Confession de Virginie de Leyva.--Les mœurs publiques et leurs causes.
Cependant l’héroïne, Virginie de Leyva elle-même est en prison.
Interrogée, elle expose aux magistrats, avec une simplicité qui ne
manque pas de grandeur, l’histoire de ses amours qu’elle avoue
hautement; elle les explique; ne les excuse ni ne les pallie; et étonne
ses juges par un récit hautain, repentant et tragique, aux paroles
duquel nous ne changerons rien.
On va donc savoir pourquoi l’Osio massacrait lâchement ces deux femmes;
connaître les péripéties de sa fuite, et sa mort extraordinaire qui
porte tous les caractères du temps et du pays; et le rôle secret joué
par le Figaro casuiste que l’on n’aperçoit que dans les bas-fonds, à
demi caché.
On connaîtra surtout la justice et les juges de ce temps, leur moralité,
leurs procédés de torture morale et leur vénération pour la puissance.
Aucun d’eux ne s’étonne que la princesse ait été servie par des
assassinats; que la prieure italienne soit restée à genoux et muette
devant l’Espagnole, fille des conquérants; que les faibles soient
partout sacrifiés, enchaînés, égorgés; que la force partout se substitue
au droit. C’est l’état social; c’est la coutume; c’est le droit.
Voulez-vous, médecins politiques, tâter le pouls d’un peuple; savoir
quelle est la valeur réelle de sa civilisation;--ce qu’elle peut;--ce
qu’elle est;--où elle va?
Essayez de savoir si l’injustice blesse les particuliers ou leur semble
tolérable; informez-vous dans quelle proportion,--surtout quant aux
relations sociales et privées,--cette civilisation préfère la force au
droit ou le droit à la force.