«Metz, le 16 janvier 1814.
«J'ai l'honneur de vous rendre compte que je viens de recevoir une
lettre du duc de Bellune, en réponse aux nouvelles que je lui avais
demandées, par laquelle il m'annonce qu'il a pris position à Toul et que
le prince de la Moskowa occupe... et Ligny. La lettre du duc de Bellune
me faisant supposer qu'il a l'intention de rester quelque temps dans
cette position, je prends moi-même position à Gravelotte à deux lieues
de Metz, observant la Moselle et ayant une avant-garde dans la direction
de Pont-à-Mousson.
«Je pourrai garder cette position autant de temps que le duc de Bellune
restera à Toul, et que l'ennemi ne débouchera pas sur moi ou sur
Saint-Mihiel avec des forces supérieures. Il est extrêmement fâcheux que
le prince de la Moskowa n'ait pas ordonné de couper le pont sur la
Moselle à Frouard, à l'instant où il a évacué Nancy. Le général Ricard
aurait également fait couper celui de Pont-à-Mousson, et il aurait pu
rester sur les bords de la Moselle sans s'occuper de Thiaucourt, sur
lequel on lui a dit que l'ennemi se portait par Bernecourt.
«Quoi qu'il en soit, depuis que je sais que le duc de Bellune tient à
Toul, j'ai donné l'ordre au général Ricard de garder Thiaucourt le plus
longtemps possible, voulant rester à Gravelotte et conserver la
communication avec Metz tant que cela sera possible, et que je ne
courrai pas risque de voir ma communication compromise.
«J'ai envoyé sur Verdun la division de la jeune garde, conformément à
l'ordre que j'ai reçu. Il serait utile que ces troupes restassent sur la
Meuse pour me soutenir au besoin.
«Je viens de recevoir la lettre de Votre Altesse, du 13, et
l'instruction qui y est jointe. Aux détails que votre lettre contient
sur l'armée de Silésie, il faut ajouter le corps de Kleist qui, d'après
le rapport que j'ai reçu hier au soir, vient de rejoindre, et un corps
bavarois et badois de sept à huit mille hommes, qui était près de Bitche
il y a huit jours, et qui paraîtrait avoir opéré sur Dieuze et revenir
maintenant sur Metz; un corps considérable, qui ne peut être que
celui-là, ayant été vu avant-hier descendant la côte de Delme, route de
Strasbourg à Metz.
«Le corps de Sacken m'a suivi de fort près, et a pris position sur la
Nied, le jour où je me suis établi en avant de Metz, à la croisée des
routes de Sarrebrück et de Sarrelouis.
«Le lendemain, ce corps s'est porté, par des chemins de traverse, dans
la direction de Pont-à-Mousson, en passant par Soigne. Les troupes ont
été vues et comptées par un habitant digne de foi. Le même jour, ce
corps a été remplacé devant moi par les troupes du corps d'York, et il
paraît qu'hier le corps de Kleist est arrivé aux environs de Thionville,
et s'est placé entre Thionville et Metz.
«Le 13, j'ai envoyé une division à Pont-à-Mousson, afin de défendre ce
poste important; mais Sacken n'y a rien entrepris. Quant au corps de
Saint-Priest, qui fait également partie de l'armée de Silésie, il paraît
que c'est lui qui est entré à Trèves, mais il n'y est plus, et je ne
sais ce qu'il est devenu; il est possible qu'il ait fait face au duc de
Tarente. Le corps de Langeron est devant Mayence.
«D'après le mouvement du général Sacken, je me serais porté en masse sur
Pont-à-Mousson, afin de me lier davantage avec les troupes du duc de
Bellune, laissant Metz et Thionville me couvrir contre le corps
prussien, si la crue subite de la Moselle et les inondations qui en ont
été la suite, occasionnées à ce qu'il paraît par l'ouverture de
plusieurs étangs des Vosges, n'avaient couvert la route de la rive
gauche de la Moselle de manière à la rendre tout à fait impraticable aux
voitures, et cela deux heures après le passage de la division Ricard.
Maintenant que l'ennemi est maître du défilé de Pont-à-Mousson, cette
opération ne serait plus praticable, lors même que les inondations
viendraient à disparaître.»