«Montereau, le 20 février 1814, cinq heures du matin.
«Monsieur le duc de Raguse, nous venons de recevoir vos dépêches et
celles du général Grouchy.
«Puisque vous avez abandonné la route de Montmirail, l'Empereur pense
que vous devriez vous porter sur Sézanne pour vous trouver sur la route
de Vitry; vous seriez alors en position de vous porter sur
Arcis-sur-Aube ou de retourner sur Montmirail pour couvrir la route de
Châlons.
«Il est nécessaire que vous avez des partis de cavalerie et d'infanterie
à Montmirail.
«Wintzingerode, qui avait occupé Soissons avec cinq ou six mille hommes
de troupes, l'avait évacué le 16, pour se porter sur Reims et
probablement sur Châlons. Étant opposé à ces corps, il faut, monsieur le
maréchal, que vous en suiviez les mouvements.
«L'ennemi, battu à Montereau, a évacué Bray et Nogent, et se porte en
toute hâte sur Troyes; quelle est son intention? Veut-il livrer bataille
à Troyes, rappeler Blücher, qui, de Châlons par Arcis-sur-Aube,
pourrait être en trois ou quatre jours à Troyes? Alors il faut qu'il
passe par Arcis-sur-Aube, et vous ne pourrez pas ignorer son mouvement.
Ou bien l'ennemi veut-il s'éloigner bien davantage pour se concentrer ou
se rapprocher de ses renforts?
«Une raison qui pourrait le déterminer à tenir Troyes, ce serait le
désir de couvrir le congrès de Châtillon-sur-Seine; mais cette
considération pourtant ne serait que du second ordre.
«Nous avons rétabli le pont de Bray; il est probable que dans la journée
nous aurons rétabli le pont de Nogent; une de nos colonnes est déjà
arrivée à Sens.
«En résumé, monsieur le maréchal, vos instructions sont donc: 1° de
couvrir Paris sur la route de Châlons et Vitry; 2° de vous réunir à
l'armée sur l'Aube et Troyes, en même temps que Blücher (si Blücher se
réunissait à l'armée alliée).
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»