli_ par les Sarracolés. Les cendres de
son bois servent à fixer les couleurs de l’indigo ; les Bambaras
et les Malinkés surtout retirent de ses feuilles une couleur qui
leur sert à teindre en jaune sale et en rouge couleur de rouille
leurs boubous et leurs pagnes.
Cette couleur est, pour ainsi dire, la couleur nationale des
Malinkés. Ils l’affectionnent tout particulièrement. Voici
comment ils procèdent : Ils récoltent les feuilles sur l’arbre
quand elles sont encore très vertes, les font sécher, puis les
écrasent entre leurs mains. Ceci fait, on verse dessus environ deux
fois autant d’eau qu’il y a de feuilles, et on laisse infuser
à froid pendant au moins vingt-quatre heures. On plonge alors
l’étoffe à teindre dans cette infusion et on la laisse tremper
pendant douze heures. On la retire alors et on fait sécher. La teinte
plus ou moins foncée donnée à l’étoffe tient non pas au temps
plus ou moins long qu’elle reste dans la liqueur, mais au degré
plus ou moins grand de concentration de celle-ci. Cette couleur est
aussi contenue dans les racines, mais je ne me souviens pas avoir
entendu dire qu’elles soient utilisées par les indigènes.
Cette teinture est très adhérente. On la fixe à l’aide des
cendres du végétal lui-même. Elle résiste même à la pluie,
au lavage à l’eau chaude et au savon. Chez les Bambaras et
les Malinkés, les femmes de forgerons acquièrent une véritable
habileté pour la préparer. La façon de cette teinture se paie
environ cinq moules de mil (8 kilog. à peu près) par pagne ou
par boubou.
Les feuilles du _Khoss_ (_Nauclea inermis_, H. Bn.) donnent
également une belle couleur jaune que les indigènes utilisent
pour teindre leurs cuirs. Il en est de même de la _Morinde_
(_Morinda citrifolia_), Rubiacées. La couleur que l’on retire
de ce dernier végétal est d’un beau jaune safran. Enfin, des
feuilles et des tiges de certaines variétés de _Mil_ (_Sorghum
vulgare_, L.), Graminées, le _Baciba_ et le _Guessékélé_, par
exemple, les forgerons retirent, je ne sais trop par quel procédé,
une belle couleur rouge vineux qui leur sert à teindre les pailles
avec lesquelles ils tressent leurs corbeilles, leurs chapeaux et
les paillassons destinés à couvrir les calebasses.
Le _Diabé_ n’est autre chose que le _Henné_ (_Lawsonia inermis_,
L.), de la famille des Lythrariées. Ce végétal est assez commun
dans toute cette région, mais on le trouve surtout dans le Bambouck,
le Dentilia et le Manding. Les indigènes en utilisent les feuilles
pour teindre en jaune très foncé leurs cuirs ; mais elles sont
surtout estimées des femmes qui s’en servent pour se colorer en
rouge acajou les ongles et souvent aussi la paume des mains. Voici
comment on procède pour obtenir cette coloration si appréciée
des élégantes : On récolte les plus jeunes feuilles de diabé ;
on les pile de façon à en faire une pâte bien homogène. Puis,
on enduit de cette pâte chaque ongle. La main tout entière
est ensuite enveloppée de feuilles quelconques et on a soin
de maintenir très humide ce pansement pendant trois ou quatre
jours. Puis, on l’enlève, et, les mains lavées, on trouve les
ongles teints en jaune rougeâtre acajou. Cette coloration persiste
pendant trois ou quatre mois ; après ce temps, il faut recommencer
l’opération. Cette teinture des ongles est considérée par les
négresses comme un attribut essentiel de l’élégance. Filles,
femmes de chefs et de notables, ne manquent pas de la faire avec
soin. Les griotes s’offrent parfois aussi ce luxe.
Cette pratique est surtout en honneur chez les Peulhs et chez les
peuples qui appartiennent à cette race. Elle est plus rare chez
les peuples de race mandingue. Quelques jeunes gens adoptent aussi
cette mode, mais ce fait est peu fréquent.
Le henné est appelé _Diabé_ par les peuples de race mandingue,
et _Pouddi_ par les Peulhs et leurs congénères.
VII. — =Végétaux produisant du caoutchouc et de la gutta-percha.=
Ils existent en quantité considérable dans tout le bassin de la
Gambie et leur exploitation pourrait donner des résultats importants
et des bénéfices certains.
Les _Ficus_ sont très communs dans toute cette région. Ils
donnent tous des caoutchoucs plus ou moins estimés. On y trouve
les variétés les plus nombreuses de ce beau végétal. Les plus
fréquentes sont : le _Ficus sycomorus_, L., le _Ficus Afzelii_, L.,
le _Ficus rugosa_, L., le _Ficus macrophylla_, Desf. Ce dernier est
très commun, surtout dans le Bondou. C’est, pour ainsi dire, le
seul arbre de toute cette région qui donne un beau feuillage. Le
_Ficus elastica_, Roxb., est malheureusement assez rare ; on ne
le trouve guère que dans la Haute-Gambie, la Haute-Falémé et
dans le haut cours du Bakhoy et du Bafing. Nous en avons trouvé
quelques rares échantillons dans le Dentilia, le Konkodougou et
le Bambouck. Quant au _Banyan_ (_Ficus religiosa_, W.), il est
très commun dans tout le bassin de la Haute-Gambie où il atteint
des proportions gigantesques. Le Niocolo, le Badon, le Dentilia et
le Gounianta notamment en possèdent de superbes échantillons. A
l’incision, il donne également du caoutchouc ; mais il paraîtrait
qu’il est de plus mauvaise qualité que celui qui est extrait du
_Ficus elastica_.
Les caoutchoucs qui nous viennent de la côte occidentale d’Afrique
sont, en majeure partie, donnés par diverses grandes lianes de
la famille des Apocynées. Il en existe dans tout le bassin de la
Gambie un grand nombre de variétés. Nous ne parlerons ici que
de celles dont l’exploitation pourrait donner des résultats
satisfaisants. « Le caoutchouc qu’on en extrait est très
inférieur aux caoutchoucs d’Amérique et d’Asie. Néanmoins,
quand il a été travaillé tout frais, on parvient à en obtenir
d’assez bons produits, tandis que si on le laisse d’abord
s’égoutter et sécher à l’air, il éprouve à la surface une
oxydation particulière à la suite de laquelle il se décompose et
coule comme de la mélasse. Il exhale une odeur désagréable qui
lui est propre et qu’il conserve même après la vulcanisation. »
(Roret.)
Le _Fafetone_ n’est autre chose que le _Calotropis procera_,
R., Br., de la famille des Asclépiadées ; il donne par incision
du caoutchouc. _Fafetone_ est le nom ouolof de cette plante. Les
Malinkés l’appellent _N’goyo_, les Bambaras _N’gei_ et les
Peulhs _Poré_. C’est une liane qui atteint parfois des dimensions
considérables. Elle croît partout dans les Rivières du Sud,
au Gabon, au Fouta-Djallon, sur les bords du Tankisso et dans la
majeure partie des régions situées dans la boucle du Niger. Elle
aime un terrain humide ; aussi est-elle très commune dans les pays
où l’hivernage se prolonge. Au Soudan, au contraire, où la saison
des pluies ne dure guère plus de quatre mois au maximum, on ne la
trouve que sur les bords des marigots. Elle fait absolument défaut
dans le Bondou, le Ferlo, le Kaméra, le Fouladougou, le Bambouck et
le Manding. Elle est, par contre, très abondante dans les bassins
de la Gambie et de la Haute-Falémé. Elle sécrète un suc laiteux
qui, par évaporation, donne du caoutchouc d’excellente qualité.
Les noirs du Soudan ignorent absolument tout procédé pour recueillir
le caoutchouc. Ce n’est guère qu’à partir de la Gambie qu’on
commence à le récolter, et la production augmente sensiblement au
fur et à mesure qu’on s’avance dans le sud. Mac-Carthy est le
point le plus septentrional où l’on commence à voir apparaître
ce précieux produit. Les indigènes du sud de la Gambie en apportent
chaque année davantage aux comptoirs de la _Compagnie française
de la côte occidentale d’Afrique_ et de la _Bathurst trading
Company, limited_. En 1890, il en a été acheté environ 4,500
kilog. et, d’après les renseignements qui m’ont été donnés,
cette quantité n’était qu’un minimum comparé aux achats faits
depuis. Le caoutchouc que les indigènes apportent aux factoreries
de la Gambie est en boules, de la grosseur du poing environ. Sa
couleur est brun foncé à la surface ; mais, à l’intérieur,
il est d’un blanc grisâtre. Quand on les fend par le milieu,
on constate à l’intérieur des lacunes assez grandes remplies
d’un liquide parfois abondant, surtout quand la récolte a été
faite récemment. Ce liquide est absolument nauséabond. Aussi les
commerçants, avant d’acheter, ont-ils l’habitude de fendre
les boules pour le faire écouler et aussi pour s’assurer
que le caoutchouc n’est pas fraudé ; car les indigènes ont
l’habitude, dans certaines contrées, d’introduire des cailloux
à l’intérieur des boules. A Mac-Carthy, le caoutchouc se vend à
peu près 1 fr. 25 le kilog. Les noirs mélangent parfois à leur
stock de boules, des boules de gutta. Les traitants les refusaient
toujours comme du caoutchouc de mauvaise qualité ; il n’en est
plus de même aujourd’hui.
Les Dioulas emploient, paraît-il, l’écorce du fafetone comme
stimulant. Ils lui attribuent des vertus aphrodisiaques. L’écorce
de la racine est connue depuis longtemps en matière médicale
sous le nom d’_écorce de Mudar_ ; elle est réputée tonique et
diaphorétique. Les feuilles de ce végétal ont de plus, pour les
Malinkés du Ghabou et les Peulhs du Fouladougou, la propriété
de clarifier l’eau. Les Pahouins du Gabon, les Soussous et les
Balantes fabriquent avec ses fibres des fils très résistants. Enfin,
les graines sont entourées d’une courte soie qui sert à faire
des fils qui, colorés en jaune ou en rouge, servent à coudre les
boubous des élégants du Fouta-Djallon. On dit que cette soie serait
dangereuse à manier et à travailler, car elle est très cassante
et les petits fragments que l’on en peut absorber par la voie
respiratoire détermineraient de graves affections pulmonaires.