Résurrection des deux religieuses.--L’indifférence publique.
La veille même du jour où le corps sanglant de Benedetta était recueilli
dans la maison d’Alberici, un confesseur de la chapelle _des Grâces_,
l’archiprêtre Septala recevait dans son confessionnal un billet
mystérieux.
On venait de trouver gisant sur la rive du Lambro le cadavre encore
chaud d’une religieuse, et le gardien de la chapelle lui en donnait
avis, tout tremblant. Ballottée par le courant impétueux et emportée
jusqu’à l’écluse d’un moulin, la première victime de l’Osio, Ottavia
Ricci avait survécu, après être restée dans l’eau jusqu’aux premières
lueurs de l’aube. Là elle s’était longtemps débattue, criant, se
cramponnant aux roues du moulin et aux poutres de l’écluse, appelant les
passants qui la contemplaient, et qui tous après l’avoir questionnée
continuaient leur route.
«Personne, dit-elle dans son interrogatoire, ne voulut me secourir. Ils
m’entendaient, mais ils n’avaient pas de pitié.» Les observations
douloureuses que nous inspirait tout à l’heure l’état moral des âmes
dans les pays sans patrie sont-elles donc chimériques?
«J’ai dit à un bourgeois qui j’étais; que j’étais religieuse de
Sainte-Marguerite; que je le priais de me garder jusqu’à la nuit. Lui et
les siens me repoussèrent.» Porter secours au malheur, cela peut nuire.
Là où le sens moral fait défaut le malheur est pestiféré.
Ainsi les deux mortes revivent. Pendant que la justice les interroge,
l’Osio fuit dans les bois où ses valets le suivent.