Je ne sais pas, dit Fabrice à Ajax,--ils sont amis intimes,--si vous
trichez au jeu, mais vous tronquez les citations. La Rochefoucauld n’a
pas vraiment loué la paresse. Il l’a seulement expliquée. Comme
toujours, il a fait un constat.
--Oui bien, comme disait le père Faguet. Voulez-vous que je récite La
Rochefoucauld de bout en bout? J’en prends un peu, ce qu’il me faut.
--La Rochefoucauld dit de la paresse que, de toutes nos passions, elle
est celle qui est la plus inconnue à nous-mêmes.
--En effet, la paresse est mystérieuse. Hélas! fugitive à douter qu’elle
puisse être autre chose qu’un rêve[1]. Elle nous échappe toujours.
[1] Claude Barjac.
--Elle est, dit La Rochefoucauld, «la remore qui a la force d’arrêter
les plus grands vaisseaux, une bonace plus dangereuse que les écueils et
les plus grandes tempêtes»... Que la paresse soit couverte d’éloges par
des bourreaux de travail, comme Ghirlandaio et Colbert, ils se
divertissent. Chez toi, Sardanapale, une telle louange est cynique. Elle
est d’ailleurs imprudente. Rappelle-toi comme la paresse est vilaine
dans le tableau de Mantegna: une face verte, le corps d’une
grassouillette limace. Tu défies le sort. Jupiter ne permet pas que son
royaume s’endorme dans une lâche indolence. Virgile _dixit_.
Écrivez, belle Lendore, conclut Fabrice. Nous allons rivaliser avec les
plus illustres maximes.