EN DEHORS DE LA NATURE

Rien n’est plus risible que la prétention que nous avons eue si

longtemps (la plupart des hommes l’ont encore) d’être en dehors de la

nature.

Nous imaginons que nos vertus sont d’origine extra-terrestre, qu’elles

nous élèvent au-dessus de ce monde, qu’elles sont la marque de notre

fabrication divine. «Dieu fit l’homme à son image.»

La pudeur, le dévouement, le courage, le sacrifice de soi, voilà, nous

assure-t-on, les titres de gloire propres à l’homme. Ah! que l’on a

écrit de belles et éloquentes pages sur ce sujet! Et l’on a créé les

religions! Et l’on a dit mille folies!...

Et pourtant si nous voulions regarder chez nos frères les animaux! N’y

trouverons-nous pas ces vertus exaltées encore? Quelle pudeur humaine

égale celle de l’aveugle taupe qui fuit éperdument le mâle? Quelles sont

les mères humaines qui donnent plus délibérément leur vie pour assurer

celle de leurs enfants que les femelles de certaines espèces animales,

que la louve, par exemple, lorsqu’elle s’efforce d’entraîner les chiens

à sa suite pour sauver ses louveteaux? Et, pour en arriver à l’amour, où

sont les hommes prêts à affronter à coup sûr une mort horrible pour la

possession d’une femme? Où sont-ils ceux qui, comme le frelon, sont

résolus à donner aussi leurs entrailles dans l’acte de l’amour?

Y a-t-il une mesure plus grande de prévision, de calcul désintéressé, de

dévouement, de courage, de sacrifice absolu de soi pour les siens chez

les hommes que chez les animaux?

Notes sur l'Amour · 第 16 / 81 题