XX

Condamnation de Virginie de Leyva.--Mort de l’Osio.

Nous voici revenus au point d’où nous étions partis: à l’arrestation de

Virginie de Leyva.

On l’emmène. Tout s’émeut parmi les Sœurs. Les deux complices

principales de l’Osio, celles qui ont enlevé le cadavre, supplient le

jeune criminel de les protéger, de les arracher à leur retraite

dangereuse, de les sauver, de les prendre avec lui, de les cacher. Il y

consent; et c’est alors qu’a lieu l’affreuse scène décrite plus haut,

l’assassinat des rives du Lambro.

Il se réfugie dans les bois, y organise une bande armée composée de ses

vassaux et de ses domestiques, et de là brave ses juges et ses

examinateurs.

Cependant le procès se poursuit; la _signora di Monza_ est condamnée à

la prison perpétuelle et murée; l’Arrighone aux galères pour trois

années seulement; certes, il méritait mieux, ayant tout conduit.

L’Osio, condamné à mort par contumace, exilé, proscrit, sa tête mise à

prix pour cent écus; sa maison rasée; soutint, du milieu des forêts où

il errait avec sa troupe, une guerre acharnée contre le cardinal et le

gouverneur. Il revint une nuit à Monza, abattit, aidé des siens, la

colonne d’_infamie_ que le tribunal avait fait ériger sur l’emplacement

de sa maison; réclama justice (il s’exprimait ainsi dans une lettre de

la plus spirituelle impudence), au nom de la princesse et de ses droits;

et il aurait pu se maintenir ainsi longtemps, si, las d’habiter les rocs

des Apennins et de vivre hors la loi, il ne s’était avisé d’une

étourderie qui le perdit.

Un de ses jeunes compagnons de plaisir habitait Monza. Gentilhomme comme

l’Osio, et maître de sa fortune, il n’avait nul besoin des cent écus que

le _grido_ (proclamation) du comte de Fuentès offrait à qui livrerait le

criminel mort ou vif.

L’Osio, très-lié avec cet aimable voluptueux et qui avait couru avec lui

les aventures de jeunesse, eut la malencontreuse idée de lui rendre

visite; il espérait échanger les ennuis de la vie sauvage contre les

douceurs d’une hospitalité passagère. Il vint donc demander asile à son

ancien camarade, qui jura sur le crucifix de ne pas le trahir.

L’ami l’ayant accueilli avec joie se fit raconter les aventures de

l’exilé; on n’oublia pas l’histoire cruelle de cette servante tuée avec

l’instrument de fer et de bois dont j’ai parlé. L’ami voulait être au

courant de tout; l’Osio donc lui fit, sans réticences, une confession

complète et détaillée de tous ses actes depuis près de dix ans.

Ce récit les amusa fort; quinze jours se passèrent; on vivait bien; une

chère délicate, et de bonne musique que l’un et l’autre aimaient

égayaient et charmaient leur retraite.

«Mon cher Osio, dit un soir le gentilhomme à son hôte proscrit, j’ai de

très-bon vin dans ma cave; des vins rares, de qualités diverses, et fort

bien classés; il faut que je vous les montre.

--Très-volontiers», répondit l’Osio.

Et il descendit dans le caveau, en costume de convive, sans dague et

sans armes. Son ami le précédait; deux domestiques le suivaient.

La porte se referma aussitôt. Dans le fond du caveau l’Osio aperçut un

capucin debout, prêt à recevoir ses derniers aveux et à lui conférer

l’extrême-onction. Bâillonné par son ami et garrotté par les

domestiques, il ne put tenter aucune résistance contre les bourreaux,

qui firent de lui ce qu’ils voulurent. On avait eu l’ingénieux soin et

la précaution merveilleuse de fabriquer d’avance un instrument de bois

et de fer exactement semblable à celui qui avait servi à tuer Catherine

de Meda.

On plaça le condamné dans la même position où la servante avait reçu le

coup mortel. Ensuite on le frappa comme elle sur la nuque; et il expira.

Le lendemain au lever du jour, la tête de l’Osio, cette belle tête

blonde, souriante, digne de la statuaire,--_la bella cosa_ de Virginie

de Leyva, détachée du tronc--surmontait la porte principale et le mur en

ruine de Monza.

L’ami touchait le prix du sang.

* * * * *

Ainsi périt l’Osio. Ainsi finit ce drame.

La longue expiation chrétienne de Virginie en est le complément lugubre,

tragique, divin, et dix années plus tard elle existait encore, toujours

immobile et captive, dans sa prison murée. Là elle reçut jusqu’à sa mort

un peu de pain et d’eau à travers une lucarne; et _pleurant sans cesse,

priant Dieu sans cesse_, dit le cardinal Borromée (qui écrivit à ce

sujet à son frère une lettre touchante et terrible), elle mourut--_come

una santa_.

Virginie de Leyva · 第 24 / 36 题