Quelle vie on menait dans le couvent de Monza.--Catherine de Meda.--Les
légitimés.
Autour de la princesse tout s’organise pour servir ses passions. Elle
fascine le couvent, l’épouvante ou le séduit.
La pauvre vieille prieure, ayant hasardé une seule représentation
timide, fut cassée, dénoncée par l’Espagnole, et contrainte à céder sa
place à une créature de la princesse. Un enfant naquit, celui-ci
mort-né; puis un autre qui vécut, c’était une fille. Le scandale
devenait flagrant. Mais qui eût osé attaquer la _suzeraine_? Une prieure
à sa discrétion, un confesseur prudent, six domestiques vendus, toutes
les religieuses gagnées ou terrifiées, ne laissaient subsister qu’une
difficulté à vaincre, celle de l’état civil qu’il fallait donner aux
pauvres êtres nés ou à naître de la religieuse et de l’Osio.
Les civilisations très-savantes ont des ressources pour les
circonstances les plus difficiles. Elles prévoient tout, concilient
tout, suffisent à toutes les nécessités et se prêtent à tous les cas.
Une fille du peuple, Catherine de Meda, Espagnole, entra au couvent
comme servante et prit les enfants sur son compte; puis le comte palatin
Melzi, qui siégeait à Milan avec le privilége (_césarien_) de «légitimer
les enfants qui en avaient besoin (_ampla facultas_, dit la rubrique,
_legitimandi filios naturales_)», délivra le diplôme nécessaire au nom
des Césars; et tout fut dit.
Ce vieux monde vivait de priviléges: il ne venait à l’esprit de personne
de s’en scandaliser ou de s’en étonner.
La princesse et son amant continuèrent donc leur train de vie. Virginie
mettait les religieuses à la raison; l’Osio distribuait des cadeaux et
de l’argent; l’Arrighone apaisait les consciences. Si quelque remords se
glissait au cœur de Virginie de Leyva,--vers le temps de Pâques par
exemple, chaque année,--elle fermait sa porte, bouchait l’ouverture qui
du jardin de l’Osio conduisait dans sa chambre, et s’y enfermait; puis
elle jetait les clefs de l’amant dans le puits, pleurait avec amertume
et envoyait à Notre-Dame de Lorette un _ex-voto_ qui existe encore,
représentant «deux petits enfants et une religieuse».
L’Osio se hâtait alors de faire fabriquer de nouvelles clefs; et les
Sœurs, les domestiques, les associés de la princesse ayant intérêt à ce
que le roman continuât, il reprenait de plus belle; et tout
recommençait.
Où aboutiront ces impudicités, ces iniquités, ces sottises dont la
première est d’avoir violé la sainteté du cloître pour y enfermer celle
qui ne voulait pas y être? A une traînée de sang; à une longue chaîne de
meurtres sur lesquels je passerai rapidement.