[356] Voici le passage qui contraria tant mademoiselle de

Scudéry: «Mais surtout il y vint Sapho, illustre pucelle du

Marais, aussi fameuse que celle d'Orléans pour le moins. Elle

étoit des plus confidentes de la Reine, et celle qui recevoit le

plus de ses faveurs. Son seul défaut étoit de se servir d'une

demoiselle suivante fort poltronne, appelée Modestie, qui ne lui

inspiroit que des conseils timides, ce qui l'empêchoit souvent de

se produire. Elle lui étoit même infidèle, car elle lui déroboit

tout ce qu'elle pouvoit de sa réputation. Mais enfin tant

d'honnêtes gens épièrent cette suivante, qu'ils la convainquirent

de tous ses larcins, dont pourtant elle se justifia en quelque

façon, parce qu'elle lui fit voir que tout ce qu'elle lui avoit

dérobé de sa gloire pendant plusieurs années, elle l'avoit fait

profiter à gros intérêts, sur une banque fameuse de la ville

d'_Estime_, dans le royaume de _Tendre_, dont elle offroit de lui

faire la restitution.» (_Nouvelle allégorique_, p. 43.)

[357] _Voyez_ sur cette cabale l'Historiette de Conrart, t. 2, p.

420.

MADAME DE SAINT-ANGE.

Cette madame de Saint-Ange[358] est un original. Elle est nièce de M.

Servien, et a épousé Saint-Ange, gouverneur du bois de Boulogne, fils

d'un premier maître-d'hôtel de la Reine. Madame de Saint-Ange est dans

une propreté si ridicule qu'elle ne veut pas toucher le bord de sa

jupe, et encore moins le pot-de-chambre; de sorte qu'on la met p.....,

et on lui torche le c.., comme à un enfant. On a fort parlé d'elle avec

le chevalier Du Buisson; on prétend que la mauvaise conduite est cause

de tout ce désordre, elle a fait tout ce qu'elle a pu pour se faire

aimer de lui; elle s'ajustoit dans ce dessein, au commencement, et

retournoit toujours à huit heures, quoiqu'il ne lui eût donné aucun soin

dans son domestique. Lui, au lieu de s'attacher à sa femme, lui

débauchoit toutes ses filles, et les mettoit en chambre, et a dépensé

jusqu'à huit cent mille livres de beaux biens. Il l'a fait obliger

partout, de sorte qu'elle fut contrainte de se retirer dans un couvent;

et voyant cet homme plus abîmé que jamais par la mort de la Reine-mère,

Anne d'Autriche, elle alla trouver M. Servien, son père, en Savoie, où

il étoit encore ambassadeur[359]. La mère[360] a été galante. Un

chevalier d'Anlezi, qui commandoit le régiment de Féron, couchoit avec

elle à Turin.

[358] Ennemonde Servien épousa François Charron, marquis de

Saint-Ange, premier maître-d'hôtel d'Anne d'Autriche.

[359] Ennemond Servien, frère du surintendant Servien, a été

ambassadeur en Savoie depuis 1648 jusqu'en 1676.

[360] Justine de Bressac, fille d'un bailli de Valence.

Cette femme est jolie, mais ce n'est pas une grande beauté; cependant

elle y prétend plus que personne du monde. Dans la curiosité qu'elle

avoit de voir cette madame de Villars que la reine de Suède cajola tant

à son premier voyage (voyez les _Mémoires de la Régence_[361]), elle

obligea un homme à leur donner à souper; mais elle s'en repentit

aussitôt dès qu'elle eut vu sa rivale, ne lui dit rien, fut fort

incivile et s'en alla le plus tôt qu'elle put.

[361] Ces Mémoires sont perdus, s'ils ont existé; ils nous

auroient appris qui étoit cette dame de Villars; étoit-ce la mère

du maréchal, ou étoit-elle de la maison de Braucas? C'est ce que

les autres Mémoires du temps ne nous disent pas.

Pour le bel esprit, c'est une grande pitié; jamais femme ne fit tant

l'entendue; elle affecte aussi de réciter fort bien des vers; elle a eu,

je ne sais combien de temps, la Beauchâteau, comédienne[362], pour

maîtresse de déclamation, et, l'été passé, elle en récita chez

Hilaire[363], où il y avoit vingt personnes, dont la plupart n'étoient

pas de sa connoissance. Elle avoit pour voisin un gentilhomme nommé

Herrouville, qui se pique d'esprit, et alla ensuite au _Samedi_. Cet

homme trouva un jour un pot-de-chambre dans l'antichambre de madame de

Saint-Ange; il crut faire une belle galanterie en faisant des vers sur

cela. Je vous laisse à penser s'il oublia d'y parler d'_eau d'Ange_: il

y avoit bien des choses plus délicates, car il disoit en un endroit, en

parlant de cette eau, qu'il videroit volontiers

Sa bourse,

Pour en puiser à la source.

Il lui envoya ces beaux vers, et pour apaiser la belle, il fallut après

faire amende honorable. Toute spirituelle qu'elle prétend être, on en

médit avec un des plus sots hommes de la cour; c'est Cossé. Son mari est

passablement honnête homme. Elle est quasi toujours jalouse de lui, et

lui jamais d'elle. Il est présentement amoureux de cette madame de

L'Orme d'Esgorry, dont il est parlé dans l'Historiette de madame de

Gondran[364]. Elle a trouvé moyen d'en faire ses plaintes à la Reine,

car Saint-Ange est son premier maître-d'hôtel; il a eu cette charge de

son père. Elle dit ce que disent toutes les femmes, que son mari donne

tout à cette madame de L'Orme, qui est ravie de l'emporter sur une plus

jeune et plus belle personne qu'elle.

[362] C'étoit la mère de ce petit Beauchâteau, qui faisoit si

facilement de mauvais vers; on a réuni ses petites _OEuvres_.

insignifiantes, sous le titre de _la Muse naissante_, 1657,

in-4º. Les portraits qui y sont joints font encore rechercher ce

volume.

[363] Mademoiselle Hilaire, célèbre chanteuse du temps. (_Voyez_

son Historiette, t. 4, p. 436.)

[364] Voyez plus haut, t. 4, p. 283.

LE PRÉSIDENT ET LA PRÉSIDENTE TAMBONNEAU.

Le président Tambonneau est président des comptes et fils d'un président

des comptes. Son père étoit un homme fort débauché; sa femme étoit

galante: ils moururent tous deux de la v...... Le mari faisoit des

excuses à sa femme de la lui avoir donnée, et on disoit: «Regardez le

bonhomme! hé! qui lui a dit que ce n'est point à elle à lui en faire?»

Il étoit incommodé, mais il se remit en prêtant sur gages à deux sous

pour écu par mois; il se servoit pour cela d'une insigne m......... qui

logeoit à la rue de la Verrerie, et qui en faisoit métier et

marchandise.

Notre président fit assez de dépense en sa jeunesse; c'étoit le plus

brave de tous les garçons de la ville, mais ce n'étoit pas le mieux

fait; il est petit, camus et de fort mauvaise mine. Il épousa la fille

d'un homme d'affaires, nommé Boyer[365]. C'étoit une jeune fille de

quatorze ans, fort jolie; elle n'avoit nulle envie de l'épouser, mais le

père étoit un homme qui n'entendoit pas raillerie. Elle n'osa en rien

dire, mais devant le prêtre elle fut fort long-temps à dire oui. Le soir

des noces, quand Tambonneau se vint coucher, elle fit un grand cri, et

ne voulut point souffrir qu'il approchât d'elle; insensiblement elle s'y

accoutuma, et pour se consoler, elle eut bientôt des galants.

[365] Antoine Boyer, seigneur de Sainte-Geneviève-des-Bois.

On ne sauroit assurer qui la mit à mal, du jeune président Le Cogneux,

qu'on appeloit en ce temps-là l'abbé de Saint-Euverte[366], ou du comte

d'Aubigny[367]. Le Cogneux conte qu'elle alloit courir avec son rival,

la nuit, au bal, et qu'une fois il entendit qu'en descendant de carrosse

elle disoit: «Adieu, ma cousine.» Lui l'attendit dans sa chambre et lui

donna de bons soufflets, en lui disant: «Voilà pour votre cousine.» Je

commencerai par l'abbé, parce que cette femme ayant eu envie de loger

dans la maison du président (vers Saint-André, c'étoit une des plus

belles de Paris, depuis on a raffiné), Le Cogneux étoit alors avec la

Reine-mère; l'abbé, en la lui louant, se garda le devant pour lui, et il

y a grande apparence qu'étant tout porté, et étant de la ville, il lui

fut plus aisé qu'à un autre de la cajoler. Aubijoux a dit qu'il étoit

contemporain de l'abbé, et que comme il montoit la nuit par une échelle

de cordes, il ne pouvoit s'empêcher, en passant, de rompre les vitres de

son rival. Le mari faisoit souvent lit à part. Il a dit encore, ou bien

c'est de Coulon[368] qu'on le tient, que la présidente trouvoit moyen

d'aller voir son père à Sainte-Geneviève-des-Bois, à cinq lieues de

Paris, sans que le mari y fût; que Aubijoux averti, se rendoit avec

Coulon, qu'elle avoit mis bien avec une sœur à marier qu'elle avoit;

qu'ils y faisoient porter des hotées de _friponneries_[369], et que

par-dessus les murs, ou bien par une porte du parc dont ils avaient la

clef, ils faisoient cent folies jusqu'au jour. Cette sœur fut mariée

avec Ligny[370], neveu du chancelier, et depuis on n'en a pas ouï

parler; elle n'avoit garde d'être si jolie que sa sœur. Je n'ai ouï

dire cela qu'au petit Guénaud; je crois qu'il étoit mal informé. Cette

femme a été dix ans brouillée avec sa sœur qu'elle ne vouloit point

voir. Ce fut madame de Noailles[371] qui les accommoda; mais elles se

voient très-froidement. Il y a apparence que c'étoit par pruderie

qu'elle ne vouloit pas voir la présidente. On a su d'Aubijoux qu'il

n'avoit jamais trouvé de femme qui y prît tant de plaisir ni qui fût si

propre.

[366] Jacques Le Coigneux, président à mortier au Parlement, fut

nommé à l'abbaye de Saint-Euverte d'Orléans, en 1630. Son frère

Bachaumont lui succéda dans ce bénéfice, en 1645. C'est par

erreur que, dans les _Mémoires de Conrart_, t. 48, p. 193 de la

deuxième série de la _Collection des Mémoires relatifs à

l'histoire de France_, on a écrit ce nom Saint-Envestre. (_Voyez_

au t. 3, pages 103 et suivantes, l'Historiette du président Le

Coigneux.)

[367] François-Jacques d'Amboise, comte d'Aubijoux, chambellan de

Gaston, duc d'Orléans, mourut le dernier de son nom, sans avoir

été marié, en 1656.

[368] Coulon, conseiller au Parlement, ardent frondeur. On a vu

plus haut, t. 4, p. 14, l'Historiette de sa femme.

[369] _Friponneries._ Ce mot est très-distinctement écrit dans le

manuscrit autographe. Il faut l'entendre dans le sens de

_pâtisseries_ et de _friandises_. On appeloit _friponnes_ de

petites boîtes de sapin remplies de pâte de coing, de cotignac

d'Orléans. (_Dictionnaire de Trévoux._)

[370] Ce Ligny étoit fils de Jean de Ligny, maître des requêtes,

et de Charlotte Séguier, sœur du chancelier.

[371] Louise Boyer, duchesse de Noailles, dame d'atour de la

reine Anne d'Autriche. Elle étoit sœur de la présidente

Tambonneau, et de madame de Ligny.

Ce d'Aubijoux avoit quelquefois des visions. Un jour il versa en

carrosse si doucement, qu'il y voulut faire un somme avant qu'on le

relevât. Il prit un grand deuil de Flamarens[372] qui n'étoit point son

parent, mais son ami intime, et il disoit que c'étoit de telles gens

qu'il falloit porter le deuil.

[372] Le marquis de Flamarens, tué au combat de Saint-Antoine, au

mois de juillet 1652.

La jalousie qu'elle témoigna aux Tuileries en voyant l'abbé (_de

Saint-Euvetre_) se promener avec d'autres dames, fut ce qui commença à

faire parler. Je ne sais s'il le faisoit pour la faire revenir, car

Marsilly, frère de Ligny, en contoit à la présidente. Un jour l'abbé,

qui étoit honnêtement brutal, se mit à la quereller, et lui dit, entre

autres choses obligeantes, que ses jupes étoient bien légères, qu'elles

se levoient à tout vent. Le mari l'ouït, car ayant entendu la voix de

l'abbé; il se tint derrière le paravent. Depuis ce jour il ne voulut

plus souffrir qu'ils parlassent ensemble, et ils ne se voyoient plus

qu'en une chapelle des Cordeliers. Cela dura jusqu'à ce que le président

Le Cogneux[373] revint de son exil; alors Tambonneau alla loger à la

maison de Barbier[374], auprès du Pont-Rouge. Ce fut là que la fantaisie

vint au président Le Cogneux de bâtir cette belle maison auprès du Pré

aux Clercs[375]. Insensiblement d'Aubijoux, qui étoit bien avec lui, y

mena d'autres gens de la cour; Tambonneau se mit dans les prêts; sa

femme méprise le bourgeois; ils tiennent table, mais il n'y va quasi

personne de la ville, si ce n'est de ceux qui sont un peu de la cour.

Cette femme a quelque chose de particulier. L'été on la voyoit se

promener assez souvent jusqu'à midi au grand soleil, dans son jardin,

avec une chemise jaune attachée au poignet avec des rubans incarnats et

un collet de point de Gênes, avec un ruban de même couleur, masquée et

une coiffe sur sa tête; elle est petite, mais elle veut être chaussée à

son aise, et dit que le plaisir de marcher est plus grand que celui de

paroître de belle taille.

[373] Le président Le Coigneux, le père, chancelier de Monsieur.

Il entra dans toutes les intrigues de la reine Marie de Médicis

et de Gaston d'Orléans, et perdit sa charge; mais il a fini par

être rétabli dans ses biens et honneurs.

[374] Barbier, contrôleur-général des bois de l'Ile-de-France, et

l'un des adjudicataires du palais et du domaine de la Reine

Marguerite, sur le bord de la Seine, avoit obtenu la permission

de construire un pont de bois qui a porté divers noms, mais qu'on

appeloit plus communément le _Pont-Rouge_. Il étoit situé en face

de la rue de Beaune. Emporté par les grandes eaux en 1689, il a

été remplacé par le Pont-Royal.

[375] _Voyez_ l'Historiette du président Le Coigneux, t. 3, p.

103 de ces Mémoires.

Il lui arriva une terrible aventure au bal; elle mettoit du rouge au

commencement, parce qu'elle étoit trop haute en couleur; mais ce rouge

appliqué mangea si bien le rouge naturel, qu'après il fallut continuer à

en mettre; elle s'évanouit en une assemblée et demeura rouge comme un

coq, car elle en mettoit étrangement.

Elle fit un jour fort la délicate chez madame de Montausier à souper,

c'étoit alors dans le faubourg; elle ne mangea de rien, et fit entendre

qu'elle ne goûtoit volontiers que de ce que ses officiers lui

apprêtoient, et qu'elle en avoit les meilleurs de France. Ceux qui

étoient là ayant ouï conter ses promenades, disoient qu'elle ne vivoit

que de rosée.

Elle raffine en coiffures et en habits, et se laissoit tyranniser par un

certain maître Thomas, qui, sur trois robes, en gagne une, tant il est

homme de bien, parce qu'à son gré il l'habilloit mieux qu'un autre;

peut-être aussi lui faisoit-il crédit, car la bonne dame devoit

beaucoup: ce n'est pas qu'elle ne trichât assez au jeu pour gagner;

Arnauld l'y surprit[376] une fois, et la traita un peu mal de parole;

même il lui dit que le respect qu'il portoit à une dame de grande

qualité, qui jouoit avec eux, l'empêchoit de faire pis.

[376] Je me souviens que le mari disoit partout qu'il n'y avoit

pas une femme au monde qui jouât si bien ni si heureusement;

c'est qu'elle trompoit. (T.)

Revenons aux galanteries. On disoit que madame de Rohan, la douairière,

pour se rendre le président de Maisons favorable en l'affaire de

Tancrède[377], avoit fait le maquerellage de lui et de la petite

présidente; mais, ce qui la décria le plus, ce fut que Bouteville[378],

jeune garçon de vingt ans, pria M. de Châtillon[379], son beau-frère,

de parler pour lui à la belle qu'il en étoit amoureux, mais qu'il ne

savoit comme s'y prendre. Châtillon lui parle; elle lui dit que s'il

parloit pour lui, elle verroit ce qu'elle aurait à faire; et sur l'heure

ils lièrent la partie pour se trouver chez une certaine femme. Il y fut;

mais ce qu'il fit ne valoit pas la peine de donner un rendez-vous; car

il n'en fit pas plus que s'il eût été le plus pressé du monde, et que le

mari eût heurté à la porte. Châtillon fut si discret, que M. le Prince

sut toute l'histoire; et un matin que tous ses _petits maîtres_[380]

étoient à son lever, à Châtillon près, il leur dit sérieusement qu'il

étoit arrivé un grand malheur au pauvre Châtillon, et qu'il falloit que

ses amis en cette occasion lui témoignassent leur tendresse. Chacun

croyoit qu'il eût été chassé de la cour. Après les avoir tenus un peu en

suspens: «C'est, dit-il, qu'il a eu madame Tambonneau tout une

après-dînée, et ne lui a jamais su faire qu'une pauvre fois.» Cela se

sut partout. Elle en pensa enrager, et un jour, en présence de Ruvigny,

alors marié, elle vouloit engager Roquelaure[381], lui qui a fait pis

que cela, à se battre contre Châtillon. Il s'excusa en disant qu'il

étoit son ami, et dit à Ruvigny en sortant: «Cette femme est folle. A ce

compte-là il y en a plus de douze qui sont obligés à se battre comme

moi.» Roquelaure couchoit avec elle par rencontre, mais il ne s'y

attachoit que médiocrement; et, pour vous dire le vrai, quoiqu'elle

n'eût que trente ans tout au plus, en moins de rien le visage lui devint

usé: il n'y avoit plus que la propreté et la gorge qui la maintînt. Un

jour que Miossens alla chez elle, elle mit vite une coiffe sur ses

tétons; il sort, et Roquelaure entre avec une dame. Elle ôte cette

coiffe en disant: «J'avois mis cela, car je crains ces Gascons.--Hé! lui

dit cette dame, est-ce que celui-ci ne l'est pas?--Non, répondit-elle,

il n'est point Gascon pour moi.»

[377] _Voyez_ plus haut, t. 3, p. 74, les détails du procès

auquel donna lieu la naissance de Tancrède.

[378] François-Henri de Montmorenci-Bouteville, depuis duc et

maréchal de Luxembourg.

[379] Gaspard de Coligny, duc de Châtillon, blessé mortellement à

l'attache de Charenton, le 9 février 1649.

[380] On appeloit ainsi les jeunes seigneurs du parti des

princes, parce qu'ils cherchoient à se rendre _maîtres_ de

l'État. Le passage de Tallement confirme ce que dit Voltaire sur

l'origine de cette expression dans le chapitre du _Siècle de

Louis XIV_, intitulé: _Guerre civile_. On a dit aussi que

c'étoient les jeunes amis du duc Mazarin, grand-maître de

l'artillerie de France, qui les premiers avoient été qualifiés de

_petits-maîtres_. Mais ici l'expression est employée bien avant

la mort du cardinal Mazarin, qui précéda l'élévation du duc de La

Meilleraye à cette charge.

[381] Gaston, duc de Roquelaure, mourut en 1683. Ses

bouffonneries l'ont rendu célèbre.

Tambonneau alla ensuite à Bourbon, et voulut obliger Roquemont, son

frère, conseiller au Parlement, à prendre garde à sa femme; l'autre, qui

autrefois avoit averti le président de ce qu'à son avis il falloit

faire, sans qu'il en eût rien fait, lui dit tout franc qu'il ne

prendroit point ce soin-là. L'affaire de Châtillon avoit été assurément

jusqu'aux oreilles du mari, et on m'a assuré que pour montrer à sa femme

ce qu'il étoit capable de faire en sa fureur, il tua en sa présence un

petit cheval qu'il aimoit fort. Cela ne fit pourtant pas grand peur à la

présidente. En revenant de Bourbon, il passa à Châtillon, car il étoit

un peu épris de madame de Châtillon[382]; peut-être trouvoit-il que

c'étoit le plus beau moyen de se venger du mari. Il lui rendit bien des

soins, lui donna la collation et les violons chez lui; mais je doute

fort qu'il se soit vengé.

[382] Élisabeth-Angélique de Montmorenci, duchesse de Châtillon;

elle se remaria au duc de Mecklembourg, et mourut en 1695.

Il prenoit quelquefois des fantaisies à cet homme de s'étendre sur les

louanges de sa femme. A table, devant dix personnes, il dit qu'il ne

voyoit point de femme plus aimable qu'elle, qu'elle étoit propre, bien

faite, bonne robe[383], galante, agréable, et que s'il n'avoit été son

mari, il auroit été son amant. La pauvre chrétienne s'en déferra. Une

autre fois, comme on parloit de je ne sais quelle femme qui donnoit un

peu de peine à son mari: «Qu'on me la donne, dit-il, je l'arrangerai

bien. Vous voyez comme j'ai rangé la mienne.» Cet homme passoit ainsi du

blanc au noir. Un jour il étoit content de sa femme, il en faisoit

l'éloge; il disoit: «Laissez faire ma petite femme. Puisqu'elle s'en

mêle, cela vaut fait.» Une autre fois il étoit mal édifié.

[383] Expression empruntée de la langue italienne, qui semble

fort extraordinaire dans la bouche d'un mari.

Le désordre des prêts étant venu[384], le président étoit fort

embarrassé; il le fut bien encore davantage au blocus de Paris. Il

venoit tous les jours me rompre la tête, à faute d'autres, car j'étois

son voisin; il disoit les plus grandes impertinences qu'on pouvoit dire.

«Je souhaite, disoit-il, que tout le monde s'entretue dans la ville.

J'irai au-devant de M. le Prince; s'il vient brûler le faubourg, j'en

serai quitte pour ma maison. Je jouirai au moins du reste.» Il entendoit

que ses prêts fussent bien payés, qui étoit le principal. «Hé quoi,

sera-t-il dit que Michaud[385], fils de Jean, et petit-fils de Michaud,

et arrière-petit-fils d'un autre Michaud, n'ait pas la charge de son

bisaïeul? Mes amis de bonne chère, il faut donc vous dire adieu. Il

faudra que ma femme vende son étui d'or et son écuelle d'or, car elle

dit que l'argent n'est pas propre.» Il prônoit cela partout, et croyoit

que ces raisons-là étoient capables de convaincre tous les Frondeurs.

Sa femme s'étoit sauvée déguisée en bavolette[386] à Saint-Germain; et

elle étoit si aise de conter qu'elle avoit trouvé des gens à qui elle

avoit dit qu'elle alloit voir son _père-grand_! A Saint-Germain, elle

alla gaillardement loger chez Roquelaure, qui en faisoit mille contes,

l'appeloit sa ménagère, et disoit aux gens: «Voulez-vous venir manger de

la soupe de ma ménagère?» Là, bien des gens tâtèrent de la présidente;

on ne s'en cachoit point, on disoit: «Un tel y coucha hier, un tel y

couche ce soir.» Enfin le mari s'y retira aussi, et au retour, il

disoit: «J'étois fort bien à Saint-Germain; je ne manquois de rien chez

mon bon ami Roquelaure.»

[384] Des prêts immenses avoient été faits au Roi, pour lesquels

on avoit engagé plusieurs branches des revenus de l'État. La

révocation des prêts ruina beaucoup de financiers. (Voyez les

_Mémoires du cardinal de Retz_.)

[385] Il s'appeloit _Michaud_. Louis XIV et madame de Montespan

ont plaisanté sur ce nom dans un couplet, déjà indiqué dans la

note du t. 4, p. 248. Le voici:

Or, nous dites la Tambonne,

La Tambonne Tambonneau,

Pour l'appui de la couronne,

Qui fit le marquis Michaud?

Notre histoire peu sincère

A toujours pris soin de taire,

Qui fit le marquis Michaud,

A Tambonne Tambonneau.

Le marquis de Mortemart, père de madame de Montespan, passoit pour

avoir eu des relations intimes avec la présidente, ce qui donna

lieu à cet autre couplet satirique:

Mortemart, le faune,

Aime la Tambonneau;

Elle est un peu jaune,

Mais il n'est pas trop beau;

Dessus son c.l il pince,

En lui disant: «M'amour,

«A la cour,

«L'esprit est mince

Lorsqu'on n'agit pas comme le grand Saucourt.»

[386] _Bavolette_, jeune paysanne, dont le simple _bavolet_ fait

la coiffure.

La paix faite, M. le Prince y mangeoit fort souvent et les Bouillon

aussi. Elle faisoit plus la belle que jamais. Une fois elle alla fort

ajustée chez la maréchale de Guébriant; on ne faisoit que de se mettre à

table, elle avoit dîné; la voilà qui commence à lever sa robe, pour

montrer sa belle jupe, qui veut faire admirer comme ses manchettes

étoient mises de bon air; car elle croyoit qu'il n'y avoit personne au

monde qui les sût mettre comme elle, et même elle se piquoit de les

mettre fort proprement, quoique madame Anne, sa _dueña_, fût une heure

et demie à les ajuster; après elle alla au miroir, et à tout bout de

champ elle disoit: «Pas trop sottes; ces yeux-là sont petits, à la

vérité, mais ils ont bien du feu.» Et elle parla une heure durant du feu

de ses yeux. Quand Vardes eut assez mangé: «Madame, madame, lui dit-il,

venez, venez, on vous donnera à cette heure tant d'œillades que vous

voudrez. Nous voilà au dessert; c'est le temps des douceurs; approchez.»

Cependant les prêts alloient toujours fort mal; le président alla parler

à d'Emery[387], et lui dit: «Mais, monsieur, je n'ai point de bois. Où

prendrai-je de l'argent pour en acheter? Qui enverra au marché pour moi?

Je suis résolu de demeurer céans; il faut bien que vous me chauffiez et

que vous me nourrissiez.» D'Emery, alors malade de la maladie dont il

mourut, après avoir eu bien de la patience, lui dit que si ses

valets-de-chambre ne le pouvoient mettre dehors, il feroit venir ses

palefreniers. Tambonneau outré vouloit aller au lit, on ne sait pourquoi

faire; mais on se mit entre deux, et on le fit sortir. Le maréchal de

Grammont lui envoya un gentilhomme pour le prier de s'accommoder avec le

président; il répondit qu'il ne se soucioit point de Tambonneau, ni des

messages qu'on lui faisoit faire sur cela. En effet, le maréchal eût

bien pu lui en parler lui-même.

[387] Le surintendant des finances.

Les historiettes de Tallemant des Réaux, tome cinquième Mémoires pour servir à l'histoire du XVIIe siècle · 第 18 / 25 段