L'on dit un jour à un prélat qui ne résidoit que rarement dans son

évêché: «C'est bien fait, monseigneur, cela marque la confiance que vous

avez en Dieu; votre diocèse peut-il être mieux que sous la conduite de

la Providence?»

Le duc d'Ossonne promit mille pistoles aux Jésuites, s'ils lui faisoient

voir qu'on pût donner l'absolution par avance d'un péché non encore

commis. Après avoir bien cherché, ils lui apportèrent un de leurs

auteurs, et lui donnèrent l'absolution qu'il demandoit. Il leur donna

une lettre de change à recevoir à quatre lieues. Ils trouvèrent en

chemin douze drôles qui les battirent et leur prirent la lettre de

change. Ils vinrent se plaindre au duc, qui leur dit que c'étoit là le

péché qu'il avoit envie de commettre, et qu'ils l'en avoient absous.

Une paysanne demandoit à sa nièce mariée depuis trois mois, s'ils

s'aimoient toujours bien: «Eh! dit-elle, là, là.--Mais, comment! es-tu

fâchée d'être mariée?--Nennin, ma tante, répondit-elle, mais ardé, n'en

s'entr'aime mieux quand on ne s'ha pas qu'on s'entr'aime quand on s'ha.»

Une sage-femme s'approchant d'une fenêtre pour nettoyer l'enfant qu'elle

venoit de recevoir, s'écria: «Ah! qu'il ressemble à son père!--Comment,

dit l'accouchée de dedans son lit, est-ce qu'il a une couronne sur la

tête?»

Un commis borgne ayant exigé d'un cabaretier des droits qu'il ne lui

devoit pas, le cabaretier, pour s'en venger, fit représenter le portrait

du commis à son enseigne, sous la forme d'un voleur avec cette

inscription: _Au Borgne qui prend_. Le commis, s'en trouvant offensé,

vint trouver le cabaretier, et lui rendit l'argent des droits en

question, à la charge qu'il feroit réformer son enseigne. Le cabaretier,

pour y satisfaire, fit seulement ôter de son enseigne le _p_; si bien

qu'il resta, _Au Borgne qui rend_, au lieu _du Borgne qui prend_.

Un chevalier menteur disoit avoir vu une église de mille pas de long:

son valet voulant l'interrompre par un démenti, il dit aussitôt, pour

raccommoder la chose, et deux de large. Comme il vit qu'on rioit: «C'est

ce coquin qui en est cause, sans lui je l'allois faire carrée.»

Arlequin disoit que le Colosse de Rhodes s'étoit marié avec la Tour de

Babylone, et qu'ils avoient engendré de leur mariage les Pyramides

d'Egypte.

Un gentilhomme parlant d'une chambre où on l'avoit mis coucher, dont

les murs étoient rompus et crevassés, disoit: «Voici la plus mauvaise

chambre du monde, on voit le jour toute la nuit.»

Un confesseur demandoit à un soldat qui se confessoit s'il avoit jeûné.

«Que trop, mon père, répondit-il; j'ai quelquefois été huit jours sans

manger de pain.--Mais si vous en eussiez eu, dit le confesseur, vous en

eussiez mangé?--Très-assurément, répondit le soldat.--Mais, ajouta le

confesseur, Dieu ne prend pas plaisir à ces jeûnes forcés.--Ma foi,

répliqua le soldat, ni moi non plus, mon père.»

Santeuil disoit à Du Périer: «Tu es réduit au lait de Muses.» Celui-ci

répondit: «Les Muses sont vierges; si elles ont du lait, c'est vous qui

les avez prostituées.»

Maldachin étant amant favori de donna Olimpia, et partageant ses plus

douces faveurs avec le pape, elle lui dit un jour dans ses transports

les plus violents: _Coraggio, mi Maldachin, ti farò cardinale_; mais il

lui répondit: _Quando sarebe per esser papa, non posso più_.

Une femme reprochoit à son mari studieux qu'il avoit de l'indifférence

pour elle, qu'elle voudroit être livre, parce qu'il étoit toujours en

leur compagnie. «Et moi aussi, lui dit-il, pourvu que ce fût un

almanach: j'en changerois tous les ans.»

Un homme, dans la crainte d'être battu par un de ses ennemis, se tint

plus d'un an sur ses gardes avec beaucoup d'inquiétude; mais à la fin,

recevant des coups de bâton de lui lorsqu'il y pensoit le moins, il dit:

«Grâce à Dieu, me voilà dehors de cette querelle.»

En arrivant d'un voyage, M. de Vivonne disoit à sa sœur, madame de

Thianges, tous deux fort gros: «Embrassons-nous, si nous pouvons.»

Madame de Thianges étant malade, et se plaignant au comte de Roucy du

bruit des cloches, il lui dit: «Madame, que ne faites-vous mettre du

fumier devant votre porte?»

L'abbé d'Aumont trouvant sa loge prise à la comédie par le maréchal

d'Albret, dit: «Voilà un plaisant maréchal, il n'a jamais pris que ma

loge.»

M. de Gondi, abbé de Sainte-Magloire[201], qui fut depuis archevêque de

Paris, étant fortement sollicité de permuter cette abbaye contre un

autre bénéfice qui paroissoit plus considérable, répondit: «_Gloriam

meam alteri non dabo._»

[201] Le coadjuteur.

Un partisan se trouvant dans une compagnie où chacun déclama de son

mieux contre les gens d'affaires, voulut prendre leur parti en disant

qu'ils étoient le soutien de l'État. «Parbleu, répondit un de ceux qui

l'écoutoient, c'est donc dans le sens que la corde est le soutien du

pendu, qui ne le quitte point qu'elle ne l'ait étranglé.»

Clermont Tonnerre, évêque de Noyon, disoit dans une maladie qu'il avoit:

«Hélas! Seigneur, ayez pitié de ma grandeur.»

Le même évêque disoit des docteurs de Sorbonne: «C'est bien affaire à

des gueux comme cela de parler du mystère de la Trinité.»

Après le paon et le cardinal, le plus glorieux de tous les animaux est

_le président à mortier_.

Madame Cornuel, qui avoit les dents fort laides, demandoit à M. Santeuil

combien ils étoient de moines à Saint-Victor: «Autant, lui dit-il, que

vous avez de cloux de girofle dans la bouche.»

M. Bautru comparoit les Capucins à de vieux jetons dont on a rogné les

lettres; on ne voit qu'une tête avec la barbe, le reste est effacé.

Rabelais étant fort malade, son curé, qui ne passoit pas pour un habile

homme, le vint voir pour lui administrer les sacrements, et lui montrant

la sainte hostie, lui dit: «Voilà votre Sauveur et votre maître qui veut

bien s'abaisser jusqu'à venir vous trouver, le reconnoissez-vous

bien?--Hélas! oui, répondit Rabelais, je le reconnois à sa monture.»

Le duc d'Antin faisant voir à un ambassadeur étranger les beautés de

Marly, entre autres les deux premières allées du jardin dont les arbres,

courbés en arc, forment comme autant de portiques, et une longue suite

de berceaux, il lui demanda ce qu'il en pensoit. «Cela me paroît

admirable, répondit l'ambassadeur; en France tout plie aux volontés du

Roi, jusqu'aux arbres.»

Un intendant de province, homme fort dur aux gens de la campagne, se

voyant importuné par un paysan opiniâtre qui s'empressoit toujours de

vouloir lui parler, lui donna un coup de pied pour le faire sortir. Le

paysan fit la pirouette sans quitter sa place, et se retournant vers

l'intendant: «Pargué, monseigneur, lui dit-il, si c'est ainsi que vous

répondez les requêtes qu'on vous présente, vous n'avez pas besoin de

secrétaire.» Chacun se mit à rire du bon mot, et l'intendant ne put plus

lui refuser ce qu'il souhaitoit.

REPARTIES DE MADAME CORNUEL[202].

Madame Cornuel avoit un jour un procès, au rapport de M. de

Sainte-Foi[203], maître des requêtes. Elle avoit de la peine à lui

faire entendre ses raisons. Elle alla pour le solliciter, et le portier

lui dit qu'il étoit allé entendre la messe. «Hélas! mon ami, lui

dit-elle, il n'entend que cela.»

[202] _Voyez_ l'Historiette de cette femme spirituelle, t. 4, p.

72. Ces _Reparties_ sont, comme nous l'avons dit déjà, extraites

d'un manuscrit de Tallemant, autre que celui de ses

_Historiettes_, manuscrit également écrit de sa main, mais dans

les dernières pages duquel l'écriture est si altérée qu'on doit

les croire de sa vieillesse la plus avancée, si même ce ne sont

des additions d'un des siens Lui ayant survécu.

[203] Elle disoit aussi de ce M. de Sainte-Foi, que son nom étoit

comme celui des _Blancs-Manteaux_ qui sont habillés de _noir_.

(_Lettre de madame de Sévigné_, du 8 septembre 1680.)

Mademoiselle de Piennes, qui a été chanoinesse, commençant à se passer,

et néanmoins ayant grand soin de son teint, mettoit toujours un masque,

ce qui fit dire à madame Cornuel que la beauté de cette demoiselle étoit

comme un lit qui s'use sous la housse.

En 1691, le Roi étant allé faire le siége de Mons, plusieurs ducs, sans

emploi, le suivirent. Madame Cornuel disoit que c'était l'arrière-ban

des ducs.

Madame Cornuel avoit plus de quatre-vingts ans, quand madame de

Villesavin, sa voisine, âgée de quatre-vingt-douze ans, mourut. «Hélas!

dit-elle en apprenant cette mort, me voilà découverte.»

Elle disoit que les Jansénistes étoient d'honnêtes gens, mais qu'ils

étoient trop affectueux, et que quand M. d'Andilly la rencontroit, il

l'embrassoit toujours si fort, qu'elle ne savoit comment s'en

débarrasser.

Quelque temps après que mademoiselle de Navailles, dont la mère a poussé

jusqu'à l'excès l'application aux affaires, eut épousé le duc d'Elbeuf,

ce prince fut attaqué d'apoplexie qui lui rendit la moitié du corps

perclus. A peine en étoit-il guéri, qu'il alla, accompagné de sa femme,

tenir les États de la province d'Artois, dont il étoit gouverneur.

Madame Cornuel, ayant appris ce voyage, ne put s'empêcher de témoigner

la surprise où elle étoit de ce qu'on le menoit si loin en pareil

état[204]. «Vous verrez, poursuivit-elle, que c'est un _ménage_ de la

maison de Navailles, et qu'on le veut faire enterrer aux dépens des

États.»

[204] _Ménage_ doit s'entendre ici dans le sens d'_économie_.

Feu M. le duc de Noailles fut un jour obligé de donner au public sa

généalogie, et entre autres articles, il y en avoit un qui le faisoit

descendre d'un homme appelé _Gimel_. Madame Cornuel dit qu'elle ne

doutoit point de la vérité de cette généalogie, et qu'à la physionomie

qu'il avoit, il falloit qu'il fût descendu des lamentations de Jérémie.

On lui dit une fois que Desmenu-Courtin étoit fort malade, et qu'il ne

vouloit point se confesser: «Vraiment, dit-elle, c'est bien à lui de

mourir sans confession!»

M. le duc de Montausier étant fort malade, son valet-de-chambre vient

dire à madame Cornuel, qui venoit pour le voir, que son maître ne voyoit

plus les femmes en l'état où il étoit: «Va, va, dit-elle, mon ami, il

n'y a plus de sexe à mon âge de quatre-vingts ans[205].»

[205] Dans le siècle suivant on a prêté ce mot à madame Geoffrin.

Un jour qu'elle avoit un procès contre un partisan, elle fut obligée

d'aller chez M. Pussort, conseiller d'État, et d'attendre dans son

antichambre, parce que des financiers étoient avec lui dans son

cabinet. Quelques laquais étoient dans le même lieu, jouant assez

incivilement auprès d'elle. Le secrétaire de M. Pussort, passant par là,

voulut les faire arrêter; mais madame Cornuel l'empêcha, lui disant:

«Laissez-les faire, monsieur; je ne les crains point, tant qu'ils sont

ainsi vêtus; mais bien quand ils sont en manteaux noirs, comme ceux de

là-dedans, qui sont très-redoutables pour moi[206].»

[206] Ce mot a été cité par madame de Sévigné dans la lettre à sa

fille, du 7 octobre 1676. Elle place seulement la scène chez

Berryer, qu'on assuroit avoir été sergent au Mans.

Les fermiers-généraux des aides lui saisirent une fois un panier de

gibier qui lui venoit de la campagne. Sur l'avis qu'elle en eut, elle

l'envoya redemander au bureau, et les intéressés, apprenant qu'il n'y

avoit pas lieu à la confiscation, le restituèrent, en disant qu'il

falloit éviter ses bons mots. On lui rendit compte de cette réponse.

«Ces gens-là me connoissent, dit-elle; vous verrez que quelqu'un d'eux a

été laquais dans quelque bonne maison de ma connoissance.»

Elle disoit des partisans qui avoient fait fortune de son temps, que

ceux qui nous avoient décrotté autrefois nous crottoient à présent.

Il est public que dans la promotion des chevaliers de l'ordre du

Saint-Esprit, qui se fit le premier jour de l'année 1689, il y en avoit

plusieurs dont la naissance étoit beaucoup au-dessous de cet honneur.

M. le comte de Choiseul reçut l'ordre à cette promotion, et comme sa

qualité et son mérite le rendoient très-digne de cette distinction,

madame Cornuel disputant avec lui quelque temps après: «Taisez-vous, lui

dit-elle, je vous nommerois vos camarades[207].»

[207] Le père Brotier rapporte ce mot dans ses _Paroles

mémorables_, p. 85.

En l'année 1680, pendant que la chambre des poisons étoit établie,

madame Cornuel disoit à M. de Bezons, conseiller d'État, qui étoit de

cette commission, qu'il étoit honteux pour eux qu'ils ne fissent pendre

que des gueux, et qu'ils devoient, pour leur honneur, faire louer des

habits à la friperie pour habiller ces malheureux, quand on les

exécutoit, afin du moins d'imposer au public.

Comme on lui dit qu'on brûloit les procès des empoisonneurs avec les

empoisonneurs mêmes: «Vraiment, dit-elle, c'est bien fait; mais il

faudroit encore brûler les témoins et les juges.»

Les rubans étant devenu fort à la mode, on lui dit que madame de La

Reynie[208] en avoit une échelle. «Hélas! dit-elle, j'ai bien peur qu'il

n'y ait une potence dessous.»

[208] Elle étoit femme du lieutenant-général de police.

En l'année 1689, elle disoit qu'elle ne savoit pas pourquoi on vouloit

que le Roi n'aimât pas Paris, vu la quantité de bourgeois qu'il avoit

faits chevaliers de l'ordre.

Un jour d'été, étant dans l'antichambre de M. Colbert, elle disoit

qu'elle croyoit être en enfer, parce qu'il y feroit fort chaud, et que

tout le monde y seroit mal content.

Elle disoit un jour que le marquis d'Alluye l'étoit venu voir, qu'il

avoit l'air d'un mort, tant il étoit changé, et qu'elle avoit été sur le

point de lui demander s'il avoit congé du fossoyeur, pour aller ainsi

par la ville.

Elle disoit de la Comtesse de Fiesque, qu'elle s'entretenoit dans

l'extravagance, comme les cerises dans l'eau-de-vie.

La même comtesse de Fiesque disoit un jour, devant elle, qu'elle ne

savoit pourquoi l'on trouvoit Combourg fou, et qu'assurément il parloit

comme un autre. «La comtesse a mangé de l'ail,» reprit-elle.

Un homme de fort peu d'esprit, et qui sentoit très-mauvais, vint voir

madame Cornuel. S'en trouvant importunée, elle dit, quand il fut sorti:

«Il faut que cet homme soit mort, car il ne dit mot et sent fort

mauvais.»

En l'année 1689, le maréchal de Duras, commandant l'armée du Roi en

Allemagne, faisoit peu de dépense et fort mauvaise chère. «Faut-il s'en

étonner? dit-elle, il a une maîtresse et un intendant.»

Un de ses laquais fit une sottise, et en même temps tomba à quatre

pieds: «Je te défends de te relever, dit-elle, tu es fait pour aller

comme cela.»

Elle disoit du père Gonnelieu, jésuite, et prédicateur fort sévère,

qu'il surfaisoit en chaire et donnoit à bon marché dans le

confessionnal.

On parloit un jour devant elle de l'avarice de M. de Louvois et de

l'archevêque de Reims. «Vraiment, dit-elle, M. le chancelier est bien

heureux, car ses enfants se portent au _bien_ de bonne heure.»

En 1690, le Roi ayant créé deux charges de président à mortier du

parlement de Paris, en donna une à M. l'avocat-général Talon. Il y en

avoit trois ou quatre fort jeunes des six qui devoient précéder M.

Talon, suivant l'ordre de leur réception, quoiqu'il fût le plus âgé de

tous; ce qui fit dire à madame Cornuel, qu'il seroit comme le prêtre des

enfants rouges, qui en mène dans les rues une troupe devant lui.

L'an 1690, Gilbert, conseiller au grand conseil, dont le père a été

marchand de toile, à l'enseigne des _Rats_, voulut se faire président

des comptes à Paris. Madame Cornuel l'apprenant, dit que les papiers de

la chambre des comptes étoient perdus si l'on mettoit les rats dedans.

Elle disoit de Jacques second, roi d'Angleterre, que le Saint-Esprit lui

avoit mangé l'entendement, à cause de sa dévotion et de son imbécillité.

Elle disoit de M. Jeannin de Castille, qu'il étoit né mort.

Elle disoit de MM. de Courtenai et La Vauguyon, chevaliers de l'ordre,

que la différence qu'il y étoit entre eux, étoit que l'un ne pouvoit

avoir ce qu'il espéroit, et que l'autre avoit eu ce qu'il n'espéroit

pas.

L'an 1691, le Roi ayant mis M. le duc de Beauvilliers, et rappelé M. de

Pomponne dans le ministère, madame Cornuel disoit que c'étoit la vertu

et la prudence dans le conseil, mais qu'on n'y voyoit point la force.

Baron, fameux comédien, et très-favorisé des dames, ayant quitté la

comédie, madame Cornuel demanda si ce n'étoit pas pour aller aux

Madelonnettes[209].

[209] C'étoit le couvent des filles repenties.

Elle disoit, en 1691, qu'il couroit des retraites comme des

fièvres-quartes, à cause de celle du comte de Santena[210], de celle de

M. Fieubet[211] et de celle de Baron.

[210] Le comte de Santena se retira à la Trappe, à cette

époque-là. (_Voyez_ la lettre de madame de Coulanges à son mari,

du 23 juillet 1691, et la _Relation de la vie et de la mort du

comte de Santena, nommé frère Palémon_; Bruxelles, F. Foppens,

1696.)

[211] M. de Fieubet, conseiller d'État, se retira en 1691 aux

Camaldules de Gros-Bois, où il mourut en 1694. (_Voyez_ la lettre

de madame de Coulanges à madame de Sévigné, du 3 octobre 1694.)

Elle comparoit le maréchal de Duras aux almanachs, parce qu'il disoit

tant de choses, qu'il falloit bien qu'il rencontrât quelquefois la

vérité.

Elle disoit sur la religion qu'elle n'étoit pas mourante, mais qu'elle

étoit défaillante[212].

[212] Ce mot fait souvenir de celui de madame de Sévigné à

l'occasion des disputes sur la grâce. «Épaississez-moi un peu la

religion qui s'évapore toute à force d'être subtilisée.»

(_Mémoires de Saint-Simon_, t. 1, p. 466, édition de 1829.)

Le roi Jacques second n'ayant pu passer en Angleterre à cause des vents

excessifs qu'il faisoit, madame Cornuel dit que Dieu avoit cela sur la

conscience.

Quelqu'un paroissant inquiet du lieu où l'on mettroit les étendards pris

à la bataille de Steinkerque[213], par le grand nombre qui étoit déjà à

Notre-Dame: «Bon, dit-elle, voilà bien de quoi s'embarrasser! Ils

serviront de falbalas aux autres.»

[213] Gagnée par le maréchal de Luxembourg, le 3 août 1692.

Au commencement de 1693, quantité de femmes de la cour ayant fait, dans

le faubourg Saint-Germain, des débauches qui faisoient grand bruit, et

qui scandalisoient le public, madame Cornuel dit que c'étoit une mission

que M. l'archevêque de Paris avoit envoyée dans le quartier pour retirer

les jeunes gens d'une plus vilaine débauche.

Elle disoit que la comtesse de Fiesque étoit un moulin à paroles.

Madame de Lionne ayant été fort coquette, et étant sur le retour, elle

soutenoit le débris de ses charmes par beaucoup de pierreries; madame

Cornuel disoit que c'étoit du lard dans une souricière[214].

[214] Ce mot est rapporté par Corbinelli dans le _Post-scriptum_

de la lettre de madame de Sévigné à sa fille, du 17 avril 1676.

En 1693, où les armées furent long-temps sans rien faire de

considérable, et coûtoient des sommes immenses, madame Cornuel disoit

que nous n'avions guère de nouvelles pour notre argent.

Il étoit grand bruit la même année, que toutes les femmes, et surtout

les duchesses, alloient manger chez M. le chancelier et chez M. de

Pontchartrain; elle dit qu'il falloit que ces messieurs fissent de la

soupe pour les duchesses, comme l'on en fait pour les pauvres dans les

paroisses.

Madame Cornuel entendant dire: Nous avons une grande guerre à soutenir,

et nous n'avons point d'alliés, dit: «Pardonnez-moi, il nous reste

encore le roi de Siam; voilà des envoyés qui partent pour lui[215].»

[215] C'étoit en 1685, lorsque le chevalier de Chaumont fut

envoyé à Siam avec l'abbé de Choisy. (Voyez le _Journal du Voyage

de Siam_, par Choisy; Paris, 1687, in-12.)

En 1693, madame Cornuel entendant dire que les blés ne rapportoient rien

cette année, dit: «Les blés de cette année sont comme les victoires de

M. de Luxembourg; elles ne rendent point.»

Les voleurs attaquèrent un soir madame Cornuel. L'un d'eux entrant dans

son carrosse, commença par lui mettre la main sur la gorge; mais elle

lui repoussa le bras sans s'effrayer, lui disant: «Vous n'avez que faire

là, mon ami, je n'ai ni perles ni tétons.»

Après la mort de M. Pavillon, évêque d'Alet, dont l'éminente piété,

l'exacte résidence et la fermeté sont connues de tout le monde, le Roi

donna ce bénéfice à l'abbé de Valbelle. Madame Cornuel, en lui faisant

compliment, lui dit: «Jésus! monsieur, on vous a donné là un évêché bien

austère.»

MADAME AUBERT

ET LE MARQUIS DE PALAVICHINE[216].

Madame Aubert est femme d'un des intéressés aux gabelles, qui est un

homme d'âge, mais fort riche. M. d'Orléans, autrefois, la voulut

cajoler. On dit qu'elle lui répondit: «Voire, c'est pour votre nez!» Une

fois, comme quelques personnes louoient sa beauté, elle dit: «Oh! ma

mère a été bien plus belle que moi!» Cette femme a été jolie et

coquette, mais sotte; elle a fait galanterie avec Pardaillan[217],

qui, aujourd'hui, se fait appeler Termes; c'est le cadet de

Bellegarde-Montespan. Cet homme a été un peu accusé de la fausse monnoie

en Gascogne[218]. Cette madame Aubert a conservé tant d'amitié pour lui,

qu'elle a accordé avec son fils une nièce qu'elle tient comme sa fille,

car elle n'a point d'enfants: elle lui fait un fort grand avantage et,

en parlant de ce garçon, elle l'appelle _notre fils_. Elle en a été bien

mal payée. Termes, depuis cela, a tellement empaumé le bonhomme Aubert,

que ce dernier ne jure que par lui. Termes est le patron de tout; le

bonhomme lui loue une maison, la meuble, lui donne de l'argent. On dit

qu'il en tire plus de vingt mille écus tous les ans. Par une ingratitude

effroyable, il a fait ôter à cette femme toute l'administration de la

maison. Elle n'a pas un sou. Quelque Gascon que ce soit, qui se renomme

de M. de Termes, y est reçu comme un enfant de la maison, y fait manger

ses gens et ses chevaux comme il lui plaît. Termes ne donne rien de ce

qu'il tire de là à son fils; il en entretient une madame de Broc. Le

fils ne traite point bien sa femme. C'est un fripon qui, par deux fois,

lui a engagé ses perles. Voilà comme la tante et la nièce se trouvent

bien de s'être mises entre les mains des Gascons.

[216] Tallemant a francisé le nom de _Pallavicini_, qui est celui

d'une grande maison d'Italie.

[217] Jean-Antoine de Pardaillan de Gondrin. Il avoit épousé sa

cousine, Anne-Marie de Saint-Lary, demeurée seule héritière de sa

maison, aux noms et armes de laquelle Pardaillan fut substitué.

[218] Ce Termes est un franc Gascon; premièrement il a fait la

fausse monnoie à une maison appelée La Motte-Bastille, proche de

Choisy-Bellegarde. (T.)

Les historiettes de Tallemant des Réaux, tome cinquième Mémoires pour servir à l'histoire du XVIIe siècle · 第 11 / 25 段