centimètres, à l’état de maturité complète, et de couleur
rougeâtre. Il renferme plusieurs graines noirâtres, ovales,
ressemblant, à s’y méprendre, à celles de l’_Amomum
melegueta_, Rosc., que nous avons trouvé en quantité notable
dans le Niocolo. Il s’ouvre spontanément quand il est sec. La
floraison a lieu en septembre et les fruits sont mûrs en novembre
et décembre. La racine est un rhizome dont le diamètre est
d’environ 1 centimètre à 1 centimètre et demi. Sa couleur
est légèrement jaunâtre. Il acquiert de grandes dimensions,
prolifère très rapidement, et le lit des marigots du Damentan en
est littéralement tapissé. A des distances qui varient de 2 à 5
centimètres, il présente des bourrelets assez saillants, d’où
émanent les rejets de la plante. Ce rhizome se casse facilement
et sa chair présente une belle couleur blanche. Cette chair est,
de plus, excessivement aqueuse. Toutes les parties du belancoumfo
exhalent une odeur poivrée très prononcée, qui rappelle beaucoup
celle du gingembre. Le rhizome possède cette odeur à un degré
bien plus pénétrant que les feuilles ou les graines. Le goût en
est également poivré. On sait que les noirs aiment beaucoup cette
saveur. Aussi mangent-ils souvent un fragment de belancoumfo pour
« se donner la bonne bouche » (_sic_).
C’est surtout dans les Rivières du Sud, à partir de la Casamance,
que les noirs se servent du belancoumfo comme tænifuge. Suivant
les régions, ils se l’administrent sous forme de décoction,
d’infusion ou de macération. Dans la Haute-Gambie, le Bondou, le
Soudan et le Sénégal, ce sont surtout ses propriétés purgatives
qui sont appréciées. Je dirai même que je n’y ai rencontré
que fort peu d’indigènes qui connaissent ses propriétés
tænifuges. Voici comment on s’en sert dans ce cas : On peut
administrer le rhizome de belancoumfo soit à l’état frais,
soit sec. Frais, on le mange tel quel. Deux fragments de 10 à 15
centimètres de longueur suffisent pour provoquer une abondante
diarrhée. On le coupe encore en petits fragments, de 3 centimètres
environ de longueur, que l’on met à macérer pendant vingt-quatre
heures dans l’eau froide. On décante, et on boit un verre et
demi de cette liqueur après y avoir ajouté un peu de sel. Si, au
contraire, le rhizome est sec, on le pile, et la poudre ainsi obtenue
est mise à infuser dans l’eau tiède pendant douze à quinze heures
environ. Ceci fait, l’on décante et l’on boit à peu près un
verre de la liqueur ainsi obtenue, après y avoir ajouté un peu
de sel. Dans les deux cas, on obtient un effet purgatif violent. La
dose de poudre à employer est de 60 à 80 grammes par litre d’eau.
M. le professeur Schlagdenhauffen, de Nancy, a isolé le principe
actif de cette plante. C’est une huile essentielle, qui possède
à un haut degré les propriétés tænifuges. Il résulte des
expériences absolument concluantes faites par MM. Heckel et
Dujardin-Beaumetz que vingt gouttes de cette huile, enfermées dans
une capsule de gélatine et administrées au réveil, suffisent
pour provoquer l’expulsion d’un tænia. Il est bon, afin de
hâter l’évacuation, d’administrer deux heures après une dose
d’huile de ricin. Le grand avantage de ce tænifuge est de ne
provoquer ni nausées ni vertiges, et d’agir rapidement.
Le _Gingembre_, que les Ouolofs désignent sous le nom de
_N’Hydiar_, appartient à la famille des Amomées. C’est le
_Zingiber officinalis_, Rosc. Il croît surtout à Sierra-Leone
et dans le Fouta-Djallon. Nous en avons trouvé quelques rares
échantillons dans la région sud du Niocolo. On trouve son rhizome
sur tous les marchés du Sénégal et du Soudan. Il est long, grêle,
légèrement aplati et ramifié. Dépouillé de son écorce jaunâtre,
il est alors aussi blanc à l’extérieur qu’à l’intérieur. Il
est léger, tendre, et sa texture est un peu fibreuse. Sa saveur
est brûlante et son odeur aromatique. Les indigènes en sont
très friands. A Saint-Louis, on fabrique avec le rhizome du
gingembre une boisson gazeuse ressemblant à de la limonade et
qui est loin d’être déplaisante au goût. Les Ouolofs et les
Peulhs, particulièrement, en font un grand usage pour assaisonner
leur couscouss. Ils lui attribuent des vertus aphrodisiaques, et il
n’est pas rare de voir des femmes ouoloves et peulhes porter autour
des reins des ceintures de rhizomes de gingembre destinées à rendre
la vigueur à leurs époux quand ils sont affaiblis par l’âge.
_Baobab._ — Dans presque toutes nos possessions sénégambiennes
et soudaniennes, on trouve cet arbre fantastique, étrange, aux
formes bizarres, véritable Titan végétal, auquel on a donné le
nom curieux de _baobab_, comme si, rien qu’en le prononçant,
on voulait attirer sur lui l’attention. C’est l’_Adansonia
digitata_, L., de la famille des Malvoïdées. Il peut atteindre
jusqu’à 12 mètres de diamètre. Ce végétal est aujourd’hui
trop connu pour que nous en fassions ici une description botanique
complète. Il est, du reste, bien facile à reconnaître. Quiconque
l’a vu une fois n’oubliera jamais sa forme bizarre, ses dimensions
gigantesques, l’aspect tout particulier de ce géant des solitudes
africaines qui le fait ressembler à quelque animal légendaire
et préhistorique. On dirait une pieuvre de taille démesurée,
dont le corps serait représenté par la tige courte et énorme,
et les tentacules par les rameaux tordus et noueux.
Les indigènes utilisent les fibres de son écorce pour fabriquer
des cordes excessivement solides et résistantes, avec lesquelles ils
confectionnent des hamacs qui ne manquent pas d’élégance. Le bois
est peu utilisé. Difficile à travailler, on ne l’emploie qu’à
défaut d’autre dans la construction des pirogues. Les jeunes
feuilles entrent dans la composition de sauces avec lesquelles on
assaisonne le couscouss. C’est surtout comme médicament qu’il est
employé. Les feuilles, fraîchement cueillies et bouillies, servent
à confectionner des cataplasmes excessivement émollients. Les
bains de feuilles de _Lalo_ (c’est le nom sous lequel le baobab
est généralement connu) jouissent également à un haut degré de
cette propriété. Elle est évidemment due à la grande quantité
de mucilage qu’elles contiennent. Je me suis très bien trouvé,
en maintes circonstances, de m’en être servi.
Le fruit est de beaucoup le plus employé, et c’est la pulpe
qui entoure ses graines qui est principalement active. En temps de
disette, les indigènes en font une grande consommation et il est
pour eux une précieuse ressource. Les Européens le connaissent
sous le nom de _Pain de singe_. Il est très commun dans tous les
villages et on le trouve en abondance sur tous les marchés. Il est
considéré par les habitants comme le médicament antidysentérique
par excellence. Il est mélangé aux aliments mêmes. Ainsi le noir
se nourrit souvent de farine de mil et de lait caillé. On désigne
ce mélange sous le nom de _Sanglé_. Lorsqu’il est atteint par
la dysenterie, il mélange le pain de singe à cette bouillie. La
pulpe desséchée et réduite à l’état de farine s’expédiait
autrefois en Europe sous le nom de _terre sigillée de Lemnos_ ou
_terra Lemnia_. D’après Heckel et Schlagdenhauffen, l’action
de cette pulpe est due, dans la dysenterie, à l’abondance des
corps gras qui, suspendus par les matières gommeuses, peuvent
constituer un léger laxatif et un émollient. L’écorce pilée
et les graines torréfiées sont aussi usitées contre cette
affection, mais seulement dans les cas graves. Elles sont également
préconisées contre les hémorragies, les fièvres intermittentes
et la lientérie. Leur action est alors due vraisemblablement au
tannin spécial qu’elles renferment. Tous les médecins qui se
sont servis du baobab sont unanimes à en reconnaître les bons
effets et ne lui ont trouvé aucun inconvénient.
Le _Téli_ (_Erythrophlæum guineense_, Rich) est un végétal
de haute stature. C’est une belle légumineuse Parkiée. Bien
qu’il n’ait encore aucune application dans la thérapeutique,
nous croyons devoir le placer dans cette catégorie à cause de ses
propriétés particulières.
Le téli croît, de préférence, sur les bords des marigots, et
j’en ai vu de beaux échantillons dans les environs de Nétéboulou
(Ouli). Il est facile à reconnaître à la couleur sombre de son
feuillage et à son fruit, qui est une gousse rougeâtre quand elle
est sèche et plus large que ne le sont, en général, celles des
autres légumineuses. Son écorce est profondément fendillée,
et, si on l’enlève, sa partie intérieure présente une belle
couleur rouge foncé. Chaque gousse contient environ huit à dix
graines à deux faces bombées, ressemblant à s’y méprendre à
celles de certains haricots. Ces graines, qui ont toujours à peu
près le même poids, servent dans certaines régions, le Bouré,
par exemple, pour peser l’or. Cinq de ces graines équivalent à
peu près à un gros, environ 3gr82.
Le téli ou tali (peulh, bambara, malinké) est la plante
vénéneuse par excellence au Soudan français, au dire du moins des
habitants. Il entrerait du téli dans la composition du _korté_,
le fameux poison qui est si redouté des Bambaras du Bélédougou
et des Malinkés du Bambouck et du Konkodougou, et qui est si connu
dans le Baleya, l’Amana, le Dinguiray, et même à Siguiri. Mais
quelle est la partie de la plante qui est utilisée ? C’est ce
que nous n’avons pas encore pu savoir. Toutefois, nous avons
appris que, dans certaines de nos Rivières du Sud, le Rio-Nuñez,
le Rio-Pongo particulièrement, et dans le pays de Loango, où le
téli est appelé _boudu_ ou _boudou_, les indigènes fabriquent
avec sa racine, par infusion, une liqueur d’une extrême amertume
et qui sert de poison d’épreuve. Quand elle est trop chargée,
elle cause la suffocation, la rétention d’urine, etc., etc. :
l’accusé tombe, et est déclaré coupable. A dose plus faible,
elle n’amène pas d’accidents graves : alors l’accusé résiste,
et est déclaré innocent.
On a dans tout le Soudan une peur épouvantable du korté. Ceux qui le
fabriquent ou qui en connaissent la composition sont universellement
redoutés, et, de ce fait, jouissent dans leur village d’une
incontestable autorité et d’un pouvoir sans limites. Les indigènes
qui sont sans cesse en contact avec nous et qui ont été élevés
dans nos écoles, nos interprètes eux-mêmes, frémissent à la
seule pensée des souffrances qu’occasionne ce terrible poison.
Le korté, d’après ce que m’en ont dit les Malinkés du Bambouck
et du Konkodougou, ne s’administre pas seulement dans les boissons
et les aliments. Dans toutes les circonstances de la vie, on peut
être exposé à en absorber. Il existe même une certaine catégorie
d’individus qui excellent à le « lancer ».
Voici, à ce sujet, ce que dit le lieutenant-colonel Monteil dans la
relation de son voyage _De Saint-Louis à Tripoli par le lac Tchad_ :
« Les sorciers détiennent, en outre, les secrets de la fabrication
des poisons que les Bambaras appellent korté ; c’est là surtout la
vraie cause de leur omnipotence. Il est hors de conteste que certains
de ces poisons sont d’une efficacité extraordinaire et amènent la
mort en quelques heures. Les uns servent à empoisonner les flèches,
d’autres se mélangent aux aliments. Ces deux catégories semblent
avoir pour base, d’après le Dr Crozat[3], qui les a spécialement
étudiées, une graine de strophantus, qui est un poison du cœur. Il
est une autre sorte de korté, dont j’ai souvent entendu parler ;
il se présenté sous la forme d’une poudre très fine. L’individu
qui veut se débarrasser d’un ennemi en place une très petite
parcelle sous l’ongle de l’annulaire et la lance avec l’ongle
du pouce sur un membre quelconque, jambe, bras, cou, laissé à
nu par les vêtements. L’effet n’en est pas immédiat. Peu à
peu, s’éveillent des démangeaisons qui amènent la victime à
se gratter. Par les points ainsi avivés, le poison s’insinue
dans l’économie ; puis les démangeaisons deviennent de plus en
plus vives, jusqu’à ce que, l’empoisonnement étant complet
(cela au bout de plusieurs mois), la victime succombe. Il ne m’a
pas été donné de vérifier d’empoisonnement de cette espèce ;
mais nombre de fois j’ai entendu parler de gens qui avaient fini de
cette manière. Bien des chefs que je n’ai pu voir avaient de moi la
crainte avouée que je pouvais leur lancer un korté perfectionné. »
Plus heureux, nous avons eu la bonne fortune de pouvoir examiner
un malade empoisonné avec du korté par le procédé que vient
de décrire le lieutenant-colonel Monteil. J’avouerai que ce que
j’ai pu constater a été loin de dissiper les doutes que j’ai
toujours eus sur l’action à terme de ce mystérieux toxique. En
1889, lors de la mission que nous fîmes dans le Bambouck et le
Konkodougou, M. le commandant Quiquandon, M. le lieutenant Valton et
moi, nous séjournâmes pendant plusieurs jours à Kassama, capitale
du Diébédougou, et j’eus ainsi la facilité de voir fréquemment
le roi de ce pays, Famalé. C’était un vieillard d’environ
soixante-cinq à soixante-dix ans, sourd et impotent. Il passait
ses journées dans son fauteuil et était incapable de marcher. Ses
frères et ses fils, me sachant médecin, me demandèrent de le
soigner. Ce que je me gardai bien de faire, certain d’avance que
j’étais de l’insuccès du traitement, quel qu’il fût, auquel
j’aurais pu le soumettre. Mais je pus l’examiner à loisir,
et je le fis avec d’autant plus de soin et d’intérêt que ses
proches m’avaient dit et assuré qu’il était dans cet état
depuis qu’un sorcier lui avait « lancé le korté », et cela,
depuis plusieurs années déjà. Le résultat de mes observations
fut que j’étais tout simplement en présence d’un cas bien
caractérisé d’« hémiplégie gauche » consécutive à une
hémorragie cérébrale. Ce diagnostic, absolument certain et facile,
du reste, à établir, me confirma dans l’opinion que j’avais
depuis longtemps déjà, à savoir que les habitants de ces régions
où le korté règne en maître lui attribuaient fréquemment des
effets qu’il est loin d’avoir. C’est, en somme, pour eux,
une explication facile des maladies dont ils sont incapables de
trouver les causes.
Les sentiments de crainte et de frayeur que leur cause ce terrible
poison sont surabondamment expliqués par ce qui précède. Je me
souviens qu’en cette même année 1889, nous trouvant à Tombé
(Konkodougou), nous reçûmes la visite des chefs et des notables du
village de Komboréah, dont les habitants passent pour être très
experts dans la fabrication du korté, et sont renommés pour leur
adresse à le lancer. Notre interprète fut tellement épouvanté
à leur vue qu’il ne consentit à les introduire auprès de nous
qu’après leur avoir fait jurer sur le kola (serment terrible
pour les Malinkés et auquel ils ne manquent jamais) qu’ils ne
nous lanceraient pas de korté.
D’après les indigènes du Soudan, toutes les parties de la plante
seraient excessivement vénéneuses. Il serait même dangereux de
faire boire les animaux dans les marigots sur les bords desquels
croissent des télis. Fait singulier : cette eau, qui est toxique
pour le cheval, paraît-il, ne le serait pas pour l’homme. Je ne
sais ce qu’il peut y avoir de vrai pour le premier, mais ce que
nous pouvons assurer, c’est qu’il nous est arrivé souvent de
faire usage d’eau puisée au pied d’un téli et que nous n’en
avons jamais été incommodé. Il en a été toujours de même
pour nos hommes. Quoi qu’il en soit, l’écorce de la plante
en est assurément la partie la plus active. L’écorce fraîche
l’est plus que l’écorce sèche, et celle des jeunes sujets
plus que celle des vieux arbres. Après l’écorce, la racine ;
puis les fleurs et les graines. Les feuilles n’auraient que de
faibles propriétés nocives, mais, cependant, encore assez fortes
pour occasionner la mort à une faible dose.
Les animaux qui absorbent du téli à doses toxiques éprouveraient
les premiers accidents deux heures environ après l’ingestion. Leur
ventre deviendrait très volumineux. Ils présenteraient une écume
abondante à la bouche, des convulsions qui dureraient une demi-heure
environ, et la mort surviendrait deux heures et demie ou trois heures
après l’ingestion du poison.
Les noirs du Soudan utilisent les feuilles du téli contre le ver de
Guinée, et voici comment : lorsque l’abcès qu’occasionne le ver
s’est ouvert spontanément ou bien à la suite d’une manœuvre
opératoire, et que le parasite commence à sortir, ils enveloppent
la partie malade avec des feuilles de téli. Deux ou trois suffisent
pour la couvrir complètement. Un pansement fait avec des feuilles
d’un autre végétal quelconque inoffensif et maintenu toujours
humide est appliqué par-dessus. Le tout est fixé à l’aide de
lacs. Ils prétendent que le ver est alors empoisonné et qu’il
sort plus facilement.
Le téli ne sert en aucune autre circonstance. Il inspire aux
indigènes une telle frayeur qu’ils ne l’utilisent ni dans la
construction de leurs cases ni même pour faire cuire leurs aliments.
_Kinkélibah._ — Ce végétal, encore peu connu, est, à notre
avis, un des plus précieux de tous ceux que l’on peut rencontrer
au Sénégal et au Soudan, et nous avons été à même d’en
constater, par expérience, la bienfaisante action. Il appartient à
la famille des Combrétacées. C’est le _Combretum Raimbaultii_,
Heckel. Nous l’avons rencontré un peu partout en Gambie, mais
c’est surtout sur les hauts plateaux du Sandougou qu’il est
le plus commun. Très abondant dans les Rivières du Sud, on le
trouve encore dans le Cayor, où les Ouoloffs lui donnent le nom
de _sekhaou_ et _khassaou_. Avec ses rameaux, ils construisent des
greniers dans lesquels ils conservent leur mil et leurs haricots. Ces
greniers sont appelés _lakhass_, nom que, dans certaines régions,
on donne encore parfois au kinkélibah, qui est son nom en langue
soussou. Il croît dans les terrains pierreux et sablonneux. On ne
le trouve jamais au bord de la mer. Il fleurit de mai à juin. Voici
la description que donne de ce végétal le professeur Heckel, de
Marseille : « Cet arbuste, plus ou moins touffu, suivant l’âge,
et dont la tige peut atteindre un décimètre de diamètre, devient
alors tout blanc et tranche beaucoup sur les arbres et arbustes qui
l’environnent ; aussi, est-ce à cette époque qu’il est le plus
facile de le reconnaître. Son fruit caractéristique se dessèche
en même temps que les feuilles et tombe avec elles pendant la saison
sèche. Son ombrage agréable est très recherché. Il donne souvent
abri pendant la nuit aux caravanes de l’intérieur. Ce végétal
est muni d’une racine pivotante, dont les ramifications se terminent
par des nœuds à radicelles, d’où naissent de nouveaux rejets. Une
des tiges s’élève au-dessus des autres pour former un arbrisseau
(jamais un arbre) avec branches étendues dans tous les sens, mais
plutôt horizontales que verticales. La tige du kinkélibah est lisse
et blanchâtre ; elle porte des rameaux opposés. Son bois est blanc,
dur et serré. »
Les feuilles fraîches ou sèches sont utilisées. Les indigènes
des Rivières du Sud les emploient avec succès dans les cas
de fièvres bilieuses simples ou inflammatoires, de rémittentes
bilieuses et de bilieuses hématuriques. C’est au R. P. Raimbault,
missionnaire apostolique à la côte occidentale d’Afrique, que
l’on doit d’avoir attiré l’attention du monde scientifique
sur ce précieux végétal, et ce sont les savants professeurs
Heckel et Schlagdenhauffen qui l’ont, les premiers, étudié
et analysé. Voici comment, d’après le P. Raimbault, qui
l’a fréquemment employé, et toujours avec succès, on doit
le prescrire :
« Le kinkélibah est administré sous forme de tisane. Ses feuilles
sont employées en décoction. On les fait bouillir pendant un quart
d’heure environ, soit fraîches, soit desséchées. Sous ce dernier
état, les feuilles pilées peuvent se conserver pendant plusieurs
années avec les mêmes propriétés.
Pour se servir de la poudre de kinkélibah, on met dans une bouilloire
autant de cuillerées à café de cette poudre qu’il y a de verres
d’eau (4 grammes pour 250 grammes d’eau ; 16 grammes pour un
litre). On couvre bien, et on laisse bouillir quinze minutes ; on
décante, on filtre, ou bien on boit le liquide tel quel, au choix
du malade.
La tisane doit être amère et jaunâtre. Si elle prenait une couleur
brune, c’est qu’elle serait trop forte, et il faudrait ajouter
de l’eau ; si elle devient jaune clair, c’est qu’elle est trop
faible, alors il faut faire bouillir plus longtemps et ajouter au
besoin de la poudre.
On prend un verre (250 grammes) de kinkélibah dans les cas
de fièvre bilieuse hématurique, le plus tôt possible ; puis,
après dix minutes de repos, un demi-verre (125 grammes) ; ensuite,
repos de dix minutes, et enfin un autre demi-verre. Les vomissements
se produisent alors, mais ils ne tardent pas à s’arrêter et à
cesser pour toujours. On doit, du reste, faire boire du kinkélibah
à la soif du malade durant tout le cours de la maladie, et pendant
quatre jours au moins, en ne dépassant guère toutefois un litre
et demi par jour.
Aucune nourriture ne doit être prise pendant toute la durée de
la teinte ictérique, c’est-à-dire pendant les trois premiers
jours. Le quatrième jour, nourriture très légère et peu à la
fois. Le mieux même, le quatrième jour, est de ne prendre que du
kinkélibah comme boisson. Le R. P. Raimbault nourrit ses malades
avec des œufs crus battus dans du rhum et du cognac. Il donne avec
succès un purgatif dès le commencement de l’accès ; c’est
nécessaire, en tout cas, quand la constipation intervient.
Le quatrième jour, au matin, en même temps que le kinkélibah,
il donne 0gr80 de sulfate de quinine ; il continue ce fébrifuge
autant que dure la fièvre, en diminuant chaque jour la dose, tout
en continuant le kinkélibah.
Il conseille de prendre un verre de kinkélibah chaque fois qu’il
y a embarras gastrique de nature biliaire et considère comme un
moyen sûr d’acclimatement pour l’Européen de prendre chaque
matin à jeun un verre de cette décoction. » (_De l’emploi
des feuilles du_ Combretum Raimbaultii, Heckel, _contre la fièvre
bilieuse hématurique des pays chauds_, par le Dr Édouard Heckel,
professeur à la Faculté des sciences et à l’École de médecine
de Marseille. — Extrait du _Répertoire de pharmacie_, juin 1891.)
Nous avons expérimenté deux fois sur nous-même, à Nétéboulou,
alors que j’étais atteint de rémittente bilieuse, et à Oualia,
contre un violent accès bilieux. Je m’en suis également servi à
Mac-Carthy pour soigner plusieurs de mes hommes, qui y furent atteints
de fièvres intermittentes compliquées d’embarras gastriques
prononcés. Je m’en suis toujours très bien trouvé et n’ai
eu à enregistrer que des succès. Je me suis toujours attaché à
suivre à la lettre les indications formulées par le R. P. Raimbault,
et j’ai toujours vu le médicament agir comme il vient d’être
dit. D’après ce que nous avons observé, nous croyons donc que les
feuilles de kinkélibah jouissent de précieuses propriétés. Il
est, à n’en pas douter, tonique, diurétique, et légèrement
cholagogue. Il est, de plus, émétique au début, et, par l’emploi
répété, empêche le retour des vomissements. D’après Heckel,
ses propriétés toniques et diurétiques seraient justifiées par
la présence du tannin et du nitrate de potasse. Quant aux autres
actions, la composition chimique n’en donne aucune explication
plausible. Au moment où nous rédigeons ce paragraphe de notre
mémoire, nous recevons de notre excellent ami le capitaine Roux, de
l’infanterie de marine, une lettre dans laquelle il nous dit qu’il
vient de s’entretenir avec un de nos collègues revenu récemment
du Dahomey. Il a eu, dans cette colonie, à soigner de nombreux cas
de fièvres bilieuses hématuriques. Il a employé le kinkélibah
chez vingt de ses malades, et a obtenu _dix-huit_ cures. Ce succès
remarquable vient pleinement confirmer ce que nous disions plus haut.
Le _Caïlcédrat_ (_Khaya senegalensis_, G. et Per.), de la
famille des Cédrélacées, est désigné, au Soudan, sous le nom
de _diala_. C’est un bel arbre qui peut atteindre de remarquables
proportions. Son écorce jouit de propriétés fébrifuges. Caventou
en a isolé le principe actif, qu’il a nommé _caïlcédrin_. Les
indigènes utilisent encore son écorce dans le traitement de la
blennorragie et de la dysenterie. Réduite en poudre impalpable,
ils s’en servent encore pour panser les ulcères et les plaies
de mauvaise nature. Binger l’a utilisée avec succès dans un
cas de cette nature, et nous-même, nous avons pu, à Koundou,
constater les bons résultats qu’elle a donnés dans un cas de
plaie ulcérée datant de plusieurs mois déjà. Nous ne saurions
trop recommander ce remède à ceux qui se trouveraient dans le cas
de l’expérimenter et d’en déterminer les propriétés curatives.
Le bois du caïlcédrat est rouge foncé et rappelle celui
de l’acajou par sa couleur et sa texture. C’est pourquoi ce
végétal a été souvent appelé l’_acajou du Sénégal_. Il est
dur et très cassant, même lorsqu’il est vert. Malgré cela, on en
fait à Saint-Louis et au Soudan de beaux meubles, et, en France, il
pourrait servir pour les travaux d’ébénisterie les plus délicats.
Le _Tamarinier_ (_Tamarindus indica_, L.), de la famille des
Légumineuses césalpiniées, est un bel arbre dont le fruit est
fort employé dans la thérapeutique indigène et qui rend également
aux Européens de grands services. Très commun dans tout le bassin
de la Gambie, il est facile à reconnaître, car il présente à un
haut degré les caractères propres à la grande famille botanique
à laquelle il appartient.