LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.

«Metz, le 14 janvier 1814.

«Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que,

d'après mes rapports, le corps prussien a pris position à une lieue de

la Moselle, sur la rive droite, entre Thionville et Metz. Le corps de

Sacken est devant moi, à quelque distance; son avant-garde a ses postes

établis en présence des miens. Il n'y a eu aujourd'hui aucun engagement

sur ce point. J'ai envoyé une division à Pont-à-Mousson pour garder ce

poste important. L'ennemi y a présenté cinq ou six cents chevaux, qui

ont été repoussés. Cette division me sert d'avant-garde et m'éclaire du

côté de Nancy. D'après les nouvelles que j'ai reçues, l'ennemi doit être

dans cette ville depuis ce matin. Je l'ai envoyé reconnaître. Mon

intention était, aussitôt qu'il serait entré dans cette ville, de

marcher sur lui, couvert par la Moselle, contre les corps que j'ai en

présence, afin de le prendre en flanc dans son mouvement sur Toul; mais

une crue de la Moselle, qui est sans exemple, a couvert d'eau, dans la

journée, tout le pays entre Metz et Pont-à-Mousson, au point de le

rendre tout à fait impraticable aux voitures pour le moment.

«J'occupe toujours, par une forte avant-garde, le dehors de Metz à une

lieue, et je me lie, par de la cavalerie, sur la rive gauche, avec

Thionville.

«Mes rapports m'annoncent la présence de partis du côté de Luxembourg.

«La nécessité indispensable de mettre de l'ordre dans le service de la

place de Metz, où rien n'était établi pour ta sûreté de la ville,

l'incapacité absolue du général Roget et le peu de confiance dont il

jouit parmi les habitants, m'ont déterminé à nommer un commandant

supérieur à Metz, en attendant celui qu'il plaira à Sa Majesté d'y

envoyer, et j'ai fait choix du général de division Durutte, qui, par son

exactitude et son zèle, me parait propre à ces fonctions.

«La ville de Metz est dans un très-bon état de défense. Le préfet a

beaucoup fait pour son approvisionnement, et il y aura, soit en troupes,

soit en gardes nationales armées, soit en canonniers et ouvriers

militaires ou bourgeois, douze mille hommes.

«J'ai fait partir presque tous les dépôts pour Châlons, et les derniers

partiront demain; j'en préviens le ministre, afin qu'il leur assigne les

destinations qu'il jugera convenables. Le matériel de l'équipage de

camp, qui était ici, s'est mis en route ce matin; toute l'artillerie de

la garde est également partie.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (6/9) · 第 70 / 213 题