_Le secrétaire du comité de salut public de la municipalité de
Corfou_.
Citoyen, Élisabeth Caime Nouhiera, demeurant dans la vieille forteresse,
s'étant présentée à l'église de Saint-Spiridion pour faire l'offrande
d'un cierge: «Ma chère, lui dit le sacristain à qui elle le remit,
gardez cela, tout est perdu. Les Français sont venus hier peser ici
l'argenterie de l'église; demain, ils l'emporteront.» Cette femme,
affligée et effrayée, répète ce propos à qui veut l'entendre.
Je crois devoir vous avertir en outre, citoyen, que les desservans du
saint sont en possession de celle des clefs de la châsse qui était entre
les mains du baile, et qui devrait être remise à la municipalité.
Salut et fraternité.
Des bureaux du comité, le 3 thermidor, an 1er de la liberté
corcyréenne.
Loverdo.
J'ignore si le signataire de cette lettre est l'officier général inscrit
encore aujourd'hui sous ce nom sur l'état de l'armée française.]
[18: _M. de Lalande_. Presque aussi célèbre comme astronome que comme
athée, c'était le savant le plus laid de son siècle. Peut-être est-ce à
l'humeur que cela lui donnait qu'on doit attribuer son athéisme. Si
violente que fut sa rancune contre Dieu, il faut convenir qu'elle était
motivée. Comme il la manifestait en toute occasion, et qu'un jour, dans
une société illustre, une querelle des plus vives s'était engagée à ce
propos entre lui et Delille de Salle, qui tenait pour l'opinion opposée
et appelait Dieu son _auguste client_, un confrère d'opinion neutre
demanda qu'on mit fin à ces débats en décidant que, dans cette société,
_il ne serait plus question de Dieu, soit en bien soit en mal_.
_M. de Lalande_ était d'ailleurs digne d'estime; la science lui a des
obligations tant pour les travaux qu'il a faits que pour ceux qu'il a
fait faire. Il a fondé un prix annuel pour l'auteur de l'_observation la
plus intéressante_, ou du _Mémoire le plus utile aux progrès de
l'astronomie_.
Il mangeait les araignées, mais il secourait les hommes; et tous les
ans, à la semaine sainte, il se faisait lire la _Passion_, qu'il
n'entendait pas sans un profond attendrissement.
On croit que c'est à son sujet que fut composé le quatrain suivant:
Un jour qu'il avait du courage,
Jérôme, en voyant son portrait,
Disait: Dieu doit être bien laid,
Si l'homme est fait à son image.
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[19: