On voit des gens souhaiter un libre épanouissement de l’amour dans un
monde nouveau où rien désormais ne gênerait plus sa croissance,
n’arrêterait son élan.
Je ne sais trop ce que donnerait l’amour s’il avait à fonder une
société. Mais nous pouvons déjà constater que l’amour facile ne va pas
très loin, ne monte pas très haut.
Il est bon qu’il ait quelque chose à vaincre. Il ne grandit que dans des
circonstances adverses; il n’éprouve sa force que contre des obstacles.
C’est pourquoi les barrières si gênantes que lui oppose la société ne
sont pas inutiles. Ces étroites et hautes notions d’honneur, de devoir,
de vertu, d’amitié, de pudeur et de chasteté, ne cherchons pas à les
diminuer. Exaltons-les, au contraire; augmentons-en la valeur. Elles se
dressent contre l’amour; constamment elles l’humilient, l’anéantissent,
l’écrasent. Tant mieux! L’amour qu’elles ont vaincu n’était pas digne de
vivre. S’il ne peut triompher des idées reçues, des dogmes imposés,
qu’il meure!
Il faut qu’il soit assez puissant pour renverser les obstacles qui se
trouvent sur son chemin. Il n’est rien s’il n’est tout, s’il n’est au
delà du bien et du mal. Sur les ruines, il sourit, fier de sa force
éprouvée.
Mais qui ne voit alors que son sort ne serait pas aussi grand dans la
liberté? Il ne peut exister dans la promiscuité, dans la vie trop
facile, trop lâchée.