_Fogan._ — Le fogan, comme l’appellent les Ouoloffs, est

désigné par les Bambaras sous le nom de _Tirba_, et par les

Malinkés sous le nom de _Tirbo_. C’est une plante terrestre,

à tige souterraine, qui est bien connue de tous ceux qui ont

voyagé au Soudan. Vers le mois de décembre, la tige émet un

pédoncule long d’environ 5 centimètres et qui se termine par

un bourgeon floral. La fleur est éclose vers le commencement de

janvier. Elle est caractéristique. Ses larges pétales jaunes ne

permettent pas de la confondre avec les autres fleurs similaires

que l’on pourrait rencontrer. Elle est peu odorante et très

fugace. Ses pétales tombent cinq ou six jours après leur éclosion,

et sont remplacés par un fruit capsulaire qui arrive à maturité

vers le mois de mai. Quand la capsule est sèche, elle s’ouvre

d’elle-même et laisse échapper de nombreux flocons d’une

bourre blanche ressemblant à de la soie végétale. Dans cette

bourre sont noyées une quinzaine de graines noirâtres. Cette

bourre brûle presque instantanément, si on y met le feu avec

une allumette, en ne laissant, pour ainsi dire, pas de résidu. Le

fogan affectionne tout particulièrement les terrains ferrugineux,

et il croît de préférence dans les interstices des roches. On le

rencontre rarement dans les argiles et la latérite. Les indigènes

attribuent à ses graines des vertus aphrodisiaques. Le fogan

appartient probablement à la famille des Asclépiadées. Ce serait

l’_Asclepias curassavica_, L.

Le _Faham_ (_Angræcum fragrans_, Pet. Th.) est une orchidée dont

les feuilles servent à faire des infusions théiformes. Ces feuilles

sont longues de 8 à 16 centimètres, larges de 7 à 14 millimètres,

entières, coriaces, rectinerviées. Leur odeur est très agréable

et leur saveur très parfumée. Elles contiennent de la _coumarine_.

Le _Pois-de-cœur_ (_Cardiospermum halicacabum_, L.), Sapindacées,

est une plante herbacée, grimpante. Feuilles alternes, longuement

pétiolées. Fleurs irrégulières, polygames ou dioïques. Calice

à quatre divisions. Corolle blanchâtre à quatre pétales, huit

étamines, ovaire biloculaire. Loges uniovulées. Le fruit est une

capsule loculicide. La racine exhale une odeur nauséabonde. Elle

est diurétique et stimulante ainsi que les feuilles. Cette plante

est relativement rare.

Le _Cissampelos Pareira_, L., Ménispermacées, est plus commun que le

pois-de-cœur dans le bassin de la Gambie. On le trouve surtout dans

les régions les plus méridionales. Il croît également à la Guyane

dans le Maroni. C’est un arbuste grimpant dont il existe un grand

nombre de variétés. Feuilles alternes, peltées. Fleurs petites,

nombreuses. Inflorescence en grappes axillaires et dioïques. Fleurs

mâles régulières. Calice à quatre divisions. Corolle en forme de

capsule. Androcée représenté par une colonne courte, portant sur

les bords du sommet discoïde quatre loges d’anthères. Fleur

femelle composée d’un sépale et d’un pétale. Ovaire

uniloculaire. Style à trois branches. Le fruit est une drupe presque

globuleuse, rouge, comprimée et recouverte de longs poils.

Voici ce que de Lanessan, dans son remarquable ouvrage : _Les Plantes

utiles des Colonies françaises_, écrit au sujet des propriétés

de ce végétal : « La racine est une de celles qui constituent le

_Pareira brava_. Elle est amère, un peu sucrée, très diurétique,

mucilagineuse, et renferme de la _Pelosine_, identique, d’après

Flückiger, avec la bébérine et la buxine. Bien qu’elle soit fort

peu usitée aujourd’hui, cette racine passe encore pour pouvoir

dissoudre les calculs vésicaux ou rénaux et guérir les morsures

de serpents. La tige paraît posséder les mêmes propriétés que

la racine. »

_Doundaké_ ou _quinquina d’Afrique_ ou _Pêcher des

Nègres_ (_Sarcocephalus esculentus_, Afzel). (_Doy_

à Bassa, _Amelliky_ à Sierra-Leone, _Judali_ en

toucouleur). Rubiacées. Sarcocéphalacées. Ce végétal a dans

ces dernières années fait beaucoup parler de lui, et beaucoup

d’auteurs l’ont regardé comme un succédané du quinquina. Corre,

Afzélius, Féris, Bochefontaine, Marcus, Schlagdenhauffen et Heckel

l’ont successivement observé à différents points de vue. Mais

l’étude la plus consciencieuse et la plus complète qui en ait

été faite est assurément celle que notre excellent maître et ami

M. le professeur Heckel publia en collaboration avec M. le professeur

Schlagdenhauffen, de Nancy, dans les _Archives de médecine navale_

en 1885-1886. Leur beau mémoire fut couronné par l’Académie

des sciences et valut à ses auteurs le prix Barbier. Après leur

remarquable travail, nous n’avons rien à ajouter au sujet de cette

intéressante essence botanique. Aussi prions-nous le lecteur de ne

voir dans ce qui suit qu’un résumé trop succinct peut-être des

observations de ces deux éminents collaborateurs.

Ce végétal est aujourd’hui universellement connu sous le nom

de _Doundaké_. C’est ainsi que le désignent les peuplades qui

parlent la langue soussou. On le trouve en grande quantité dans

les environs de Hann, près de Dakar, dans toutes les Rivières

du Sud, et en Gambie nous en avons dans nos voyages rencontré de

nombreux et beaux échantillons. A Dakar ses fruits sont vendus

sur le marché. Les indigènes en sont excessivement friands et

les Européens eux-mêmes ne les dédaignent pas. Ces derniers les

appellent les _Pêches des Nègres_, bien qu’ils aient plutôt le

goût de la pomme.

Le doundaké croît un peu partout, mais il affectionne plus

particulièrement la zone maritime.

C’est un arbre ou plutôt un arbrisseau qui ne dépasse pas

quatre à cinq mètres en hauteur. Le diamètre de la tige des plus

beaux spécimens que nous ayons vus atteint tout au plus trente à

trente-cinq centimètres. Le tronc est à peu près complètement

nu et ne porte que rarement de petits ramuscules. Les branches

maîtresses se détachent sur le même plan à l’extrémité

de la tige, si bien que vu de loin, le doundaké présente en

quelque sorte l’aspect d’un énorme champignon. De plus,

son tronc est noueux. L’écorce en est rugueuse, fendillée et

jaunâtre. Les feuilles sont caractéristiques. Elles sont opposées,

acuminées et rétrécies à la base. Le limbe en est entier. Sa face

supérieure est lisse, d’un beau vert luisant. Sa face inférieure

est d’un vert pâle. Le pétiole est court et porte deux petites

stipules. Ces feuilles servent à envelopper les kolas. Comme elles

sont fort épaisses, elles contribuent à conserver ces graines

fraîches, car elles s’opposent, par leur constitution même, à

l’évaporation de l’eau qu’elles contiennent, et, de ce fait,

les kolas ne se dessèchent que lentement, si on a soin surtout de

les mouiller légèrement de temps en temps.

L’inflorescence est en faux capitules terminaux et

axillaires. Calice à cinq divisions. Corolle formée de cinq

pétales, caduque, de couleur blanc pâle ou blanc jaunâtre et

exhalant une bonne odeur de fleur d’oranger. Cinq étamines, ovaire

biloculaire. Style blanc. Loges pluriovulées. Ovules anatropes. Le

fruit est globuleux, ressemblant par la forme à celui du pêcher. Il

est syncarpique et de couleur rouge noir. Les graines en sont petites,

blanchâtres, ovoïdes. L’albumen en est charnu et les cotylédons

oblongs.

Le doundaké fleurit, suivant les régions, en mai, juin ou juillet,

et le fruit est mûr en octobre ou en novembre. Ce fruit a le goût

et l’odeur de la pomme.

Les propriétés toxiques et fébrifuges du doundaké sont connues

des indigènes des pays où il croît. Ainsi, Féris rapporte que

les Peulhs du Fouta-Djallon utilisent ses propriétés toxiques

pour empoisonner les flèches dont ils se servent pour chasser

les petits animaux, et que les indigènes du Rio-Nuñez, où il

est excessivement abondant, emploient son écorce en décoction

(30 grammes d’écorce environ pour 1,000 grammes d’eau)

pour combattre le paludisme. M. l’aide-pharmacien Combemale a

remarqué enfin qu’à Dakar et à Hann, les noirs en faisaient des

macérations qu’ils administraient contre les coliques. Nous-même,

enfin, avons pu constater que les Mandingues du sud de la Gambie

l’utilisaient également sous forme de macération et de tisane

pour combattre toutes les fièvres de quelque nature qu’elles

soient. Je me souviendrai toujours de l’extrême amertume d’une

macération de doundaké que m’administra à Nétéboulou un vieux

forgeron, grand expert, disaient ses compatriotes, pour ces sortes

de maladies, lorsque je fus atteint, dans cet hospitalier village,

d’accès journaliers de fièvre intermittente consécutifs à la

fièvre rémittente bilieuse grave qui y mit mes jours en danger.

Il résulte de ce qui précède que l’écorce du doundaké est

la partie réellement active de ce végétal, et que les indigènes

l’emploient couramment à l’exclusion de ses autres éléments

botaniques.

Corre est, à proprement parler, le premier qui, dans sa _Flore de

Rio-Nuñez_, ait attiré l’attention du monde savant sur cet arbre

et en ait fait connaître les propriétés fébrifuges.

Après lui, les différents médecins de la marine appelés

à servir dans les régions où on le rencontre en parlèrent

fréquemment dans leurs rapports. Mais, en réalité, ce furent

Féris, médecin-professeur du corps de santé de la marine,

aujourd’hui décédé ; Bochefontaine et Marcus qui l’étudièrent

et l’expérimentèrent méthodiquement. De l’intéressant

mémoire qu’ils publièrent à ce sujet et présentèrent à

l’Académie de médecine, il résulte que la partie la plus

active du doundaké serait bien l’écorce et qu’elle doit

ses propriétés fébrifuges à un alcaloïde spécial qu’ils

appelèrent la _doundakine_. Heckel et Schlagdenhauffen reprirent

peu après cette étude et démontrèrent de la façon la plus

évidente et la plus scientifique que cet alcaloïde n’existait

pas, et que le doundaké ne devait son action qu’à la matière

colorante spéciale que renferme son écorce. Voici, du reste,

les conclusions de leur remarquable travail :

« 1o La doundakine en tant qu’alcaloïde cristallisable n’existe

pas ; mais on peut conserver ce nom si l’on veut à la matière

colorante qui lui donne son action physiologique.

2o L’amertume des écorces de doundaké, tant de Boké que de

Sierra-Leone, est due à deux principes colorants, azotés, de nature

résinoïde, diversement solubles dans l’eau et dans l’alcool.

3o Les écorces contiennent, en outre, un autre principe sans saveur,

insoluble dans l’eau, mais soluble dans la potasse caustique,

de la glucose et des traces de tannin. »

Il existe deux variétés de doundaké que l’on a désignées sous

les noms de Doundaké de Boké et de Doundaké de Sierra-Leone d’où

elles sont originaires. Ces écorces diffèrent entre elles à la

fois par leurs caractères macroscopiques et par leur composition

chimique. Leur action est la même et, à ce point de vue, elles ne

se distinguent l’une de l’autre que par une différence de degré,

l’écorce de Sierra-Leone étant la plus puissante. On les falsifie

souvent avec l’écorce du _Morinda citrifolia_, L., Rubiacées.

Il résulte des expériences de Féris, Heckel, Bochefontaine,

et des observations de Besson, Vigné, Sambuc, Combemale, etc.,

etc., que le doundaké peut être employé contre l’anémie et

la cachexie palustres, la paralysie agitante. Il est fébrifuge et

antipériodique, mais à un degré moindre que le quinquina. Sous

ce rapport, il n’occupe que le deuxième rang, et malgré cela

il est précieux dans son pays d’origine où les cinchonées

sont inconnues.

_Fouff._ — Le fouff serait, d’après Lecart, un nom ouoloff donné

à un _Polygala_. M. le professeur Heckel dit qu’il est utilisé

au Sénégal et au Soudan contre la morsure des serpents. On

le préconise également contre la blennorragie. On se sert

particulièrement de la racine en macération et en infusion. Cette

dernière racine est caractérisée par une pénétrante odeur qui

ressemble un peu à celle du jasmin. D’après E. Heckel, cette

odeur serait vraisemblablement due à l’éther méthylsalicylique,

dont la présence a été récemment constatée par M. Bourquelot

dans plusieurs espèces du genre _Polygala_.

Le _Sendiègne_ est un petit arbuste très commun dans toute

cette région. Les indigènes vantent ses propriétés

antiblennorragiques. Ce végétal nous a paru être une

légumineuse. On fait avec la racine pilée ou concassée des

infusions et des tisanes qui sont regardées absolument comme

souveraines contre la blennorragie. Cette plante est très connue des

marabouts et des forgerons, et on la trouve sur le marché de Kayes,

au Soudan, aussi bien que sur celui de Saint-Louis, au Sénégal.

Le _Bakis_ (_Tinospora Bakis_, Miers), Ménispermacées, très

commun au Sénégal dans la province du Cayor, est au contraire

relativement rare au Soudan. Je ne l’y ai guère reconnu que dans

les environs de Kayes, non loin du petit village de Goundiourou. Dans

la Haute-Gambie, je l’ai rencontré en assez grande quantité

dans le pays des Coniaguiés. Elle affectionne particulièrement

les terrains sablonneux. C’est une plante grimpante, à feuilles

alternes. Inflorescence en grappes. Calice à six sépales. Corolle

à six pétales. Six étamines, trois carpelles. Le fruit est

une drupe. La racine est excessivement amère. On la trouve dans

les officines des marchands indigènes, sur tous les marchés de

Saint-Louis, Dakar, Gorée, Rufisque, Kayes. Les noirs utilisent ses

propriétés toniques, diurétiques et fébrifuges. Ils l’emploient

surtout contre la fièvre bilieuse simple ou rémittente à laquelle

ils sont aussi sujets que l’Européen. Ils en font des décoctions,

des macérations, et son usage est particulièrement fréquent

chez les peuples d’origine ouolove et sérère. Elle est aussi

préconisée contre les écoulements blennorragiques.

L’_Herbe au diable_ (_Datura tatula_, L.), de la famille

des Solanacées, croît en grande quantité dans le sud de nos

possessions soudaniennes. Elle affectionne particulièrement

les endroits humides et à l’abri des rayons du soleil. Elle

acquiert, dans ces régions, des proportions surprenantes. C’est

une plante annuelle, feuilles ovales oblongues, tige dressée,

fleurs axillaires de couleur violacée, ovaire à quatre loges. Le

fruit est une capsule couverte de piquants, graines noires.

Je ne crois point que les indigènes connaissent les propriétés

thérapeutiques de l’herbe-au-diable. Les feuilles de ce végétal

renferment un principe actif qui est un narcotique puissant, la

_daturine_. A dose élevée, il est toxique. On le regarde comme

plus efficace contre l’asthme que le _Datura stramonium_, L.

Le _Khoss_ (_Nauclea inermis_, H. Bn.) est un bel arbre qui atteint

parfois jusqu’à 15 mètres de hauteur. Feuilles ovales, opposées,

pétiolées. Inflorescence capituliforme. Bractées persistantes,

calice à cinq divisions gamosépale, corolle blanche tubulaire

exhalant une odeur agréable, cinq étamines libres, ovaire

infère. Le fruit est une capsule loculicide. Graines ailées.

L’écorce et les feuilles, employées en décoction, macération et

tisane, sont, paraît-il, fébrifuges. On les emploierait également

avec avantage contre les douleurs de l’enfantement.

Le _Bois-Ortolan_ (_Jatropha gossypifolia_, L.), Euphorbiacées,

est une plante herbacée à feuilles alternes, stipulées. Fleurs

monoïques, inflorescence en cymes, cinq sépales, cinq

pétales. Étamines en nombre variable, dix à douze ; ovaire à

trois loges. Le fruit est une capsule. C’est une des plantes les

plus usitées dans la pharmacopée des indigènes. Les graines

sont purgatives, l’écorce est réputée antiblennorragique,

et les feuilles sont couramment employées en tisane contre la

colique. Dans cette dernière affection, le bois-ortolan réussirait

à merveille. C’est pourquoi on lui a donné souvent le nom

d’_Herbe au mal de ventre_.

La _Cléome_ (_Cleome pentaphylla_, L.), Capparidacées, est très

commune dans tout le Soudan. Ses feuilles sont comestibles et passent

pour jouir des mêmes propriétés antiscorbutiques que le cresson

et le cochléaria.

Le _Bentamaré_ (_Cassia occidentalis_, L.) est une légumineuse

césalpiniée. Cette plante est connue sous le nom de _café nègre_

et d’_herbe puante_. Elle croît surtout dans les terrains

élevés et jouit d’une grande faveur dans la thérapeutique

indigène. C’est une plante facile à reconnaître. Elle est

buissonneuse. Fleurs jaunes. Le fruit est une gousse. On la trouve

également à la Martinique, où les noirs emploient ses feuilles

bouillies contre les maladies de peau. Ses graines, torréfiées,

sont employées en infusion contre les fièvres intermittentes. Sa

racine est diurétique et purgative. Ses graines, torréfiées et

réduites en poudre, servent à frauder le café, d’où le nom de

_café nègre_ qu’on lui donne parfois.

Le _Détar_ (_Detarium senegalense_, Gmel) est encore une légumineuse

césalpiniée que les Ouoloffs appellent _Méli_ ; les Malinkés

l’appellent _Mambo_, et les Bambaras _Manaba_. C’est un

bel arbre de 5 à 8 mètres de hauteur. Il croît surtout dans

les régions septentrionales du bassin de la Gambie et dans le

Bondou. Feuilles alternes, fleurs axillaires disposées en grappes,

calice à quatre divisions. Corolle à l’état embryonnaire, dix

étamines, ovaire uniloculaire, biovulé. Le fruit est une drupe

dont le sarcocarpe est abondant. La chair de ce fruit est farineuse

et sa couleur verdâtre est caractéristique. Il ressemble à une

pomme grise dont la peau serait rugueuse au toucher. On en trouve

en grande quantité sur les marchés du Sénégal et du Soudan,

et les indigènes en sont excessivement friands. Quand on le mange

avant qu’il soit arrivé à maturité complète, il a un goût

âpre absolument désagréable. Mais quand il est bien mûr, il est,

au contraire, excessivement parfumé. Il passe pour un des fruits

les plus nourrissants du Soudan. L’écorce de l’arbre serait un

poison très violent.

Il existerait dans le Rio-Nuñez une variété de détar dont le

fruit, absolument semblable au précédent, serait excessivement

vénéneux.

L’_Hojou_ (_Argemone mexicana_, L.), Papavéracées, croît

spontanément dans la brousse. On la trouve en notable quantité

dans les régions désertes et incultes du Tenda, du Kantora et du

Damantan. C’est une plante annuelle à tige épineuse et à latex

jaune citron. Feuilles alternes, fleurs terminales, calice à trois

divisions, corolle à quatre pétales jaunes. Étamines en nombre

variable, ovaire uniloculaire, pluriovulé. Le fruit est une capsule

épineuse s’ouvrant par trois valves.

Toutes les parties de la plante sont utilisées dans la

thérapeutique. Les graines sont purgatives. Elles donnent une

huile dont les propriétés drastiques sont aussi énergiques que

celles de l’huile de croton ; elles sont également vomitives. Les

fleurs sont narcotiques. Le latex sert à panser les verrues. Il

contiendrait également de la morphine. Enfin, l’écorce de la tige

et de la racine est employée en décoction contre les maladies de

la peau et de la vessie. Toutefois, les renseignements que j’ai

recueillis sur cette plante me permettent d’affirmer que seuls les

indigènes du Tenda l’emploient pour combattre cette maladie de

peau particulière qui y est si commune et qui a pour conséquence de

détruire complètement le pigment des parties du corps qui en sont

atteintes. Ils utilisent particulièrement le latex comme substitutif.

Beaucoup d’autres plantes sont encore utilisées par les

habitants de la Gambie dans leur thérapeutique. Elles sont trop

connues pour que nous en fassions une histoire complète. Nous

nous contenterons de citer ici les principales. Le _Touloucouna_

(_Carapa touloucouna_, Guill. et Per.), Méliacées, dont l’huile

est préconisée contre les rhumatismes, les dartres et les maladies

du cuir chevelu. L’_Anacarde_ (_Anacardium occidentale_, L.),

Térébinthacées, dont les feuilles sont employées en lotions

et gargarismes astringents. La racine est regardée comme

purgative. Le _Benailé_ (_Moringa pterygosperma_, Gærtn),

Capparidacées. Les fruits sont connus sous le nom de _noix de

ben_. L’embryon est purgatif et fébrifuge. L’écorce et la

racine sont antiscorbutiques, rubéfiantes et vésicantes. Le

_Guiguis_ (_Bauhinia reticulata_, Guill. et Per.), Légumineuses

césalpiniées, dont les feuilles sont expectorantes et l’écorce

antidiarrhéique et antidysentérique. Le _Cassia absus_, L.,

Légumineuses césalpiniées, dont les graines sont employées

contre les ophtalmies. Le _Papayer_ (_Carica papaya_, Gærtn),

Bixacées, dont les graines sont anthelminthiques. Le fruit, riche

en papaïne, est digestif et stomachique. Le _Dartrier_ (_Cassia

alata_, L.), Légumineuses césalpiniées, antiherpétique. Ce

sont ses feuilles qui sont utilisées surtout. Le _Djandam_ (_Boscia

senegalensis_, Lamk.), Capparidacées, est préconisé contre les maux

de tête. Ce sont ses feuilles, bouillies et réduites en pâte, qui

sont généralement employées. L’écorce du _Connarus africanus_,

Cov., Connaracées, est employée en décoction pour panser les plaies

et les brûlures. Les graines de _Cassia tora_, L., Légumineuses

césalpiniées, servent à frauder le café en poudre. Le mélange (1

café, 5 cassia) est connu sous le nom de _cassophy_. Ce végétal est

regardé comme purgatif et anthelminthique. Il est surtout employé

dans la thérapeutique des enfants. L’infusion des feuilles du

_Dialium nitidum_, Guil. et Per., Légumineuses césalpiniées,

_Cocito_ en malinké, est réputée sudorifique. Le _Pterocarpus

erinaceus_, (Poir.), Légumineuses papilionacées, _Vène_ en

ouoloff, _Kino_ en malinké, donne le _Kino de Gambie_. L’écorce

du _Benténier_ (_Eriodendron anfractuosum_, D. C.), Malvacées, est

émétique. Ses feuilles sont émollientes. Sa gomme est employée

contre certaines affections de l’intestin et surtout contre

les entérites chroniques. Le _Zanthoxylum senegalense_ (D. C.),

Rutacées, est regardé comme sudorifique et stimulant. Le _Quassia

africana_, L., _Simaba africana_, H. Bn., Rutacées, est fébrifuge

et surtout stomachique et tonique. La _Pourguère_ (_Jatropha curcas_,

L.), et le _Ricin_ (_Ricinus communis_, L.), Euphorbiacées, sont des

purgatifs bien connus. La _Brucea antidysenterica_, Mill., Rutacées,

est un excellent tonique réputé antidysentérique. Le _Guenoudek_

(_Celastrus senegalensis_, Lamk.), Célastracées, est un purgatif

léger précieux contre les diarrhées chroniques. La racine, le

bois et l’écorce du _Terminalia macroptera_, Guill. et Per.,

Combrétacées, sous forme d’infusion, sont purgatifs. Les fruits

sont astringents et employés contre la dysenterie. Le _Guiera

senegalensis_, Lamk., est diurétique et purgatif. Ses feuilles sont

utilisées sous forme d’infusions.

Les graines de l’_Amomum melegueta_, Rosc., en ouoloff _Enoué_,

sont employées dans la médecine vétérinaire. Le _Guieb-Golo_ ou

_Riz de Singe_ (_Vitis quadrangularis_, L.), Ampelidées, est utilisé

comme topique dans les brûlures. Ce sont les tiges qu’on emploie de

préférence, pilées et réduites en pâte bien homogène. Le _beurre

de karité_, que donne le _Butyrospermum Parkii_, Kotsch, Sapotacées,

sert à panser les plaies et ulcères de mauvaise nature. Il est aussi

utilisé contre les douleurs rhumatismales. L’écorce du _Calotropis

procera_, R. Bn., Asclépiadées, connue sous le nom d’_écorce de

Mudar_, est réputée tonique et diaphorétique. Celle du _Garigari_

(_Avicennia africana_, P. Beauv.), Verbénacées, est employée

par les indigènes pour combattre la gale. Le _Calebassier_

(_Crescentia cujete_, L.), Solanacées, jouit également de

propriétés thérapeutiques précieuses. On utilise son fruit dans

les bronchites rebelles, et il est également employé sous forme de

cataplasme contre les inflammations. Le _Perianthopodus globosus_,

H. Bn., Cucurbitacées, est employé comme purgatif. Le _Canthium

afzelianum_, Hiern, Rubiacées, est employé comme astringent. Ses

feuilles sont utilisées pour combattre l’enflure des jambes

(?). On les applique comme cataplasmes sur les parties malades, après

les avoir fait bouillir au préalable. L’écorce de l’_Eugenia

guineensis_, H. Bn., (_Sizygium guineensis_, D. C.), Myrtacées,

employée sous forme de décoction et d’infusion, est regardée

comme stimulante, antirhumatismale et antisyphilitique. Le fruit

du _N’taba_ (_Sterculia cordifolia_, Rob. Brown), Sterculiacées,

est employé contre certaines diarrhées rebelles par les indigènes

de la Haute-Gambie.

La flore utile du bassin de la Gambie · 第 7 / 13 段