VI

L’Italie devenue espagnole.--Effets de la conquête et de la servitude.

Le joug espagnol en Italie était d’avant plus dur que la conquête était

plus belle. L’Espagne, qui venait seconde dans la grande arène de la

civilisation, n’oubliait pas,--et l’Europe ne peut oublier,--qu’elle a

été le sublime champion de la chrétienté contre l’Asie et l’Afrique. Son

arrogance était justifiée par ses grandes actions. L’Italie cependant

n’acceptait pas le joug sans frémir.

Elle se souvenait d’avoir brisé la féodalité gothique et absorbé la

féodalité même. Sans égale dans les arts, l’Italie avait étonné le monde

par l’essai hardi de ses républiques antiques à coupole chrétienne. Elle

maudissait donc ses maîtres sans pouvoir se débarrasser d’eux. Ceux-ci,

détestés, devinrent plus terribles.

Entre esclaves et maîtres il n’y a échange que de vices. La férocité

ibérique se greffa sur l’astuce ausonienne; et pour résultat de cet

inceste contre nature on eut de monstrueux prodiges--par exemple les

Borgias.

L’histoire particulière que je résume est semée de noms

italo-hispaniques: Arrighone, Pesen, Procazone, Fuentès y Acevedo,

Bersaglia, Salamanca, Caterina de Meda. Notre héroïne elle-même n’est

qu’une suzeraine espagnole transplantée, en dehors des mœurs hautaines

et des contraintes nécessaires de sa race, dans le couvent assez libre

d’un vieux municipe lombard.

Suivons-la donc où elle nous conduit.

Virginie de Leyva · 第 11 / 36 题