Le _Manioc_ (_Manihot edulis_, H. Bn.) est assez rare dans le bassin

de la Gambie. On ne le trouve guère que dans les régions les

plus méridionales. La variété à laquelle il appartient est le

manioc doux. Les maniocs vénéneux y sont relativement rares. Les

indigènes le plantent par bouture, chaque année, au commencement

de la saison des pluies. Les tubercules sont bons à manger vers

la fin de février. La tige vit plusieurs années, mais elle se

dessèche pendant l’hivernage. Les tubercules, au contraire,

se conservent parfaitement dans la terre pendant toute la saison

sèche, et émettent de nombreux rameaux qui se flétrissent à

leur tour. Mais les tubercules de deux ou trois ans deviennent

durs et coriaces. C’est pourquoi il est préférable, pour la

consommation, de les cueillir chaque année et de multiplier la plante

par boutures. Les indigènes mangent le manioc bouilli et mélangé

à leur couscouss ou simplement cuit sous la cendre. Dans tous les

jardins de nos postes, il est cultivé avec succès. Ses tubercules

sont d’excellents légumes pour les potages, et je me souviens

avoir mangé à Kita des galettes frites à la poêle et faites avec

de la farine de manioc, du sucre et des jaunes d’œufs. Elles

étaient absolument savoureuses et n’auraient été déplacées

dans aucune de nos meilleures pâtisseries. On sait combien le

tubercule du manioc ordinaire (_M. edulis_, Plum.) est vénéneux,

et quelle est la préparation qu’il faut lui faire subir pour le

rendre inoffensif. Il est connu que, dans le manioc doux, le principe

nuisible est très peu abondant et que la cuisson suffit pour le

faire disparaître. On ne saurait en nier l’existence, car les

animaux eux-mêmes sont incommodés s’ils mangent simplement les

feuilles, et meurent empoisonnés s’ils boivent le suc extrait du

tubercule. Le manioc appartient à la famille des euphorbiacées. Il

affectionne surtout les climats pluvieux et est précieux par ce seul

fait que son tubercule se conserve longtemps dans la terre. Quant

à l’aliment qu’il donne, il se digère facilement, est très

rafraîchissant, mais possède peu de principes nutritifs.

L’_Igname_ (_Dioscorea alata_, Plum.), de la famille des dioscorées

(monocotylédones) est peu cultivée. La variété que l’on

rencontre donne un tubercule ovoïde, aplati, de couleur noirâtre,

en général, peu apprécié des indigènes. Quoi qu’il en soit,

cette plante alimentaire prospère à merveille dans toute la région

sud du bassin de la Gambie.

Les _Courges_ et _Calebasses_ sont partout cultivées en grande

abondance dans tous les villages. Les courges sont généralement

semées au pied des cases au début de la saison des pluies. Elles

rampent sur les toits qui, en peu de temps, finissent par

disparaître complètement sous leurs larges feuilles. Les fruits

sont comestibles et cueillis au commencement de la saison sèche,

vers la fin d’octobre. Il en existe un grand nombre de variétés ;

la plus commune, le _Lagenaria vulgaris_, Ser., sert à faire des

vases et des bouteilles. Les indigènes connaissent les propriétés

thérapeutiques des graines de courges et les utilisent, dans

certaines régions, pour expulser le ténia, qui y est très commun.

Le _Calebassier_ (_Crescentia Cujete_, L.) est, au contraire, cultivé

en pleine terre dans les lougans. Son fruit est comestible et sa

coquille, coupée en deux, sert de vase et d’ustensile de ménage.

Le _Gombo_ (_Hibiscus esculentus_, L.), de la famille des malvacées,

se cultive surtout dans les jardins. C’est une plante annuelle

qui atteint de grandes dimensions. Elle aime les terrains humides

et riches en humus. On la sème vers le commencement de juillet et

ses fruits sont cueillis et mangés au commencement de la saison

sèche. Dès que les pluies ont cessé, la plante se dessèche

rapidement et meurt. Les graines germent très rapidement et, en trois

mois, le développement est complet. Les fruits sont oblongs et ont

environ 10 centimètres de longueur sur 3 ou 4 de largeur. La coque

porte des côtes très marquées suivant lesquelles elle s’ouvre

quand elle est sèche. Elle est très pointue au sommet et couverte

de poils. On mange les fruits quand ils sont encore jeunes. Si alors

on en sectionne un transversalement, on trouve les graines noyées

dans une pulpe blanchâtre, visqueuse. A la cuisson, cette pulpe se

transforme en une sorte de mucilage peu savoureux. Elle disparaît

quand le fruit est sec. Les indigènes mangent le gombo bouilli avec

du riz, du couscouss, de la viande ou du poisson. Cuit à l’eau

et assaisonné ensuite à froid, à l’huile et au vinaigre, on en

fait une salade qui n’est pas dédaignée des Européens.

Dans cette catégorie de plantes, nous citerons pour mémoire

l’_arachide_ (_Arachis hypogæa_, L.) dont les graines constituent

un précieux aliment. Dans le cours de ce mémoire, nous ferons de

ce végétal une étude aussi approfondie que possible.

Le _M’Bolon-M’Bolon_ est une petite plante herbacée de

la famille des légumineuses, qui croît dans le Tenda, le

Dentilia, le Konkodougou, le Diébédougou, etc., et dont les

indigènes utilisent les feuilles et les jeunes pousses comme

condiments. Elle peut atteindre au maximum 30 à 40 centimètres

de hauteur. Tige herbacée dont la grosseur ne dépasse jamais

celle du petit doigt. Feuilles lancéolées, longues d’environ

4 centimètres. Leur face supérieure est vert pâle, lisse ;

leur face inférieure, blanchâtre et légèrement rugueuse. Si on

écrase entre les doigts une de ces feuilles, elle exhale une odeur

vireuse très prononcée. Leur saveur est légèrement acidulée. Le

fruit est une gousse à valves excessivement convexes et qui se

dessèchent très rapidement. Ces valves sont transparentes et, à

leur charnière, viennent s’insérer les graines très nombreuses,

petites, ressemblant à celles du radis. Elles se détachent très

facilement de leur point d’insertion et sont presque toujours,

de ce fait, libres dans la gousse.

Les indigènes du Tenda, du Diébédougou et du Konkodougou font

bouillir les feuilles du m’bolon-m’bolon, les réduisent en pâte

qu’ils mangent avec leur couscouss ou bien s’en servent pour

fabriquer une sorte de sauce verdâtre dans laquelle ils trempent

leur poignée de couscouss, ou de riz avant de la manger. Le goût

de ce condiment rappellerait un peu celui des épinards. Il est

cependant moins fade.

Parmi les arbres fruitiers, on remarquera tout particulièrement les

_Dattiers_, _Papayers_, _Bananiers_, _Citronniers_, _Orangers_. Ces

végétaux sont trop connus pour que nous en parlions plus

longuement. De même, nous ne citerons que pour mémoire : le

_Karité_, le _Laré_ ou _Saba_, le _Baobab_ dont nous ferons dans

les chapitres suivants une description aussi complète que possible,

et le _Kola_ qui ne se rencontre pas dans ces régions, mais dont les

noix y sont importées de Sierra-Leone et de Konakry et consommées en

grande quantité par les indigènes. Nous ne nous occuperons ici que

du _Nété_, du _N’taba_, du _Dougoura_, du _Seno_, du _Cantacoula_

et de la _vigne du Soudan_ dont l’histoire botanique est encore

peu connue.

Le _Nété_ ou _Néré_ (_Parkia biglobosa_, H. Benth.) est une

belle légumineuse de la tribu des Parkiées. On la trouve en grande

quantité dans le Bambouck, le Bélédougou et la Haute-Gambie. Il est

facile de la reconnaître à ses feuilles profondément découpées,

qui ressemblent à s’y méprendre à celles de certaines de nos

fougères, et à ses fleurs d’un beau rouge foncé et disposées

en forme de boule à l’extrémité des jeunes rameaux. Son fruit

est une gousse d’une belle dimension en tout semblable à nos

plus beaux haricots. Il contient une douzaine de graines entourées

d’une pulpe jaune relativement assez compacte et abondante. Cette

pulpe est très parfumée. Sèche, elle forme une sorte de farine

que les indigènes mangent volontiers pendant la disette. Les fruits

poussent au nombre de huit ou dix au maximum à l’extrémité des

jeunes rameaux. Ce végétal fleurit de juin à août et ses fruits

ne sont guère comestibles avant le mois de mars de l’année

suivante. Son bois est généralement peu employé.

_N’taba._ Le _N’taba_, que les Ouolofs appellent

encore _N’Dimb_, est une Malvoïdée de la famille des

Sterculiacées. C’est le _Sterculia cordifolia_, Cav. ou _Kola

cordifolia_, Rob. Brown, ainsi nommé parce que ses feuilles sont en

forme de cœur. C’est un des plus beaux végétaux de l’Afrique

tropicale. On le reconnaît aisément à son tronc énorme,

à ses feuilles excessivement larges et à son fruit absolument

caractéristique. Ce fruit, qui vient à l’extrémité des jeunes

rameaux, la forme d’une gousse volumineuse, dont les valves

charnues s’ouvrent à la pression par son arête convexe. Son

extrémité libre est munie d’une sorte d’appendice charnu en

forme d’aiguillon de 0m06 environ de longueur. Quand il est mûr,

il a une couleur rouge clair qui ne peut laisser aucun doute. Il

renferme une douzaine de graines polyédriques noyées dans une

pulpe jaunâtre, savoureuse et excessivement parfumée. C’est

un des meilleurs desserts que j’aie rencontrés au Soudan, et

souvent nous nous en sommes régalés. Les fruits sont accouplés au

nombre de trois, cinq ou sept en faisceaux et adhèrent fortement au

pédoncule et à la tige qui les porte. Ils tombent rarement et, pour

les cueillir, on est obligé de sectionner le rameau qui les porte.

Cet arbre acquiert des proportions gigantesques. Nous en avons vu

dans le Ouli, le Sandougou, le Kantora, à Mac-Carthy, etc., etc.,

des spécimens vraiment remarquables. Dans ces régions, c’est

l’arbre à palabres préféré dans tous les villages, et son épais

feuillage est recherché pendant les heures chaudes de la journée.

Le n’taba habite, de préférence, les terres riches en humus

et les terrains à latérite. On ne le trouve, pour ainsi dire,

jamais sur les bords des marigots. Et, pourtant, il affectionne tout

particulièrement les régions humides. Aussi est-il excessivement

rare dans les régions sablonneuses et les steppes du Soudan. C’est

surtout dans le sud de nos possessions qu’on le rencontre, de

préférence, dans le Sandougou, le Ouli, le Konkodougou, le sud du

Diébédougou, le Damantan, le Niocolo, le pays des Coniaguiés et

des Bassarés, etc., etc. Il se prête cependant assez volontiers à

la culture dans des régions plus septentrionales. Ainsi, à Bammako,

notre excellent ami M. le vétérinaire Körper a obtenu, à ce sujet,

des résultats surprenants et a pu acclimater absolument ce végétal

sur cette partie des bords du Niger. Il ne faut pas oublier que le

n’taba est le congénère du kola. Il est donc permis d’espérer

que l’on pourra arriver un jour à cultiver ce dernier végétal

dans les régions où croît le premier.

Le n’taba est peu utilisé par les indigènes. Dès qu’ils sont

mûrs, les fruits sont mangés avec avidité par les enfants. Dans

certaines régions, à Missira (Sandougou) notamment, il m’a été

dit que ces fruits étaient parfois employés avec succès contre

certaines diarrhées rebelles. Je n’ai jamais eu à le constater.

Le n’taba, suivant les régions qu’il habite, fleurit du mois

de janvier au mois de mars, et les fruits arrivent à maturité du

commencement de juin à la fin de juillet. Il porte des feuilles

pendant toute l’année. Il a été introduit à la Guyane (Maroni).

_Dougoura._ — Le dougoura est un bel arbre, qui atteint des

proportions énormes, et qu’à la forme de sa graine j’ai cru

reconnaître appartenir à la famille des Térébinthacées. Son

tronc volumineux, droit, élancé, s’élève parfois à 6 ou 8

mètres de hauteur. Il émet à ce niveau des branches maîtresses

énormes qui donnent elles-mêmes un grand nombre de rameaux. Son

écorce est épaisse, profondément fendillée, et si on y pratique

une incision intéressant toute son épaisseur, il en découle un

suc blanc, laiteux, épais, poissant les doigts et exhalant une

odeur prononcée de térébenthine. Son bois est blanc, dur, et

parfois les indigènes s’en servent pour fabriquer des mortiers

à couscouss. Ses feuilles, peu épaisses et peu touffues, sont

d’un vert tendre, luisantes, et leur forme rappelle un peu celle

de l’acacia de nos jardins. Je n’en ai jamais vu la fleur. Le

fruit est des plus caractéristiques et permet de reconnaître de

loin l’arbre qui le porte. Il croît à l’extrémité des jeunes

rameaux. Sa forme et sa couleur rappellent celles du citron. Sa

grosseur est celle du poing à peu près. Quand il est vert, il

adhère fortement à la tige qui le porte. Il tombe à maturité

complète et, sous les arbres, le sol en est parfois couvert,

car il est excessivement abondant. Son épicarpe, relativement

épais, laisse couler à l’incision une notable quantité de suc

blanc, semblable à celui que l’on obtient en incisant le tronc,

mais plus fluide. La membrane qui le recouvre est mince, luisante

et de la couleur d’une peau de citron arrivé à maturité. Le

sarcocarpe est formé par une pulpe abondante, d’un jaune clair,

dans laquelle sont noyées les graines qu’entoure un spermoderme

membraneux peu résistant. Cette pulpe, très savoureuse, est

fort appréciée des indigènes et nous nous en sommes fréquemment

régalé. Les graines sont volumineuses. Chaque fruit en contient dix

ou douze au maximum. Elles ont la forme d’une grosse fève dont les

cotylédons énormes se séparent aisément. Elles sont entourées

d’une enveloppe brune qui se détache facilement lorsqu’elles

sont restées quelques heures à l’air et au soleil. L’embryon,

très volumineux, est très apparent. C’est une _Burséracée_

dont il n’a pas été possible de faire la détermination exacte à

cause de l’absence des fleurs. Ce fruit est très rafraîchissant et

constitue une précieuse ressource pour les indigènes de ces régions

qui, dans les temps de disette, en font une abondante consommation.

_Séno._ — Le séno (Bambara et Malinké) est un végétal sur

lequel je ne saurais trop attirer l’attention de ceux qui sont

appelés à voyager au Soudan français. C’est un arbuste de taille

moyenne qui, par son port, son feuillage, ses fruits et ses fleurs,

rappelle absolument une rosacée du genre Prunus. Jusqu’à ce

jour, je l’avais considéré comme tel, n’ayant pu constater que

ses caractères macroscopiques. Mais, après un examen attentif,

M. Cornu, professeur au Muséum d’histoire naturelle de Paris,

est arrivé à le déterminer exactement. C’est une _Olacinée_

du genre _Ximenia_. M. le professeur Heckel, de la Faculté des

sciences de Marseille, la rapproche du _Ximenia americana_ et l’a

nommée _Ximenia Seno_, D. C.

Ce végétal est assez commun au Soudan, surtout dans le Fouladougou,

le pays de Kita, le Manding, le Bambouck, le Dentilia, le

Konkodougou. Il croît, de préférence, dans les terrains pauvres

en humus et dans l’interstice des rochers. Très rare sur les

bords des marigots, il fait également défaut dans les terrains

argileux. Cet arbuste atteint au plus 3 mètres de hauteur. Sa tige,

rarement droite, est difforme, et son diamètre ne dépasse pas 10

centimètres. A sa partie supérieure, elle émet un grand nombre

de rameaux, qui portent, en général, quelques dards acérés

d’environ 3 centimètres au plus de longueur. Ce caractère n’est

pas constant. Ces rameaux ne sont pas parfaitement cylindriques,

ils sont plutôt polyédriques, et leur écorce, au bout de peu de

temps, prend une teinte grisâtre caractéristique. Les feuilles

sont simples, entières, généralement stipulées. Leur face

supérieure est d’un beau vert foncé, et leur face inférieure

est blanchâtre. Elles sont peu abondantes. La fleur est blanche,

régulière, à cinq divisions, et croît à l’extrémité des

jeunes rameaux. Les fruits ressemblent, à s’y méprendre,

à la prune mirabelle. Ils sont moins allongés cependant

et parfaitement sphériques. Ils sont presque toujours très

abondants. Leur grosseur est celle d’une grosse noisette. Verts

quand ils sont jeunes, ils sont d’un beau jaune doré quand ils

sont arrivés à maturité. Tous ceux qui ont voyagé au Soudan les

connaissent parfaitement. Ils possèdent une pulpe peu abondante,

rafraîchissante, d’un goût aigrelet, légèrement aromatique

et très agréable. Le noyau, très volumineux relativement à la

grosseur du fruit, est d’un blanc bleuâtre ou jaunâtre. Il se

laisse facilement broyer sous les dents et est complètement rempli

par une amande d’un beau blanc nacré. Cette amande a un goût

très agréable de laurier-cerise, mais il faut bien se garder de

la manger. Elle contient, en effet, une proportion considérable

d’acide cyanhydrique. L’ingestion de sept ou huit d’entre

elles suffit pour provoquer de graves accidents toxiques. J’en

ai eu un jour un exemple frappant sous les yeux. Dans le courant du

mois d’avril 1888, je faisais route de Koundou à Kita avec M. le

sous-lieutenant Fournier, de l’infanterie de marine, décédé

l’année suivante à Bammako ; à peu près à mi-chemin de

Koundou au village de Siguiféri, où nous devions faire étape,

nous trouvâmes un magnifique séno absolument chargé de fruits

arrivés à maturité complète. Nous en fîmes chacun une ample

provision. J’en mangeai environ une quinzaine, mais sans absorber

une seule amande. Mon compagnon, au contraire, que, par mégarde,

je n’avais pas songé à avertir, en croqua une dizaine à

peu près. Tout se passa bien jusqu’à Siguiféri, où nous

arrivâmes deux heures après. Mais à peine étions-nous installés

à notre campement qu’il se plaignit de nausées et de violentes

coliques. Peu après, quatre heures environ après l’ingestion

des fruits, diarrhée abondante, vomissements fréquents, pâleur

du visage, sueurs profuses et froides, légère stupeur, grande

fatigue générale. J’eus, de suite, l’explication de tous ces

symptômes quand, sur ma demande, il m’eut avoué avoir mangé une

dizaine d’amandes de séno. Vers cinq heures du soir, il se sentit

un peu mieux et nous pûmes nous remettre en route. Mais ce ne fut

que deux jours après qu’il fut complètement rétabli. Pendant

tout ce laps de temps, il éprouva fréquemment de désagréables

nausées et, surtout, une saveur persistante d’amandes amères

qui l’écœurait et l’empêchait absolument de manger.

_Cantacoula._ — Le cantacoula est un arbuste qui a de grandes

ressemblances, par son port et son fruit, avec l’oranger. D’après

E. Heckel, ce serait une _Rutacée aurantiacée_ qui se rapprocherait

beaucoup des _Feronia_ de l’Inde. Les plus beaux spécimens ne

dépassent pas 2 à 3m50 de hauteur, et leur tronc à sa partie

moyenne n’a pas plus de 10 à 15 centimètres de diamètre. Les

feuilles, qui sont d’un vert pâle, rappellent par leur forme celles

de l’oranger. Elles sont généralement rares et tombent dès les

premières chaleurs. Les rameaux portent des dards acérés qui

peuvent atteindre de 4 à 5 centimètres de longueur. Il fleurit

vers la fin de septembre. Ses fleurs, blanches ou jaunes, sont

situées à l’extrémité de petits rameaux et ne tombent guère

que quinze ou vingt jours après leur éclosion. Le fruit qui les

remplace a absolument la forme d’une orange, et sa couleur, quand

il est mûr. Ce fruit possède une coque très épaisse et très

résistante, dans laquelle sont noyées, au milieu d’une pulpe

abondante, trente ou quarante graines de forme discoïde. Cette pulpe,

excessivement acide, est légèrement et agréablement parfumée. Elle

est précieuse pour le voyageur pendant les grandes chaleurs, car

elle est excessivement rafraîchissante et désaltère celui qui en

fait usage. Elle aurait, paraît-il, des vertus astringentes, et les

indigènes l’utiliseraient contre certaines diarrhées rebelles. Le

cantacoula croît, de préférence, dans les terrains pauvres en

humus et surtout dans les terrains à roches ferrugineuses. Il

affectionne tout particulièrement les plateaux rocheux et les

versants dénudés des collines. Son fruit arrive à maturité

complète à la fin de janvier et dans le courant de février. Il

se détache difficilement, et, pour le cueillir, il faut couper le

pédoncule à l’extrémité duquel il s’insère. Les indigènes

utilisent sa coque pour en faire des tabatières et s’en servent

pour fabriquer des récipients dans lesquels ils renferment des

grains de cette espèce d’encens que l’on désigne sous le nom

de _Hammout_, et sur lequel nous reviendrons plus loin.

_Vigne du Soudan._ — Ce végétal est très commun au Soudan. Je

l’ai trouvé un peu partout, mais particulièrement aux environs

de Kayes, à Koundou, à Niagassola, dans le Bondou, le Tiali,

le Niéri, le Ouli, le Bélédougou, le ravin de Soknafi, non

loin de Bammako. Nulle part il n’est cultivé et croît partout

spontanément. Il affectionne particulièrement les terrains bas,

humides et surtout les forêts les plus épaisses et dont le sol est

le plus riche en humus. J’ai remarqué que les pieds qui croissaient

sur les plateaux portaient rarement des fruits. Ils étaient brûlés

par le soleil avant d’avoir produit, et n’arrivaient jamais à

complet développement.

La vigne du Soudan ressemble beaucoup, comme port, aux vignes

américaines et surtout aux espèces _Othello_ et _Hundinckton_

que l’on cultive actuellement en France, mais elle est loin

d’atteindre les dimensions qu’elles acquièrent sous nos

climats. C’est surtout par le feuillage qu’elle s’en rapproche

le plus.

Elle fleurit vers la fin de juillet ou le commencement d’août ;

ses fruits arrivent à maturité complète vers la fin d’octobre ou

au commencement de novembre. Les grappes en sont généralement peu

nombreuses et peu fournies. Nous avons souvent vu des pieds adultes

qui n’en portaient aucune.

Jusqu’à ce jour on en a déterminé cinq espèces principales : les

_Vitis Lecardi_, _Durandi_, _Faidherbi_, _Chantini_ et _Narydi_. Les

trois dernières sont les plus productives. Le _Vitis Faidherbi_

donne un raisin jaunâtre et le _Vitis Narydi_ un raisin très

doré. Quant à l’espèce _Lecardi_, qui est surtout très commune

sur les bords du Niger, elle produit un grain violet noirâtre,

qui n’a que peu de saveur.

Les grains de toutes les espèces de vignes du Soudan sont

petits. Leur grosseur ne dépasse pas celle d’un gros pois. La

pulpe est peu abondante, et les graines très volumineuses. C’est,

du reste, la caractéristique de la majeure partie des fruits non

cultivés des pays chauds. Cette pulpe a légèrement le goût du

raisin, et encore n’arrive-t-on à le découvrir qu’avec la plus

grande bonne volonté. On a fait à ces végétaux une réputation

qu’ils sont loin de mériter, et certains utopistes leur ont

attribué une importance que, dans l’état actuel des choses,

ils sont loin d’avoir. Peut-être arrivera-t-on, par la culture,

à les améliorer et à en augmenter la production, mais bien des

siècles s’écouleront encore avant qu’on ait pu en tirer un

produit qui puisse rappeler de loin les vins de nos plus mauvais crus.

Il existe encore dans le bassin de la Gambie un grand nombre

d’autres végétaux dont les fruits sont comestibles. Nous estimons

qu’il serait fastidieux, dans cette revue rapide, d’en donner

l’énumération et d’en faire la description. Aussi avons-nous

cru ne devoir parler que des plus intéressants.

II. — =Végétaux pouvant être utilisés pour le tannage.=

Il existe en Gambie de nombreuses espèces végétales qui pourraient

être utilisées avantageusement par l’industrie du tannage. Nous

citerons les principales.

L’_Anacarde_ ou _Acajou à pommes_ (_Anacardium occidentale_,

L.), famille des Térébinthacées, est relativement rare dans ces

régions. On ne le rencontre guère que dans le Konkodougou et le

Niocolo. C’est un arbre de taille moyenne, qui croît généralement

dans les terrains humides. Ses feuilles sont simples, ovales, obtuses

au sommet. Ses fleurs sont disposées en panicules terminales ; leur

corolle, plus longue que le calice, est à cinq divisions. Le fruit,

qui est connu sous le nom de _Noix d’acajou_, est réniforme, à

péricarpe coriace, creusé d’alvéoles remplies d’une huile

visqueuse, noirâtre et caustique. Amande blanche, réniforme,

huileuse, de saveur douce et agréable. La noix d’acajou est

suspendue, par sa base plus renflée, à l’extrémité supérieure

d’un corps charnu, piriforme, dû au développement anormal

du réceptacle. Ce corps, nommé _Pomme d’acajou_, est sucré,

acidulé, un peu âcre.

L’écorce de l’anacarde donne à l’incision une résine jaune

et dure que l’on désigne sous le nom de _Gomme d’anacarde_. Les

feuilles de ce végétal sont riches en tannin et pourraient être

utilisées avec avantage pour préparer les peaux d’animaux.

Le _Manguier_ (_Mangifera indica_, L., _Mangifera domestica_,

Gærtn) appartient encore à la famille des Térébinthacées. Il

est excessivement rare. D’après Avequin, l’amande de son fruit

est très astringente et contient beaucoup d’acide gallique.

La flore utile du bassin de la Gambie · 第 3 / 13 段