LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.

«Longueville, le 10 janvier 1814.

«J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que, les

troupes légères que j'avais placées sur la haute Sarre m'ayant prévenu

hier qu'un corps ennemi nombreux avait passé la Sarre à Sarralbe et

marchait sur Pettelange, tandis que, d'un autre côté, j'avais reçu le

rapport que l'ennemi avait passé la rivière et construit un pont à

Rehling, ce mouvement sur Pettelange ne pouvant avoir d'autre objet que

de s'emparer avant moi du défilé de Saint-Avold, le seul par lequel je

puis me retirer, je suis parti ce matin pour m'y rendre, et j'ai occupé

la position de Longueville que j'avais fait reconnaître. Je tiens

Saint-Avold en avant-garde, d'où je pousse des partis dans toutes les

directions. Cette position de Longueville me donne les moyens de voir

venir l'ennemi sans me compromettre. Elle a aussi cela d'avantageux

qu'elle ne peut être tournée que par la route de Sarrelouis à Metz, ou

par la route de Sarreguemines à Mozanges et Faulquemont, ce qui serait

extrêmement long. La position par elle-même est assez bonne pour que je

puisse y rester assez de temps pour forcer l'ennemi qui marchait à moi

de déployer toutes ses forces. Je compte donc y rester tant que la chose

sera possible. Je me trouve couvrir Metz qui en a grand besoin, à ce

qu'il paraît, pour le moment, garder les principaux débouchés de la

Sarre, et tenir la tête d'une route qui mène sur Nancy.

«Votre Altesse avait ordonné au duc de Valmy que tous les détachements

qui appartiennent à des corps qui se trouvent séparés de l'armée me

seraient envoyés pour être incorporés dans le sixième corps.

«Non-seulement cette disposition ne s'exécute pas; mais le duc de Valmy

envoie dans les places des détachements de mes régiments, habillés,

armés, et prêts à entrer en campagne, et cela sans connaître la position

des troupes et de l'ennemi. Ainsi, par exemple, j'ai appris ce matin

qu'il avait envoyé sur Sarrelouis un détachement du 37e léger.--J'ai pu

le rallier; mais il serait tombé au pouvoir de l'ennemi s'il eût

continué sa route.

«Cette disposition est d'autant plus mauvaise, que les garnisons des

places peuvent être faites avec des conscrits non habillés. Il est bien

urgent que les bataillons de campagne reçoivent des recrues, car,

lorsque j'aurai un corps plus nombreux, plus disponible, et non de

simples cadres qu'il faut conserver, je pourrai agir offensivement sur

les forces de l'ennemi, qu'il paraît diviser beaucoup. Mais il n'est pas

en mon pouvoir de rapprocher ce moment, presque aucun moyen ne

m'arrivant.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (6/9) · 第 63 / 213 题