LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.

«Metz, le 13 janvier 1814.

«Je reçois la lettre que Votre Altesse Sérénissime m'a fait l'honneur de

m'écrire le 11.

«Les mouvements que j'ai exécutés sans combattre ont été le résultat

nécessaire de la marche sur mes flancs de forces supérieures, qui

menaçaient de s'emparer avant moi des seuls points par lesquels je

pouvais effectuer ma retraite, et de la situation de mes troupes qui ne

présentent que des cadres. Si je dois combattre avant d'avoir reçu des

renforts, je le ferai avec beaucoup plus d'avantages derrière la

Moselle, appuyé à toutes les places, et avec ma retraite assurée dans

toutes les directions, que je ne l'aurais fait dans les défilés de la

Lorraine allemande, car ces défilés ne peuvent être défendus que

lorsqu'on les occupe tous, sous peine d'être dans la position la plus

critique; et, pour les occuper tous, il fallait plus de monde que je

n'en ai.

«J'ai fourni pour Metz, Sarrelouis et Thionville, ainsi que j'ai eu

l'honneur de vous en rendre compte, cinq cadres de bataillons, savoir:

les bataillons du 28e léger, 22e, 59e, 69e de ligne, qui n'avaient pu

rejoindre le duc de Tarente, et un bataillon du 14e de ligne.--Ces

cadres, avec les conscrits qui leur seront donnés, donneront le moyen de

compléter ces garnisons.

«Mes forces sont aujourd'hui de six mille hommes d'infanterie en

quarante-huit bataillons et deux mille cinq cents hommes de

cavalerie.--J'aurai l'honneur de vous adresser demain un état de

situation détaillé.

«Si j'avais trente mille hommes disponibles ici, je ferais changer tout

le système de campagne de l'ennemi, et, appuyé aux places, je le

forcerais à se concentrer, après avoir battu tous ses corps séparés;--si

j'en avais la moitié, je remplirais une grande partie de ce plan.

«L'avant-garde du corps de Sacken, avec laquelle nous avons eu affaire à

Saint-Avold, est arrivée devant nous ce matin. Il est arrivé également

par la route de Sarrelouis un corps de cavalerie, qui appartient sans

doute au corps d'York. Cependant il semblerait qu'une partie de ce corps

vient de quitter la direction qu'il suivait sur Metz pour se porter sur

Thionville.

«Je prépare par tous les moyens possibles une bonne défense de la

Moselle, autant _que tout ce qui se passera du côté de Nancy le

permettra_.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (6/9) · 第 69 / 213 题