L’Italie devenue espagnole.--Effets de la conquête et de la servitude.
Le joug espagnol en Italie était d’avant plus dur que la conquête était
plus belle. L’Espagne, qui venait seconde dans la grande arène de la
civilisation, n’oubliait pas,--et l’Europe ne peut oublier,--qu’elle a
été le sublime champion de la chrétienté contre l’Asie et l’Afrique. Son
arrogance était justifiée par ses grandes actions. L’Italie cependant
n’acceptait pas le joug sans frémir.
Elle se souvenait d’avoir brisé la féodalité gothique et absorbé la
féodalité même. Sans égale dans les arts, l’Italie avait étonné le monde
par l’essai hardi de ses républiques antiques à coupole chrétienne. Elle
maudissait donc ses maîtres sans pouvoir se débarrasser d’eux. Ceux-ci,
détestés, devinrent plus terribles.
Entre esclaves et maîtres il n’y a échange que de vices. La férocité
ibérique se greffa sur l’astuce ausonienne; et pour résultat de cet
inceste contre nature on eut de monstrueux prodiges--par exemple les
Borgias.
L’histoire particulière que je résume est semée de noms
italo-hispaniques: Arrighone, Pesen, Procazone, Fuentès y Acevedo,
Bersaglia, Salamanca, Caterina de Meda. Notre héroïne elle-même n’est
qu’une suzeraine espagnole transplantée, en dehors des mœurs hautaines
et des contraintes nécessaires de sa race, dans le couvent assez libre
d’un vieux municipe lombard.
Suivons-la donc où elle nous conduit.