Le _Rhus typhina_, L., Térébinthacées, est beaucoup plus

commun. C’est un beau végétal qui présente les caractères

suivants : fleurs polygames ; calice à cinq divisions persistantes,

cinq pétales ovales étalés ; cinq étamines à filets courts ;

ovaire uniloculaire ; trois styles très courts. Le fruit est une

drupe monosperme. L’écorce de cet arbre contient une grande

quantité de tannin. Les feuilles et le fruit sont relativement

moins riches. Les indigènes utilisent de préférence les feuilles

et l’écorce.

L’écorce du _Touloucouna_ (_Carapa touloucouna_, L., ou _Carapa

guyanensis_, Guill.) contient également de notables proportions de

tannin. Nous parlerons, du reste, plus loin plus longuement de cet

intéressant végétal.

Nous n’insisterons pas davantage sur les végétaux que notre

industrie pourrait utiliser pour le tannage. Il est facile, en

effet, de se faire une idée à peu près exacte de la valeur de ces

différentes essences, si on songe qu’avec les moyens si primitifs

dont disposent les noirs, ils arrivent à fabriquer des cuirs d’une

grande solidité et d’une souplesse remarquable.

III. — =Plantes oléagineuses.=

Les plantes oléagineuses sont nombreuses et leurs graines riches en

matières grasses. Nous citerons en première ligne l’arachide

(_Arachis hypogæa_, L.). Elle appartient à la famille des

Légumineuses césalpiniées. Elle est cultivée dans toute notre

colonie du Sénégal et au Soudan français. Celles de la Gambie sont

particulièrement recherchées et jouissent dans le commerce d’une

faveur bien méritée. C’est une plante herbacée, radicante,

annuelle, à tige et rameaux cylindriques, pubescents ; feuilles

engainantes, composées de deux paires de folioles, inflorescence

axillaire au cyme unipare, biflore, fleurs hermaphrodites, parfois

polygames, subsessiles, calice gamosépale à cinq divisions et à

préfloraison quinconciale ; corolle gamopétale, papilionacée ;

10 étamines monadelphes, l’antérieure stérile ; ovaire supère

3-4 sperme ; style long, pubescent à l’extrémité ; pas de

stigmate ; ovules anatropes, ascendants ; fruit sec indéhiscent,

testacé, porté à l’extrémité d’un long pédoncule porté

à l’aisselle des feuilles ; embryon homotrope, à radicule

infère ; cotylédons huileux. Après la fécondation, le pédicule

floral s’allonge vers le sol et y fait pénétrer l’ovaire qui

s’enfonce jusqu’à une profondeur de 5 à 8 centimètres, grossit

et se transforme en une gousse un peu étranglée en son milieu ;

cette gousse est longue de 25 à 30 millimètres et épaisse de 9 à

14. Elle est composée d’une coque blanche, mince, réticulée,

contenant 1-4 semences rouge vineux au dehors, blanches au dedans,

et d’un goût rappelant assez celui de la noisette.

Ces graines donnent une huile d’excellente qualité qui peut

remplacer dans tous ses usages et sans inconvénient l’huile

d’olives.

Depuis que le commerce des arachides a pris une extension

considérable et telle que l’on peut dire qu’il est le plus

important de la côte occidentale d’Afrique, les indigènes

cultivent cette plante avec beaucoup plus de soin et sur une plus

grande échelle. La production en augmente chaque année, et elle

serait bien plus considérable encore si les procédés de culture

n’étaient pas aussi primitifs.

L’arachide est une plante excessivement épuisante. Pour la

cultiver, les indigènes fertilisent le sol en brûlant simplement les

mauvaises herbes qu’ils ont d’abord coupées et laissées sécher

sur place ; les femmes et les enfants bêchent alors légèrement le

terrain, sèment les graines et les recouvrent de terre. Les semis

se font de la fin juin au commencement d’août, et la récolte

a lieu trois ou quatre mois après. Quand les gousses sont mûres,

on arrache les pieds d’arachides qu’on laisse sécher au soleil,

puis on sépare les gousses des feuilles et des tiges.

Les noirs utilisent l’arachide en maintes circonstances et de

toutes façons. La graine constitue pour eux un aliment de premier

ordre, soit fraîche, soit sèche, soit crue, soit torréfiée. Ils

en extraient l’huile qui sert à leur cuisine. Nous avons eu

souvent recours à leur industrie pour en avoir et nous n’avons

pas eu à nous en plaindre. Cette huile leur sert également à

fabriquer, avec les cendres de certains végétaux, un savon dont

nous nous sommes souvent servi et qui nous a été souvent très

utile. L’arachide pilée ou écrasée entre deux pierres leur

sert de condiment pour la plupart des sauces avec lesquelles ils

assaisonnent leur couscouss. Ils font également des cataplasmes

d’arachides en certaines circonstances et se frictionnent avec

son huile dans les cas de douleurs rhumatismales. Enfin, la poudre

qu’ils obtiennent, en les écrasant après les avoir fait brûler,

leur sert pour se tatouer les gencives et la lèvre inférieure.

Les feuilles vertes sont employées pour les sauces et en

cataplasmes ; après la récolte, ils les font sécher avec leurs

tiges, et cela constitue une paille qui est, à juste titre,

considérée comme le meilleur fourrage du Soudan. Les animaux qui

en mangent engraissent rapidement, et le lait des vaches qui en

consomment est plus savoureux et plus riche en principes nutritifs

que celui de celles qui n’en font pas usage.

Le commerce des arachides commence à prendre dans le bassin de la

Gambie une réelle importance. La Compagnie française de la côte

occidentale d’Afrique y en achète, chaque année, de notables

quantités qu’elle transporte à Mac-Carthy, où elle les charge

sur ses vapeurs. Il ne fera que croître, surtout si on peut arriver

à améliorer les moyens de transport et à lui créer sur le fleuve

de nouveaux débouchés.

La valeur commerciale de l’arachide dans la Gambie est environ

de 17 francs les 100 kilog. En France, elle vaut, suivant le cours,

de 25 à 30 francs les 100 kilog. Le rendement est considérable et

peut être évalué à 3,000 kilog. par hectare.

La _Pourghère_ (_Jatropha Curcas_, L.) ou _Médicinier cathartique_,

appartient à la famille des Euphorbiacées. C’est une plante

à feuilles lobées ou palmées, à fleurs dioïques disposées en

grappes et pourvues d’un calice et d’une corolle. Les mâles ont

dix étamines monadelphes, et les femelles un ovaire à trois loges

monospermes, avec trois styles bifides. Son port rappelle celui

du ricin, et ses graines, plus grosses que celles de ce dernier

végétal, sont noirâtres plutôt que mouchetées. Leur forme

est celle des graines de ricin. La pourghère donne des graines

oléagineuses et éminemment purgatives et émétiques. Elle croît

et se multiplie au Sénégal, au Soudan et dans les Rivières du Sud

avec une grande rapidité. On s’en sert surtout dans les Rivières

du Sud, le Baol, le Sine, le Saloum, etc., pour faire des haies de

jardins. Nous avons vu à Damentan une jolie plantation de coton

complètement entourée de pourghères. Les indigènes en utilisent

les graines comme purgatives. Deux de ces semences suffisent pour

déterminer une abondante évacuation. Six à huit occasionnent

des symptômes alarmants d’empoisonnement. L’absorption d’une

douzaine est suivie de mort. L’huile est purgative à la dose de

huit à dix gouttes au plus. Une dose plus élevée ne manquerait

pas d’entraîner de graves accidents. Cette huile peut servir

également à l’éclairage. Elle brûle en donnant peu de fumée

et peu d’odeur. Elle est encore utilisée avec avantage pour la

fabrication des savons et pour le graissage des machines. Elle est

très fluide, presque incolore, âcre et très peu soluble dans

l’alcool.

Cultivée sur une grande échelle, la pourghère pourrait donner de

sérieux profits, car elle demande peu de soins et donne un rendement

considérable. Les quelques essais faits jusqu’à ce jour,

mal dirigés et peu encouragés, n’ont donné aucun résultat

appréciable. Il faut dire aussi qu’on n’y a apporté aucune

méthode ni aucun soin et que l’on s’est vite lassé de lutter

contre l’apathie des indigènes. Tout est à recommencer.

Le _Ricin_ (_Ricinus communis_, L.) croît à merveille au Sénégal

et au Soudan, mais il n’est guère cultivé qu’au Sénégal,

dans le Cayor, et encore depuis quelques années seulement, grâce à

l’intelligente initiative de M. le Dr Castaing, pharmacien principal

de la marine. Les indigènes n’aiment généralement pas à en

ensemencer leurs lougans, car ils prétendent que ce végétal nuit à

leurs autres cultures. Le fait est qu’il prolifère avec une grande

rapidité et finit par couvrir de ses rejetons, en peu de temps,

de grandes étendues de terrain. Sa destruction demande beaucoup de

travail, ce qui, on le sait, n’est guère l’affaire du noir. La

graine du ricin du Sénégal et du Soudan est plus petite que celle

des ricins d’Amérique, mais elle jouit des mêmes propriétés

purgatives, et l’huile qu’elle donne peut être employée, avec

avantages, aux mêmes usages. Cette graine est ovoïde, convexe du

côté externe, aplatie avec un angle longitudinal peu saillant du

côté interne. Sa surface est généralement lisse et luisante, grise

avec des taches brunes. Sa largeur est d’environ 8 millimètres.

Le ricin donne au Sénégal et au Soudan un rendement

considérable. Il pourrait, de ce fait, faire l’objet de

transactions commerciales importantes. Déjà, les résultats

obtenus dans la banlieue de Saint-Louis sont des plus satisfaisants,

et la Compagnie française de la côte occidentale d’Afrique le

paie couramment dans le Cayor 20 et 25 francs la barrique. Il serait

facile de le cultiver en grand dans tout le bassin de la Gambie. Cette

plante ne demandant que peu de soins et croissant, pour ainsi dire,

spontanément, les indigènes en feraient de belles plantations,

si, surtout, on s’efforçait de leur faire comprendre tout le

bénéfice qu’ils en pourraient retirer.

Le _Karité_ ou _Shee_ (_Butyrospermum Parkii_, Don.) est un bel arbre

de la famille des Sapotacées. Dans ce chapitre, nous ne parlerons

que du corps gras que l’on retire de ses graines et qui est connu

sous le nom de _beurre de karité_, nous réservant de faire plus

loin une étude plus complète de ce précieux végétal. Voici

comment les indigènes préparent ce beurre. La récolte faite,

on verse les graines dans de grands trous creusés généralement

dans les cours des villages. On les laisse là pendant plusieurs

mois. Elles y perdent la pulpe qui les entoure et qui y pourrit. Les

noix retirées sont ensuite placées dans une sorte de four en

argile où on les fait sécher et griller assez, de façon que

leurs enveloppes puissent facilement se détacher. L’amande est

alors écrasée de façon à former une pâte bien homogène. Cette

pâte est plongée dans l’eau froide où on la laisse pendant

vingt-quatre heures, puis battue, pétrie et tassée en forme de

pains, enveloppée de feuilles sèches et bien ficelée. Ces pains

sont suspendus dans l’intérieur des cases et peuvent ainsi se

conserver pendant longtemps. Le prix du beurre de karité est

d’environ 2 francs le kilog. dans les pays de production. Il

pourrait servir avantageusement en Europe pour la fabrication du

savon et des bougies ; car il est très riche en matières grasses ;

mais son prix de revient est trop élevé pour qu’on puisse songer

à l’utiliser sur une grande échelle. Son goût est, au premier

abord, assez répugnant. Cela tient à ce qu’il n’est jamais

pur. Pour la cuisine, on le fait fondre dans une grande marmite, et,

quand il est bouillant, on y projette avec la main quelques gouttes

d’eau froide qui, en se volatilisant, entraînent avec elles les

huiles empyreumatiques qui lui donnent sa saveur désagréable et

nauséabonde. Ainsi préparé, il peut être utilisé même pour

la cuisine européenne. Nous nous en sommes fréquemment servi pour

notre usage personnel et nous nous y sommes très vite habitué.

Le beurre de karité sert également à panser les plaies. C’est

un excellent cérat, et nous en avons obtenu de bons résultats dans

le traitement d’ulcères anciens et pour panser les crevasses de

nos chevaux. Il est également précieux quand on a à soigner des

plaies résultant de brûlures profondes.

Le karité, comme nous le verrons plus loin, est très abondant dans

tout le Soudan occidental et, dans le bassin de la Gambie notamment,

on le trouve en notable quantité dans le Tenda, le Gamon, le Badon,

le Damentan, le Niocolo et le Coniaguié. Il y aura là certainement

une grande source de richesses quand on sera arrivé à améliorer

la production et l’exploitation.

Le _Palmier oléifère_ (_Elæis guineensis_, Jacq.) est

très rare au Sénégal et au Soudan. On ne commence guère à

le rencontrer que dans le sud du bassin de la Gambie, dans le

Combo, le Fouladougou, le Coniaguié, etc., etc. Il se multiplie

rapidement, croît spontanément et ne demande aucune culture. Dans

les pays de production, il donne deux récoltes par an, en mars et

en novembre. Chaque pied donne deux ou trois régimes au plus qui

portent un grand nombre de fruits. Ces fruits, qui ressemblent à de

grosses cerises, sont formés par un sarcocarpe fibreux et huileux et

contiennent une amande grasse incluse dans un noyau très dur et qui

est connue dans le commerce sous le nom d’_amande de palme_. Ces

fruits donnent une huile qui, sous le nom d’_huile de palme_,

est utilisée avec avantage par nos industries. Voici comment les

indigènes la fabriquent : Les fruits mûrs sont jetés dans une

fosse de terre entourée d’un petit mur et tapissée de feuilles du

végétal. On y verse une quantité d’eau assez considérable pour

qu’ils y baignent. Puis on les écrase de façon à en détacher

la pulpe. L’opération terminée, on verse encore de l’eau

et on agite violemment à plusieurs reprises. L’huile apparaît

alors à la surface en écume rougeâtre. On la recueille dans de

grands canaris (sortes de vases en terre) placés sur des brasiers

ardents. Elle est alors soumise à une ébullition prolongée,

puis tamisée dans un grand vase à moitié rempli d’eau. Le

liquide ainsi obtenu est alors écrémé et c’est l’huile de

palme du commerce.

Cette huile est d’un beau jaune orange. Elle exhale une odeur très

agréable d’iris ou plutôt de violette. Elle rancit rapidement

au contact de l’air. Sa saveur est douce et elle se solidifie

au-dessous de 30°. On la désigne alors sous le nom de _beurre de

palme_. Les indigènes du bassin de la Gambie lui donnent en langue

mandingue le nom de _N’té N’toulou_. Elle sert à assaisonner

certains mets qui ne sont pas à dédaigner.

De l’amande du palmier oléifère, on extrait également une

matière grasse, solide, qui peut servir, quand elle est fraîche,

aux mêmes usages que le beurre. Les indigènes ne l’utilisent

pas. L’amande de palme donne environ 53 0/0 d’huile, et

le brou de la noix, quand il est frais, en donne jusqu’à 70

0/0. L’huile et les amandes de palme donnent lieu en Gambie et

surtout à Sainte-Marie-de-Bathurst à des transactions commerciales

relativement importantes. Il serait facile, en propageant le végétal

dans toute la région sud du bassin de la Gambie, de leur donner

une plus grande extension.

Le _Coula_ (_Coula edulis_, H. Bn.), que l’on rencontre surtout dans

le Sandougou, le Ouli, le Tenda et le pays de Gamon, appartient à

la famille des Olacinées. Ce végétal se reconnaît à ses feuilles

alternes. Inflorescence en grappes axillaires ; fleurs hermaphrodites,

régulières, pentamères ; corolle polypétale, valvaire, hypogyne ;

vingt étamines inégales ; ovaire supère ; style petit, conique ;

placenta central, libre, trois ovules descendants. Le fruit est une

drupe sphérique à brou peu épais ; noyau très dur et monosperme ;

albumen abondant et charnu, goût de noisette. Il donne jusqu’à

33 0/0 d’une huile comestible. Ce végétal est relativement

assez rare. Toutefois, les échantillons que nous en avons vus nous

permettent d’affirmer qu’il serait très facile de le propager

rapidement.

Le _Cotonnier_ (_Gossypium punctatum_, Guil. et Perrotet), sur lequel

nous reviendrons plus longuement plus loin, est cultivé sur une

grande échelle dans toute cette région. Ses graines donnent une

huile que notre industrie emploie utilement. Marseille a, pour ainsi

dire, en France le monopole de sa fabrication. Il y aurait là une

source considérable de bons revenus.

Le _Touloucouna_ (_Carapa touloucouna_, L. ou _Carapa guyanensis_,

Guil.), de la famille des Méliacées, commence à prendre

une importance considérable. Il abonde dans toute la partie

méridionale du bassin de la Gambie et est également très commun

à la Guyane, surtout dans le haut Maroni. En faisant bouillir

ses graines dans l’eau, en les pilant, puis en les faisant

égoutter dans un récipient creusé en gouttière et exposé au

soleil, on obtient une huile onctueuse qui se solidifie très vite

et a un goût amer. La graine de touloucouna est très riche en

matières grasses et son rendement en huile atteint parfois, lorsque

l’opération est faite en de bonnes conditions, 38 0/0. Cette huile

est encore peu employée dans l’industrie, on l’utilise surtout

en pharmacie contre les affections de la peau ; elle préserverait

également, d’après les indigènes, des piqûres des insectes et

particulièrement des atteintes de la chique. Outre le tannin que

renferme l’écorce du touloucouna, Caventou y a trouvé un principe

amer qui serait fébrifuge et qu’il a nommé _touloucounin_. Grâce

à l’intelligente initiative de M. le comte de Chasteigner,

de Bordeaux, qui, dans sa belle propriété de la Martinique,

a créé un véritable jardin d’essai de cultures botaniques,

ce précieux végétal ne tardera pas à être introduit dans notre

vieille colonie.

Le _Berre_ (_Parinarium senegalense_ ou _excelsum_, Perr. Neou),

Rosacées, dont les fruits sont appelés _nou_ au Sénégal, donne

une huile grasse assez bonne quand elle est récente, mais noircissant

fort vite et d’une odeur absolument nauséabonde.

Le _Ben ailé_ (_Moringa pterygosperma_, Gærtn), de la famille

des Moringées, est un beau végétal d’une dizaine de mètres

de hauteur à longues grappes de fleurs blanches. Sa graine est

amère et purgative. On en extrait une huile douce et inodore qui,

peu de temps après sa fabrication, se sépare en deux parties :

l’une, toujours fluide, qui est utilisée dans l’horlogerie

et l’autre, épaisse, qui est facilement congelable. Cette huile

rancit difficilement. L’huile de ben sert pour extraire le principe

odorant de plusieurs fleurs à odeurs fugaces, telles que le jasmin

et les tubéreuses. Voici ce que E. Raoul écrit dans son savant

_Manuel des cultures tropicales_ au sujet de la propagation de ce

précieux végétal : « Par le semis, on obtient au bout de deux

ans un arbre de 6 mètres de haut, mais nous engageons plutôt

à planter de bouture ; il suffit pour cela de mettre en terre de

grosses branches qui s’enracinent de suite. »

L’_Anacarde_ (_Anacardium occidentale_, L.), Térébinthacées,

produit un fruit renfermant également un suc oléagineux. Cette huile

rancit à l’air et n’a encore été utilisé qu’en pharmacie.

Le _Cocotier_ (_Cocos nucifera_, L.), Palmiers, ne croît dans

le bassin de la Gambie que dans la zone maritime. Il affectionne

particulièrement les terrains sablonneux. Son amande mûre est

comestible et donne, par expression, la moitié de son poids d’une

huile incolore très employée dans la savonnerie. Cette huile,

lorsqu’elle est ancienne, a une odeur très forte et ne peut

plus servir qu’à la stéarinerie. Elle est fluide au-dessus

de 18°. Au-dessous de cette température, elle se solidifie et

devient alors blanche et opaque. Les savons fabriqués avec elle

moussent beaucoup, mais sont très cassants. Elle est formée par un

mélange de divers glycérides dont l’acide gras (_ac. cocinique_

et _ac. cocostéarique_) est peu connu et paraît être composé par

de l’acide laurique additionné d’acides palmitique et myristique.

Ce végétal se développe rapidement et ne demande aucune

culture. D’après certains auteurs, un cocotier adulte donnerait

chaque année un rendement qui peut être évalué à 20 francs

environ.

La _Luffa acutangula_, Roxb. donne des graines qui contiennent

également une notable quantité d’huile.

Le _Niattout_ (_Bdellium africanum_, _Balsamodendron africanum_,

Arnott), Burséracées, donne une huile volatile peu utilisée que

l’on extrait du bdellium.

IV. — =Plantés médicinales.=

Les végétaux de cette catégorie sont excessivement nombreux dans

tout le bassin de la Gambie et la pharmacopée indigène est d’une

richesse remarquable. Nous ne nous occuperons ici que des principales

et passerons sous silence toutes celles si nombreuses auxquelles

les noirs attribuent des vertus plus ou moins problématiques.

Le _Belancoumfo_ (_Ceratanthera Beaumetzii_, Heckel) a été pour

la première fois étudié par M. le professeur Heckel, de la

Faculté des sciences de Marseille. Il appartient à la famille

des Scitaminées, tribu des Mantisiées. Ce végétal croît un peu

partout dans ces régions. Il aime surtout les marigots à eau limpide

et courante. C’est un purgatif et un tænifuge énergique. Les

indigènes du Soudan et de la Haute-Gambie s’en servent couramment ;

mais ils en utilisent principalement les propriétés purgatives. Nous

l’avons trouvé en grande quantité dans le Tenda, le Gamon, le

Dentilia et le Badon. Nous en avons également relevé quelques

échantillons dans le Tiali, mais en petite quantité. Il est

à la côte occidentale d’Afrique ce qu’est le kousso à la

côte orientale. On trouve sur tous ses marchés ses rhizomes qui

sont seuls employés, et il est connu de toutes les peuplades qui

habitent nos colonies du Sénégal, du Soudan et des Rivières du

Sud. Les Mandingues de la Gambie le nomment _Belancoumfo_ ; les

Soussous, _Gogoféré_ et _Gogué_ ; les Sosés, _Baticolon_ ; les

Mandingos, métis portugais de la Casamance, _Cassiou_ ; les Ouolofs,

_Garaboubiré_ ; les Malinkés du Soudan, _Dialili_ ; les Bambaras,

_Baralili_ ; les Kroumans, _Paqué_ ; les Timnés, _Abololo_ ;

les Akous, _Bachunkarico_ ; les Pahouins du Gabon, _Essoun_ ; les

Peulhs, les Toucouleurs, les Sarracolés, _Dadigogo_ (nom formé

des deux mots _dadi_, racine, et _gogo_, nom proprement dit de la

plante). Quoi qu’il en soit, au Soudan, au Sénégal et dans les

Rivières du Sud, c’est surtout sous les noms de _Belancoumfo_

et de _Dadigogo_ que ce végétal est le plus connu.

Arrivée à complet développement, cette plante mesure environ

1 mètre à 1m50 de haut. Elle a absolument l’aspect d’un

roseau flexible, qui s’incline facilement dans le sens du courant

du marigot où elle croît. Ses feuilles ont environ de 12 à 15

centimètres de long sur 3 à 5 de large. Elles sont d’un beau vert,

légèrement velouté à la face supérieure. La face inférieure

est plus pâle et la nervure médiane y est fortement accusée. Leur

pétiole est très allongé et fortement engainant dans la moitié

de sa longueur environ.

Ce végétal présente au point de vue floral un dimorphisme tout

particulier. Les fleurs apparentes, d’après les renseignements

qui nous ont été donnés, sont d’une belle couleur jaune

orangé. M. le Dr Heckel, de la Faculté des sciences de Marseille,

qui a étudié ce végétal dans tous ses détails, a reconnu

que ces fleurs étaient stériles et que les fleurs clandestines,

cleistogames, étaient seules fécondes.

La flore utile du bassin de la Gambie · 第 4 / 13 段