Les mouvements ordonnés sur la droite de Napoléon s'étaient exécutés

aussi ponctuellement. C'était le prince Eugène qui devait occuper

cette partie de la ligne, et former la liaison avec le maréchal

Davout sur le Dniéper. Après avoir rallié son monde et ses équipages

à Nowoi-Troki (voir les cartes n{os} 54 et 55), il en était parti,

avait suivi la route de Minsk jusqu'à Smorgoni, puis l'avait coupée,

et s'était porté à Wileika. Le général Colbert, renvoyé en arrière

avec les lanciers rouges par le maréchal Davout, l'y avait précédé,

et avait sauvé quelques magasins. Le prince Eugène s'y procura pour

deux jours de vivres, ce qui lui vint fort en aide, et il continua

sa route par Dolghinow jusqu'à Bérézino, aux sources de la Bérézina.

En cet endroit, un canal, dit canal de Lepel, réunissait la Bérézina

qui est un affluent du Dniéper, avec l'Oula qui est un affluent

de la Dwina. On peut donc considérer ce canal comme la jonction

de la mer Noire avec la Baltique. Il s'y trouvait des bateaux, et

des approvisionnements que les Russes n'avaient pas eu le temps de

détruire. Le prince Eugène s'appliqua à les recueillir, et surtout à

veiller au maintien d'une navigation qui pouvait être fort utile à

l'armée. Le 21 il devait être rendu à Kamen, et n'avait plus qu'un

pas à faire pour toucher à la Dwina, entre Oula et Beschenkowiczy, à

un endroit où cette rivière est si facile à franchir qu'en été on la

traverse à gué.

[Note en marge: Napoléon se trouve en face de Barclay de Tolly avec

une masse de deux cent mille hommes.]

Napoléon avait ainsi tous ses corps à sa portée, et disposait de près

de 200 mille hommes, répandus sur un espace de quelques lieues. La

marche avait, il est vrai, encore réduit le nombre des combattants;

mais sans Macdonald, posté à gauche, sans Davout et le corps de

Jérôme, restés au loin sur la droite, Napoléon avait au moins 190

mille hommes présents au drapeau, et les meilleurs de toute l'armée.

Il pouvait donc accabler Barclay de Tolly, et se préparait en effet

à franchir la Dwina sur la gauche de celui-ci, pour le tourner et

l'envelopper, comme il en avait formé le projet. Jusqu'ici tout

marchait selon ses désirs. Il n'attendait, pour exécuter ses grands

desseins, que l'arrivée de la grosse artillerie, toujours un peu

en retard, et comptait être en mesure d'agir du 22 au 23 juillet.

En attendant il s'occupait avec son activité accoutumée de créer

à Gloubokoé une étape pourvue de tout ce qui est nécessaire à une

armée. Il avait trouvé, outre le couvent qu'il occupait, d'autres

couvents assez riches. Le voisinage du canal de Lepel offrait aussi

des ressources. Avec ces divers moyens, il avait ordonné de préparer

des magasins, des hôpitaux et une manutention. Vingt-quatre fours

étaient déjà en construction, et tout promettait entre Wilna et

Witebsk un point intermédiaire bien approvisionné.

[Note en marge: Importance des mouvements du maréchal Davout, et leur

simultanéité avec ceux de Napoléon.]

[Note en marge: Le maréchal Davout à Mohilew.]

Tandis que Napoléon opérait son mouvement, le maréchal Davout

continuait le sien, qui, sans avoir la même importance, en avait

une fort grande encore, puisqu'il s'agissait d'arrêter Bagration à

Mohilew, et, en lui interdisant le passage du Dniéper sur ce point,

de le forcer à redescendre plus bas, et à exécuter un long détour

pour rejoindre par delà le Dniéper et la Dwina, la grande armée de

Barclay de Tolly. Le succès de la résistance du maréchal Davout

importait donc au succès de la manoeuvre de Napoléon, puisqu'elle

devait retarder la jonction de Bagration avec Barclay, et les obliger

à se réunir plus loin et plus tard. Si le maréchal Davout avait

eu tout le corps du roi Jérôme sous la main, il eût non-seulement

arrêté, mais accablé Bagration. Malheureusement les troupes du roi

Jérôme, comme on l'a vu, dès qu'elles ne passaient plus par Bobruisk

avaient six à huit jours de marche à faire pour le rejoindre, et

il était avec les divisions Compans, Dessaix et Claparède, et une

division de cuirassiers, à Mohilew, où il avait couru en toute hâte,

pour barrer le chemin à Bagration. (Voir les cartes n{os} 54 et 55.)

Le reste de sa cavalerie était répandu à gauche pour le lier au

prince Eugène, et à droite pour veiller sur les troupes polonaises et

westphaliennes actuellement en marche.

[Note en marge: Détour du prince Bagration pour éviter le maréchal

Davout.]

Quant au prince Bagration, ayant traversé librement la Bérézina

à Bobruisk, sans y être accablé par Davout et Jérôme réunis, il

se regardait comme sauvé, car en arrière il avait pour se couvrir

contre Jérôme la place forte de Bobruisk, et par devant il espérait

atteindre le Dniéper à Mohilew sans rencontrer d'obstacle. Il ne

croyait pas y trouver encore le maréchal Davout, et, en tout cas, il

commençait à ne plus le craindre, étant renseigné assez exactement

sur les forces de ce maréchal. Le 21 au soir, en effet, il approchait

de Mohilew, avait ainsi franchi l'espace qui sépare la Bérézina du

Dniéper, et comptait environ 60 mille hommes prêts à combattre.

[Note en marge: Forces dont le maréchal Davout dispose à Mohilew.]

[Note en marge: Chaude alerte le 21 juillet au soir.]

Le maréchal Davout, comme nous venons de le dire, occupait Mohilew

avec les divisions Compans, Dessaix, Claparède. Ses forces, réduites

par la marche, l'étaient aussi par les détachements qu'il avait été

obligé de laisser dans plusieurs postes. Il avait placé à Minsk

le 33e léger, pour s'y rallier et y tenir garnison, et il avait

été contraint de répandre sa cavalerie dans un espace immense,

pour se lier aux troupes de Jérôme d'un côté, à celles de Napoléon

de l'autre. Il n'avait conservé sous la main que les cuirassiers

Valence, avec la cavalerie légère des généraux Pajol et Bordessoulle,

et pouvait présenter à l'ennemi 22 mille hommes d'infanterie, 6 mille

de cavalerie, c'est-à-dire 28 mille combattants contre 60 mille.

Mais grâce à la qualité de ses soldats et à la nature des lieux, il

craignait peu l'ennemi, et n'était pas plus troublé à Mohilew qu'il

ne l'avait été jadis à Awerstaedt. Le 21 au soir, ses troupes eurent

une chaude alerte. La cavalerie légère de Bordessoulle était sur

la route de Staroi-Bychow, par laquelle arrivait l'avant-garde de

Bagration. Un escadron placé aux avant-postes fut assailli par le

corps de Platow, et fort maltraité. Heureusement que le 85e de ligne,

établi en arrière, arrêta par sa fusillade les nombreux escadrons

de Platow, et les obligea de se replier. On en fut quitte pour la

perte de quelques hommes et de quelques chevaux. Mais cette vive

escarmouche annonçait l'arrivée prochaine de toute l'armée du Dniéper.

[Note en marge: Reconnaissance opérée le 22 au matin par le maréchal

Davout en avant de Mohilew.]

[Note en marge: Description des environs de Mohilew.]

Le lendemain matin 22, le maréchal, avec sa vigilance ordinaire,

se porta dès la pointe du jour sur le terrain où il s'attendait à

combattre, et en fit une soigneuse reconnaissance, accompagné du

général Haxo. La route de Staroi-Bychow, sur laquelle avait eu lieu

l'escarmouche de la veille, n'était autre que celle de Bobruisk,

qui, après avoir couru directement de la Bérézina au Dniéper, se

redressait presque à angle droit vers Staroi-Bychow, et remontait

la rive droite du Dniéper jusqu'à Mohilew. (Voir la carte nº 55.)

Le maréchal, et le général Haxo, sortis de Mohilew, descendirent

cette route, qui, bordée d'un double rang de bouleaux comme toutes

les routes du pays, se prolongeait entre le Dniéper qu'elle avait à

gauche, et le ruisseau de la Mischowska qu'elle avait à droite. Après

avoir cheminé entre la Mischowska et le Dniéper l'espace de trois ou

quatre lieues, ils virent la Mischowska tourner brusquement à gauche

dans la direction du Dniéper, et envelopper ainsi d'un obstacle

continu le terrain long et étroit qu'ils venaient de parcourir. Au

point où la Mischowska se détournait pour se jeter dans le Dniéper,

se trouvait un moulin, dit moulin de Fatowa, et pourvu d'une retenue

d'eau. La Mischowska coupait ensuite la route en passant sous un pont

surmonté d'un gros bâtiment, qu'on appelait auberge de Saltanowka,

et allait se perdre dans le Dniéper. Le terrain ainsi circonscrit se

présenta tout de suite au maréchal Davout et au général Haxo comme

celui où il fallait combattre, et où l'on avait la plus grande

chance de tenir tête à l'ennemi, quelles que fussent sa force et

son énergie. Ils firent barricader le pont, créneler l'auberge de

Saltanowka et le moulin de Fatowa, et couper la digue qui retenait

les eaux du moulin, de manière que l'ennemi ne pût point s'en servir

pour passer le ruisseau. Le maréchal Davout confia la garde de ces

deux postes aux cinq bataillons du 85e de ligne, sous le général

Friédérichs, et plaça en arrière, sous le général Dessaix, le 108e

pour servir de réserve. Ces deux régiments composaient toute la

division Dessaix, le 33e léger ayant été laissé à Minsk. Le maréchal

disposa son artillerie le mieux possible, et du reste le lieu était

favorable à cette arme, car la route de Staroi-Bychow par laquelle

les Russes devaient arriver après avoir traversé des bois, débouchait

tout à coup sur un terrain dégarni que nos canons pouvaient couvrir

de mitraille.

[Note en marge: Distribution que le maréchal Davout fait de ses

forces en avant de Mohilew.]

Ces précautions prises sur son front, le maréchal remonta vers

Mohilew, pour s'assurer si on ne chercherait pas à traverser la

Mischowska sur sa droite, ce qui aurait rendu vaine la résistance

opposée au pont de Saltanowka et au moulin de Fatowa. En remontant en

effet à une lieue en arrière, se trouvait au bord de la Mischowska

le petit village de Seletz, par lequel l'ennemi aurait pu franchir

le ruisseau. Le maréchal y établit un des quatre régiments de la

division Compans, le 61e, avec une forte artillerie, qui avait,

comme au moulin de Fatowa, l'avantage de pouvoir tirer d'une rive

à l'autre, et au milieu d'un terrain dont les bois venaient d'être

coupés. Un peu plus en arrière le maréchal plaça encore en réserve

les deux autres régiments de la division Compans, les 57e et 111e de

ligne, avec les cuirassiers Valence, pour fondre sur quiconque aurait

forcé le passage de la Mischowska. Enfin, comme dernière précaution,

le maréchal rangea la division polonaise Claparède derrière la

division Compans, pour lier avec la ville de Mohilew les troupes

qui gardaient la route de Staroi-Bychow. Le général Pajol, avec sa

cavalerie légère et le 25e de ligne (quatrième régiment de Compans),

fut chargé de surveiller la route d'Ighoumen par Pogost, celle que

le maréchal avait suivie de la Bérézina au Dniéper, en cas qu'une

portion de l'armée russe tentât de s'y présenter pour tourner la

position de Mohilew. Après ces vigoureuses et habiles dispositions,

le maréchal attendit avec sang-froid l'attaque du lendemain.

[Note en marge: Le 23 juillet au matin le prince Bagration attaque le

maréchal Davout sur la route de Mohilew.]

Le lendemain, 23 juillet, en effet, dès qu'il fit jour, le prince

Bagration, après avoir laissé le 8e corps (celui de Borosdin) sur

la route de Bobruisk, pour se couvrir contre la poursuite possible

mais peu probable du roi Jérôme, porta en avant le 7e corps (celui

de Raéffskoi) sur le pont de Saltanowka et le moulin de Fatowa, avec

ordre d'enlever ces deux postes à tout prix.

[Note en marge: Première tentative de la division Kolioubakin sur le

pont et l'auberge de Saltanowka.]

La division Kolioubakin attaqua le pont de Saltanowka, et la division

Paskewitch le moulin de Fatowa. L'une et l'autre, rangées à la

lisière des bois, n'avaient mis à découvert que leur artillerie et

leurs tirailleurs. Ces derniers avaient essayé de s'embusquer dans

les broussailles, et derrière tous les accidents de terrain. Mais les

tirailleurs français, mieux abrités derrière l'auberge de Saltanowka

et le moulin de Fatowa, et tirant très-juste, causaient à l'ennemi

beaucoup plus de mal qu'ils n'en éprouvaient. L'artillerie française,

de son côté, démontait à chaque instant les pièces russes. Après

quelque temps de ce combat désavantageux, la division Kolioubakin

voulut s'avancer sur le pont de Saltanowka, mais elle fut accueillie

par un tel feu de mousqueterie et de mitraille qu'elle se vit obligée

de reculer, et de rentrer dans le bois.

Le maréchal était accouru au bruit du canon, et ayant reconnu que

tout se passait bien sur son front, s'était reporté en arrière,

au village de Seletz, pour savoir si une attaque de flanc ne le

menacerait pas de ce côté. S'étant assuré que le danger n'y était pas

imminent, il avait placé un peu plus en avant le 61e, qui d'abord

était au village de Seletz, et avait fait avancer également les 57e

et 111e, ainsi que les cuirassiers, discernant bien que le plus grand

effort de l'ennemi se dirigerait sur le front de la position. Il y

était immédiatement retourné de sa personne.

[Note en marge: Nouvel effort de la division Kolioubakin sur le pont

de Saltanowka, et attaque de la division Paskewitch sur le moulin de

Fatowa.]

Effectivement les Russes tentaient en ce moment un énergique et

dernier effort. La division Kolioubakin, débouchant en masse par la

grande route, s'avançait en colonne serrée sur le pont de Saltanowka,

et la division Paskewitch, se déployant à découvert devant le

moulin de Fatowa, venait border la retenue d'eau malgré les feux

bien dirigés de notre artillerie. Le général Friédérichs, avec le

85e, accueillit la division Kolioubakin par un feu de mousqueterie

si bien nourri, qu'après avoir d'abord marché franchement vers

le pont, elle se mit à hésiter, et finit bientôt par battre en

retraite. La division Paskewitch trouvant dans le ruisseau un

obstacle moins insurmontable, essaya de le franchir en passant sur

la digue qui retenait les eaux du moulin. À cette vue, un bataillon

du 108e, conduit par un officier brave jusqu'à la témérité, courut

à la rencontre des assaillants, les joignit à la baïonnette, et

les obligea de repasser le ruisseau. Malheureusement, au lieu de

se contenter de cet avantage, il franchit à son tour l'obstacle si

vivement disputé, et déboucha au milieu du terrain découvert qui

s'étendait au delà. À peine arrivé sur ce terrain, il se trouva

au centre d'un cercle de feux partant de la lisière des bois, fut

ensuite abordé à la baïonnette, et ramené en deçà du ruisseau, après

avoir laissé une centaine d'hommes dans les mains des Russes, et en

avoir perdu beaucoup plus par l'effet meurtrier de leur mousqueterie.

[Note en marge: Tous les efforts des Russes sur ces deux points

énergiquement repoussés.]

C'était le moment où le maréchal arrivait après avoir parcouru les

derrières de la position. Il rallia le bataillon revenu en désordre,

lui commanda quelques manoeuvres sous le feu pour lui rendre son

sang-froid, et jeta la cavalerie légère sur plusieurs pelotons

ennemis qui avaient eu l'audace de franchir le ruisseau. Puis il

amena toute son artillerie, qui donnant en plein sur le terrain

découvert où la division Paskewitch s'était déployée, et couvrant

celle-ci de mitraille, la força de rentrer de nouveau dans les

bois. Ainsi, du moulin de Fatowa au pont de Saltanowka, les Russes

s'étaient épuisés en efforts impuissants, et ils tombaient dans la

proportion de trois ou quatre pour un Français.

[Note en marge: Après avoir repoussé les Russes, on prend l'offensive

contre eux, et on les poursuit l'espace d'une lieue.]

Pourtant la division Paskewitch essaya de remonter sur notre

droite, en longeant la Mischowska et la lisière des bois jusqu'à la

hauteur du village de Seletz. Elle suivit le bord de la coupe pour

se mettre à l'abri de notre artillerie, et parvint ainsi jusqu'en

face du village de Seletz. Ses éclaireurs franchirent même le

ruisseau. Les voltigeurs du 61e se précipitèrent aussitôt sur ceux

qui avaient commis cette imprudence, et les forcèrent à repasser.

Puis le régiment tout entier, s'élançant au delà de la Mischowska,

entra dans le bois, et prenant à revers la coupe dont les Russes

occupaient le bord, les obligea d'évacuer précipitamment cette partie

du champ de bataille. Sur notre front le général Friédérichs exécuta,

entre le moulin de Fatowa et le pont de Saltanowka, une manoeuvre

semblable. Avec quelques compagnies d'élite il traversa le ruisseau,

pénétra dans le bois sans être aperçu, tourna l'espace découvert

dans lequel les Russes s'étaient déployés en face du moulin, et les

assaillit par derrière à l'improviste. Nos grenadiers et voltigeurs

firent à la baïonnette un vrai carnage de l'ennemi, et dégagèrent

ainsi tout le front du champ de bataille. On voulut alors prendre

l'offensive. On débarrassa le pont de Saltanowka, et on se porta en

masse sur la grande route de Staroi-Bychow. Après avoir poursuivi

les Russes pendant une lieue, on aperçut sur un terrain découvert le

prince Bagration en position avec tout le reste de son armée. Sur

ce nouveau terrain, le combat, jusque-là si avantageux, allait nous

devenir aussi funeste qu'il l'avait été pour les Russes sur les bords

de la Mischowska. L'intrépide Compans, dont la sagesse égalait la

bravoure, arrêta l'ardeur de ses troupes, et les ramena en arrière,

pour ne pas convertir en une alternative de succès et de revers ce

beau combat défensif, qui n'avait été jusque-là qu'une victoire non

interrompue. Il ne fut pas poursuivi. Le prince Bagration, épouvanté

des pertes qu'il avait faites (environ 4 mille morts ou blessés

jonchaient les bords de la Mischowska), et informé que des renforts

allaient arriver au maréchal Davout, crut devoir rétrograder sur

Staroi-Bychow, pour y passer le Dniéper et se porter ensuite sur

Micislaw.

[Note en marge: Résultats du combat de Mohilew.]

Ainsi se termina ce glorieux combat, dans lequel les 28 mille hommes

du 1er corps avaient arrêté les 60 mille hommes de Bagration. Il est

vrai que 20 mille Russes seulement avaient combattu; mais il n'y

avait pas eu plus de 8 à 9 mille Français véritablement engagés, et

pour 4 mille morts ou blessés perdus par les Russes, les Français

n'avaient à regretter qu'un millier d'hommes, dont une centaine

du 108e restés prisonniers au delà de la Mischowska. Si le prince

Bagration avait mieux connu le terrain, il aurait pu exécuter sur

la droite si allongée du maréchal une attaque dangereuse avec le

corps de Borosdin. Mais il restait l'infanterie des généraux Compans

et Claparède, les cuirassiers du général Valence, et il ne lui eût

pas été facile de passer sur le corps de pareilles troupes. On doit

ajouter aussi que si, dans cette journée du 23, le prince Poniatowski

avait eu le temps de paraître par Jakzitcy sur les derrières ou le

flanc du prince Bagration, même après l'occasion de Bobruisk manquée,

il aurait pu faire encore essuyer à cette armée russe un sanglant

désastre. On a vu plus haut les causes fatales qui en avaient décidé

autrement.

Le maréchal Davout employa la journée du lendemain à ramasser

ses blessés, et à recueillir des nouvelles des Polonais et des

Westphaliens, ne voulant pas avant leur arrivée sortir de cette

espèce de camp retranché qui lui avait été si utile. Il disposa

tout pour remonter le Dniéper jusqu'à Orscha, afin de se rapprocher

de Napoléon, qui, comme nous l'avons dit, attendait à Gloubokoé

l'instant propice pour tourner par Polotsk et Witebsk l'armée russe

de Barclay de Tolly. Empêcher le prince Bagration de rejoindre

l'armée principale était désormais impossible, car on ne pouvait

le suivre indéfiniment au delà du Dniéper; mais on avait retardé

sa jonction avec Barclay de Tolly, et ce résultat, quoique

bien inférieur à celui qu'on avait espéré d'abord, suffisait à

l'accomplissement du principal dessein de Napoléon.

[Note en marge: Position de Napoléon le 23 juillet devant la Dwina.]

C'était le 22 ou le 23 au plus tard que Napoléon, dans ses profonds

calculs, avait choisi pour exécuter sa grande manoeuvre. Il était à

Gloubokoé, ayant à sa droite vers Kamen le prince Eugène, devant lui,

vers Ouchatsch, la cavalerie de Murat, les trois divisions Morand,

Friant, Gudin, à sa gauche enfin, Ney et Oudinot, vis-à-vis du camp

de Drissa. Il avait à Gloubokoé même la garde impériale. Il se tenait

ainsi avec 190 mille hommes environ, prêt à traverser la Dwina sur

la gauche de Barclay de Tolly. Le succès du maréchal Davout était

une circonstance heureuse pour l'exécution de son dessein, mais en

ce moment il se passait une révolution singulière dans l'état-major

russe.

[Note en marge: Situation de l'armée russe.]

[Note en marge: Soulèvement des esprits contre le plan de retraite

sur la Dwina.]

[Note en marge: Fausseté de l'idée qui avait fait choisir le camp de

Drissa.]

[Note en marge: Mauvaise construction du camp de Drissa.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 14 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 8 / 50 段