Assassinat de Catherine de Meda.--Une première nuit d’orage.--Assassinat
de Ranieri.
La servante Catherine de Meda, maîtresse des plus dangereux secrets de
Virginie, devint insolente et insupportable. En vain essaya-t-on de la
morigéner; elle se plaignait de ce qu’on ne la traitât pas assez bien en
proportion de ses services. Elle menaça: on la punit. Elle était
Espagnole et se vengea.
Monsignor Barca, visiteur ecclésiastique, viendra demain inspecter le
couvent, qui est en rumeur à cette occasion. Que dira la jeune servante?
Racontera-t-elle le meurtre de Molteno, les soins pastoraux de
l’Arrighone, les hautaines amours de la princesse, les brèches
pratiquées dans les murailles, les enfants légitimés, les déguisements
et les orgies? C’est ce dont elle menace les religieuses, qui, saisies
de frayeur, la forcent de descendre dans un caveau souterrain. Elle crie
par le soupirail; et tour à tour Candida, Benedetta, Ottavia, la
princesse elle-même, vont près d’elle et s’efforcent de la calmer. Elle
ne veut ni se calmer ni se taire.
C’était encore une de ces nuits d’orage qui ébranlent violemment et la
nature et les organisations du Midi. Catherine de Meda ne voulait pas
entendre raison.
Osio se présente alors,--poli et gracieux; vêtu de velours brun, dit la
chronique; toque sur l’oreille, épée à poignée d’argent;--il ne raisonne
pas, mais il se rend à l’infirmerie; là il trouve un instrument de bois
et de fer, une espèce de tabouret qui servait aux malades. Il s’en
empare, descend à la cave, frappe Catherine à la nuque, et l’étend morte
savamment sans qu’elle pousse un cri. On la relève, on la dresse, on la
transporte dans une petite cour intérieure; et l’Osio, aidé de deux
nonnes, enlève le cadavre, le cache, l’enterre chez lui; il en détache
la tête, pour effacer s’il le peut l’identité de la personne; enfin il
va lui-même jeter le crâne dans un puits abandonné, à deux lieues de la
ville.
Le lendemain, monsignor Barca visite le couvent selon sa promesse, prend
des informations et ordonne que les fenêtres des religieuses seront
désormais murées. C’était un peu tard s’en aviser.
Il était évident que l’Osio, en contractant avec la princesse l’union
illégale et scandaleuse que nous avons décrite, devenait maître à la
fois de la suzeraine et de son pouvoir. Cette situation pouvait offrir
quelques dangers politiques dont les princes d’Ascoli se préoccupèrent;
l’Osio fut conduit à la prison d’État de Pavie, où il passa un mois.
Mais la suzeraine, qui veillait aux intérêts du prisonnier, obtint des
Sœurs et de la prieure une réclamation en faveur de l’accusé, et une
protestation solennelle attestant la pureté du couvent, «qui jamais,
disaient-elles, n’avait abrité de désordres pareils à ceux que la
calomnie attribuait à Virginie, à l’Osio et aux habitantes du
monastère».
On relâcha donc le jeune homme, qui mis en liberté rechercha ses
dénonciateurs afin de les punir. Se regardant comme certain qu’un
apothicaire nommé Ranieri avait mal parlé du couvent et de lui, il
chargea un domestique, le _Rosso_, d’infliger un châtiment au coupable.
_Il Rosso_ obéit, et, l’arquebuse en main, mèche allumée, il entra dans
la boutique de l’apothicaire qu’il tua; puis le _Rosso_ prit la fuite.
La princesse recueillit et cacha l’Osio dans le monastère et dans sa
chambre, où il demeura quinze jours; là on le nourrit et on le choya; un
nommé Dominico Pesen, homme de peine espagnol, s’étant émancipé jusqu’à
faire à ce sujet quelques observations, on le chassa. La prieure, plus
tremblante que jamais, resta en prières au fond de son oratoire.
Alors seulement;--sept années après le premier assassinat du Molteno,
après les premières manœuvres de l’Arrighone, l’autorité ecclésiastique
fut avertie; la visite de Frédéric Borromée détermina l’arrestation de
Virginie de Leyva; et elle fut conduite à Milan.