_Haricots._ — Les haricots (_Phasæolus vulgaris_, L.), que les

Ouolofs désignent sous le nom de _Niébés_ et que les Malinkés

et les Bambaras appellent _Soo_ ou _Soso_, sont l’objet d’une

culture relativement importante. Cette plante alimentaire demande

un terrain légèrement humide, relativement riche en humus et

situé surtout à l’abri des rayons du soleil. Aussi, les semis en

sont-ils généralement faits dans les lougans de mil et de maïs. On

y procède, d’habitude, dans les premiers jours d’août, quand

ces deux céréales ont atteint déjà une certaine hauteur. On

pratique simplement, à l’aide d’un petit morceau de bois, des

trous d’environ quatre à six centimètres de profondeur, dans

lesquels on place une ou deux graines au plus, que l’on recouvre

d’un peu de terre. La plante germe rapidement et la récolte se

fait vers le commencement de décembre au plus tard. Il en est de

deux espèces différentes qui, elles-mêmes, se divisent en un grand

nombre de variétés. L’une a absolument l’aspect de nos haricots

nains et l’autre affecte le port de nos haricots grimpants. Ses

rameaux rampent sur le sol et s’étendent parfois au loin. Ces deux

espèces donnent des fruits qui diffèrent surtout par la forme et la

couleur. Il en est de ronds, d’ovoïdes, de discoïdes, de roses,

de blancs, de jaunes, de gris et de mouchetés. Ces deux dernières

variétés sont les meilleures, les plus recherchées et celles qui se

conservent le mieux. Les autres sont presque toujours attaquées par

les insectes. La récolte faite, les gousses sont mises à sécher,

au soleil, sur le toit des cases, et les graines, bien nettoyées,

sont conservées dans des paniers _ad hoc_ ou dans des récipients

en terre, où elles sont à l’abri de l’humidité.

Les indigènes mangent les haricots bouillis. Au Sénégal, on les

mélange au couscouss et, avec différentes sortes de viandes, on en

fait un plat connu sous le nom de _baci-niébé_ et qui est apprécié

même par les Européens. Ce légume, d’un goût très parfumé,

pourrait remplacer avantageusement le fayol que l’on fait venir de

France pour la ration des troupes. Sa valeur commerciale est environ

de 12 francs les 100 kilog. Nous estimons qu’il serait profitable

d’en favoriser la propagation et d’en augmenter la culture.

On trouve encore assez communément, dans le Niocolo surtout,

d’énormes haricots auxquels les indigènes donnent le nom

de _Fanto_. Ils sont donnés par une légumineuse (Phaséolée

papilionacée) qui atteint des dimensions énormes. Dans les

villages de culture, on la sème autour des cases, et, en peu

de temps, ses rameaux ont bien vite couvert celle à laquelle ils

s’attachent. Elle est, d’une façon générale, peu cultivée ; on

lui préfère le petit haricot nain dont nous venons de parler. Dans

tout le Soudan, il en existe un grand nombre de variétés qui ne

diffèrent entre elles que par la couleur de la graine. Il en est,

en effet, de violettes, de mouchetées, de rouges, de noires, de

bleuâtres, de blanches, etc., etc. Cette dernière est la plus

commune. Cette légumineuse donne une gousse longue d’environ

douze centimètres, large de trois à cinq, légèrement rosée et

excessivement dure et résistante. Sa couleur, lorsqu’elle est

mûre, est d’un blanc légèrement jaunâtre. Cette gousse contient

huit ou dix semences excessivement volumineuses, ayant à peu près

la grosseur d’une noisette, longues d’environ deux centimètres

à deux centimètres et demi, larges d’un centimètre et dont les

deux faces sont légèrement bombées. Leur couleur est d’un blanc

nacré éclatant. Les indigènes les mangent rarement. Ce n’est

guère que dans les années de disette qu’ils y ont recours, car

ces graines sont excessivement dures, coriaces. Il faut les faire

bouillir pendant des journées entières, afin de les ramollir, pour

qu’elles puissent être mangées. Leur goût est excessivement

fade et loin d’être agréable. On ne peut guère les manger que

mélangées avec du mil ou du maïs, et surtout après les avoir

fortement épicées et pimentées. De plus, les indigènes les

accusent de donner une maladie qui ferait tomber les dents.

Dans tout le bassin de la Gambie, nous n’avons rencontré qu’une

seule variété de _doliques_. C’est le _Dolichos Lablab_,

L. Le port de cette légumineuse papilionacée rappelle celui du

haricot. Il n’y a guère, dans toute cette région, que les Diolas,

les Coniaguiés et les Bassarés qui la cultivent, et encore sur

une bien petite échelle. Sa tige et ses feuilles constituent un bon

fourrage pour les animaux ; les bœufs, chèvres et moutons en sont

particulièrement friands.

_Patates douces._ — La patate (_Ipomœa Batatas_, Poir.), de la

famille des convolvulacées, est également très cultivée, mais

surtout dans les régions humides et bien arrosées. On en fait

de beaux lougans dans le Sandougou, le Niani, le Kalonkadougou et

à Mac-Carthy. Elle pousse très rapidement et ses ramifications

souterraines prennent, en peu de temps, un développement si

considérable, qu’il est difficile d’en débarrasser le terrain

où elle s’est implantée. Les indigènes la plantent de deux

façons : ou bien par bouture ou bien encore par une méthode

mixte, qui consiste à faire germer en terre des tubercules sur

lesquels on prend ensuite des boutures que l’on pique à environ

soixante centimètres les unes des autres. En peu de temps, elles

émettent en tous sens des rameaux qui rampent sur le sol, où ils

s’implantent par des racines adventives multiples. Au bout de

deux ou trois mois, il se forme au pied de la plante des tubercules

farineux qui grossissent pendant toute la saison des pluies, et que

l’on récolte au début de la saison sèche, quand les feuilles

commencent à jaunir. La sécheresse est préjudiciable à la patate,

aussi ne la cultive-t-on que pendant l’hivernage.

Il en existe un grand nombre de variétés qui ne diffèrent, du

reste, entre elles, que par la forme et la couleur. Il en est de

longues et de rondes ou plutôt ovoïdes. Les unes sont blanches,

les autres jaunâtres, d’autres enfin légèrement rosées. Ces

dernières sont, d’ailleurs, d’une qualité supérieure.

Le goût de la patate rappelle un peu celui de la pomme de terre,

mais il est plus sucré. De plus, sa chair est parsemée de nombreux

filaments désagréables quand on la mange. Les indigènes la font

bouillir ou cuire sous la cendre. Les Européens en font de bonnes

fritures, d’excellents potages et de succulentes purées. Cuite

dans un sirop de sucre, elle sert à confectionner un entremets dont

le goût rappelle celui du marron glacé.

Les feuilles constituent un excellent fourrage pour les animaux. La

patate se conserve peu de temps pendant la saison sèche. Elle est

attaquée par les insectes et pourrit rapidement.

_Dioscorea bulbifera_, L., Dioscoréacées. — Dans la _Revue des

sciences naturelles appliquées_, M. le prof. Heckel vient de publier,

en collaboration avec le prof. Schlagdenhauffen, de Nancy, une étude

des plus intéressantes sur le _Dioscorea bulbifera_. Cette plante

alimentaire, que l’on trouve en si grande abondance au Gabon-Congo,

à la Nouvelle-Calédonie et dans l’Inde, existe également

au Soudan et notamment dans le bassin de la Gambie. L’étude du

prof. Heckel que nous venons de relire nous l’a remise en mémoire

et, vu la nouveauté de ce travail original, nous croyons devoir

dire ici quelques mots de l’histoire botanique de ce végétal.

Le _Dioscorea bulbifera_ est une dioscoréacée à rhizome tubéreux,

allongé transversalement, arrondi et presque sphérique, de couleur

noirâtre, rugueux, ridé, couvert de fibrilles radiculaires. Tige

grêle, cylindrique, tordue, striée, volubile à gauche. Feuilles

alternes, larges, cordiformes, étalées, entières, luisantes en

dessus, nervées, un peu ondulées sur les bords et terminées par

une pointe scarieuse. Inflorescence en longs épis axillaires ou

terminaux. Fleurs dioïques, petites. Périgone petit, violacé. Six

étamines, ovaire infère, triloculaire. Loges biovulées. Le fruit

est une capsule trigone, comprimée, triloculaire, à déhiscence

loculicide. Graines ailées. De l’aisselle des feuilles supérieures

naissent des bourgeons qui se transforment en bulbes de formes

diverses, plus ou moins volumineux, grisâtres, rugueux, bosselés

et de dimensions très variables. En germant, ils donnent naissance

à une ou plusieurs tiges.

Ces bulbes sont toxiques. Mais, après les avoir soumis à des lavages

répétés, les indigènes de la Nouvelle-Calédonie, les Pahouins,

les M’Pongués, les Mandingues du Sud, les Soussous, etc., etc.,

en font un usage alimentaire journalier, particulièrement en temps

de disette.

Il résulte de l’analyse chimique que les prof. Heckel et

Schlagdenhauffen ont faite de ces bulbes « qu’ils contiennent en

réalité, à côté de substances alimentaires (_fécule, matières

albuminoïdes, saccharose_, etc.), un principe amer et toxique. Mais

il est facile de s’en débarrasser, comme l’indique M. de Lanessan

(_Plantes utiles des colonies françaises_), par des lavages à

l’eau alcaline ou, plus simplement encore, comme le pratiquent les

indigènes néo-calédoniens et ceux des Rivières du Sud (Afrique

tropicale), par un simple lavage à l’eau ordinaire. Bien plus, il

n’est pas nécessaire de râper les bulbes avant de les soumettre

à ce lavage : il suffit de les couper en tranches comme des pommes

de terre. Celles-ci, préalablement trempées dans l’eau pendant

deux à trois heures, perdent la substance toxique. Un mets de

ce tubercule ainsi traité, et sauté au beurre ou mis en salade,

remplacerait évidemment notre classique pomme de terre accommodée

de la même façon. Par cette opération très facile, la totalité

du principe amer disparaît. On peut donc classer les bulbes aériens

de ce _dioscorea_ à côté des produits similaires souterrains du

_Jatropha manihot_, L., qui, doués aussi d’une certaine toxicité,

peuvent être débarrassés de leur poison par un simple lavage à

l’eau après avoir été râpés.

Il résulte aussi nettement de cet examen chimique que, selon toute

vraisemblance, ces tubercules, quand ils sont absorbés à l’état

naturel par les bestiaux avec leur fourrage, peuvent, doivent même,

suivant la quantité qui en est ingérée, et suivant le poids de

l’animal, par rapport à la dose de toxique introduite dans les

organes, déterminer des accidents mortels. »

Quant aux tubercules souterrains du _Dioscorea bulbifera_, il

résulte de l’analyse faite par les mêmes auteurs, « qu’ils se

distinguent très nettement des bulbes aériens de la même plante

en ce _qu’ils ne renferment pas de matière toxique amère_ et

qu’ils contiennent beaucoup moins de fécule et beaucoup moins de

matières albuminoïdes. A tous ces points de vue, ils sont donc

moins nutritifs. Mais, pour servir à l’alimentation en cas de

disette, ils n’auraient pas besoin de subir le lavage préalable

nécessaire pour débarrasser les bulbes aériens de leur matière

amère et toxique. »

_Tacca involucrata_, Schu. et Thön. — Cette plante alimentaire

appartient encore à la famille des dioscoréacées et a encore été

étudiée par Heckel et Schlagdenhauffen dans la _Revue des sciences

naturelles appliquées_. Elle est très commune au Gabon-Congo, où

les indigènes lui donnent le nom de _pembarogué iba_. Binger l’a

trouvée dans la boucle du Niger, où elle est appelée _bouré_

en langue dagomsa, et aux environs de Médine. Les Khassonkés

la désignent sous le nom de _sangatamba_. C’est ainsi que

l’appellent également les Malinkés de Koundou et les Mandingues

de la Gambie, où nous en avons relevé quelques échantillons.

Le _Tacca involucrata_ constitue une espèce voisine de _Tacca

pinnatifida_, Forst. Pour l’examen chimique de ses tubercules,

on a procédé comme pour le _Dioscorea bulbifera_. Chaque

plante en porte deux, un jeune très petit et un autre de

l’année précédente, plus ancien et plus ridé (comme dans

les orchidées). L’un et l’autre ont été consciencieusement

étudiés, et il en est ressorti ceci, à savoir que « leur

valeur nutritive est sensiblement la même que celle du _Dioscorea

bulbifera_ et diffère considérablement de celle des autres produits

alimentaires rapprochables. Cette conclusion justifie pleinement la

_similitude_[2] de la dénomination imposée par les M’Pongués à

ces deux tubercules abondants sur le sol gabonais ; mais elle met

dans toute son évidence aussi la pauvreté de cet aliment, auquel

on ne peut évidemment recourir qu’en cas de disette absolue. Il

n’en est pas de même du bulbe aérien du _Dioscorea bulbifera_,

qui est très nutritif, et qui, partant, mérite d’être cultivé

et propagé dans toutes nos colonies françaises tropicales. Il est

certain que la culture en améliorera les produits.

Mais on ne doit point s’étonner de voir une similitude de

composition chimique si rapprochée entre des rhizomes tubéreux

appartenant à deux plantes dont les familles présentent des

affinités reconnues par tous les botanistes (dioscoracées et

taccacées). Certains auteurs ont même confondu en un tout ces

deux familles, qui ne se différencient, du reste, que par le

port, par le nombre des graines contenues dans l’ovaire à trois

loges, enfin, par la structure interne des graines. Lindley, qui

avait le sens des affinités très accusé, reconnaît sous le nom

commun de _dictyogènes_ (ainsi nommées à cause de la disposition

réticulée des nervures foliaires) l’ensemble des _taccacées_,

des _dioscorées_ et des _smilacées_.

Nous avons établi, par la similitude de composition chimique du

rhizome, un lien de plus entre les deux premières familles de

ce groupe.

Tout nous porte à supposer que les tubercules de _Tacca

pinnatifida_ ont une composition approchée de celle de _Tacca

involucrata_. Cependant ils paraissent renfermer beaucoup plus

de fécule. »

Le _Piment_ qui est le plus généralement cultivé par les indigènes

appartient à cette variété que l’on désigne sous le nom de

_poivre de Cayenne_ (_Capsicum frutescens_, L., solanées). Il est

rouge vif, long de 20 à 30 millimètres, large de 7 à 9 à sa base,

rétréci au voisinage du calice qui est cupuliforme. Son odeur

est très forte, caractéristique, et sa saveur d’une âcreté

insupportable. Les noirs en sont très friands et s’en servent

pour assaisonner leur couscouss, dont il relève le goût fade

et écœurant. Le piment est, de plus, regardé par eux comme un

véritable spécifique contre les hémorroïdes. Pour l’administrer,

ou bien ils se contentent de le mélanger à doses assez fortes avec

les aliments, ou bien ils le pilent quand il est sec et absorbent

dans du lait 3 ou 4 grammes de la poudre ainsi obtenue. Il faut avoir

le palais des noirs pour ingurgiter une semblable mixture. Mais,

administrée dans du pain azyme, la poudre de piment ainsi préparée

ne cause aucun désagrément. Nous avons pu en faire nous-même

l’expérience, et le résultat que nous avons obtenu a été

satisfaisant sous tous les rapports.

_Poivre._ — Ce que les indigènes désignent sous le nom de

_poivre_ et que les Ouolofs appellent _enoué_ et les Malinkés

et Bambaras _niamoco_, n’est autre chose que la graine d’une

amomée, l’_Amomum melegueta_, Roscoë, qui est très commune au

Fouta-Djallon et que l’on rencontre aussi en grande quantité au

Niocolo et dans les montagnes du Manding. C’est une plante vivace

à rhizome charnu et à feuilles engainantes dont le fruit est une

capsule à trois loges polyspermes et à déhiscence loculicide. Les

semences sont grosses comme des grains de poivre, anguleuses,

de couleur brun rougeâtre, très odorantes, à saveur âcre et

brûlante, rappelant celle du poivre. On ne le trouve qu’en très

petites quantités sur les marchés, où il est apporté par les

Dioulas qui viennent du Fouta-Djallon. Il est alors contenu dans les

coques de ces fruits qui ressemblent à des oranges, que les Malinkés

désignent sous le nom de _cantacoula_, et dont les Toucouleurs

se servent pour enfermer la résine du hammout. Afin qu’elles

se tiennent fraîches, ces graines sont toujours mélangées de

feuilles du végétal, que les Dioulas ont soin de mouiller un peu,

surtout pendant la saison sèche. Les indigènes ont un goût très

prononcé pour ces graines. Ils les mangent sèches, entières,

en les puisant une à une dans la coque qui les renferme. Les

Toucouleurs surtout en sont particulièrement amateurs et ils en

ont toujours dans la poche de leur boubou. Réduites en poudre,

ils s’en servent encore pour assaisonner leur couscouss. Enfin,

le niamoco entre dans la composition d’un fard dont font usage,

pour se parer, les Toucouleures, les Peulhes et les Mauresques.

_Oseille._ — Dans les jardinets qui entourent généralement les

villages, on trouve deux variétés d’oseille dont les indigènes

sont excessivement friands. Les noirs de la Gambie leur donnent

le nom de _dakissé_, bien qu’elles diffèrent profondément

l’une de l’autre. L’une n’est qu’un _Rumex_ (polygonées)

de la section des _Acetosella_, dont elle présente tous les

caractères. Elle est surtout cultivée dans les jardins. L’autre

est, au contraire, une malvacée. C’est l’_Hibiscus sabdariffa_,

L., connu surtout sous le nom d’_oseille de Guinée_. On la

rencontre particulièrement dans les lougans d’arachides, où

elle est semée en bordure. Ses feuilles, sa tige et son fruit sont

utilisés comme condiments. Ses différentes parties ont à un haut

degré les caractères propres des malvacées. Ses graines sont

très appréciées et entrent dans la composition des sauces avec

lesquelles sont mangés les couscouss. Elles sont auparavant soumises

à une préparation toute spéciale. Aussitôt après la récolte,

elles sont mises, alors qu’elles ne sont pas encore sèches, à

bouillir dans l’eau pendant quelques minutes. Retirées du liquide

et bien égouttées, elles sont étendues sur des nattes fines et

séchées au soleil. Elles exhalent alors une odeur épouvantable,

et telle que 2 ou 3 kilog. suffisent pour empoisonner un village

entier. On juge ce que ce doit être quand, dans chaque famille,

on se livre à cette opération. Quand elles sont bien séchées,

elles sont enveloppées dans du calicot ou de la guinée, et ces

petits paquets sont suspendus à l’intérieur de la case, aux

rayons du toit qui la recouvre. Elles peuvent, ainsi préparées,

se conserver indéfiniment. Quand on veut s’en servir, on en pile,

dans le mortier à couscouss, la quantité dont on a besoin, et on

la réduit en poudre absolument impalpable. Cette poudre sert, comme

nous l’avons dit plus haut, à assaisonner certaines sauces. Il faut

avoir soin de n’en fabriquer que la quantité dont on a absolument

besoin, car elle perd rapidement son arome et devient insipide. Le

goût qu’elle donne aux aliments est loin d’être succulent,

mais, somme toute, il est parfaitement supportable. Je doute cependant

qu’il ait quelque succès dans la cuisine européenne.

_Tomates._ — Il existe dans tout le bassin de la Gambie une

solanée que les indigènes désignent sous le nom de _Diakato_

et qui, par son port, ses fleurs et ses fruits, rappelle la tomate

des pays tempérés. Elle en diffère sensiblement pourtant. Ainsi,

quand la plante est arrivée à complet développement, elle n’a

pas besoin de support pour soutenir ses rameaux. Sa tige est plutôt

arborescente. Elle ne rampe pas ; elle se dresse, au contraire,

vigoureusement. Par ce caractère, elle se classe tout naturellement

dans la catégorie des solanées arborescentes. Ses fleurs, toujours

très nombreuses, ressemblent absolument aux fleurs de nos tomates,

mais elles sont de couleur légèrement violacée. Ses feuilles sont

bien moins profondément découpées. Elles présentent une curieuse

particularité. Les nervures principales, à leurs faces inférieures,

sont très saillantes et sont munies de plusieurs épines légèrement

molles, très adhérentes cependant, et très acérées. On les

trouve encore sur les jeunes rameaux. La tige principale et ses

premières divisions en sont dépourvues. La face supérieure des

feuilles est d’un vert luisant, et la face inférieure, blanchâtre

et légèrement veloutée. Les fruits ressemblent à ceux de la

tomate ordinaire, mais sont un peu plus petits. Leur forme et leur

disposition intérieure sont les mêmes. Leur goût est, par contre,

tout différent. Au lieu d’être acide, comme cela a généralement

lieu, ou sucré, il est excessivement amer. Cette amertume est surtout

très prononcée quand ce fruit est mangé cru. Elle disparaît un

peu quand il est cuit. La couleur de ce fruit n’est jamais d’un

rouge vif, comme celle de nos tomates. Elle est jaune pâle et rouge

écarlate mélangés.

Les semis se font vers la fin de mai. Quand la plante a atteint

environ 8 à 10 centimètres de hauteur, elle est repiquée dans

les jardins. Les pieds sont placés à environ 30 centimètres les

uns des autres. Cette opération s’effectue généralement dans

les premiers jours de juillet. La floraison a lieu en août, et les

fruits arrivent à maturité en octobre et en novembre.

Les indigènes mangent cette tomate crue ou cuite, et, dans ce dernier

cas, elle leur sert surtout à assaisonner leur riz. Nous avons

souvent, au cours de nos voyages, mangé de ce riz ainsi préparé,

et nous l’avons toujours trouvé plus savoureux. Cette espèce

tient, par sa tige, ses feuilles et ses fleurs, au groupe _Melongena_

du genre _Solanum_.

Il existe encore dans toute cette région une solanée qui donne de

magnifiques petits fruits rouges de la grosseur d’une cerise et que

l’on trouve en abondance sur tous les marchés du Soudan. C’est

la _tomate cerise_. Elle croît partout en grande quantité, et,

dans beaucoup de villages, elle tapisse les clôtures en bambous

des jardins. Son port est absolument le même que celui de nos

tomates des climats tempérés. Sa feuille et sa fleur ont les

mêmes caractères. Elle se développe spontanément et n’a besoin

d’aucune culture. Les indigènes la mangent crue, ou bien s’en

servent comme condiment. Son goût aigrelet et rafraîchissant

la fait rechercher des Européens, et il n’est pas de poste où

elle ne paraisse, chaque jour, régulièrement sur la table. On la

mange comme hors-d’œuvre avec ou sans sel, ou bien en salade, ou

bien en omelette. Elle entre également dans la composition d’un

excellent potage.

Nous croyons, à ce sujet, devoir mentionner ici combien dans

les pays chauds notre tomate d’Europe dégénère, afin de bien

faire ressortir que ce fruit, tel que nous l’obtenons, n’est

absolument qu’un produit de la culture. La première année, les

plantations donnent un fruit absolument identique quant à la forme,

à la grosseur, au goût et à la couleur, à notre tomate. Si on

sème, l’année suivante, les graines récoltées sur place,

on n’obtient plus qu’une tomate de la grosseur d’une noix

au plus et dont la forme, au lieu d’être discoïde, est devenue

parfaitement oblongue. L’acidité est moins prononcée aussi. Semons

des graines de cette dernière récolte, et nous n’avons plus

alors que la tomate cerise. Quels que soient les procédés de

culture que l’on emploie, c’est à cet inévitable résultat

que l’on arrive toujours fatalement. Nul doute que le climat et

la nature du sol n’influent sur ces transformations rapides. Deux

années suffisent pour ramener la plante améliorée par la culture

à l’échantillon origine. Nous avons observé le fait sur bien

d’autres végétaux, et nous sommes persuadé que, sous les climats

tropicaux, tout ce qui vit et se cultive sous les climats tempérés

ne tarde pas à s’étioler et à dégénérer. Le règne végétal

suit en cela les mêmes règles que le règne animal.

_Oignon._ — Cette plante potagère est surtout cultivée par

les peuples de race mandingue. On n’en trouve que rarement et

en très petite quantité dans les villages de race peulhe. Autour

des villages bambaras et malinkés, on trouve bon nombre de petits

carrés de jardins ensemencés avec soin. On choisit, de préférence,

une terre riche en humus. Elle est proprement préparée et on n’y

voit jamais le moindre brin d’herbe. Les semis sont faits avec la

plus grande régularité et chaque pied distant de son voisin de 25

centimètres. Plantés vers la fin de l’hivernage, en octobre,

la récolte se fait vers la fin de décembre. Chaque jour, les

femmes et les enfants, à l’aide de calebasses, procèdent à

l’arrosage. Ils se servent de ce légume pour assaisonner leur

couscouss. L’oignon du Soudan est bien plus petit que celui de

nos climats tempérés. La grosseur est à peu près celle d’une

noix. La saveur est excessivement sucrée, et il est très recherché

par l’Européen qui s’égare dans ces contrées. Avec les queues,

on assaisonne les omelettes, les sauces, et les bulbes sont mangés en

salade ou comme condiments. C’est pour l’estomac de l’Européen,

délabré par le climat et la mauvaise alimentation, un des meilleurs

excitants de l’appétit et surtout le plus inoffensif.

La flore utile du bassin de la Gambie · 第 2 / 13 段