s’en sert beaucoup à Kayes pour faire des couples d’embarcations.
La pulpe du fruit du tamarinier est utilisée par les indigènes et
les Européens dans la thérapeutique indigène. Elle a une saveur
légèrement astringente et acidule. D’après Vauquelin, elle
renfermerait des acides tartrique, citrique, malique, du bitartrate
de potasse, du sucre, de la gomme, de la pectine. C’est un des
meilleurs laxatifs et des plus inoffensifs. On trouve le tamarin
sur la plupart des marchés du Sénégal et du Soudan sous forme de
boules de la grosseur du poing environ. Ces boules sont de couleur
rougeâtre quand elles sont fraîches, et brunes, presque noires,
quand elles ont été récoltées depuis quelque temps. Elles sont
formées par les graines et la pulpe, qui, réduite en pâte, les
agglutine solidement. On y trouve encore des fragments d’écorce,
des morceaux de la coque du fruit et surtout, en grande quantité,
les fibres rouges qui, dans le fruit mûr, tapissent la face interne
de la gousse.
La façon dont les noirs préparent le tamarin pour l’administrer
est de beaucoup la meilleure. Elle a surtout pour résultat de donner
une boisson d’un goût des plus agréables. Dans un litre et demi
d’eau environ, on met à peu près à macérer à froid 50 à
60 grammes de pulpe, telle qu’on la trouve au marché, avec ses
graines, ses fragments d’écorce et ses fibres rouges. En trois
heures au plus, la pulpe a été complètement dissoute. On n’a
plus qu’à décanter, et on obtient ainsi une liqueur d’un blanc
roussâtre, à odeur et saveur acides, et légèrement astringente. Si
on y ajoute un peu de sucre, on peut en faire une excellente limonade,
qui nous a été souvent précieuse pendant les longues étapes. Trois
ou quatre verres par jour de cette boisson suffisent pour maintenir
la liberté du ventre, si précieuse sous ces climats malsains.
L’usage prolongé et en abondance du tamarin finit par fatiguer
l’estomac et détermine des gastrites et des dyspepsies qui
disparaissent dès qu’on cesse d’en consommer. On peut également
manger la pulpe sans la faire dissoudre, en en débarrassant
simplement les graines avec les dents ; mais on ne saurait trop
s’en abstenir, malgré tout le plaisir que procure, pendant les
grandes chaleurs, sa saveur acide, car elle détermine en peu de
temps une gingivite souvent très rebelle et très douloureuse.
Sur les marchés du Soudan, la valeur du tamarin est d’environ 0
fr. 30 la boule de 250 grammes. Il est plus cher à Saint-Louis,
Rufisque, Dakar et Gorée, où une boule de 150 grammes se vend
couramment 0 fr. 50.
_Dion-Mousso-Dion-Soulo._ — Les indigènes du bassin de la Gambie
emploient contre la blennorragie la racine d’une plante qu’ils
désignent sous le nom de « dion-mousso-dion-soulo », ce qui
signifie, en malinké du sud, _Herbe de la femme captive_. Elle est
ainsi nommée parce que, dans les pays mandingues, la captive est, en
général, la seule qui se livre ouvertement à la prostitution. Cette
plante se trouverait, d’après les indigènes, en grande quantité
particulièrement dans le sud de nos possessions soudaniennes. Il
m’a été impossible de la déterminer, car, malgré tout ce que
j’ai pu faire, je n’ai jamais eu un échantillon entier à ma
disposition, mes confrères indigènes conservant avec un soin jaloux
leurs secrets thérapeutiques. Cette racine, charnue, ayant à peu
près la consistance du manioc, est rougeâtre à l’extérieur. Si
on la casse, on la trouve blanche à l’intérieur et très
aqueuse. Elle n’a pas de goût particulier, mais son odeur est
légèrement vireuse. Voici comment cette racine est employée :
On en sectionne environ 100 grammes par petits fragments, quand
elle est fraîche, et on les fait bouillir dans un litre et demi
d’eau environ. Quand le liquide est devenu d’un blanc laiteux,
on le laisse refroidir, et on boit après l’avoir légèrement
salé au préalable. La dose est d’environ deux à trois litres par
vingt-quatre heures. Si, au contraire, on se sert de la racine sèche,
on la pile et on prend pour une dose environ 60 à 80 grammes de la
poudre ainsi obtenue. Elle est enveloppée dans un morceau d’étoffe
et mise à bouillir dans deux litres environ d’eau. Quand la
liqueur, comme plus haut, est devenue d’un blanc laiteux, on la
sale légèrement, et on la laisse refroidir. La dose est la même
que précédemment. Je crois que c’est un excellent diurétique,
qui agit en même temps sur l’élément douleur, et cela d’une
façon absolument efficace. J’en ai eu une preuve évidente à
Nétéboulou, où un de mes hommes, atteint d’une violente et
douloureuse blennorragie, se traita avec du dion-mousso-dion-soulo.
_Barambara._ — Le barambara est un petit arbuste qui croît de
préférence sur les plateaux rocheux, dans les terrains pauvres
et dans l’interstice des roches. Il nous a semblé être un
_Combretum_, mais nous ne saurions dire lequel. Ses feuilles sont
peltées, de petites dimensions. Leur face supérieure est d’un
vert pâle, et leur face inférieure, blanchâtre, est couverte
de poils qui donnent au toucher la sensation du velours. Cette
couleur caractéristique du feuillage permet de reconnaître la
plante de loin. Son port est celui d’un petit arbuste de 1m60
au plus. Si on écrase les feuilles dans la main, elles dégagent
une odeur vireuse très prononcée. Les fleurs sont jaunâtres,
toujours peu nombreuses, et les fruits ont l’apparence d’une
drupe très coriace. La tige est cylindrique, généralement courte,
et les rameaux sont polyédriques, à côtes très prononcées. Leur
écorce est vert pâle, tandis que celle des rameaux principaux et
de la tige est plutôt blanchâtre. Cet arbuste est très commun
dans tout le Soudan. Ses rameaux servent partout aux indigènes
pour se nettoyer les dents. Voici comment : on coupe un fragment
d’environ 0m15 de longueur (son diamètre ne doit pas avoir plus
d’un centimètre au grand maximum) ; on mâche une des extrémités,
de façon à en faire une véritable brosse, avec laquelle on se
frotte ensuite les dents. Ce procédé est excellent. Je crois que
c’est à son fréquent usage que les noirs doivent de conserver
si longtemps à leurs dents leur éclatante blancheur. De plus, le
tannin qui s’y trouve en grande quantité contribue beaucoup à
donner aux gencives une remarquable tonicité. Sur tous les marchés,
on trouve ces petites tiges de bois. Elles se vendent couramment 5
centimes les cinq. Les Ouoloffs leur donnent le nom de _sottio_.
Les Malinkés de la Haute-Gambie vantent les propriétés fébrifuges
de ses racines. Ils les emploient, fraîches ou sèches, en décoction
et en macération. Dans le premier cas, si on se sert de racines
fraîches, on en prend environ 200 grammes de petits fragments
munis de leur écorce. On fait macérer pendant vingt-quatre heures
dans environ un litre d’eau. D’autre part, on fabrique avec la
même quantité, que l’on fait bouillir dans deux litres et demi
d’eau, une légère tisane. La macération est administrée au
début de l’accès de fièvre, et la tisane entre les accès. Cette
macération donnerait, paraît-il, de bons résultats. Nous n’avons
jamais été à même de les constater.
Si, au contraire, on emploie la racine sèche, on la réduit en petits
fragments que l’on pile de façon à en faire une poudre assez
grossière. On prend environ 100 grammes de cette poudre, que l’on
met à macérer pendant vingt-quatre heures environ dans 750 grammes
d’eau. Pour la tisane, on met à bouillir dans deux litres d’eau
à peu près 150 grammes de cette poudre, que l’on a, au préalable,
enveloppée dans un petit morceau d’étoffe. L’administration
se fait comme ci-dessus. La racine fraîche serait, paraît-il,
plus active que la racine sèche.
_Thé de Gambie._ — Le thé de Gambie se trouve particulièrement au
Niocolo, dans le Tenda et le Kantora. Il est formé par les feuilles
d’une verbénacée du genre _Verbena_. Ses feuilles sont velues à
leur face inférieure, luisantes à la face supérieure. Elles sont
oblongues et, au froissement, dégagent une odeur qui n’est pas
désagréable. La récolte faite, on les laisse sécher, et on s’en
sert sous cette forme pour faire des infusions que les indigènes
s’administrent contre les coliques et les migraines. Le goût
rappelle de loin celui du thé de Chine ; mais ce qui domine surtout,
c’est une saveur amère qui est loin d’être agréable. Ces
infusions sont, du reste, fort peu goûtées des Européens.
_Strophantus._ — Le strophantus (Apocynées) est relativement commun
au Soudan. Il en existe, à ma connaissance, trois variétés dans
le bassin de la Gambie : le _Strophantus hispidus_, D. C. et H.,
le _Strophantus gratus_, Franchet, et une troisième variété qui
diffère sensiblement de ces deux dernières par les feuilles et le
fruit surtout. Cette dernière n’est pas encore déterminée, mais
elle se rencontre assez fréquemment surtout au Sénégal et dans les
Rivières du Sud. Le strophantus croît de préférence sur les bords
des marigots. On le trouve en notable quantité dans les environs de
Thiès, à environ deux kilomètres de la ligne du chemin de fer de
Dakar à Saint-Louis, dans cette partie du pays sérère que l’on
désigne sous le nom de _Ravin des Voleurs_. Assez commun également
aux environs de Mérinaghen et sur les bords du lac de Guier, il est
très rare dans le Fouta, le Ferlo et le Bondou. Nous n’en avons
également trouvé que de rares échantillons dans la Haute-Gambie,
le Bambouck et le Bélédougou. Mais où il croît vigoureusement,
c’est dans le Manding, le long des rives du Tankisso et dans tous
les pays compris dans la boucle du Niger. Il croît généralement
en bouquets épais. Les individus isolés sont rares. C’est une
belle apocynée vivace, dont la feuille est simple et entière. Elle
est d’un vert sombre, et ses deux faces, surtout l’inférieure,
sont légèrement velues. La tige, peu volumineuse, a une couleur
grisâtre quand la plante est arrivée à complet développement,
verte quand elle est jeune. La grosseur est à peu près celle du
pouce, et elle est légèrement rugueuse. Elle porte des dards peu
résistants. Ce caractère n’est pas absolument constant, et j’ai
vu des individus où il faisait absolument défaut. Le fruit, tout
spécial et qui ne permet pas de se tromper, est un follicule sec,
long d’environ 20 à 30 centimètres. Il s’ouvre spontanément à
maturité complète et laisse échapper une soie blanche très fine,
qui brûle sans laisser de résidu. C’est dans cette soie que sont
noyées les graines. Ces graines, qui ont à peu près la grosseur
du café, sont plus comprimées et sont munies d’une aigrette
plumeuse. Graines et aigrette renferment les principes actifs de
la plante.
Les Bambaras de la boucle du Niger se servent du strophantus pour
empoisonner leurs flèches, ainsi que les Pahouins du Gabon. Le poison
qu’ils confectionnent ainsi porte le nom de _Kouna_ en bambara. Les
Malinkés disent _Kouno_. Ces derniers n’en font généralement pas
usage. Voici comment, d’après Binger, se fait cette préparation :
« Après la cueillette, qui a lieu en décembre et en janvier,
les cosses sont ficelées par petites bottes et suspendues aux
solives des cases, afin d’être séchées. Pour préparer le
poison, on pile les graines quand elles sont bien sèches, et on
les laisse macérer pendant plusieurs jours ; le tout est ensuite
cuit avec du mil et du maïs, jusqu’à ce que la préparation ait
la consistance d’une pâte ressemblant au goudron. C’est dans
cette pâte que l’on trempe ensuite les pointes des flèches,
des lances, et même les balles.
Quand la préparation est fraîche, les blessures occasionnées par
des armes enduites de kouno sont toutes mortelles ; mais quand il
y a longtemps que celle-ci n’a pas été renouvelée, on peut en
guérir en prenant une boisson qui sert d’antidote. La formule de
ce contre-poison n’est connue que de peu d’individus. Ils se font
payer cher les doses qu’ils administrent aux blessés. Quelques
forgerons et kéniélala (diseurs de bonne aventure) seuls en
possèdent le secret ; il ne m’a pas été possible d’obtenir
la moindre information à ce sujet. »
Comme Binger, je n’ai pas pu arriver à connaître la composition
de ce précieux antidote. Je ne serais cependant pas éloigné de
croire qu’il y entrerait dans une notable proportion de la fève
de Calabar, et voici ce qui me le ferait supposer : Un jour, non
loin de Mouralia, dans le Diébédougou, pendant une halte que nous
fîmes sur les bords d’un marigot, je m’amusais à regarder les
graines d’un superbe _Physostigma venenosum_, qui croissait tout
près. Je demandai alors à un de mes hommes, Bambara du pays de
Ségou, à quoi cela servait ; il me répondit seulement : _Y a bon
pour kouno, quand y a boire ça, y a toujours gagné guéri_. Je ne
pus lui en faire dire davantage. La fève de Calabar entre-t-elle
réellement dans la composition de l’antidote du kouno, et sous
quelle forme ? Nous ne saurions le dire.
Quoi qu’il en soit, ce poison agit sur le cœur d’une façon
analogue à la digitaline. Il en paralyse les mouvements, et on meurt
par arrêt du cœur. Lors même que l’on n’en meurt pas, son effet
se fait sentir longtemps encore après que l’on a été blessé.
Un de mes meilleurs amis, le capitaine Sansarric, de l’infanterie
de marine, dont la mort glorieuse aux côtés du colonel Bonnier, à
l’affaire de Goundam, est connue de tous, reçut, à l’assaut
de Dienna, je ne me rappelle plus à quel doigt, une légère
blessure faite avec une flèche empoisonnée à l’aide de
kouna. Il me raconta, à ce sujet, ce qu’il avait ressenti
dans la suite. Aussitôt après la blessure, il n’éprouva,
pour ainsi dire, pas de douleurs ; mais, dès le lendemain,
il fut sujet à de fréquentes syncopes. En peu de jours, il
s’affaiblit sensiblement. Il lui semblait parfois que, pendant
quelques secondes, son cœur cessait de battre, et il éprouvait une
sorte d’angoisse. Ces symptômes durèrent pendant près d’un
mois, et ce ne fut qu’au bout de quarante-cinq jours qu’il fut
complètement remis et qu’il eut recouvré toutes ses forces.
Je venais de terminer ce chapitre, lorsque j’eus la bonne
fortune de recevoir la visite de mon excellent collègue M. le Dr
Collomb, médecin de première classe des colonies, qui, pendant
plusieurs campagnes, a occupé au Soudan français, avec autant
de distinction que de zèle et de dévouement, le poste important
de chef du service de santé. Je lui montrai mon livre : _Dans la
Haute-Gambie_. En l’ouvrant, il tomba par hasard sur la page que
j’y ai consacrée au _kouna_, et, à ce propos, me demanda si
j’avais entendu parler du succès qu’il avait obtenu dans le
traitement de l’empoisonnement par cette substance à l’aide de
l’_aconit_. A ma réponse négative, il voulut bien me communiquer
l’observation suivante, qui est absolument caractéristique. Je
lui cède la parole :
« En 1891, lors de ce même assaut de Dienna où notre pauvre
ami Sansarric fut blessé, trois de nos hommes furent également
atteints par des flèches bambaras empoisonnées au kouna, dans un
village distant de quelques kilomètres du camp et où ils étaient
allés piller en cachette. Tous les trois furent blessés, soit
à la région lombaire, soit à la région fessière. Les flèches
avaient pénétré au plus de trois ou quatre centimètres, et pas
assez profondément pour occasionner des désordres mortels. Deux
des blessés succombèrent avant d’avoir pu regagner le camp,
l’un à mi-route, et l’autre à la porte même du tata du village
où nous nous étions installés. Quant au troisième, il eut la
force d’arriver jusqu’à la tente de son officier et de lui
dire qu’il venait d’être blessé par une flèche empoisonnée ;
puis il perdit connaissance. Celui-ci, sans tarder, me fit prévenir,
et je me rendis immédiatement auprès du malade.
Je constatai à la fesse droite une petite plaie pénétrante
d’environ trois ou quatre centimètres au plus de profondeur,
sur un centimètre de diamètre. Pas d’écoulement sanguin. Pas
de tuméfaction, ni de rougeur, ni de chaleur. En résumé, état
local aussi satisfaisant que possible.
Il était loin, par contre, d’en être de même pour l’état
général. Avant d’entrer dans de plus amples détails, je
ferai remarquer tout d’abord que j’examinai le malade peu
de temps après qu’il eut reçu sa blessure, deux heures au
plus. Je constatai : perte absolue de connaissance, paralysie
et anesthésie complète des membres et de tout le corps. Le
malade ne manifeste aucune douleur, même lorsqu’on explore sa
blessure. Facies cadavérique ; pupille à peine sensible à la
lumière. Insensibilité cutanée excessivement prononcée. Battements
du cœur très rares, très espacés, très faibles. C’est
à peine si, en appliquant la main sur la région cardiaque,
on arrive à percevoir, à de longs intervalles, un léger
frémissement. Respiration presque nulle. Mouvements thoraciques
très espacés et peu étendus. La mort est fatale et imminente.
J’avais déjà essayé, pour combattre ce terrible poison, de
tous les moyens thérapeutiques mis à ma disposition, et cela
sans pouvoir obtenir de résultats appréciables. Littéralement
à bout d’expédients, j’avais, en d’autres circonstances,
déjà administré l’aconit sous forme d’alcoolature, par la
bouche, aussitôt après la blessure, et à la dose de XXX gouttes,
dans une potion _ad hoc_, et j’avais observé que la vie du
malade se trouvait prolongée, mais sans avoir cependant jamais
obtenu de succès. Dans le cas présent, la mort étant certaine et
pouvant survenir d’un moment à l’autre, il fallait intervenir
rapidement et vigoureusement. Ce fut alors que je songeai à employer
la méthode hypodermique. A l’aide d’une seringue de Pravaz, je
pratiquai donc aussitôt au flanc du blessé une première injection
de XX gouttes d’alcoolature d’aconit. Quelques minutes après,
le malade s’agita, et je constatai des battements désordonnés
du cœur. En même temps, je faisais méthodiquement pratiquer la
respiration artificielle. Encouragé par ce demi-succès, et sentant,
au bout d’un quart d’heure environ, le cœur s’arrêter de
nouveau et ses battements diminuer de nombre et de force, je pratiquai
une seconde injection de XX gouttes d’alcoolature d’aconit. Cette
fois, l’amélioration s’accentua ; le malade reprit connaissance
vingt minutes environ après. Mais, pendant près d’une heure, le
cœur battit de la façon la plus désordonnée, et notre ressuscité
entra dans un violent délire. Quarante-huit heures après, tout
rentra dans l’ordre, et le malade put suivre la colonne dans
sa marche ; mais il était sujet à de fréquentes syncopes, qui
finirent par disparaître grâce à l’administration journalière
d’une potion à XXX gouttes d’alcoolature d’aconit. J’ai
consigné tous ces faits dans mon rapport médical de fin de
campagne. Maintenant, comment agit l’aconit ? C’est ce que je
ne saurais dire. Il y a là, à n’en pas douter, un véritable
succès à enregistrer. Depuis, j’ai entendu dire que, par le même
procédé, notre collègue le Dr Emily, médecin de deuxième classe,
avait, dans des cas analogues, constaté les mêmes phénomènes et
obtenu les mêmes résultats. Comme on peut ne pas avoir toujours
sous la main de l’alcoolature d’aconit, on peut indifféremment
se servir d’une solution d’_aconitine_ titrée à un milligramme
par gramme, et en injecter, selon les circonstances, une, deux ou
trois seringues de Pravaz. Toutefois, on ne saurait se servir de ce
dernier médicament qu’avec la plus extrême prudence. »
_Fève de Calabar._ — La fève de Calabar est la graine du
_Physostigma venenosum_, Balf., de la famille des Légumineuses
papilionacées. C’est une plante vivace, ligneuse, grimpante,
atteignant jusqu’à 12 mètres de long. Elle croît de préférence
sur les bords des marigots. Relativement rare au Soudan, nous
ne l’avons rencontrée que dans le Diébédougou, non loin de
Mouralia, et dans le Dentilia, sur les bords du Daguiri-Kô et
du Koumountourou-Kô. Ses feuilles sont larges, et ses fleurs,
disposées en grappes pendantes, sont roses ou rouge pourpre. Le
fruit est une gousse de couleur brun foncé, longue de 15 à 20
centimètres, et contenant environ cinq à sept semences ovales,
de couleur brun chocolat, à épisperme dur, cassant, chagriné. Les
cotylédons sont volumineux, durs, friables, rétractés, et laissent
entre eux une sorte de cavité.
Nous avons supposé plus haut qu’elle entrerait dans l’antidote
du kouna. Les indigènes ne l’emploient pas autrement dans leur
thérapeutique.
J’ai entendu dire que, dans certaines de nos Rivières du Sud,
les habitants s’en servaient comme poison d’épreuve.
_Sénés._ — Le séné que l’on trouve au Niocolo est donné
par une espèce de cassia que l’on désigne sous le nom de _Cassia
obovata_, Coll. C’est une légumineuse césalpiniée. On en trouve
les trois variétés dans presque tout le Soudan. Mais c’est surtout
la _Platycarpa_, Bisch. qui est la plus commune. Toutefois, dans le
Grand-Bélédougou, notamment, et au Sénégal, dans les environs du
poste de Kaaédi, nous avons reconnu l’existence de deux autres
variétés, _genuina_ et _obtusata_. La variété _platycarpa_ est
caractérisée par des feuilles arrondies, obtuses. Ses grappes
florales égalent les feuilles, et ses gousses sont plus larges,
plus incurvées que celles des deux autres variétés. La variété
_genuina_, Bisch. diffère des deux autres en ce que ses folioles
sont arrondies au sommet, rarement aiguës. Les folioles extrêmes
sont obovées, et les grappes florales sont plus longues que les
feuilles. Quant à la variété _obtusata_, Vogel, les folioles sont
très obtuses au sommet. Les gousses sont en forme de faux. Les
folioles sont rarement toutes tronquées au sommet. Ce végétal,
à quelque variété qu’il appartienne, n’atteint jamais de
grandes dimensions, 2m50 au maximum. Il est facilement reconnaissable
à ses belles grappes florales, qui sont d’un beau violet, et à
ses fleurs, qui sont celles qui caractérisent particulièrement
les Légumineuses césalpiniées.
Les indigènes connaissent parfaitement les propriétés purgatives
du séné ; ils en récoltent les folioles, les font sécher, et les
administrent en infusion à la dose de 10 à 15 grammes dans environ
200 à 250 grammes d’eau. Ils s’en servent surtout dans les cas
de fièvres bilieuses, affection à laquelle ils sont fréquemment
sujets, surtout dans le sud de nos possessions soudaniennes. On
trouve le séné sur tous les marchés du Sénégal et du Soudan.
Le _Canéficier_ (_Cathartocarpus Fistula_, Pers., _Cassia Fistula_,
L.) est beaucoup moins connu que certains auteurs ont bien voulu
l’écrire. Nous n’en avons, au Soudan, trouvé que de fort
rares échantillons. C’est un beau végétal, dont le fruit est
connu sous le nom de _casse_. Ce fruit est une gousse siliquiforme,
indéhiscente, longue de 15 à 50 centimètres, épaisse de 2 à 3
centimètres, noire, lisse, pourvue de deux sutures longitudinales
assez larges et marquées de sillons annulaires peu apparents,
qui correspondent à autant de cloisons transversales.
Les loges déterminées par ces fausses cloisons renferment chacune
une graine, arrondie, lisse et rousse, qu’entoure une pulpe
légèrement aigrelette, noirâtre et sucrée. Cette pulpe est la
substance active. Elle est laxative. La casse d’Afrique est de
moins bonne qualité que celle d’Amérique, et peu connue dans
le commerce.