Audace de l’Arrighone.--Résolution de Virginie.
La correspondance que l’Osio avait engagée avec la princesse suivait son
cours, toujours active, animée, ardente; et la princesse sans aucun
doute était compromise.
Un jour elle fut très-étonnée de recevoir une épître signée du
confesseur Arrighone, épître insolente et amoureuse, dans laquelle il
déclarait que seul il avait écrit toutes les lettres signées par Osio;
qu’il avait parlé pour son compte, bien que sous une autre signature;
qu’enfin il prétendait être récompensé de ses peines, recueillir les
bénéfices de son éloquence et devenir, un jour au moins, l’amant de la
princesse.
La réponse de Virginie existe en manuscrit; en voici un fragment:
«Ah! misérable (lui écrit-elle dans le plus tragique langage et le plus
sonore italien du monde), c’est ainsi que vous vous oubliez et que vous
oubliez Dieu!... Ah! vous croyez me tenir sous votre main? Mais vous n’y
pensez pas, drôle! (_briccone!_) c’est moi qui vous tiens sous la
mienne; et si vous faites un pas de plus, je vous enverrai aux
chiourmes, votre lettre dans la main. Là vous apprendrez qui vous êtes!»
Par une résolution que les femmes comprendront aisément elle se replia
bien vite vers l’Osio, marcha sur les scrupules, et se donna toute à
lui.
La servilité du couvent l’y encourageait. La vieille prieure se faisait
sourde, aveugle, et ne voulait rien voir: ni les échelles de l’Osio, ni
la petite sonnette qui suspendue à la porte répondait à un cordon de la
chambre habitée par Virginie, cordon qu’elle agitait pour que l’Osio pût
sortir du cloître; ni l’Osio lui-même, déguisé en religieuse
bénédictine,--costume qui allait bien à la blancheur féminine de son
visage et à ses cheveux blonds;--ainsi déguisé, il entrait au monastère,
appuyé sur deux religieuses qui le protégeaient.
Quant à l’Arrighone, il laissa la place libre au gentilhomme; gaiement,
avec son gros rire cynique, donnant sa parole d’être à l’avenir plus
sage,--parole qu’il a tenue;--il se retrancha sur ce qui était possible;
resta en bons termes avec son vieil ami l’Osio;--enfin se contenta de
démontrer à sœur Candida, enfant candide comme son nom, la théorie des
cas réservés. Il les développait, les commentait et les appliquait avec
une subtilité trop savante pour que je me permette d’en essayer
l’analyse.