Que, dans ces États, il ne se forme point de petite révolte, et qu'il

n'y a jamais d'intervalle entre le murmure et la sédition;

Qu'il ne faut point que les grands événements y soient préparés par de

grandes causes; au contraire, le moindre accident produit une grande

révolution, souvent aussi imprévue de ceux qui la font que de ceux qui

la souffrent.

Lorsqu'Osman, empereur des Turcs, fut déposé, aucun de ceux qui

commirent cet attentat ne songeoit à le commettre; ils demandoient

seulement en suppliants qu'on leur fît justice sur quelque grief: une

voix, qu'on n'a jamais connue, sortit de la foule par hasard; le nom

de Mustapha fut prononcé, et soudain Mustapha fut empereur.

De Paris, le 2 de la lune de Rebiab 1, 1715.

LETTRE LXXXII.

NARGUM, ENVOYÉ DE PERSE EN MOSCOVIE, A USBEK.

A Paris.

De toutes les nations du monde, mon cher Usbek, il n'y en a pas qui

ait surpassé celle des Tartares, ni en gloire, ni dans la grandeur des

conquêtes. Ce peuple est le vrai dominateur de l'univers; tous les

autres semblent être faits pour le servir: il est également le

fondateur et le destructeur des empires; dans tous les temps il a

donné sur la terre des marques de sa puissance; dans tous les âges il

a été le fléau des nations.

Les Tartares ont conquis deux fois la Chine, et ils la tiennent encore

sous leur obéissance.

Ils dominent sur les vastes pays qui forment l'empire du Mogol.

Maîtres de la Perse, ils sont assis sur le trône de Cyrus et de

Gustape. Ils ont soumis la Moscovie. Sous le nom de Turcs, ils ont

fait des conquêtes immenses dans l'Europe, l'Asie et l'Afrique; et ils

dominent sur ces trois parties de l'univers.

Et, pour parler de temps plus reculés, c'est d'eux que sont sortis

presque tous les peuples qui ont renversé l'empire romain.

Qu'est-ce que les conquêtes d'Alexandre, en comparaison de celles de

Genghiscan?

Il n'a manqué à cette victorieuse nation que des historiens, pour

célébrer la mémoire de ses merveilles.

Que d'actions immortelles ont été ensevelies dans l'oubli! que

d'empires par eux fondés, dont nous ignorons l'origine! Cette

belliqueuse nation, uniquement occupée de sa gloire présente, sûre de

vaincre dans tous les temps, ne songeoit point à se signaler dans

l'avenir par la mémoire de ses conquêtes passées.

De Moscou, le 4 de la lune de Rebiab 1, 1715.

LETTRE LXXXIII.

RICA A IBBEN.

A Smyrne.

Quoique les François parlent beaucoup, il y a cependant parmi eux une

espèce de dervis taciturnes qu'on appelle chartreux: on dit qu'ils se

coupent la langue en entrant dans le couvent; et on souhaiteroit fort

que tous les autres dervis se retranchassent de même tout ce que leur

profession leur rend inutile.

A propos de gens taciturnes, il y en a de bien plus singuliers que

ceux-là, et qui ont un talent bien extraordinaire. Ce sont ceux qui

savent parler sans rien dire, et qui amusent une conversation pendant

deux heures de temps sans qu'il soit possible de les déceler, d'être

leur plagiaire, ni de retenir un mot de ce qu'ils ont dit.

Ces sortes de gens sont adorés des femmes: mais ils ne le sont

pourtant pas tant que d'autres, qui ont reçu de la nature l'aimable

talent de sourire à propos, c'est-à-dire à chaque instant, et qui

portent la grâce d'un gracieuse approbation sur tout ce qu'elles

disent.

Mais ils sont au comble de l'esprit lorsqu'ils savent entendre finesse

à tout, et trouver mille petits traits ingénieux dans les choses les

plus communes.

J'en connois d'autres qui se sont bien trouvés d'introduire dans les

conversations les choses inanimées, et d'y faire parler leur habit

brodé, leur perruque blonde, leur tabatière, leur canne et leurs

gants. Il est bon de commencer de la rue à se faire écouter par le

bruit du carrosse, et du marteau qui frappe rudement la porte: cet

avant-propos prévient pour le reste du discours; et quand l'exorde est

beau, il rend supportables toutes les sottises qui viennent ensuite,

mais qui par bonheur arrivent trop tard.

Je te promets que ces petits talents, dont on ne fait aucun cas chez

nous, servent bien ici ceux qui sont assez heureux pour les avoir, et

qu'un homme de bons sens ne brille guère devant ces sortes de gens.

De Paris, le 6 de la lune de Rebiab 2, 1715.

LETTRE LXXXIV.

USBEK A RHÉDI.

A Venise.

S'il y a un Dieu, mon cher Rhédi, il faut nécessairement qu'il soit

juste: car, s'il ne l'étoit pas, il seroit le plus mauvais et le plus

imparfait de tous les êtres.

La justice est un rapport de convenance, qui se trouve réellement

entre deux choses: ce rapport est toujours le même, quelque être qui

le considère, soit que ce soit Dieu, soit que ce soit un ange, ou

enfin que soit un homme.

Il est vrai que les hommes ne voient pas toujours ces rapports;

souvent même lorsqu'ils les voient, ils s'en éloignent; et leur

intérêt est toujours ce qu'ils voient le mieux. La justice élève sa

voix; mais elle a peine à se faire entendre dans le tumulte des

passions.

Les hommes peuvent faire des injustices, parce qu'ils ont intérêt de

les commettre, et qu'ils aiment mieux se satisfaire que les autres.

C'est toujours par un retour sur eux-mêmes qu'ils agissent: nul n'est

mauvais gratuitement; il faut qu'il y ait une raison qui détermine, et

cette raison est toujours une raison d'intérêt.

Mais il n'est pas possible que Dieu fasse jamais rien d'injuste: dès

qu'on suppose qu'il voit la justice, il faut nécessairement qu'il la

suive; car, comme il n'a besoin de rien, et qu'il se suffit à

lui-même, il seroit le plus méchant de tous les êtres, puisqu'il le

seroit sans intérêt.

Ainsi, quand il n'y auroit pas de Dieu, nous devrions toujours aimer

la justice; c'est-à-dire faire nos efforts pour ressembler à cet être

dont nous avons une si belle idée, et qui, s'il existoit, seroit

nécessairement juste. Libres que nous serions du joug de la religion,

nous ne devrions pas l'être de celui de l'équité.

Voilà, Rhédi, ce qui m'a fait penser que la justice est éternelle, et

ne dépend point des conventions humaines; et quand elle en dépendroit,

ce seroit une vérité terrible qu'il faudrait se dérober à soi-même.

Nous sommes entourés d'hommes plus forts que nous; ils peuvent nous

nuire de mille manières différentes, les trois quarts du temps ils

peuvent le faire impunément: quel repos pour nous de savoir qu'il y a

dans le coeur de tous ces hommes un principe intérieur qui combat en

notre faveur, et nous met à couvert de leurs entreprises!

Sans cela nous devrions être dans une frayeur continuelle; nous

passerions devant les hommes comme devant les lions; et nous ne

serions jamais assurés un moment de notre vie, de notre bien, ni de

notre honneur.

Toutes ces pensées m'animent contre ces docteurs qui représentent Dieu

comme un être qui fait un exercice tyrannique de sa puissance; qui le

font agir d'une manière dont nous ne voudrions pas agir nous-mêmes, de

peur de l'offenser; qui le chargent de toutes les imperfections qu'il

punit en nous; et, dans leurs opinions contradictoires, le

représentent tantôt comme un être mauvais, tantôt comme un être qui

hait le mal et le punit.

Quand un homme s'examine, quelle satisfaction pour lui de trouver

qu'il a le coeur juste! Ce plaisir, tout sévère qu'il est, doit le

ravir: il voit son être autant au-dessus de ceux qui ne l'ont pas

qu'il se voit au-dessus des tigres et des ours. Oui, Rhédi, si j'étois

sûr de suivre toujours inviolablement cette équité que j'ai devant les

yeux, je me croirois le premier des hommes.

A Paris, le 1er de la lune de Gemmadi 1, 1715.

LETTRE LXXXV.

RICA A ***.

Je fus hier aux Invalides: j'aimerois autant avoir fait cet

établissement, si j'étois prince, que d'avoir gagné trois batailles.

On y trouve partout la main d'un grand monarque. Je crois que c'est le

lieu le plus respectable de la terre.

Quel spectacle que de voir dans un même lieu rassemblées toutes ces

victimes de la patrie, qui ne respirent que pour la défendre; et qui,

se sentant le même coeur, et non pas la même force, ne se plaignent

que de l'impuissance où elles sont de se sacrifier encore pour elle!

Quoi de plus admirable que de voir ces guerriers débiles, dans cette

retraite, observer une discipline aussi exacte que s'ils y étoient

contraints par la présence d'un ennemi, chercher leur dernière

satisfaction dans cette image de la guerre, et partager leur coeur

et leur esprit entre les devoirs de la religion et ceux de l'art

militaire!

Je voudrois que les noms de ceux qui meurent pour la patrie fussent

écrits et conservés dans les temples, dans des registres qui fussent

comme la la source de la gloire et de la noblesse.

A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 1, 1715.

LETTRE LXXXVI.

USBEK A MIRZA.

A Ispahan.

Tu sais, Mirza, que quelques ministres de Cha-Soliman avoient formé le

dessein d'obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume,

ou de se faire mahométans, dans la pensée que notre empire seroit

toujours pollué, tandis qu'il garderoit dans son sein ces infidèles.

C'étoit fait de la grandeur persane, si dans cette occasion l'aveugle

dévotion avoit été écoutée.

On ne sait comment la chose manqua; ni ceux qui firent la proposition,

ni ceux qui la rejetèrent, n'en connurent les conséquences: le hasard

fit l'office de la raison et de la politique, et sauva l'empire d'un

péril plus grand que celui qu'il auroit pu courir de la perte de trois

batailles et de la prise de deux villes.

En proscrivant les Arméniens, on pensa détruire en un seul jour tous

les négociants, et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr

que le grand Cha-Abas auroit mieux aimé se faire couper les deux bras

que de signer un ordre pareil, et qu'en envoyant au Mogol et aux

autres rois des Indes ses sujets les plus industrieux, il auroit cru

leur donner la moitié de ses États.

Les persécutions que nos mahométans zélés ont faites aux Guèbres les

ont obligés de passer en foule dans les Indes; et ont privé la Perse

de cette laborieuse nation, si appliquée au labourage, qui seule, par

son travail, étoit en état de vaincre la stérilité de nos terres.

Il ne restoit à la dévotion qu'un second coup à faire: c'étoit de

ruiner l'industrie; moyennant quoi l'empire tomboit de lui-même, et

avec lui, par une suite nécessaire, cette même religion qu'on vouloit

rendre si florissante.

S'il faut raisonner sans prévention, je ne sais, Mirza, s'il n'est pas

bon que dans un État il y ait plusieurs religions.

On remarque que ceux qui vivent dans des religions tolérées se rendent

ordinairement plus utiles à leur patrie que ceux qui vivent dans la

religion dominante; parce que, éloignés des honneurs, ne pouvant se

distinguer que par leur opulence et leurs richesses, ils sont portés à

en acquérir par leur travail, et à embrasser les emplois de la société

les plus pénibles.

D'ailleurs, comme toutes les religions contiennent des préceptes

utiles à la société, il est bon qu'elles soient observées avec zèle.

Or qu'y a-t-il de plus capable d'animer ce zèle, que leur

multiplicité?

Ce sont des rivales qui ne se pardonnent rien. La jalousie descend

jusqu'aux particuliers: chacun se tient sur ses gardes, et craint de

faire des choses qui déshonoreroient son parti, et l'exposeroient aux

mépris et aux censures impardonnables du parti contraire.

Aussi a-t-on toujours remarqué qu'une secte nouvelle introduite dans

un État étoit le moyen le plus sûr pour corriger tous les abus de

l'ancienne.

On a beau dire qu'il n'est pas de l'intérêt du prince de souffrir

plusieurs religions dans son État. Quand toutes les sectes du monde

viendroient s'y rassembler, cela ne lui porteroit aucun préjudice;

parce qu'il n'y en a aucune qui ne prescrive l'obéissance et ne prêche

la soumission.

J'avoue que les histoires sont remplies des guerres de religion: mais,

qu'on y prenne bien garde, ce n'est point la multiplicité des

religions qui a produit ces guerres, c'est l'esprit d'intolérance qui

animoit celle qui se croyoit la dominante.

C'est cet esprit de prosélytisme, que les Juifs ont pris des

Égyptiens, et qui d'eux est passé, comme une maladie épidémique et

populaire, aux mahométans et aux chrétiens.

C'est enfin cet esprit de vertige, dont les progrès ne peuvent être

regardés que comme une éclipse entière de la raison humaine.

Car enfin, quand il n'y auroit pas de l'inhumanité à affliger la

conscience des autres, quand il n'en résulteroit aucun des mauvais

effets qui en germent à milliers, il faudroit être fou pour s'en

aviser. Celui qui veut me faire changer de religion ne le fait sans

doute que parce qu'il ne changeroit pas la sienne quand on voudroit

l'y forcer: il trouve donc étrange que je ne fasse pas une chose qu'il

ne feroit pas lui-même, peut-être pour l'empire du monde.

A Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1715.

LETTRE LXXXVII.

RICA A ***.

Il semble ici que les familles se gouvernent toutes seules: le mari

n'a qu'une ombre d'autorité sur sa femme, le père sur ses enfants, le

maître sur ses esclaves; la justice se mêle de tous leurs différends;

et sois sûr qu'elle est toujours contre le mari jaloux, le père

chagrin, le maître incommode.

J'allai l'autre jour dans le lieu où se rend la justice. Avant que d'y

arriver, il faut passer sous les armes d'un nombre infini de jeunes

marchandes, qui vous appellent d'une voix trompeuse. Ce spectacle

d'abord est assez riant; mais il devient lugubre lorsqu'on entre dans

les grandes salles, où l'on ne voit que des gens dont l'habit est

encore plus grave que la figure. Enfin on entre dans le lieu sacré où

se révèlent tous les secrets des familles, et où les actions les plus

cachées sont mises au grand jour.

Là, une fille modeste vient avouer les tourments d'une virginité trop

longtemps gardée, ses combats, et sa douloureuse résistance: elle est

si peu fière de sa victoire, qu'elle menace toujours d'une défaite

prochaine; et pour que son père n'ignore plus ses besoins, elle les

expose à tout le peuple.

Une femme effrontée vient ensuite exposer les outrages qu'elle a faits

à son époux, comme une raison d'en être séparée.

Avec une modestie pareille, une autre vient dire qu'elle est lasse de

porter le titre de femme sans en jouir: elle vient révéler les

mystères cachés dans la nuit du mariage; elle veut qu'on la livre aux

regards des experts les plus habiles, et qu'une sentence la rétablisse

dans tous les droits de la virginité. Il y en a même qui osent défier

leurs maris, et leur demander en public un combat que les témoins

rendent si difficile: épreuve aussi flétrissante pour la femme qui la

soutient que pour le mari qui y succombe.

Un nombre infini de filles ravies ou séduites font les hommes beaucoup

plus mauvais qu'ils ne sont. L'amour fait retentir ce tribunal: on n'y

entend parler que de pères irrités, de filles abusées, d'amants

infidèles, et de maris chagrins.

Par la loi qui y est observée, tout enfant né pendant le mariage est

censé être au mari: il a beau avoir de bonnes raisons pour ne le pas

croire; la loi le croit pour lui, et le soulage de l'examen et des

scrupules.

Dans ce tribunal, on prend les voix à la majeure; mais on a reconnu

par expérience qu'il vaudrait mieux les recueillir à la mineure: et

cela est bien naturel; car il y a très-peu d'esprits justes, et tout

le monde convient qu'il y en a une infinité de faux.

A Paris, le 1er de la lune de Gemmadi 2, 1715.

LETTRE LXXXVIII.

RICA A ***.

On dit que l'homme est un animal sociable. Sur ce pied-là, il me

paroît que le François est plus homme qu'un autre, c'est l'homme par

excellence; car il semble être fait uniquement pour la société.

Mais j'ai remarqué parmi eux des gens qui non-seulement sont

sociables, mais sont eux-mêmes la société universelle. Ils se

multiplient dans tous les coins, et peuplent en un instant les quatre

quartiers d'une ville: cent hommes de cette espèce abondent plus que

deux mille citoyens; ils pourroient réparer aux yeux des étrangers les

ravages de la peste ou de la famine. On demande dans les écoles si un

corps peut être en un instant en plusieurs lieux; ils sont une preuve

de ce que les philosophes mettent en question.

Ils sont toujours empressés, parce qu'ils ont l'affaire importante de

demander à tous ceux qu'ils voient où ils vont et d'où ils viennent.

On ne leur ôteroit jamais de la tête qu'il est de la bienséance de

visiter chaque jour le public en détail, sans compter les visites

qu'ils font en gros dans les lieux où l'on s'assemble; mais, comme la

voie en est trop abrégée, elles sont comptées pour rien dans les

règles de leur cérémonial.

Ils fatiguent plus les portes des maisons à coups de marteau, que les

vents et les tempêtes. Si l'on alloit examiner la liste de tous les

portiers, on y trouveroit chaque jour leur nom estropié de mille

manières en caractères suisses. Ils passent leur vie à la suite d'un

enterrement, dans des compliments de condoléance, ou dans des

sollicitations de mariage. Le roi ne fait point de gratification à

quelqu'un de ses sujets, qu'il ne leur en coûte une voiture pour lui

en aller témoigner leur joie. Enfin, ils reviennent chez eux, bien

fatigués, se reposer, pour pouvoir reprendre le lendemain leurs

pénibles fonctions.

Un d'eux mourut l'autre jour de lassitude, et on mit cette épitaphe

sur son tombeau: «C'est ici que repose celui qui ne s'est jamais

reposé. Il s'est promené à cinq cent trente enterrements. Il s'est

réjoui de la naissance de deux mille six cent quatre-vingts enfants.

Les pensions dont il a félicité ses amis, toujours en des termes

différents, montent à deux millions six cent mille livres; le chemin

qu'il a fait sur le pavé, à neuf mille six cents stades; celui qu'il a

fait dans la campagne, à trente-six. Sa conversation étoit amusante;

il avoit un fonds tout fait de trois cent soixante-cinq contes: il

possédoit d'ailleurs, depuis son jeune âge, cent dix-huit apophthegmes

tirés des anciens, qu'il employoit dans les occasions brillantes. Il

est mort enfin à la soixantième année de son âge. Je me tais,

voyageur; car comment pourrois-je achever de te dire ce qu'il a fait

et ce qu'il a vu?»

A Paris, le 3 de la lune de Gemmadi 2, 1715.

FIN DU TOME PREMIER.

CALENDRIER

EMPLOYÉ DANS LES LETTRES PERSANES.

Les Persans possédaient anciennement une année solaire composée de

douze mois. Mais le triomphe de l'islamisme mit fin à l'usage du

calendrier national et introduisit chez tous les peuples musulmans les

noms des mois arabes, qui sont employés dans les _Lettres persanes_.

L'année des Arabes et des musulmans est purement lunaire et ne reçoit

point de mois intercalaires comme l'année juive. Elle se divise en

douze mois de 29 ou de 30 jours, dont voici les noms, selon la

transcription adoptée aujourd'hui:

_Moharrem_, _Safar_, _Rébi_ premier, _Rébi_ second, _Djoumâda_

premier, _Djoumâda_ second, _Redjeb_, _Cha'ban_, _Ramadhân_ (que les

Persans prononcent _Ramazân_), _Cheoual_, _Dhou'l-qa'da_ et

_Dhou'l-hidja_ (les Persans disent: Zou'l-qadè, Zou'l-hidjè).

Il est facile de reconnaître dans ces noms ceux qui figurent

successivement dans les dates de chaque lettre: Maharram, Saphar,

Rébiab 1 et 2, Gemmadi 1 et 2, Régheb, Chahban, Rhamazan, Chalval,

Zilcadé, Zilhagé.

Le défaut absolu de concordance entre cette année lunaire et notre

année solaire fait qu'un mois quelconque, celui de Ramadhân, par

exemple, qui est celui du carême musulman, tombe successivement en

décembre, novembre, octobre, etc., par une avance annuelle de onze à

douze jours.

Les Persans, ainsi que les Arabes, commencent la semaine au dimanche,

à l'imitation des Juifs, et par conséquent la finissent au samedi, que

les Arabes nomment _yaum-el-sebt_ et les Persans _rouz-i-chembeh_,

c'est-à-dire «jour du sabbat.» Le vendredi, qui chez les musulmans est

le jour de repos, s'appelle en arabe _yaum-el-djouma'_, «jour de

l'assemblée,» et en persan _adîne'i_ ou _azîneh_, «fête.» Les autres

jours n'ont pas de nom particulier; les Arabes disent: premier,

second, troisième, quatrième, cinquième jour (_yaum el-ahad_, _yaum

el-ithnéïn_, _yaum el-thalathâ_, _yaum el-arba'â_, _yaum el-khamîs_);

les Persans: un du sabbat, deux du sabbat, trois du sabbat, quatre du

sabbat, cinq du sabbat (_yek chembeh_, _dou chembeh_, _seh chembeh_,

_tchâr chembeh_, _pendj chembeh_).

(Cette note est due à l'obligeance de M. Marcel Devic, traducteur

d'_Antar_.)

NOTES ET VARIANTES.

(Voir l'_Index_, t. II, pour l'histoire, la religion, la philosophie,

le droit public et privé, les moeurs orientales et européennes.)

Quelques réflexions sur les lettres persanes.

Cet avant-propos n'a été publié qu'en 1754, en tête du

_Supplément_. (Cologne, Pierre Marteau, deux tomes in-12, avec

les _Lettres turques_ de Saint-Foix.)

«En parlant de notre religion, ces Persans ne doivent pas...»

(Voir la note de la page 53.) L'abbé Gaultier (Les _Lettres

persannes_ convaincues d'impiété, 1751) n'admet pas cette excuse

commode.

«Infinité d'expressions sublimes, qui l'auroient _envoyé_ jusque

dans les nues.» (Texte de 1721.)

L'édition de 1754 et la plupart des suivantes donnent: «_ennuyé_

jusque dans les nues.»

Il semble qu'il y ait là une coquille.

Lettre I.

Supprimée dans la _seconde édition, revue, corrigée, diminuée et

augmentée par l'auteur_ (2 tomes in-12, Cologne, Pierre Marteau,

1721).

La suppression a peut-être été motivée par ces mots: «le tombeau

de la _Vierge qui a mis au monde douze prophètes_.» (Fatime,

fille de Mahomet, épouse d'Ali.)

Lettre II.

«Tu leur commandes, et leur obéis.» (1754.)

1721 1re: «et _tu_ leur obéis.»

Lettre III.

«Je _comptai_ pour rien la pudeur.» (1754.)

1721 1re: «je _comptois_...»

Lettre V. Supprimée dans 1721 2e Marteau.

Lettre VI (I de 1721 2e Marteau).

«Au milieu des perfides _Osmanlins_.» (1754.)

1721 1re: «_Osmalins_.»

«Je n'ai que _des âmes lâches_ qui m'en répondent.» (1754.)

1721 1re: «que _des lâches_...»

Lettre VII (V de 1721 2e Marteau).

«que toi dans le monde qui _mérites_ d'être aimé.» 1721 1re,

1754: «qui _mérite_.»

«Je _donnerois_ l'empire du monde pour _un seul de tes

baisers_...

privée de celui qui peut seul les _satisfaire_...

dans la fureur d'_une passion irritée_...

1721 2e Marteau: «Je _quitterois_ pour _toi_ l'empire du monde...

privée de celui qui peut seul les _calmer_...

dans la fureur _des passions_.»

Lettre VIII (VI de 1721 2e Marteau).

1721 1re, 1754: 20 _Gemmadi_ 2, 1711.

1721 2e: 12 Gemmadi 2, 1711.

Lettre IX (VII de 1721 2e Marteau).

«Un flux et _un_ reflux d'empire.» (1754.)

1721 1re: «un flux et reflux.»

«me font faire _de_ fausses confidences.» (1754.)

1721 1re: «faire fausses confidences.»

«J'ai autant d'ennemies dans son coeur qui ne songent qu'à me

perdre.»

1721 2e ajoute: «qu'il y a de femmes dans le sérail.»

Lettre X (fondue avec la suivante dans 1721 2e Marteau).

Dans 1721 2e, le 1er paragraphe est supprimé, les deux autres

sont modifiés. (Voir la suivante.)

Lettre XI (VIII de 1721 2e Marteau).

Les Troglodytes. Voyez Hérodote, IV, 133; Pomponius Méla, I;

Plutarque, _Marc Antoine_.

Dans 1721 2e, le premier paragraphe, supprimé, est remplacé par

un résumé de la précédente, sans altération de sens.

«Mais _ils conjurèrent_ contre lui.» Tournure latine. Le français

a préféré la forme réfléchie: _se conjurer_.

«_Je me procurerai tous mes besoins_ et pourvu que je _les

aie_...»

Locutions elliptiques et peu correctes.

«que cette femme soit _à vous, ou à vous_.» (1754).

1721 1re: «_à moi ou à vous_.» Ce qui n'a pas de sens.

Lettre XII (IX de 1721 2e Marteau).

Lettre XIII (X de 1721 2e).

Lettre XIV (XI de 1721 2e).

Lettre XV (1re du Supplément de 1754).

Lettre XVI (XV de 1721 1re, supprimée dans 1721 2e Marteau).

Les trois tombeaux: ceux de Fatime et de deux personnages de sa

famille.

Il y a aussi à Com des tombeaux de rois.

Lettre XVII (XVI de 1721 1re, XII de 1721 2e Marteau).

Lettre XVIII (XVII de 1721 1re, XIII de 1721 2e Marteau).

Lettre XIX (XVIII de 1721 1re; XIV de 1721 2e).

Lettre XX (XIX de 1721 1re, XV de 1721 2e).

Lettre XXI (XX de 1721 1re, XVI de 1721 2e).

Lettre XXII (2e du Supplément de 1754).

Lettre XXIII (XXI de 1721 1re, XVII de 1721 2e).

«témoignage _du_ génie des ducs de Toscane.»

1721 1re: «_de_ génie....»

«Leurs _beaux-frères_.»

1721 1re, et 1754: _beaufrères_.

«Les persanes en ont quatre» (voiles). Aujourd'hui, elles n'en

ont plus qu'un, nommé Roubend.

Lettre XXIV (XXII de 1721 1re, XVIII de 1721 2e).

«Il lui fait croire _que trois ne sont qu'un_...»

Supprimé dans 1721 2e Marteau.

Lettres persanes, tome I · 第 12 / 13 段