XIX

Assassinat de Catherine de Meda.--Une première nuit d’orage.--Assassinat

de Ranieri.

La servante Catherine de Meda, maîtresse des plus dangereux secrets de

Virginie, devint insolente et insupportable. En vain essaya-t-on de la

morigéner; elle se plaignait de ce qu’on ne la traitât pas assez bien en

proportion de ses services. Elle menaça: on la punit. Elle était

Espagnole et se vengea.

Monsignor Barca, visiteur ecclésiastique, viendra demain inspecter le

couvent, qui est en rumeur à cette occasion. Que dira la jeune servante?

Racontera-t-elle le meurtre de Molteno, les soins pastoraux de

l’Arrighone, les hautaines amours de la princesse, les brèches

pratiquées dans les murailles, les enfants légitimés, les déguisements

et les orgies? C’est ce dont elle menace les religieuses, qui, saisies

de frayeur, la forcent de descendre dans un caveau souterrain. Elle crie

par le soupirail; et tour à tour Candida, Benedetta, Ottavia, la

princesse elle-même, vont près d’elle et s’efforcent de la calmer. Elle

ne veut ni se calmer ni se taire.

C’était encore une de ces nuits d’orage qui ébranlent violemment et la

nature et les organisations du Midi. Catherine de Meda ne voulait pas

entendre raison.

Osio se présente alors,--poli et gracieux; vêtu de velours brun, dit la

chronique; toque sur l’oreille, épée à poignée d’argent;--il ne raisonne

pas, mais il se rend à l’infirmerie; là il trouve un instrument de bois

et de fer, une espèce de tabouret qui servait aux malades. Il s’en

empare, descend à la cave, frappe Catherine à la nuque, et l’étend morte

savamment sans qu’elle pousse un cri. On la relève, on la dresse, on la

transporte dans une petite cour intérieure; et l’Osio, aidé de deux

nonnes, enlève le cadavre, le cache, l’enterre chez lui; il en détache

la tête, pour effacer s’il le peut l’identité de la personne; enfin il

va lui-même jeter le crâne dans un puits abandonné, à deux lieues de la

ville.

Le lendemain, monsignor Barca visite le couvent selon sa promesse, prend

des informations et ordonne que les fenêtres des religieuses seront

désormais murées. C’était un peu tard s’en aviser.

Il était évident que l’Osio, en contractant avec la princesse l’union

illégale et scandaleuse que nous avons décrite, devenait maître à la

fois de la suzeraine et de son pouvoir. Cette situation pouvait offrir

quelques dangers politiques dont les princes d’Ascoli se préoccupèrent;

l’Osio fut conduit à la prison d’État de Pavie, où il passa un mois.

Mais la suzeraine, qui veillait aux intérêts du prisonnier, obtint des

Sœurs et de la prieure une réclamation en faveur de l’accusé, et une

protestation solennelle attestant la pureté du couvent, «qui jamais,

disaient-elles, n’avait abrité de désordres pareils à ceux que la

calomnie attribuait à Virginie, à l’Osio et aux habitantes du

monastère».

On relâcha donc le jeune homme, qui mis en liberté rechercha ses

dénonciateurs afin de les punir. Se regardant comme certain qu’un

apothicaire nommé Ranieri avait mal parlé du couvent et de lui, il

chargea un domestique, le _Rosso_, d’infliger un châtiment au coupable.

_Il Rosso_ obéit, et, l’arquebuse en main, mèche allumée, il entra dans

la boutique de l’apothicaire qu’il tua; puis le _Rosso_ prit la fuite.

La princesse recueillit et cacha l’Osio dans le monastère et dans sa

chambre, où il demeura quinze jours; là on le nourrit et on le choya; un

nommé Dominico Pesen, homme de peine espagnol, s’étant émancipé jusqu’à

faire à ce sujet quelques observations, on le chassa. La prieure, plus

tremblante que jamais, resta en prières au fond de son oratoire.

Alors seulement;--sept années après le premier assassinat du Molteno,

après les premières manœuvres de l’Arrighone, l’autorité ecclésiastique

fut avertie; la visite de Frédéric Borromée détermina l’arrestation de

Virginie de Leyva; et elle fut conduite à Milan.

Virginie de Leyva · 第 23 / 36 题