l'état tranquille des hommes, en s'efforçant d'asservir la liberté
rationnelle. Toutefois apprends de plus que depuis ta faute originelle,
la vraie liberté a été perdue; cette liberté jumelle de la droite
raison, habite toujours avec elle, et hors d'elle n'a point d'existence
divisée: aussitôt que la raison dans l'homme est obscurcie ou non
obéie, les désirs désordonnés et les passions vives saisissent
l'empire de la raison, et réduisent en servitude l'homme, jusque alors
libre. Conséquemment, puisque l'homme permet au dedans de lui-même, à
d'indignes pouvoirs de régner sur la raison libre, Dieu, par un juste
arrêt, l'assujettit au-dehors à de violents maîtres qui souvent aussi
asservissent indûment son extérieure liberté: il faut que la tyrannie
soit, quoique le tyran n'ait point d'excuse. Cependant quelquefois les
nations tomberont si bas au-dessous de la vertu (qui est la raison) que
non l'injustice, mais la justice, et quelque fatale malédiction
annexée, les privera de leur liberté extérieure, leur liberté
intérieure étant perdue: témoin le fils irrévérent de celui qui
bâtit l'arche, lequel, pour l'affront qu'il fit à son père, entendit
contre sa vicieuse race cette pesante malédiction: _Tu seras l'esclave
des esclaves._
«Ainsi ce dernier monde, comme le premier, ira sans cesse de mal en
pis, jusqu'à ce que Dieu, fatigué enfin de leurs iniquités, retire sa
présence du milieu d'eux, et détourne ses saints regards résolu
d'abandonner désormais les hommes à leurs propres voies corrompues, et
de se choisir parmi toutes les nations un peuple de qui il sera
invoqué, un peuple à naître d'un homme plein de foi. Cet homme,
résident encore sur les bords de l'Euphrate, aura été élevé dans
l'idolâtrie.
«Oh! pourras-tu croire que les hommes, tandis que le patriarche sauvé
du déluge existait encore, soient devenus assez stupides pour
abandonner le Dieu vivant, pour s'abaisser à adorer comme dieux leurs
propres ouvrages de bois et de pierre! Cependant le Très-Haut daignera,
par une vision, appeler cet homme de la maison de son père, du milieu
de sa famille et des faux dieux, dans une terre, qu'il lui montrera: il
fera sortir de lui un puissant peuple et répandra sur lui sa
bénédiction, de façon que dans sa race toutes les nations seront
bénies.
«Il obéit ponctuellement; il ne connaît point la terre où il va,
cependant il croit ferme. Je le vois (mais tu ne le peux voir) avec
quelle foi il laisse ses dieux, ses amis, son sol natal, Ur de Chaldée;
il passe maintenant le gué à Haran; après lui marche une suite
embarrassante de bestiaux, de troupeaux et de nombreux serviteurs: il
n'erre pas pauvre, mais il confie toute sa richesse à Dieu qui
l'appelle dans une terre inconnue. Maintenant il atteint Chanaan: je
vois ses tentes plantées aux environs de Sichem et dans la plaine
voisine de Moreh: là il reçoit la promesse du don de toute cette terre
à sa postérité, depuis Hamath, au nord, jusqu'au désert, au sud
(j'appelle ces lieux par leurs noms, quoiqu'ils soient encore sans
noms): depuis Hermon au levant, jusqu'à la grande mer occidentale. Ici
le mont Hermon; là la mer. Regarde chaque lieu en perspective comme je
te les indique de la main: sur le rivage, le mont Carmel; ici le fleuve
à deux sources, le Jourdain, vraie limite à l'orient; mais les fils de
cet homme habiteront à Senir cette longue chaîne de collines.
«Pèse ceci: toutes les nations de la terre seront bénies dans la race
de cet homme. Par cette race est désigné ton grand libérateur, qui
écrasera la tête du serpent, ce qui te sera bientôt plus clairement
révélé.
«Ce patriarche béni (qui dans un temps prescrit sera appelé le
fidèle Abraham) laissera un fils, et de ce fils un petit-fils, égal à
lui en foi, en sagesse et en renom. Le petit-fils, avec ses douze
enfants, part de Chanaan pour une terre, appelée Égypte dans la suite,
que divise le fleuve le Nil. Vois où ce fleuve coule et se décharge
dans la mer par sept embouchures. Le père vient habiter cette terre
dans un temps de disette, invité par un de ses plus jeunes enfants,
fils que de dignes actions ont élevé au second rang dans ce royaume de
Pharaon.
«Il meurt, et laisse sa postérité qui devient une nation. Cette
nation maintenant accrue cause de l'inquiétude à un nouveau roi qui
cherche à arrêter leur accroissement excessif, comme aubains trop
nombreux: pour cela, contre les droits de l'hospitalité, de ses hôtes
il fait des esclaves, et met à mort leurs enfants mâles; jusqu'à ce
que deux frères (ces deux frères, nommés Moïse et Aaron) soient
suscités de Dieu pour tirer ce peuple de la captivité, pour le
reconduire avec gloire et chargé de dépouilles vers leur terre
promise.
«Mais d'abord le tyran sans loi (qui refuse de reconnaître leur Dieu
ou d'avoir égard à son message) doit y être forcé par des signes et
des jugements terribles: les fleuves doivent être convertis en sang qui
n'aura point été versé; les grenouilles, la vermine, les moucherons
doivent remplir tout le palais du roi et remplir tout le pays de leur
intrusion dégoûtante. Les troupeaux du roi doivent mourir du tac et de
la contagion; les tumeurs et les ulcères doivent boursoufler toute sa
chair et toute celle de son peuple; le tonnerre mêlé de grêle, la
grêle mêlée de feu, doivent déchirer le ciel d'Égypte et
tourbillonner sur la terre, dévorant tout, là où ils roulent. Ce
qu'ils ne dévoreront pas en herbe, fruit ou graine, doit être mangé
d'un nuage épais de sauterelles descendues en fourmilière et ne
laissant rien de vert sur la terre. L'obscurité doit faire disparaître
toutes les limites (palpable obscurité), et effacer trois jours; enfin,
d'un coup de minuit tous les premiers-nés d'Égypte doivent être
frappés de mort.
«Ainsi dompté par dix plaies, le dragon du fleuve se soumet enfin à
laisser aller les étrangers, et souvent humilie son cœur obstiné,
mais comme la glace toujours plus durcie après le dégel. Dans sa rage
poursuivant ceux qu'il avait naguère congédiés, la mer l'engloutit
avec son armée, et laisse passer les étrangers comme sur un terrain
sec entre deux murs de cristal. Les vagues, tenues en respect par la
verge de Moïse, demeurent ainsi divisées jusqu'à ce que le peuple
délivré ait gagné leur rivage. Tel est le prodigieux pouvoir que Dieu
prêtera à son prophète, quoique toujours présent de son ange qui
marchera devant ses peuples dans une nuée, et dans une colonne de feu;
le jour une nuée, la nuit une colonne de feu, afin de les guider dans
leur voyage et d'écarter derrière eux le roi obstiné qui les
poursuit. Le roi les poursuivra toute la nuit, mais les ténèbres
s'interposent et les défendent de son approche jusqu'à la veille du
matin. Alors Dieu, regardant entre la colonne de feu et la nue,
troublera les ennemis et brisera les roues de leurs chariots; quand
Moïse, par ordre, étend encore une fois sa verge puissante sur la mer;
la mer obéit à sa verge: les vagues retombent sur les bataillons de
l'Égypte, et ensevelissent leur guerre.
«La race choisie et délivrée s'avance du rivage vers Chanaan à
travers l'inhabité désert; elle ne prend pas le chemin le plus court,
de peur qu'en entrant chez les Chananéens alarmés, la guerre ne
l'effraye, elle inexpérimentée, et que la crainte ne la fasse
retourner en Égypte préférant une vie inglorieuse dans la servitude;
car la vie inaccoutumée aux armes est plus douce au noble et au non
noble, quand la témérité ne les conduit pas.
«Ce peuple gagnera encore ceci par son séjour dans la vaste solitude:
il y fondera son gouvernement et choisira parmi les douze tribus son
grand sénat pour commander selon les lois prescrites. Du mont Sinaï
(dont le sommet obscur tremblera à la descente de Dieu) Dieu,
lui-même, au milieu du tonnerre, des éclairs et du bruit éclatant des
trompettes, donnera des lois à ce peuple. Une partie de ces lois
appartiendra à la justice civile, une autre partie aux cérémonies
religieuses du sacrifice; ces cérémonies apprendront à connaître par
des types et des ombres celui qui, de cette race, est destiné à
écraser le serpent, et les moyens par lesquels il achèvera la
délivrance du genre humain.
«Mais la voix de Dieu est terrible à l'oreille mortelle: les tribus
choisies le supplient de faire connaître sa volonté par Moïse et de
cesser la terreur; il accorde ce qu'elles implorent, instruites qu'on ne
peut avoir accès auprès de Dieu sans médiateur, de qui Moïse remplit
alors la haute fonction en figure, afin de préparer la voie à un plus
grand Médiateur dont il prédira le jour; et tous les prophètes,
chacun dans leur âge, chanteront le temps du grand Messie.
«Ces lois et ces rites établis, Dieu se plaira tant aux hommes
obéissants à sa volonté, qu'il daignera placer au milieu d'eux son
tabernacle, pour que le Saint et l'Unique habite avec les hommes
mortels. Dans la forme qu'il a prescrite, un sanctuaire de cèdre est
fabriqué et revêtu d'or. Dans ce sanctuaire est une arche, et dans
cette arche, son témoignage, titre de son alliance. Au-dessus s'élève
le trône d'or de la miséricorde, entre les ailes de deux brillants
chérubins. Devant lui brûlent sept lampes, représentant, comme dans
un zodiaque, les flambeaux du ciel. Sur la tente reposera un nuage
pendant le jour, un rayon de feu pendant la nuit, excepté quand les
tribus seront en marche. Et conduites par l'ange du Seigneur, elles
arrivent enfin à la terre promise à Abraham et à sa race.
«Le reste serait trop long à te raconter: combien de batailles
livrées, combien de rois domptés et de royaumes conquis; comment le
soleil s'arrêtera immobile, un jour entier, au milieu du ciel, et
retardera la course ordinaire de la nuit, à la voix d'un homme
disant:--«Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, sur la vallée
d'Ajalon, jusqu'à ce que Israël ait vaincu.»--Ainsi s'appellera le
troisième descendant d'Abraham, fils d'Isaac, et de lui ce nom passera
à sa postérité, qui sera victorieuse ainsi de Chanaan.»
Ici Adam interrompit l'Ange:
«Ô envoyé du ciel, flambeau de mes ténèbres, de belles choses tu
m'as révélées, particulièrement celles qui regardent le juste
Abraham et sa race! À présent, pour la première fois je trouve mes
yeux véritablement ouverts et mon cœur beaucoup soulagé. J'étais
auparavant troublé par la pensée de ce qui m'arriverait à moi et à
tout le genre humain; mais à présent je vois son jour, le jour de
celui en qui toutes les nations seront bénies: faveur par moi
imméritée, moi qui cherchai la science défendue par des moyens
défendus. Cependant je ne comprends pas ceci: pourquoi à ceux parmi
lesquels Dieu daignera habiter sur la terre, tant et de diverses lois
ont-elles été données? Tant de lois supposent parmi eux autant de
péchés: comment Dieu peut-il résider au milieu de ces hommes?»
Michel:
«Ne doute pas que le péché ne règne parmi eux, comme engendré de
toi: et ainsi la loi leur a été donnée pour démontrer leur
dépravation native, qui excite sans cesse le péché à combattre
contre la loi. De là, quand ils verront que la loi peut bien découvrir
le péché, mais ne peut l'écarter (sinon par ces faibles ombres
d'expiations, le sang des taureaux et des boucs), ils en concluront que
quelque sang plus précieux doit payer la dette humaine, celui du juste
pour l'injuste, afin que dans cette justice à eux appliquée par la
foi, ils trouvent leur justification auprès de Dieu et la paix de la
conscience que la loi par des cérémonies ne peut calmer, puisque
l'homme ne peut accomplir la partie morale de la loi, et que ne
l'accomplissant pas il ne peut vivre.
«Ainsi la loi paraît imparfaite et seulement donnée pour livrer les
hommes, dans la plénitude des temps, à une meilleure alliance; pour
les faire passer, disciplinés, de l'ombre des figures à la vérité,
de la chair à l'esprit, de l'imposition des lois étroites à la libre
acceptation d'une large grâce, de la servile frayeur à la crainte
filiale, des œuvres de la loi aux œuvres de la foi.
«À cause de cela, Moïse (quoique si particulièrement aimé de Dieu),
n'étant que le ministre de la loi, ne conduira pas le peuple dans
Chanaan: ce sera Josué, appelé Jésus par les Gentils; Jésus qui aura
le nom et fera l'office de celui qui doit dompter le serpent ennemi, et
ramener en sûreté à l'éternel paradis du repos, l'homme longuement
égaré dans la solitude du monde.
«Cependant, placés dans leur Chanaan terrestre, les Israélites y
demeureront et y prospéreront longtemps; mais quand les péchés de la
nation auront troublé leur paix publique, ils provoqueront Dieu à leur
susciter des ennemis dont il les délivrera aussi souvent qu'ils se
montreront pénitents, d'abord au moyen des juges, ensuite par des rois;
le second desquels (renommé pour sa piété et ses grandes actions),
recevra la promesse irrévocable que son trône subsistera à jamais.
Toutes les prophéties chanteront de même, que de la souche royale de
David (j'appelle ainsi ce roi) sortira un Fils, ce Fils de la race de la
femme, à toi prédit, prédit à Abraham comme celui en qui espèrent
toutes les nations, celui qui est prédit aux rois, des rois le dernier,
car son règne n'aura point de fin.
«Mais d'abord passera une longue succession de rois: le premier des
fils de David, célèbre par son opulence et sa sagesse, renfermera dans
un temple superbe l'arche de Dieu couverte d'une nue, qui jusqu'alors
avait erré sous des tentes. Ceux qui succéderont à ce prince seront
inscrits partie au nombre des bons, partie au nombre des mauvais rois;
la plus longue liste sera celle des mauvais. Les honteuses idolâtries
et les autres péchés de ces derniers, ajoutés à la somme des
iniquités du peuple, irriteront tellement Dieu, qu'il se retirera
d'eux, qu'il abandonnera leur terre, leur cité, son temple, son arche
sainte avec toutes les choses sacrées, objets du mépris et proie de
cette orgueilleuse cité dont tu as vu les hautes murailles laissées
dans la confusion, d'où elle fut appelée Babylone.
«Là Dieu laisse son peuple habiter en captivité l'espace de
soixante-dix ans; ensuite il l'en retire, se souvenant de sa
miséricorde et de son alliance jurée à David, invariable comme les
jours du ciel. Revenus de Babylone avec l'agrément des rois, leurs
maîtres, que Dieu disposera en faveur des Israélites, ils
réédifieront d'abord la maison de Dieu. Pendant quelque temps ils
vivront modérés, dans un état médiocre; jusqu'à ce que augmentés
en nombre et en richesse, ils deviennent factieux; mais la dissension
s'engendrera d'abord parmi les prêtres, hommes qui servent l'autel et
qui devraient le plus s'efforcer à la paix: leur discorde amènera
l'abomination dans le temple même; ils saisiront enfin le sceptre sans
égard pour le fils de David; et ensuite ils le perdront, et il passera
à un étranger, afin que le véritable roi par l'onction, le Messie
puisse naître dépouillé de son droit.
«Cependant, à sa naissance, une étoile qui n'avait pas été vue
auparavant dans le ciel proclame sa venue et guide les sages de
l'orient, qui s'enquièrent de sa demeure pour offrir de l'encens, de la
myrrhe et de l'or. Un ange solennel dit le lieu de sa naissance à de
simples bergers qui veillaient pendant la nuit. Ils y courent en hâte
pleins de joie, et ils entendent son Noël chanté par un chœur
d'anges.--Une Vierge est sa mère, mais son père est le pouvoir du
Très-Haut. Il montera sur le trône héréditaire; il bornera son
règne par les larges limites de la terre, sa gloire par les deux.»
Michel s'arrêta, apercevant Adam accablé d'une telle joie, qu'il
était, comme dans la douleur, baigné de larmes, sans respiration et
sans paroles; il exhala enfin celles-ci:
«Ô prophète d'agréables nouvelles! toi qui achèves les plus hautes
espérances! à présent je comprends clairement ce que souvent mes
pensées les plus appliquées ont cherché en vain: pourquoi l'objet de
notre grande attente sera appelé la race de la femme. Vierge mère je
te salue! toi haute dans l'amour du ciel! Cependant tu sortiras de mes
reins, et de tes entrailles sortira le Fils du Dieu Très-Haut: ainsi
Dieu s'unira avec l'homme. Le serpent doit attendre maintenant
l'écrasement de sa tête avec une mortelle peine. Dis où et quand leur
combat? quel coup blessera le talon du vainqueur.»
Michel:
«Ne rêve pas de leur combat comme d'un duel, ni ne songe de blessures
locales à la tête ou au talon: le Fils ne réunit point l'humanité à
la divinité, pour vaincre ton ennemi avec plus de force; ni Satan ne
sera dominé de la sorte lui que sa chute du ciel (blessure bien plus
mortelle), n'a pas rendu incapable de te donner ta blessure de mort.
Celui qui vient ton Sauveur te guérira, non en détruisant Satan, mais
ses œuvres en toi et dans ta race. Ce qui ne peut être qu'en
accomplissant (ce à quoi tu as manqué) l'obéissance à la loi de
Dieu, imposée sous peine de mort, et en souffrant la mort, peine due à
ta transgression et due à ceux qui doivent naître de toi.
«Ainsi seulement la souveraine justice peut être satisfaite: ton
Rédempteur remplira exactement la loi de Dieu à la fois par
obéissance et par amour, bien que l'amour seul remplisse la loi. Il
subira ton châtiment en se présentant dans la chair à une vie
outragée et à une mort maudite, annonçant la vie à tous ceux qui
croiront en sa rédemption, qui croiront que son obéissance lui sera
imputée, qu'elle deviendra la leur par la foi, que ses mérites les
sauveront, non leurs propres œuvres, quoique conformes à la loi. Pour
cela haï il sera blasphémé, saisi par force, jugé, condamné à mort
comme infâme et maudit, cloué à la croix par sa propre nation, tué
pour avoir apporté la vie. Mais à sa croix il clouera tes ennemis; le
jugement rendu contre toi, les péchés de tout le genre humain, seront
crucifiés avec lui; et rien ne nuira plus à ceux qui se confieront
justement dans sa satisfaction.
«Il meurt, mais bientôt revit. La mort sur lui n'usurpera pas
longtemps le pouvoir: avant que la troisième aube du jour revienne, les
étoiles du matin le verront se lever de sa tombe, frais comme la
lumière naissante, ta rançon qui rachète l'homme de la mort, étant
payée. Sa mort satisfera pour l'homme aussi souvent qu'il ne négligera
point une vie ainsi offerte, et qu'il en embrassera le mérite par une
foi non dénuée d'œuvres. Cet acte divin annule ton arrêt, cette mort
dont tu serais mort dans le péché pour jamais perdu à la vie; cet
acte brisera la tête de Satan, écrasera sa force par la défaite du
Péché et de la Mort, ses deux armes principales, enfoncera leur
aiguillon dans sa tête beaucoup plus profondément que la mort
temporelle ne brisera le talon du vainqueur, ou de ceux qu'il rachète
mort comme un sommeil, passage doux à une immortelle vie.
«Après sa résurrection il ne restera sur la terre que le temps
suffisant pour apparaître à ses disciples, hommes qui le suivirent
toujours pendant sa vie. Il les chargera d'enseigner aux nations ce
qu'ils apprirent de lui et de sa rédemption, baptisant dans le courant
de l'eau ceux qui croiront: signe qui, en les lavant de la souillure du
péché pour une vie pure, les préparera en esprit (s'il en arrivait
ainsi) à une mort pareille à celle dont le Rédempteur mourut. Ces
disciples instruiront toutes les nations; car, à compter de ce jour, le
salut sera prêché non seulement aux fils sortis des reins d'Abraham,
mais aux fils de la foi d'Abraham par tout le monde; ainsi dans la race
d'Abraham toutes les nations seront bénies.
«Ensuite le Sauveur montera dans le ciel des cieux avec la victoire,
triomphant au milieu des airs de ses ennemis et des tiens: il y
surprendra le serpent, prince de l'air; il le tramera enchaîné à
travers tout son royaume, et l'y laissera confondu. Alors il entrera
dans la gloire, reprendra sa place, à la droite de Dieu, exalté
hautement au-dessus de tous les noms dans le ciel. De là, quand la
dissolution de ce monde sera mûre, il viendra dans la gloire et la
puissance, juger les vivants et les morts, juger les infidèles morts,
mais récompenser les fidèles et les recevoir dans la béatitude, soit
au ciel ou sur la terre; car la terre alors sera toute paradis; bien
plus heureuse demeure que celle d'Éden, et bien plus heureux jours!»
Ainsi parla l'archange Michel, et il fit une pause, comme s'il était à
la grande période du monde; notre père, rempli de joie et
d'admiration, s'écria:
«Ô bonté infinie, bonté immense! qui du mal produira tout ce bien,
et le mal changera en bien! merveille plus grande que celle qui d'abord
par la création fit sortir la lumière des ténèbres. Je suis rempli
de doute: dois-je me repentir à présent du péché que j'ai commis et
occasionné, ou dois-je m'en réjouir beaucoup plus, puisqu'il en
résultera beaucoup plus de bien: à Dieu plus de gloire, aux hommes
plus de bonne volonté de la part de Dieu, et la grâce surabondant où
avait abondé la colère? Mais dis-moi, si notre libérateur doit
remonter aux cieux, que deviendra le peu de ses fidèles, laissé parmi
le troupeau infidèle, les ennemis de la vérité? Qui alors guidera son
peuple? qui le défendra? Ne traiteront-ils pas plus mal ses disciples
qu'ils ne l'ont traité lui-même?»
«Sois sûr qu'ils le feront, dit l'ange: mais du ciel il enverra aux
siens un Consolateur, la promesse du Père, son Esprit qui habitera en
eux, et écrira la loi de la foi dans leur cœur, opérant par l'amour
pour les guider en toute vérité. Il les revêtira encore d'une armure
spirituelle, capable de résister aux attaques de Satan et d'éteindre
ses dards de feu. Ils ne seront point effrayés de tout ce que l'homme
pourra faire contre eux, pas même de la mort. Ils seront dédommagés
de ces cruautés par des consolations intérieures, et souvent soutenus
au point d'étonner leurs plus fiers persécuteurs; car l'Esprit
(descendu d'abord sur les apôtres que le Messie envoya évangéliser
les nations, et descendu ensuite sur tous les baptisés) remplira ces
apôtres de dons merveilleux pour parler toutes les langues et faire
tous les miracles que leur Maître faisait devant eux. Ils
détermineront ainsi une grande multitude dans chaque nation à recevoir
avec joie les nouvelles apportées du ciel. Enfin, leur ministère
étant accompli, leur course achevée, leur doctrine et leur histoire
laissées écrites, ils meurent.
«Mais à leur place, comme ils l'auront prédit, des loups succéderont
aux pasteurs, loups ravissants qui feront servir les sacrés mystères
du ciel à leurs propres et vils avantages, à leur cupidité, à leur
ambition: et par des superstitions, des traditions humaines, ils
infecteront la vérité déposée pure seulement dans ces actes écrits,
mais qui ne peut être entendue que par l'Esprit.
«Ils chercheront à se prévaloir de noms, de places, de titres, et à
joindre à ceux-ci la temporelle puissance, quoiqu'en feignant d'agir
par la puissance spirituelle, s'appropriant l'Esprit de Dieu, promis
également et donné à tous les croyants. Dans cette prétention, des
lois spirituelles seront imposées par la force charnelle à chaque
conscience, lois que personne ne trouvera sur le rôle de celles qui ont
été laissées, ou que l'Esprit grave intérieurement dans le cœur.
«Que voudront-ils donc, sinon contraindre l'Esprit de la grâce même
et lier la liberté sa compagne? Que voudront-ils, sinon démolir les
temples vivants de Dieu, bâtis pour durer par la foi, leur propre foi,
non celle d'un autre? (car sur terre, qui peut être écouté comme
infaillible contre la foi et la conscience!) Cependant plusieurs se
présumeront tels: de là une accablante persécution s'élèvera contre
tous ceux qui persévéreront à adorer en esprit et en vérité. Le
reste, ce sera le plus grand nombre, s'imaginera satisfaire à la
religion par des cérémonies extérieures et des formalités
spécieuses. La vérité se retirera percée des traits de la calomnie,
et les œuvres de la foi seront rarement trouvées.
«Ainsi ira le monde, malveillant aux bons, favorable aux méchants, et
sous son propre poids gémissant, jusqu'à ce que se lève le jour du
repos pour le juste, de vengeance pour le méchant; jour du retour de
celui si récemment promis à ton aide, de ce Fils de la femme, alors
obscurément annoncé, à présent plus amplement connu pour ton Sauveur
et ton Maître.
«Enfin, sur les nuages il viendra du ciel, pour être révélé dans la
gloire du Père, pour dissoudre Satan avec son monde pervers. Alors de
la masse embrasée, purifiée et raffinée, il élèvera de nouveaux
cieux, une nouvelle terre, des âges d'une date infinie, fondés sur la
justice, la paix, l'amour, et qui produiront pour fruits la joie et
l'éternelle félicité.»
L'ange finit, et Adam lui répliqua pour la dernière fois: