La prieure Saccha.--Les religieuses de Sainte-Marguerite.--Isabella
degli Ortensii.--Assassinat de Molteno.
Voici ce qui résultait des confessions de Virginie de Leyva.
Quand la jeune descendante des conquérants espagnols fut confiée aux
soins de la vieille prieure Saccha, il y avait près de dix années que
celle-ci commandait aux religieuses et dirigeait le couvent de
Sainte-Marguerite.
Saccha le gouvernait assez mal; elle avait grand’peur des Castillans,
maîtres du pays.
Sa recrue nouvelle, la petite princesse issue de l’officier navarrais
Antoine de Leyva, sœur Virginie était une bonne fortune pour son
monastère;--elle l’accueillit très-bien, la nomma sacristaine
(_segretana_) et lui confia plusieurs jeunes filles à élever; entre
autres Isabella degli Ortensii, fille d’un bourgeois, séculière, mise en
pension chez les religieuses.
Or le seigneur Osio demeurait à côté, comme je l’ai dit; et n’ayant rien
de mieux à faire, il admirait ces demoiselles tantôt par les fenêtres de
sa chambre, qui ouvraient sur une cour intérieure du monastère, tantôt
par de petits trous qu’il pratiquait à la muraille de son poulailler.
Je conviens que s’occuper d’autres études aurait mieux valu. Dans le
couvent aussi l’on n’apprenait pas grand’chose, et l’on s’ennuyait.
Quelle issue à ces âmes? quel essor préparé à ces activités féminines,
espagnoles et italiennes?
Un soir Virginie de Leyva, qui était dans la fleur même et dans l’éclat
inutile de ses vingt ans, aperçut vers un angle de la basse-cour du
couvent sa petite élève dont les regards s’élevaient très-haut sans
aller à Dieu. C’était à une fenêtre pratiquée dans le mur du jeune
gentilhomme qu’ils s’adressaient.
Sœur Virginie la réprimanda, comme c’était son devoir; elle lui adressa
un sermon sur l’honneur du cloître, sur les dangers de la femme et les
suites fatales des démarches étourdies. Puis elle la pria de rentrer au
dortoir. Le jeune homme avait disparu de la fenêtre.
Le lendemain l’intendant de la princesse Molteno, _fiscal_ ou notaire à
Monza, fut appelé par Virginie. Informé par elle des périls que courait
la jeunesse d’Isabelle, il en instruisit la famille. Les parents, la
jugeant mûre pour l’amour et la vie conjugale, la firent sortir du
couvent et la marièrent.
Les projets du séducteur Osio étaient déconcertés. Celui-ci tua d’un
coup de poignard Molteno le _fiscal_.